DES TROIS CONSEILS ÉVANGÉLIQUES
prophète Elle garda h; célibat toute sa vie, ainsi que son disciple Elisée. — S. Jean -Baptiste mena toujours une vie chaste et pure, voilà pourquoi il fut choisi comme précurseur de Jésus-Christ. — S. Jean l'Evangéliste se distingua d'une manière spéciale par sa conduite virginale, et c'est pourquoi il fut le disciple bien-aimé et privilégié du Sauveur. — S. Paul observa également la chasteté perpétuelle et désira que tous les hommes fussent comme lui. Et qui pourrait compter toutes les âmes virginales des deux sexes, qui imitèrent ces exemples et conservèrent la chasteté perpétuelle?
Le choix judicieux.
Jeanne, la fille d'Alphonse V, roi de Portugal, était aussi distinguée par la beauté de son corps que par les vertus qui embellissaient son âme. Aussi les principaux monarques de la chrétienté qui vivaient à cette époque, briguaient-ils sa main; Louis XI, roi de France, la demandait pour son fils Charles VIII; Maximilien, archiduc d'Autriche, plus tard empereur du Saint-Empire romain, et Richard III, roi d'Angleterre, l'ambitionnaient pour eux-mêmes. Son père lui laissa entrevoir assez clairement, combien volontiers il l'eût vu prendre pour époux un de ces trois prétendants illustres. Un jour, profitant d'un moment favorable, elle se rendit avec une tendresse et un respect filial auprès de son père bienaimé et lui dit : « Mon cher père, mon roi et mon maître ! de puissants monarques briguent ma main et désirent m'a voir pour épouse. Ils sont immenses, les trésors qui s'offrent à moi; elles sont brillantes les espérances qui me sourient; je le sais, je puis devenir reine ou impératrice, mais à quoi me servent l'or et l'argent, les honneurs et les titres les plus pompeux? C'est un simple son, une ombre passagère que la vie aperçoit et que la mort fait disparaître. Aussi ai-je mûrement pesé la chose. — J'ai parcouru aujourd'hui tous les iioms des grands princes qui m'ont otfert leur main pour l'unir à la mienne par les liens sacrés et indissolubles du mariage; et quand je lisais leurs noms, je posais dans mon esprit à chacun d'eux cette question : Eh bien! n'attristerez-
VOUS jamais mon cœur! Et il me semblait que chacun d'eux me donnait cette réponse : « Jamais durant la vie, mais seulement lorsque l'implacable mort nous séparera; à cette heure de sombres angoisses, votre cœur saignera, vos yeux fondront en larmes, et alors tous les trésors, que nous vous avons offerts en cadeaux de noces, seront sans valeur ! » — Ce langage était d'une accablante tristesse pour mon cœur sérieux et mon âme pensive. Mais voilà que tout à coup s'annonça un nouveau prétendant qui me dit : « Princesse, choisis hardiment! Je t'offre aussi ma main qui porte de ses deux doigts tous les royaumes et qui donne leurs couronnes aux rois et aux princes de toute la terre. Moi seul je ne meurs pas, l'empire que j'exerce dure éternellement et les trésors que je vous apporte en cadeau de noces, sont impérissables. » Il dit et disparut. — Eh bien! mon père, veuillez me dire maintenant quel est ce choix auquel doit s'arrêter votre fille? Dites franchement ce que vous pensez et comme le devoir paternel vous le prescrit. » Et Alphonse dit, sans hésiter longtemps : « Jeanne, ma chère enfant! choisissez le dernier prétendant, le roi qui est éternel et dont les trésors durent éternellement. » Jeanne accepta avec joie le conseil paternel qui était complètement en harmonie avec le désir qu'elle avait nourri depuis longtemps dans son cœur; et elle se rendit dans l'ordre des Dominicaines, pour y devenir à jamais la fiancée de celui qui est lui-même éternel, qui vit et demeure éternellement et récompense par des biens éternels tous ceux qui l'aiment et le servent à l'exemple de Jeanne, la vertueuse fiancée royale. (P. Reinh. Seal, cœlest.)
Comparaison.
Chaque vierge est une reine, soit parce qu'une vierge consacrée à Dieu est l'épouse du plus grand des rois; soit parce qu'en domptant les passions qui produisent le plus odieux esclavage, elle acquiert un nouvel empire sur elle-même. Une vierge est un don du ciel ; elle fait la joie et la gloire des parents; elle exerce dans la maison le sacerdoce de la chasteté. {S. Ambroise.)
DKS mots CONSKII.S !■ VANOKMQLKS. .S77
3) L'obéiamtur [larfaitc coiusisle à abdiquer ciilirro iiieiil la volonk'! propre, pour accomplir U'aulant plus sûrement la volonté divine sous la direction d'un su- |)érieur (pii tient la place de Dieu. Le divin Sauveur exhorte ses disciples et tous les chrétiens à pralicjuer cette obéissance, quand il dit : « Si quel(|u'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même, (ju'il prenne sa croix, et me suive. » (S. Matth. i6, 24.) Combien la vertu d'obéissance est agréable à Dieu, c'est ce que nous voyons au premier livre des Rois {15, 22.), où il est dit : « L'obéissance vaut mieux que le sacrifice, et la soumission vaut mieux que l'offrande de la graisse des victimes; » ce que S. Thomas nous prouve dans les paroles suivantes: ^< Rien n'est plus agréable à Dieu qu'un homme qui renonce à sa propre volonté pour suivre la volonté du Seigneur, et ce n'est pas sans raison; car si Abraham fut si agréable à Dieu parce qu'il voulut sacrifier son tils, combien jdus lui sera agréable celui (|ui sacrifie, non un autre, mais cpii se sacrifie réellement lui-même par une vraie obéissance. »
Exemples tirés de l'Ecriture.
David se distingua par son obéissance, c'est pourquoi Ditu a dit de lui : « J'ai trouvé un homme selon mon cœur, qui accomplit en tout ma volonté ; c'est pourquoi je l'ai consacré avec l'huile sainte, avec l'onction de ma sainteté, ma main sera son appui et mon bras le fortifiera, afin que tout ce qu'il entreprend, lui réussisse. » {Ps. 88, 21-22.) — Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même est pour nous tous le modèle le plus sublime d'obéissance; car il est écrit de lui : « Jésust^.hrist s'est humilié et il fut obéissant jusqu'à la mort, oui, jusqu'à la mort de la croix. C'est pourquoi Dieu l'a élevé et lui a donné un nom qui est au-dessus de tous les noms. » (Epit. aux Phil. 2, 8-9.) — Les apôtres quittèrent tout pour obéir à leur divin Maître, et depuis lors une foule d'âmes
CATÉC. PlUTlQrE. T. U. -i.-;
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saintes renoncèrt ni a leur propre voluntc pour s'assujellir à la volonté de Dieu et à celle de leurs supérieurs.
La se vert obéissance.
Une jeune Sœur de Cliarité, aux traits nobles et doux, était assise, en pleurant, à côté du lit du comte Jules de Mornay, lorsque celui-ci approchait de ses derniers moments. Huit heures sonnèrent, et la religieuse pressa ses lèvres sur le front du mourant dont elle voulut s'éloigner. « Attendez, ma sœur, dit un ecclésiastique qui se trouvait dans l'appartement, attendez encore quelques instants et fermez les yeux à votre père. » La jeune Sa-ur de Charité était réellement Louise de Mornay, la nièce du maréchal Soult, laquelle eût pu avoir un revenu de cent mille francs, et trouver un parti dans les premières familles de la France. Mais elle avait préféré se consacrer entièrement à Dieu et aux pauvres. Le prêtre voulut la retenir, mais elle répondit : « Je ne le puis; avant tout je dois obéir, quand même il m'en coulerait les plus grandes peines, comme en ce moment, où je dois abandonner le lit de mon père mourant ; la règle m'ordonne d'être à neuf heures au couvent ; » et elle partit.
L'empereur Henri et iahhé IUchard.
L'empereur Henri, prince [lieux, visitant un jour le monastère que gouvernait l'abbé Kichard, éprouva, en entrant dans le cloître, un saisissement religieux, et dit ces paroles du psaume : « C'est ici le lieu de mon repos; c'est l'habitation que j'ai choisie pour toujours. » L'évêque Haimon qui, avec l'abbé, accompagnait l'empereur, lit une attention particulière à ces mots. Ayant trouvé le moment de parler à l'abbé en particulier, il lui dit : « L'empereur parle do se faire moine, et veut rester avec vous. J^ensez-y bien : si vous le recevez, vous ferez le malheur de l'empire. » Richard fil ses réflexions, et trouva cet expédient pour satisfaire la piété du prince sans nuire à l'Etat. Il assembla la communauté, et j)ria l'empereur de s'expliquer devant tous les religieux. Henri dit, en versant des larmes, qu'il avait résolu de quitter
t)KS TKOIÖ CONSEILS EVANGELiytES. F> ( îy
Jcs vanités du siècle cl de se consacrer au service de Diuu, dans le monastère où il se trouvait. « Voulez-vous, dit l'abbé, Itraliquer l'obéissance jusqu'à la mort, suivant la règle vt l'exemple de Jésus-Christ? » II répondit qu'il le voulait de tout son cœur. « Et moi, dit l'abbé, je vous reçois au nombre des moines dès ce moment, et me charge du soin de votre âme si, de votre coté, vous promettez de suivre, en vue du Seigneur, tout ce que je vous ordonnerai, » Henri promit qu'il le ferait, et labbé reprit : « Je veux donc et j'ordonne que vous repreniez le gouvernement de l'empire, confié à vos soins par la divine bonté, et que vous procuriez, autant qu'il est en vous, le salut de vos sujets par votre vigilance et votre fermeté à rendre justice. » L'empereur n'ouit qu'avec [)eine ce commandement inattendu. Il obéit néanmoins ; mais il se regarda toujours depuis comme le disciple de l'abbé Richard. 11 venait souvent conférer avec lui. Il fit constamment des maximes et des conseils de ce saint homme, la règle de sa conduite, et c'est ce qui rendi't ses sujets heureux. {Anecdotes chrétiennes.)
L'obéissance oaut mieux que le sacrifice.
Dans une vision, un père du désert aperçut dans le ciel quatre rangs ou chœurs. Dans le rang inférieur il voyait ceux <iui autrefois avaient été malades, et remerciaient encore Dieu de leurs souffrances passée«. Dans une autre classe ii découvrait ceux qui avaientexercé l'hospitalité et avaientservi les étrangers avec dévouement. Dans la troisième se trouvaient les solitaires qui s'étaient séparés entièrement du monde; enfin le quatrième chteur était formé de ceux quü pour plaire à Dieu s'étaient soumis en toute obéissance à des supérieurs et à des directeurs spirituels. Ceux-ci se distinguaient par une beauté et une gloire toute spéciale, et quand le père eut demandé à son conducteur la raison de celte distinction, il lui tut répondu : « Tous les autres, pour le bien qu'ils ont fait, jouissent déjà d'une certaine paix, par suite de leur propre volonté; mais les âmes obéissantes renoncèrent à leur volonté propre, pour s'attacher entièrement à la
»iiJO DE I.A VERTi: ET DE I.A l'tKl KCTION CHRETIENNE.
voloiilé du Dieu luul-iuiissaiil cl ci celle des directeurs spiriluels, voilà pourquoi ils jouissent d'une gloire plus grande. » — Aussi quelques anciens pères du désert avaient coutume de dire : « Si vous voyez un jeune homme monter au ciel de sa propre volonté, retenez-le par les pieds, retirez-le sur la terre, ce qui lui sera plus avantageux. » [S. Chrys. expliqué, par llägelsperyer.)
[Gr. Cat. 55-54" q.)
Pourquoi les conseils évangéliques sont les moyens principaux pour arriver à la perfection, et qui est tenu de les pratiquer. — Explication. Il n'y a pas de doute que les conseils évangéliques ne soient de puissants moyens pour arriver à la perfection; d'un cùté en effet ils éloignent le grand obstacle à la perfection chrétienne, savoir l'amour et le désir désordonné des biens de la terre, des plaisirs des sens et de la licence; d'un autre côté ils font que l'homme offre à Dieu tout ce qu'il a et ce qu'il est, savoir les biens extérieurs par le vœu de pauvreté, le corps par le vœu de chasteté, et l'âme ou la volonté par le vœu d'obéissance. Au reste tous les hommes ne peuvent être obligés à la pratique de ces conseils; c'est ici qu'il faut appliquer cette parole du Sauveur : « Tous n'entendent pas cette parole, mais ceux à qui il est donné. » [S. Matth. 19, 11). L'observation de ces conseils incombe à tous les religieux et à tous ceux (|ui se sont engagés par un vœu. — Cependant ceux (jui n'ont pas le courage de suivre les conseils évangéliques, ne doivent pas se permettre de les mépriser; bien plus ils doivent les avoir en grande estime à cause de leur excellence, et admirer les personnes qui les suivent : « Il y a des choses, dit S. François de Sales, qui ne plaisent pas à tout le monde et ne conviennent pas à toutes les circonstances; et néanmoins elles peuvent èlre bonnes en elles-mêmes. S\ l'odeur du baume
DES TROIS CONSEILS ÉVANfiéUQl'ES. 581
VOUS fait mal h la tête, ce n'est pas une raison fie dire (jiie rette odeur est mauvaise. Si une bague ne s'adapte pas à votre doigt, ee n'est pas une raison de la jeter dans la boue.
Ia's conseils évangi'liques ne sont pas pour luus, mais hi(n les préceptes ècannHiqnes.
O'io chaque nuinnie ne peut être oùiigé d« suivre les cunseiJb évangéliques, c'est ce que montre l'e-vemple suivant. L'abbé Feuillet, archi-prêtre do saint Cloud, prédicateur distingué de son temps, parlait un jour dans une des chaires de Paris, avec un grand zèle, de la charité chrétienne à l'égard du prochain. La règle, j)assablement communiste, qu'il proposait, était renfermée dans cette affirmation inconsidérée : que tout le sup<rflu appartient de droit aux pauvres, et qu'un chrétien pieux cjui veut être assuré de son salut, doit se con- .tenter d'un seul habit. Un brave négociant que le discours de l'orateur avait saisi et touché profondément, se reprochant de posséder trois habits, se rendit le jour suivant au château de Saint-Cloud et prit avec lui les autres habits dont il avait chargé un commis. Lorsqu'il se fit annoncer à l'abbé Feuillet, celui-ci revenait précisément d'une longue promenade pendant laquelle une pluie d'orage l'avait mouillé jusqu'aux os; on pria donc le marchand d'avoir quelques moments de patience, vu que monsieur l'abbé avait été surpris par une pluie battante et s'occupait à changer de vêlements. « Comment? s'écria le marchand, il met d'autres vêtements? Et cependant hier il a prêché qu'un chrétien doit se contenter d'un habit? Faites-lui bien mes compliments et dites-lui aussi, que je reprends avec nmi mes deux habits; car j'ai résolu, quand il fera mauvais, d'agir commiC lui. » En quoi consistait la faute que l'orateur avait négligé d'éviter? En ce que l'orateur zélé n'avait pas suffisamment distingué entre \es préceptes évangéliques et les conseils évangéliques, et qu'il les avait représentés comme de stricte obligation tous les deux. La loi évanfjélique, comme règle de justice et de morale, est obligatoire pour tous les chrétiens sans exception. Les
SSi bt. i..\ vEr.rr kt di: ï.a r-EnFtcriON chrétienne.
rotiseils évangéliques ont principalement de la valeur pour ceux dont, à l'exemple des discijdes choisis de Jésus-Christ, on exige une vertu héroïque, parce qu'ils sont destinés aux travaux apostoliques, à la propagation du royaume de Dieu, au salut d'un grand nombre d'âmes, et en même temps à la perfection et à des œuvres extraordinaires, choses aux fnipllos ehacun ne peut pas être appelé. {Veith. charitas.)
{Gr. Cat. 5o'' fj.) Dans le inonde même on peut mener une vie parfaite. — Explication. Toutefois pour arriver à la perfection il n'est pas absolument nécessaire qu'on entre au couvent, etc., on peut aussi devenir |)arfait dans le siècle, si l'on vit, non d'après l'esprit du monde, mais d'après l'esprit de Jésus-Christ. C'est pourquoi S. Jacques écrit : « Celui qui veut être un ami du monde, devient un ennemi de Dieu, ). (4, 4.) et S. Jean : « Si (]uelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est pas en lui. Car tout ce (jui est dans le monde, est concujtiscence de la chair, concupiscence des yeux et orgueil de la vie. » (1 Ep. 2, do-lß.) Ainsi, quoique nous vivions dans le monde, nous ne devons pas vivre avec le monde. Qui pourrait comi)ter le noml)re de ceux qui ont vécu parfaits et sont devenus saints quoiqu'ils vécussent dans le monde? Il est vrai qu'ils vivaient dans le monde, mais c'était uniquement pour Dieu et pour le ciel.
La religieuse dans le monde.
Une demoiselle, qui demeurait dans un couvent, désirait ardemment d'y être reçue religieuse; elle manifesta à ses parents le grand désir qu'elle en avait : loin d'y consentir, ils l'obligèrent à revenir dans la maison paternelle. Sa piété étant solide, « Je serai religieuse dans le monde jusqu'à ce que je puisse l'être dans un monastère, » dit-elle; en consé-^ quence, elle faisait à peu près tous les exercices des personnes consacrées à Dieu. Un certain espace de temps était
LES HUIT UKATITUDrS. 583
(Miij)loyé malin et soir au travail, mais il y en avait un qui était destiné à la méditation, un autre à la récitation de l'oftice divin et du chapelet, à la lecture spirituelle, à la visite du saint Sacrement, etc. Sa mère, voyant qu'elle s'affermissait dans son dessein, loin d'en clianger, lui prescrivit dès lors tous les jours, tant de choses, <t l'occupait tellement qu'elle ne pou\;ii! p!us faire aucun (ic ses exercices. Voiri ï^i parii que prit la servaiae du Seigneur, ce Ait d'ohéir constamment à sa mère comme à Dieu, de faire tout en esprit de foi et d'amour, de produire à chaque heure un certain nombre de saintes aspirations; elle se forma au dedans d'ellemême un oratoire où elle était toujours en prière, dans le temps même des occupations les plus dissipantes. Elle s'enracina par là si profondément dans la pratique de toutes les vertus, qu'ayant obtenu dans la suite d'entrer en religion, elle opéra des miracles, et a été mise par l'Eglise, après sa -mort, au rang de ceux qu'elle honore comme saints, {Heureuse année.)
LES HUIT KÉATITUIiES.
(Gr. Cal. 36«-38« q.) Explication. Que l'esprit du monde est réellement opposé à l'esprit de Jésus-Christ, c'est ce que nous voyons par les huit béatitudes; car notre Seigneur y déclare heureux ceux précisément que le monde regarde comme misérables et insensés. En effet, le monde a coutume de rejirésenter et de vanter les honneurs, les richessses, la gloire et les plaisirs des sens comme autant de sources de félicité; Jésus-Christ, au contraire, nous enseigne dans les huit béatitudes à chercher noire félicité en Dieu el dans son saint service, conséquemment à supi)orter avec joie et résignation la pauvreté, les persécutions et toutes les tribulations qui nous surviennent. Les huit béatitudes sont exprimées comme suit dans l'Evangile de S. Matthieu (5, 3-dO.) : I) « Bienheureux les pauvres
:>^t Di: I.A VtKTU KT Di: i.A 1'i.RKEoTIO.N CHRÉTIENNE.
d'esprit, parce que le royaume des cieux leur appartient. >• 3\ir pauvres d'esprit en entend ceux (pii étant réellement pauvres, sont contents de leur état |)auvre, ensuite ceux qui étant riches, n'attachent pas leur cœur aux richesses, et enfin ceux qui méprisent toutes les richesses et les biens de la terre; d'après les paroles de l'Apôtre, ils >(>,'iî ; nuYres d'esprit « ceux qui achètent, comme s'ils ne possédaient pas; ceux qui usent des choses de ce monde, comme s'ils n'en usaient point. » (1 Epît. aux Cor. 7, 30.) Par pauvres d'esprit, on entend aussi les âmes humhles, « Il est pauvre d'esprit, » dit un saint (lucteur, « celui qui est humhle de cœur, qui n'a j)as uni" haute opinion de lui-même, comme d'un autre côté on entend par riche d'esprit un orgueilleux qui s'imagine être grand, » La récompense de la pauvreté d'esprit i*st le ciel (« car le royaume des cieux leur appartient ») et même le ciel sur la terre, |)uisque les pauvres d'esprit sont toujours heureux et contents en Dieu, ensuite le bonheur éternel dans le ciel. C'est pourquoi S. Augustin a dit : « Voulez-vous savoir combien est riche la pauvreté? Elle achète le ciel. »
Le riche qui est pauvre.
Alcuin, le secrétaire de Charlemagne, fut accusé auprès de l'archevêque de Lyon, de s'enorgueillir à cause de ses possessions temporelles; il écrivit donc au prélat: « Croyez-vous que j'ignore combien la possession des richesses devient criminelle lorsqu'on y attache son cœur? Autre chose est de posséder le monde, et autre chose est d'en être possédé. Quelques-uns ne possèdent pas de biens temporels, il est vrai, mais ils les aiment cl les souhaitent, et ceux-ci ne sont rien moins que pauvres, du moins tels que le désire notre Seigneur; d'autres, au contraire, possèdent des richesses, mais leur cœur en est complètement détaché, et ceux-là sont le» pauvres d'esprit. » {Massl.)