AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR
il n'est personne dans le clergé catholique qui n'ait entendu parler du célèbre catéchisme que le vénérable P. Canisius composa au n\ilieu du seizième siècle pour combattre le protestantisme en Allemagne. Quatre cents éditions publiées en moins d'un siècle, outre une foule d'abrégés du même ouvrage, montrent assez quelle devait en être la valeur, et l'usage qu'on en a fait jusque dans ces derniers temps en Autriche, en Bavière, en Suisse, dans les provinces du Bas-Rhin, prouve qu'on croyait ne jamais rencontrer quelque chose de plus parfait en ce genre. Cependant, depuis quelques années, il est un autre catéchisme, composé par un père de la même Compagnie, qui vient de prendre dans presque toute l'Allemagne catholique, la place de celui du vénérable Canisius, c'est le catéchisme du P. J. Deharbe. Certes, pour remplacer un ouvrage que trois siècles semblaient avoir scellé du titre de chef-d'œuvre, il fallait une œuvre plus admirable encore par l'ordre et l'enchaînement, la clarté et l'exactitude; c'est cependant ce que les plus savants prélats de l'Allemagne ont cru rencontrer dans le nouveau catéchisme du P. Deharbe.
Voici comment nous avons appris à connaître celte œuvre hors ligne. Dans nos relations avec un prêtre des provinces Rhénanes, nous lui avions demandé un petit manuel delà doctrine chrétienne destiné à nous servir de guide dans les interrogations à faire aux Allemands qui se préparaient à recevoir le sacrement de mariage. Nous reçûmes le petit catéchisme du diocèse de Cologne, composé par le P. Deharbe, et, en l'étudiant à fond , nous fûmes bien étonnés de voir, combien il surpassait en clarté, en ordre, en précision, tout ce que nous avions eu jusqu'alors entreles mains. Au lieu d'y trouver,
VI AVERTISSEMENT Dl' TRADUCTEUR.
comme dans d'autres manuels, des réponses et des leçons qui effraient les enfants par leur longueur, nous y voyions des réponses et des leçons courtes où tout était clairement exprimé; dès la première page on y découvrait tout l'ensemble delà religion, et la première question était comme une source d'où découlaient sans peine toutes les autres. Après cela, les expressions étaient si simples, si transparentes que, sans la moindre difficulté, on y entrevoyait de Miite l'idée qu'elles renfermaient.
Aussi n'avions-nous rien de plus empressé que de nous procurer également le catéchisme moyen et le grand catéchisme où les mêmes qualités se faisaient remarquer, outre une connaissance profonde de l'Ecriture-Sainte, puisque chaque réponse portait avec elle des preuves claires et concluantes empruntées à ce livre divin.
Notre plus grand désir était de faire connaître celte œuvre remarquable à notre pays au moyen d'une traduction, mais ce désir, nous croyions qu'il devait rester toujours à l'état de rêve creux, car quel imprimeur eût été tenté d'imprimer un catéchisme étranger, un pauvre petit livre qui n'aurait eu pour recommandation que celle qu'il portait avec lui-même? et qui aurait eu le goût de l'acheter, hormis peut-être quelques collectionneurs de catéchismes, si toutefois il s'en trouve? Cependant il n'en a pas été ainsi, et la Providence semble avoir voulu favoriser notre dessein d'abord réputé inexécutable. Il y a quelque temps, l'éditeur du présent livre nous priait de traduire en français un recueil d'exemples de Louis Mehler, dans le genre de celui de J. Ev. Schmidt, qui a obtenu tant de vogue; dès ce moment notre vœu était rempli, car cet ouvrage intéressant, outre une riche collection de traits historiques, de paraboles, de comparaisons, renfermait en même temps le texte du grand catéchisme de Deharbe. Nous tenions plus que nous n'avions désiré, puisque nous avions en main le moyen de faire passer plus aisément dans le public, et de lui faire connaître d'une manière plus agréable, un texte catéchistique, qui en lui-même n'offre guère d'attrait aux lecteurs et qui, malgré toute la supériorité qu'il peut avoir, rebute par sa sécheresse. GrAce donc au travail de Louis Mehler, nous pouvions présenter un catéchisme plein de vie, de couleur, d'action et de variété; ce n'était plus un squelette, mais un corps animé et frais; ce n'était plus un édifice austère et nu, mais un palais richement orné et meublé où nous pouvions introduire le lecteur; au lieu d'une plante aride, nous offrions un arbuste plein de fraîcheur et de fleurs embaumées, et de cette façon nous espérions qu'on ne refuserai!