DOUZIÈME ARTICLE KL SYMBOLE
a Et la vie éternelle. » Ainsi soit-il.
[Gr. Cat. Ie g.) Après la résurrection de la chair tous entendront le souverain Juge prononcer la sentence finale. Les méchants iront au feu éternel, « mais les justes entreront dans la vie éternelle, » (S. Matth. 25, 46.) Ainsi au dogme de la résurrection de la chair succède le dernier article du Symbole, qui nous enseigne,!) qu'après cette vie il y a une autre vie qui dure éternellement, 2) que dans cette vie les justes jouiront d'un bonheur sans fin. « ïl n'y a pas le moindre doute, dit S. Chrysostôme, que Dieu a préparé aux siens une autre vie beaucoup meilleure, et plus heureuse que la vie présente. S'il n'en était pas ainsi, il n'aurait pas permis que tant de criminels vécussent ici-bas dans la joie, et tant d'hommes vertueux dans l'affliction et les misères. Mais puisqu'il a préparé un autre monde, où les uns recevront le châtiment de leurs crimes, et les autres la récompense de leurs vertus, Dieu permet que ceux-ci soient éprouvés par les souffrances et que les autres vivent dans l'abondance et la joie. » La saine raison est en ceci d'accord avec la foi.
// y a une vie éternelle ; c'est la consolation et la récompense des justes.
Lorsque les païens conduisaient saint Pion à la mort, sachant le sort qui lui était réservé, il s'en alla tout joyeux et content. Ils lui demandèrent pourquoi il avait tant d'empressement d'aller là où l'on devait traîner forcément les autres. « Vous vous trompez, leur répondit-il, je ne vais pas à la mort, mais à la vie. » Combien ses paroles étaient vraies, c'est ce que prouva son corps quand déjà la mort l'avait atteint. En effet après qu'on l'eut suspendu au moyen de clous à des poutres et qu'on eut allumé du feu sous ses
DE l.A FOI.
pieds, on le laissa mourir seul. Quand le feu fut éteint, les bourreaux retournèrent au lieu du supplice et trouvèrent, il est vrai, le corps inanimé du saint Martyr, mais le feu l'avait laissé tout à fait intact et son visage avait conservé les couleurs et l'expression de la vie.
Nous lisons d'une pieuse mère qu'au moment où son fils Symphorien, encore à la fleur de l'âge, allait être conduit au martyre, elle l'excita à confesser courageusement sa foi, en lui disant: «Mon cher enfant! souvenez-vous de la vie éternelle; contemplez les cieux et celui qui règne au-dessus des cieux ; la vie ne vous sera pas arrachée, mais elle sera changée en une vie meilleure. »
Nous lisons dans la vie de S. Jean, patriarche de Jérusalem, qu'un jour un homme riche vint le trouver et lui remit une grosse somme d'argent, le priant de la distribuer aux pauvres; en même temps il se recommanda aux prières du saint pontife et l'invita, puisqu'il en avait déjà aidé un si grand nombre par ses prières, à demander à Dieu de longues années de vie pour son fils unique. En effet le pieux patriarche demanda à Dieu une longue vie pour l'enfant de l'homme riche, mais néanmoins ce fils chéri mourut trente jours après. L'autre s'en plaignit amèrement et dit: «J'avais donné tant aux pauvres, j'avais recommandé la vie de mon enfant aux prières d'un saint homme, et la mort vient de me l'enlever! » Un ange lui apparut alors en songe et lui adressa ces mots: « Vous désiriez que votre fils jouît d'une longue vie, eh bien ! il a obtenu la vie éternelle. » Que ces paroles de l'ange sont consolantes pour tous les parents dont les enfants meurent jeunes ! qu'elles sont consolantes pour les justes puisque, après cette vie courte, passagère et misérable, nous attend une vie meilleure, une vie éternellement heureuse!
[Gr. Cat. ^q.)
Cette vie ou cette félicité éternelle des justes consiste: 1) à voir Dieu, tel qu'il est et à lui être uni par la plus étroite charité. « Maintenant, dit l'Apôtre, nous ne voyons Dieu que comme dans un miroir et sous des images
obscures, mais alors nous le verrons face à face. » (1 Epit. aux Cor. 13, 12.) « Alors nous le verrons tel qu'il est » dit S.Jean. (%EpU. 3,2.)
Désir de S. Augustin de voir Dieu.
Dans le pressentiment de l'ineffable félicité qu'il y a de contempler Dieu, S. Augustin s'écriait en soupirant: « Je sais, ô mon Dieu! que nul mortel, aussi longtemps qu'il vit ne peut vous voir. Faites-moi donc la grâce de mourir, afin que je puisse vous voir! Si vous ne voulez pas encore que je meure, j'accepte avec joie votre arrêt. Combien minime est la perte de la lumière terrestre! Adieu forêts et prairies, montagnes et vallées, jardins et lacs; que m'importe si je ne vous vois plus, pourvu que je voie éternellement celui qui nous a créés! »
2) A jouir par la vision et V amour de Dieu, de tous les biens, des joies et de la gloire éternelle en compagnie de tous les anges et des saints. « Là, Dieu essuiera les larmes de leurs yeux. La mort ne sera plus, ni le deuil, ni les cris, ni la douleur. » (Apoc 21, 4.) — « Ils seront enivrés de l'abondance de votre maison; vous les abreuverez, (O Seigneur! ) du torrent de vos délices. » (Ps. 3o, 9.) « Ils recevront le royaume d'honneur et le diadème de gloire de la main du Seigneur. » ( Sag. 5, 47. ) — « Que possédera l'àme du juste dans le doux paradis? » se demande S. Bonaventure, et il répond : « la santé sans maladie, la jeunesse sans vieillesse, le rassasiement sans dégoût, la liberté sans esclavage, la beauté sans difformité, l'immortalité sans souffrance, l'abondance sans privation, la paix sans trouble, la sûreté sans crainte, la science sans bornes, l'honneur sans tache, la joie sans tristesse. — Là, continue le docteur séraphique, les justes sont heureux par l'agrément du lieu qu'ils possèdent, par la joyeuse société dont ils font partie, par la gloire du corps nui les honore, par le
inonde qu'ils ont méprisé, par l'enfer auquel ils se sont soustraits. — Saint Anselme nous montre la félicité des saints par la comparaison suivante: « Les jouissances des bienheureux ressemblent à un océan. De même que le poisson y est entièrement environné d'eau, de même l'âme du juste est plongée dans les joies; joies intérieures, joies extérieures, joies en haut, joies en bas, joies partout et rien que joies. »
Le missionnaire mourant.
In pieux et fidèle serviteur de Dieu, qui, comme missionnaire, avait fait le sacrifice de toutes les aisances de la vie et même de sa santé, était étendu sur son lit de mort et souriait doucement, malgré les souffrances que lui causait une cruelle maladie. Lorsqu'on lui demanda pourquoi il était si content et souriait au milieu de ses douleurs, il répondit: « J'ai lu autrefois, que Socrate se réjouissait de sa mort parce qu'il espérait voir Homère, Hésiode et d'autres grands hommes; combien plus n'ai-je pas raison de me réjouir puisque je suis certain de voir mon divin Sauveur Jésus- Christ, tous les patriarches, les prophètes, les apôtres et les saints qui ont vécu sur la terre ! — 0 mon Dieu ! qu'elle est consolante cette pensée: je verrai Jésus-Christ et tous ses saints, et je vivrai éternellement dans leur compagnie ? » — Si la seule pensée de la compagnie des saints est si consolante et si douce, quel bonheur ne doit-ce pas être de jouir réellement de leur société!
{Gr. Cat. ô'q.)
Vraiment, nous ne pouvons ni comprendre ni expliquer ce que c'est que l'éternelle félicité des deux; sa grandeur surpasse tout ce qu'on peut dire ou imaginer. Car« l'œil n'a point vu, l'oreille n'a point entendu, et le cœur de l'homme n'a jamais compris ce que Dieu a préparé à ceux qui raiment.» (1 Epît. aux Cor. 2,9.) — ci Cette gloire, dit S. Augustin, cette beauté, cette ma-
jesté, qui fera notre bonheur est au-dessus de toutes les paroles, de tous les sentiments, et de toutes les pensées; ce que Dieu prépare à ses amis, surpasse toute croyance, l'emporte de loin sur notre espérance et notre amour, sur nos désirs et nos souhaits. Cette félicité on peut bien l'obtenir, mais on ne peut assez l'estimer; elle peut être méritée, mais non décrite. » Et S. Bernard dit: «la félicité des saints sera trop grande, pour qu'on lui assigne une mesure, trop multipliée, pour qu'on la compte, trop infinie, pour qu'on lui indique des bornes, trop précieuse, pour qu'on l'estime à sa valeur. »
Personne n'est en état de dépeindre la gloire céleste.
Dieu avait laissé entrevoir à S. Catherine de Sienne, dans une de ses extases, un rayon de la gloire céleste. Quand la Sainte fut revenue à elle, elle s'écria: «j'ai vu des merveilles! j'ai vu des merveilles! » Son confesseur lui ordonnant alors de déclarer avec plus de précision ce que Dieu lui avait montré, elle répondit: « Je ferais un crime si je prétendais vouloir en faire une description; car des paroles humaines sont impuissantes à exprimer le prix et la beauté des trésors célestes. »
{Gr. Cat. 4e q.) Cependant les Saints dans le ciel ne jouiront pas tous d'un égal degré de bonheur, mais «. chacun recevra selon son travail, » (1 Epîl. aux Cor. 3, 8.) c'est-à-dire selon ses mérites. Car celui qui sème peu, dit S. Paul, moissonnera peu ; et celui qui sème abondamment, moissonnera abondamment. » (2 Eptt. aux Cor. 9, 6.)
Au ciel il y a différents degrés de gloire.
La foi et la raison nous disent que, parmi les Saints dans le ciel, il doit y avoir une grande différence. « Autre est l'éclat du soleil, écrit S. Paul, autre est la clarté de la lune, autre est la clarté des étoiles; et entre les étoiles, l'une est
plus brillante que l'autre. Il en est de même de la résurrection des morts. » (1 Epit. aux Cor. 15, 41-42.) « Dans la maison de mon Père, » dit Jésus -Christ, « il y a plusieurs demeures. » (S. Jean 12, 2.) Ainsi voilà une maison et plusieurs demeures, une félicité et plusieurs degrés de félicité, une qui est inférieure, une autre plus élevée, une troisième très-élevée. Ainsi, de même que d'après les paraboles de l'Evangile, la semence jetée en terre produit des résultats différents, ici trente fois, là soixante fois, et plus loin au centuple ; de même que dans le commerce l'un a gagné cinq talents, l'autre six ; de même que le roi après la victoire récompense différemment ses fidèles serviteurs, et donne, d'après la mesure de leur zèle et de leurs mérites, aux uns le gouvernement de cinq villes, aux autres de dix; de même que dans le royaume des cieux, selon l'Apocalypse, plusieurs places différentes sont désignées, et que le Père éternel a préparé à l'un une place à la droite de Jésus- Christ, à l'autre une place à sa gauche, de même aussi la mesure et le degré de sainteté de chacun différera dans le ciel. Chacun sera récompensé selon ses œuvres, selon la mesure dus mérites qu'il a amassés durant sa vie mortelle, selon la mesure de grâce sanctifiante qu'il a acquise. Comment pourrait-il se faire qu'un petit enfant qui vient de mourir de suite après son baptême, possédât la même gloire que S. Etienne qui se laissa lapider par amour pour Jésus-Christ? que le larron qui se convertit au dernier moment de sa vie sur la croix, jouît d'une gloire égale à celle des apôtres S. Pierre et S. Paul? Qui ne sait que les neuf chœurs des auges sont différents en gloire, et que les enfants des hommes sont destinés à occuper les places laissées vides par les Anges déchus? Que Marie la reine des cieux surpasse infiniment en gloire tous les Saints? (La couronne céleste.)
{Gr. Cat. 5-7« q.)
Comme les justes vivront éternellement dans un bonheur inexprimable, ainsi les impies, à savoir ceux qui meurent dans l'inimitié de Dieu ou en état de péché
mortel, vivront éternellement, mais d'une vie sans grâce et sans joie, d'une vie misérable et pleine de souffrance en enfer, d'une vie qui n'en est pas une proprement, mais qui mérite plutôt d'être appelée, une mort affreuse. Voilà aussi pourquoi l'Ecriture-Sainte appelle cette vie, une seconde mort, la mort éternelle. « Les lâches, les incrédules, les abominables, les homicides, les fornicateurs, les empoisonneurs, les idolâtres et tous les menteurs auront leur part dans l'étang brûlant de feu et de souffre qui est la seconde mort. » (Apoc. 21, 8.) — L'existence de l'enfer et de sa nature nous est exposée en différents endroits de l'Ecriture. L'enfer y est dépeint comme un lieu de souffrance (S. Luc. 16, 28.), où les damnés sont torturés nuit et jour durant toute l'éternité; » (Apoc. 20, 10.) comme un lieu de supplices sans fin; « Les damnés iront au supplice éternel; » [S. Matth. 25, 46.) comme un feu inextinguible. « 11 vaut mieux que vous entriez dans la vie éternelle, n'ayant qu'un pied, que d'en avoir deux et d'être précipité dans l'enfer, dans ce feu qui ne s'éteint pas, » {S. Marc. 9, 44.) comme des ténèbres extérieures où il n'y a que pleurs et grincements de dents. « Lesenfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures; là seront les pleurs et les grincements de dents. » (S. Matth. 8, 12.) S'appuyant sur les paroles de l'Ecriture- Sainte, l'Eglise catholique a toujours enseigné l'existence de Tenfer, et condamné les hérétiques qui essayaient de la nier. Mais qui oserait nier encore l'enfer, en voyant les forfaits de tant d'impies, qui extérieurement sont souvent les plus heureux, les plus puissants et les plus considérés des hommes dans la société, où leurs crimes et leurs enfamies demeurent fréquemment impunis? Un prêtre français devant le tribunal révolutionnaire. Au lieu d'apporter toute espèce de preuves pour démon-
MS DE l<A FOI.
trer qu'il y a réellement un enfer, nous nous contenterons de citer la réponse énergique qu'un prêtre français, le curé d'Ampelais, donna aux juges révolutionnaires de Lyon. Ils lui demandèrent en ricanant: « Crois-tu à Venfer? » — «Eh? Gomment, répondit-il, pourrais-je en douter, en voyant et en considérant ce qui se passe? J'aurais été incrédule, que je serais devenu croyant. » Rien ne prouve mieux, en effet, l'existence d'une vie de châtiments, que l'impunité dont les méchants jouissent dans celle-ci.
{Gr. Cat. 8-9c q.)
11 y a donc un enfer, et les peines de V enfer, les supplices des damnés y sont terribles; autant il y a d'impossibilité à décrire le bonheur des élus au ciel, autant il y en a, à retracer toutes les peines que les damnés doivent souffrir en enfer. Les principales peines sont les suivantes:
1) Les peines intérieures et le désespoir au souvenir de tout le mal qu'ils ont fait et des grâces nombreuses dont ils ont abusé. c< Là seront les pleurs et les grincements de dents. » {S. Matth. 8, 12.)
Les peines intérieures et le désespoir des damnés.
Voici comment ce supplice est décrit au livre de la Sagesse: « Alors (au jugement général, et lorsque les impies seront dans le lieu de la damnation) les justes se soulèveront contre ceux qui les ont tourmentés.... A celte vue les impies seront troublés, et, dans un grand effroi, ils s'étonneront de ce salut inespéréet soudain. Ils diront en eux-mêmes, se repentant et gémissant dans l'angoisse de leur esprit: Les voilà ceux que nous avions en mépris, et qui étaient l'objet de nos outrages! Nous insensés, nous estimions leur vie une folie, et leur fin un opprobre; et les voilà comptés parmi les fils de Dieu, et leur partage est entre les Saints! Nous avons donc erré hors de la voie de la vérité et la lumière de la justice n'a pas lui à nos yeux, et le soleil de l'intelligence ne s'est pas levé sur nous. Nous nous sommes lassés dans
îa voie d'iniquité et de perdition, et nous avons marché par des chemins difficiles, et nous avons ignoré la voie du Seigneur. Que nous a servi l'orgueil? Que nous a procuré l'ostentation des richesses? Toutes ces choses ont passé comme l'ombre, comme le courrier qui se hâte, et comme le vaisseau qui fend la mer agitée, qui ne laisse après lui aucune trace et aucun sentier dans les flots; ou comme l'oiseau qui traverse les cieux, et dont on ne peut distinguer la voie, mais seulement le bruit des ailes quand il frappe l'air léger, et s'ouvre ainsi une route dans le ciel : il a agité ses ailes, il a disparu; et après, nul vestige de son passage; ou comme la flèche lancée vers un but sépare l'air qui se réunit aussitôt, et sa route est inconnue. Ainsi nous sommes nés, et soudain nous avons cessé d'être, et nous n'avons donné aucun signe de vertu, et nous avons été consumés dans notre malice. — Tel est le langage des réprouvés en enfer. (Liv. de la Sagesse. 5, 1-44.)
2) Une tristesse et une désolation inexprimables, pour avoir perdu de leur propre faute le bonheur du ciel (S. Lac. 13, 25.) et s'être privés à jamais de la vue de Dieu. « L'enfer est épouvantable, dit S. Bernard, {Lib. 5, de Consid.) son nom réveille le frisson de la terreur, son souvenir nous écrase; mais tout ce qu'il y a de plus terrible c'est la privation de la vue de Dieu, privation qui est aussi grande que Dieu lui-même. »
Une comparaison de S. Jean Damascène,
Le plus grand supplice des damnés c'est d'être pour toujours privés de la vue de Dieu. S. Jean Damascène nous le montre dans la comparaison suivante: « Un aveugle, si florissante que soit sa santé, si grande que soit sa fortune, est toujours un homme malheureux qui mérite toute notre compassion. La seule douleur qu'il éprouve de ne pas pouvoir contempler, une fois au moins, ce magnifique univers, est si grande, qu'il s'en plaint sans cesse et que la vie n'est pour lui qu'un enchaînement de chagrins et de regrets. Par
;,ji) DE LA FOI.
là nous pouvons comprendre ce que doivent souffrir ceux qui sont exclus de la vision de Dieu et ne pourront jamais voir le Bien suprême, l'infinie beauté de Dieu dans sa source. Ils sont tourmentés d'une manière qui surpasse tout ce que notre imagination peut se figurer, outre le feu allumé par le souille de la colère divine, qui les brûle sans s'éteindre jamais. » {S. Jean Damascène Lib. 3.) •
3) L'affreuse compagnie des démons et de tous les réprouvés. Car en enfer brûle ce « feu éternel qui a été préparé pour le démon et ses anges. » {S. Mat th. 25, 41.) A tout cela il faut ajouter que
4) Les damnés au milieu des supplices et des tourments les plus insupportables, n'ont pas V espoir de les voir cesser ou diminuer; car « leur feu ne s'éteindra point et leur ver ne mourra pas. » Cette durée éternelle des peines de l'enfer est clairement exprimée aussi bien par {'Ecriture-Sainte que par la doctrine de VEglise. En effet, dans l'Ecriture il est parlé plusieurs fois d'un «feu éternel, » d'un « supplice éternel, » [S. Matth. 25, 41-46.) d'un feu inextingible « leur ver ne meurt pas ; et le feu ne s'éteint point, » (S. Marc. 9, 44-45.) et dans l'Apocalypse il est dit: « la fumée de leurs tourments montera durant toute V éternité. » ( Apoc. 14, 11.) L'hérésie qui prétendait que les peines des démons et des damnés finiraient un jour, a été condamnée solennellement par la voix infaillible de l'Eglise. Aussi tous les SS. Pères fournissent de nombreux témoignages en faveur du dogme de l'éternité des peines en enfer. Ainsi S. Grégoire le Grand écrit: « Aux damnés est réservée une mort qui ne meurt pas, une fin qui ne finit pas, une cessation qui ne cesse pas ; car leur mort vit, leur fin commence toujours, leur cessation ne cesse jamais. » S. Bonaventure exprime cette vérité en deux mots d'une effrayante énergie: « En enfer il y a une vie toujours
mourante et une mort toujours vivante. » Minutius-Felix avait dit avant lui: « Les peines de l'enfer sont sans bornes et sans mesure. Le feu y dévore les membres et les renouvelle, il les consume et il les nourrit. »
Le mauvais riche et le pauvre Lazare.
Au milieu de leurs tourments les damnés n'ont aucune espérance de les voir diminuer ou cesser. Cette terrible vérité, Jésus-Christ nous la met sous les yeux dans une parabole bien connue. « Un homme était riche, dit-il, vêtu de pourpre et de lin, et donnait tous les jours de magnifiques repas. Et un homme nommé Lazare mendiait couché à sa porte et couvert d'ulcères, souhaitant de se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche, et personne ne lui en donnait; mais les chiens venaient et léchaient ses ujcères. Or, il arriva que ce pauvre mourut, et qu'il fut porté par les anges dans le sein d'Abraham. Et le riche mourut aussi, et il fut enseveli dans l'enfer. Or, levant les yeux lorsqu'il était dans les supplices, il vit de loin Abraham, et Lazare dans le sein d'Abraham. Et, s'écriant, il dit: Abraham, mon père, ayez pitié de moi, et envoyez Lazare afin qu'il trempe l'extrémité de son doigt dans l'eau, et qu'il rafraîchisse ma langue, parce que je suis tourmenté dans ces flammes. Et Abraham lui dit: Mon fils, souvenez-vous que vous avez reçu les biens dans votre vie, et Lazare les maux. Or, maintenant celui-ci est consolé, et vous tourmenté. Et de plus, entre vous et nous il y a un abîme, et ceux qui le veulent, ne peuvent passer d'ici vers vous, ni venir ici du lieu où vous êtes. » Et le riche dit: « Je vous conjure, père Abraham, d'envoyer Lazare dans la maison de mon père, car j'ai cinq frères; afin qu'il les avertisse, et qu'ils ne viennent pas dans ce lieu de supplices.» Et Abraham lui dit : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu'ils les écoutent. » « Ils ne les écouteront pas, Abraham, mon père ; mais si quelqu'un des morts va vers eux, ils feront pénitence. » Or, Abraham dit: « S'ils n'écoutent ni Moïse ni les prophètes,
r;29 hL T.A FOÏ.
lia ne croiront pas quand même quelqu'un des morts ressusciterait. » (S. Luc. 16, 19-51.)
Les peines de l'enfer sont éternelles.
Le célèbre missionnaire Bridaine, prêchant un jour le carême à Avignon, avait pris pour sujet d'un de ses sermons: l'éternité de l'enfer. « Qu'est-ce l'érernité? s'écria-t-il de sa voix tonnante, le savez-vous? L'éternité c'est une pendule dont le balancier dit et redit sans cesse ces deux mots seulement, dans le silence des tombeaux: Toujours, toujours! — Jamais, jamais ! Et pendant ces effroyables révolutions, des millions de réprouvés s'écrient: « Quelle heure est-il? » et d'autres millions répondent : « l'Eternité ! »
{Gr. CalA&q.)
Oui, les peines des damnés doivent durer éternellement, 1) parce que l'injure faite à la majesté infinie de Dieu exige de sa justice un châtiment qui soit sans fin ; 2) parce que tous ceux qui meurent dans le péché, restent éternellement endurcis dans Jepéché; car, le péché demeure comme inclination, lors même que l'acte ne puisse plus être accompli. » [Innocent. III.) S. Augustin dit: « Quoiqu'en enfer il y aura l'aiguillon du remords, il n'y aura pas néanmoins d'amélioration dans la volonté. L'iniquité y est ponctuellement punie et néanmoins les réprouvés ne pourront ni aimer ni désirer la justice. » 3) Parce que Dieu, en vertu de sa sainteté ne déteste pas moins le mal qu'il n'aime le bien; et par conséquent il punit éternellement le crime, comme il récompense éternellement la vertu. 4) Parce que l'éternité des peines de l'enfer est un moyen efficace pour détourner les hommes du mal, surtout en secret. C'est pourquoi S. Chrysostôme a dit: « Dieu, même en créant l'enfer, nous fit une grâce, puisque parla il veut nous empêcher d'être méchants. »
Le Jurisconsulte et le Théologien.
Un docteur en droit ne pouvait comprendre comment un seul péché mortel qui parfois avait été commis en un instant, fut puni éternellement par Venfer ; il croyait ne pouvoir concilier cette sévérité avec la justice de Dieu. A cela un théologien lui répliqua: « Et pourquoi pas donc? La justice humaine n'agit-elle pas de même? Un assassin dont le crime a été quelquefois commis dans l'espace d'un instant, n'est-il pas puni de la peine de mort qui le sépare éternellement de la société civile et du genre humain ?»
Combieîi facilement on perd le ciel par un péché.
Un roi de Thrace, appelé Lysimaque, marcha avec une puissante armée contre un autre roi nommé Dromachites. Pendant sa marche, il arriva avec ses troupes dans une contrée déserte et sablonneuse où *il ne put découvrir la moindre source pour étancher la soif qui le brûlait. Environné de toutes parts d'ennemis, il était menacé de mourir s'il ne trouvait quelque filet d'eau bienfaisante. On eut beau chercher et sonder le terrain, on ne rencontrait que des couches sablonneuses; il fallait donc se résigner à mourir de soif, car impossible de se faire un passage à travers les colonnes ennemies qui formaient une chaîne immense. Dans cette extrémité, Lysimaque se vit obligé de faire à Dromachites les plus humbles propositions afin qu'il le laissât passer avec ses troupes exténuées, se résignant à accepter toutes les conditions qui lui seraient offertes. Son adversaire, connaissant sa position critique, lui proposa les conditions suivantes: Lysimaque aura la vie sauve, pourvu qu'il renonce à ses états et consente à se rendre comme esclave et sujet. Quelque exagérées que fussent ces conditions, l'infortuné prince les accepta et Dromachites lui envoya un vase d'eau. Mais à peine Lysimaque l'euMl vidé et étanché sa soif, qu'il se mit à pleurer, à gémir et à se lamenter: « 0 Dieux ! s'écria-t-il, qu'aije fait? Pour une gorgée d'eau, j'ai vendu mon royaume! Pour quelques gouttes, je me suis rendu esclave, moi qui naguères étais un roi puissant. » — Ce que fit ce roi idolâtre
:;m de la foi.
avec son royaume et sa vie, beaucoup d'hommes le font encore aujourd'hui quand il s'agit du bonheur étemel; combien n'en est-il pas qui donnent le ciel pourunpèchè qu'ils n'estiment même pas ; combien sont éternellement damnés, parce qu'ils n'ont pas voulu renoncer à une chose, souvent insignifiante- Comme l'esclave Lysimaque ils gémiront, ils se lamenteront aussi en enfer et diront: « Pour un peu d'eau j'ai vendu mon royaume et je suis devenu l'esclave de mon ennemi; pour une bagatelle j'ai perdu le ciel et je suis descendu dans les abîmes de l'enfer! » Ainsi le paradis que l'on peut gagner aisément, se perd aussi aisément.
Quel est donc le plus grand insensé?
Un jour un vieux père du désert fut interrogé par ses disciples, qui lui demandèrent quel était le plus grand insensé du monde, et il répondit: « C'est celui qui commet un, péché grave et qui échange ainsi un moment de plaisir contre une éternilé de supplices ; car qui sait, si Dieu lui donnera la grâce de se repentir sincèrement? Les plus grands insensés, en second lieu, sont ceux qui se mettent au lit en état de péché mortel, sans avoir fait un acte de contrition parfaite avec la ferme résolution de se confesser à la première occasion. »
{Gr. Cal. 11e q.)
Comme il y a différents degrés de bonheur chez les justes dans le ciel, ainsi il y a différents degrés de peines chez les damnés en enfer; car chacun y souffrira selon la mesure de ses péchés et l'abus des grâces qui lui avaient été accordées. « Il sera rendu à chacun selon ses œuvres et l'on exigera beaucoup de celui à qui l'on a donné beaucoup. » (S. Luc. 12, 48.)
{Gr. Cat. 12e q.)
Il est encore à remarquer que tous ceux qui seront damnés, le seront par leur propre faule; car tous les
hommes peuvent se sauver s'ils veulent correspondre aux grâces nombreuses que Dieu leur accorde. En effet n'est-il pas dit dans l'Ecclésiastique : « Devant l'homme sont la vie et la mort, le bien et le mal ; ce qui lui plaira, lui sera donné? » (15, 18.) S. Paul écrivait à Timothée: « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés; car il n'y a qu'un Dieu et un médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, qui s'est livré lui-même pour la rédemption de tous. » (1 Epît. 2, 4-6.)
Duns Scott et le paysan.
Elle est donc fausse et ridicule cette parole de ceux qui disent: « Si Dieu veut me sauver, je puis faire de mon coté tout ce que je veux, je serai sauvé; mais si Dieu veut me damner, toutes mes bonnes œuvres ne serviront de rien. » Pour montrer toute la fausseté de ce raisonnement nous emprunterons un trait à la vie du célèbre docteur Duns Scott de l'ordre des Franciscains. Un jour donc, il fut rencontré en chemin par un paysan qui jurait et blasphémait comme un démon, parce que ses bœufs refusaient d'avancer. Le religieux réprimanda gravement le campagnard à cause de son langage odieux et lui mit sous les yeux le danger dese damner éternellement s'il continuait de se livrer à cette coupable habitude. Mais notre homme n'en fut que plus exaspéré et réponditavec un stupide orgueil: « Que viens-tu me prêcher et me parler de damnation éternelle ? Si Dieu a résolu de me sauver, comme il doit le savoir dès maintenant, puisqu'il sait tout, j'irai infailliblement au ciel quoi que je fasse; mais s'il a résolu de me damner, tout ce que je pourrai faire ou omettre ne servira de rien, car je serai infailliblement réprouvé. Ainsi peu importe que je blasphème ou non. » L'homme de Dieu, après l'avoir écouté patiemment, lui répondit: « Mon frère, s'il en est comme vous dites, pourquoi venir ici avec vos bœufs pour labourer vos champs? Pourquoi ensemencer vos terres, pourquoi même vous fâcher contre vos bœufs? Si Dieu a résolu de vous donner une abondante
moisson, puisqu'il sait d'avance tout ce qui arrivera, cela aura lieu, que vous labouriez, que vous ensemenciez ou non, que vous fassiez travailler vos bœufs ou non. Si au contraire il a résolu de ne pas vous accorder de moisson, vous n'en aurez pas, malgré toutes vos peines et vos sueurs. Vous n'avez qu'à essayer; retournez chez vous, laissez vos terres en défriche, et quoique j'ignore ce que Dieu a résolu, je puis vous assurer que vous ne récolterez pas un épi de blé. Apprenez donc, que Dieu a résolu de vous accorder seulement ses fruits, à condition que vous fassiez le travail nécessaire pour en gagner, et Dieu a résolu de même de vous sauver à condition que vous observiez ses commandements, mais il vous réprouvera si vous menez une vie coupable. » A celte démonstration si claire, le paysan se rendit et se proposa de changer de vie. (Dr Brunner.)
Comparaison.
« Quelques-uns disent : si je suis destiné au ciel, j'y irai, quand même je commettrais le péché; mais si je suis destiné à l'enfer, j'y irai aussi; tout ce que je ferai ne servira de rien ; donc je n'ai pas besoin d'éviter le péché et d'acquérir des mérites. — Ce raisonnement est faux par sa base et complètement absurde. C'est comme si quelqu'un disait : Dieu voit et sait si l'année prochaine je ferai ma récolte ou non; donc il est inutile de labourer et d'ensemencer mes terres. S'il veut que je récolte, cela se fera, et s'il ne le veut pas, cela ne se fera pas non plus. Ou bien, c'est comme un malade qui dirait : « Si Dieu a résolu que je meure, je mourrai infailliblement, s'il n'a pas résolu que je meure, je ne mourrai pas non plus; donc je n'ai besoin ni de médecin ni de médecine. — Si Dieu sait que vous moissonnerez, il sait également que vous ensemencerez et que vous labourerez vos terres, afin de pouvoir y moissonner; donc il faut que vous ensemenciez et que vous labouriez. Or Dieu sait de même que si vous devenez saint, cela se fera par de bonnes œuvres; donc il faut que vous les pratiquiez; et s'il sait que vous serez un jour damné, il sait que ce sera à cause de vos péchés; conséquemment
vous devez les éviter. Ainsi l'abus de votre liberté, votre mauvais vouloir, et votre conduite coupable voilà les causes de votre damnation. » (Marchant.)
(Gr. Cat.\Z-i¥q.)
Nous avons donc examiné les quatre fins dernières : 1) la mort, 2) le jugement, 3) V enfer, et 4) le ciel (dans le 12e article du symbole), et c'est un exercice éminemment salutaire pour nous, de nous rappeler souvent ces quatre fins; c'est un moyen puissant pour éviter le péché et par conséquent la damnation éternelle. « Dans toutes vos œuvres, dit le sage Sirach, rappelez-vous vos dernières fins et vous ne pécherez jamais. » (Eccl. 7, 40.) C'est pourquoi S. Bernard nous donne cet avis : « Pendant votre vie, descendez souvent {en esprit) en enfer, afin que vous ne soyez pas forcé d'y descendre après votre mort!» Et S. Ambroise nous dit : « Descendez souvent en esprit dans votre tombeau, afin que vous détourniez vos yeux de la vanité et vous vous gardiez d'offenser Dieu! Parce moyen simple et facile vous gagnerez chaque jour une couronne immortelle aux cieux. » Un pieux écrivain ecclésiastique, Osiésius, nous adresse ces mots : « Nous devons penser à l'heure de notre mort, afin que nous y soyons préparés; car toute la vie de l'homme et toute sa sagesse doit être une préparation à la mort devant laquelle tous les sages trembleront un jour. — Nous devons penser au jour du jugement, afin de pouvoir y rendre comote de nos œuvres; car tous, qui que nous soyons, nous aurons à comparaître devant le tribunal de Jésus- Christ. — Nous devons penser à l'enfer, afin de ne pas éprouver un jour combien est vraie cette terrible parole d'isaïe : « leur ver ne mourra pas, et leur feu ne s'éteindra point. » — Nous devons penser au ciel, afin que nous ayons le désir de partager un jour la félicité et la joie
dont jouissent les saintsqui aiment par-dessus tout celui qui vit et règne d'éternité en éternité! »
En toute chose considérez la fin.
Un jour, d'après ce que raconte Laërte, parut sur le marché d'Athènes Diogène le cynique comme marchand. Il y a une élégante boutique au-dessus de laquelle on pouvait lire ces mots tracés en grands caractères : « Ici on vend la sagesse. » Un des principaux riches de la ville ayant appris cette nouvelle, appela un de ses domestiques et lui dit : « Vaten demander à cet étrange charlatan, combien de sag il vend pour trois sesterces? » Le domestique obéit. Diogène prit d'abord l'argent et lui donna alors la maxime suivante pour son maître : << En toute chose considérez la fin. » Celle sentence plut tellement à ce riche athénien qu'il la fit retracer en lettres d'or sur la porte de sa demeure. — L'église aussi tient en quelque sorte marché; dans le confessional et du haut de la chaire de vérité elle débite la doctrine rie la sagesse: « 0 homme! souviens-toi que tues poussière et que tu retourneras en poussière ! » — « Dans toutes vos œuvres, pensez à vos dernières fins, et vous ne pécherez jamais! » Mais il n'y en a qu'un par ci ou par là à qui celte sentence plaise, qui l'achète, qui se l'applique, qui l'inscrive, non sur la façade où sur la porte de sa maison, mais dans son cœur, qui l'y conserve et agisse d'après elle. « Ah! plût au ciel que les hommes fussent sages, qu'ils comprissent et reconnussent leur fin. » {Eggert. La sainte Messe.)
La tète de mort comme miroir.
Un prédicateur de l'ordre de Saint François était souvent envoyé de Paris en province pour y donner les sermons de carême. Or dans une des paroisses où il allait remplir les fonctions de son ministère apostolique, vivait une jeune fille très-coquette qui semblait avoir pris beaucoup de plaisir à écouter les instructions du bon père, mais qui n'en restait pas moins attachée aux vanités du monde. Un jour que le prédicateur était sur le point de retourner à Paris, elle Je
pria de lui apporter, Tannée suivante, un joli miroir. Le père le lui promit ; puis en s'en allant, il se dit : « J'offrirai à cette petite sotte un miroir qui ne flattera guère sa vanité. » En effet le miroir qu'il rapporta à la jeune fille était simplement une tête de mort, reste hideux d'une enfant du'monde, aussi insensée que celle qui devait se mirer dans ce miroir par excellence. « Eh bien! ma fille, lui dit le père en présentant le crâne décharné, reconnais maintenant combien tout est vanité en ce monde! Voici où se trouvaient les yeux si curieux qui jetaient partout des regards pleins de suffisance; voici la place des oreilles qui n'aimaient rien tant que d'écouter les flatteries;voici la bouche qui prononçait tant de'paroles inutiles; quesont devenus tousces instrumentsde la^vanité? Toute cette tête avec quel orgueil ne se pavanait-elle pas? et voyez maintenant à quoi elle est réduite, contemplez cette face hideuse! » — « Assez! mon père, assez! s'écria la jeune fille pâle et consternée, vous me faites frissonner! » — Convaincue de la vanité des choses qu'elle avait estimées jusqu'alors, elle rentra en elle-même, se purifia par une confession générale et se dévoua depuis lors uniquement au service de Dieu. II est donc bien salutaire de penser souvent aux quatre fins dernières de l'homme.
(Gr. Cat. lo«-16e q.) Nous terminons le symbole des apôtres par ces mots : « Ainsi soit-il! » voulant signifier parla que nous croyons fermement tout ce qui est contenu dans les douze articles du symbole, que nous voulons vivre d'après cette croyance et y mourir.
Les derniers moments d'un saint.
Cet <k ainsi soit-il » saint Jean Gualbert le prononça de cœur et de bouche, quand il fut étendu sur son lit de mort. Il désirait entre autres qu'on déposât dans son cercueil un testament et qu'on y inscrivît ces mots: « Moi, Jean, je crois et je confesse la foi que les apôtres ont prêchée et que les SS. Pères ont confirmée dans les quatre conciles. Quelle
CATÉC. PKÀTIQLE. T. I. -23
consolation, quel bonheur n'est-ce donc pas pour moi! L'étoile de l'espérance me sourit; la couronne delà foi brille de loin à mes regards; car quoique je ne sois qu'un pécheur et un grand pécheur, un serviteur inutile, cependant, par votre grâce miséricordieuse, ô mon Dieu, j'ai conservé la foi dans toute sa pureté, je l'ai aimée dès mon enfance et en ce moment je prononce avec joie ces paroles par lesquelles le concile de Trente termine la confession de foi: Cette foi sainte, catholique et romaine, que je confesse librement et publiquement, et hors de laquelle il n'y a point de salut, je veux la confesser et la conserver jusqu'à mon dernier souffle de vie; ainsi me soit en aide Dieu et son saint Evangile ! » (La couronne du ciel.)
Pratique. Vous le voyez, chrétien ! du commencement jusqu'à la fin, votre foi vous apprend que vous êtes au monde pourservir Dieu et sauver votre âme immortelle. Rappelez-vous souvent que vous n'avez qu'une âme; que si elle est perdue une fois, elle est perdue pour toujours. Hélas ! à quoi nous servent tous les plaisirs de la terre, si par là nous nous préparons une éternité de souffrances! « le plaisir d'un moment produit une éternité de tourments; à de courtes souffrances succèdent d'éternelles jouissances. »Qui donc refuserait ici-bas desouffrir, de combattre, de lutter si Ton se rappelle ces paroles de Jésus-Christ : « Le royaume du ciel souffre violence, et lesviolentsseuls le ravissent. » (S. Matth. 11, 12.) Ainsi encore une fois; rappelez-vous souvent qu'il y a une éternité, un ciel et un enfer, c'est pourquoi sauvez votre âme!
L'officier et le capucin.
Le comte suédois d'Oxenstiern (Junior) rapporte le fait suivant: « Deux gentilshommes français avaient été liés de la plus étroite amitié durant leurs études académiques, mais ensuite ils s'étaient complètement perdus de vue. L'un
d'eux qui était devenu officier de la garde royale, et avait, outre la prétention d'être un homme du monde élégant, celle d'être un esprit-fort, passa un jour le Pont-neuf de Paris, lorsqu'il y fit la rencontre de deux capucins dont le plus jeune attira toute son attention. Il fit quelques pas vers lui et lui demanda quel était le nom qu'il avait porté jadis dans le monde; et voilà que cet humble enfant de saint François était précisément son ami d'enfance, son ancien condisciple. Si cordiale que fût sa joie, il ne put cependant réprimer son désappointement en le voyant ainsi accoutré, ni retenir ses plaisanteries. Il considéra d'un air de pitié, pendant quelques instants, ce froc si misérable, cette bure grossière, ces sandales à peine attachées aux pieds, puis il dit: « Mon pauvre ami! Quel sacrifice as-tu donc été faire là? Que je te plains si tu es trompé dans ton attente, c'est-à dire s'il n'y a pas de paradis ! d
Le capucin qui comprenait où en était son ami, lui répliqua aussitôt: «Quant à moi, pour autant que je connais le monde, en tout cas je n'ai pas perdu beaucoup. Mais s'il y a un ciel et un enfer, comme la religion nous l'apprend, combien alors vous êtes à plaindre ! »
OMNIA SUBJECTA SUNTO JUDICIO SANCLE ECCLES1;£ CATH0L1CE.
Table des matières et Questionnaire.
Pages.
Préface de l'auteur i
Avertissement du traducteur v
Pour quelle fin, l'homme est-il au monde? 1
Noire fin dernière ne consisie-l-elle donc pas dans la possession et la jouissance des biens de ce monde? 4
En quoi consiste noire unique et vrai bonheur? 9
Pourquoi nous ont été accordés les biens de ce monde? . . . .40
Pour quel motif, Dieu nous prescril-il de le connaître, de l'aimer et de le servir? 14
Que deviendront ceux qui auront refusé de connaître, d'aimer et de servir Dieu ? ibid.
Conséquemment quelle est ici-bas la chose la plus nécessaire pour nous? 19
Que devons-nous faire pour connaître, aimer el servir Dieu, afin de parvenir ainsi au bonheur étemel ? 20
Où apprenons-nous surlout à connaître les vérités de la foi, les commandements et Ips moyens de salut ? 2t
Comment appelle-t-on le livre qui contient en abrégé la doctrine chrétienne? 22
De quoi traite donc le catéchisme? ibid.
Pratique . 23