Quel devoir nous incombe à cel égard
— Œ Tous les citoyens sont tenus de s'allier pour maintenir dans la nation le sentiment religieux véritable et pour, le défendre au besoin, si jamais une école athée, en dépit des protestations de la nature et de l'histoire, s'efforçait de chasser Dieu de la société, sûre par là d'anéantir bientôt le sens moral au fond même de la conscience humaine. » (Encycl. du 16 fév. 1S92.)
Césarisme-gallicanisme.
L'État n'est-il pas le maître suprême et l'Eglise n'est-elle pas dans l'Etat comme une corporation suhor dominée ?
— C'étaient là des doctrines du paganisme vieillissant et dégénéré. Les Césars n'étaient plus seulement des pontifes, ils étaient des dieux.
C'est une doctrine d'impiété et de révolte.
Le Christ, Fils de Dieu, est le maître du ciel et de \2i\.crïc.Do>jiijii est terra et plenitudoej'us. (Ps. xxiii.) Il a donné à son Itglise une mission souveraine et indépendante. « Toute puissance, a-t-il cHt, m'a été donnée au ciel et sur la terre. Hn vertu de ce pou-
CATICCIIISME SOCIAL I -^
voir, je vous envoie instruire toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du vSaint- Ksprit. Celui qui croira sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamne. » (Matth., xxviii.) Il a donné lui-même la constitution de son Église. Il a déterminé son but et son action. Il n'avait pas d'autorisation à demander à César.
L'Église est, dit-on, dans l'État. Il faut plutôt dire que l'Etat est dans l'Église, car l'Église franchit toutes les frontières. Ou, si l'on veut, l'I^glise est dans l'État comme l'âme est dans le corps, avec une vie supérieure et indépendante dans ses fonctions propres.
La doctrine des Césars est une doctrine d'abjection et de servitude. Elle prétend subordonner la société surnaturelle au caprice des gouvernants. C'est Dieu même, et l'âme et la morale qu'elle prétend asservir aux volontés d'hommes passionnés et dépravés.
Les Césars germains et les princes gallicans n'allaient pas aussi loin. Ils ambitionnaient cependant de faire du prêtre un vulgaire salarié et de l'Église un instrument de règne, une sorte de police morale. Ce serait pour l'Église de Dieu une situation humiliée et dégradante. (Cf. Lettres apost., t. II, P- 25.)
Libéralisme.
I. L'État n'est-il pas an- moiiis absolicme^it indépendant de l'Eglise^ de ma/iière que la condition la meilleure soit « L 'Eglise libre dans l'Etat libre » .'
— Le libéralisme a bien des nuances. 11 change souvent d'aspect comme Protée. Tantôt il proclame que l'Église et l'État sont deux sociétés complètement indépendantes et séparées et qui n'ont pas à se soucier l'une de l'autre. Tantôt il reconnaît avec les vieux légistes qu'il doit bien y avoir quelques relations entre ces deux sociétés, mais que l'État n'en est pas moins comme tel absolument indépendant de l'Église. « Le prince ne relève, disent-ils, que de Dieu et de son épée. »
Ce sont là des principes absolument faux. Ils ne tiennent aucun compte de la pensée et de la volonté positive de Dieu. Ils font violence à la nature des choses, en méconnaissant les devoirs essentiels et la fonction propre de Tlùat.
Dieu a donné à son Fils les nations comme les individus : Dabo tibi gentes héereditaiem tua??!. (Ps. II.) Et le Christ a envoyé ses apôtres porter
l'Évangile à tous les peuples : Emîtes docete oinftes gentes .
Le simple bon sens, d'ailleurs, n'enseigne-t-il pas que l'homme collectif, pas plus que l'homme individuel, ne peut légitimement se poser en dehors de la révélation chrétienne? Concevrait-on que Dieu, qui impose aux existences privées la règle supérieure de la religion, tint pour licite la sécularisation, c'est-à-dire l'apostasie de la société civile? La nature des choses proteste contre une pareille hypothèse.
L'Etat n'a-t-il pas d'ailleurs, comme nous l'avons dit déjà, une fin coordonnée au bien suprême de l'homme ? N'a-t-il pas pour mission de procurer à l'individu une aide et un secours pour accomplir sa destinée? Il trouve dans ses sujets des titres et des droits qu'il n'a pas créés, les droits de l'homme, du père, du chrétien. Il les doit couvrir de sa protection. Il réunit des individus qui ont une fin déterminée : mener une vie vertueuse. Il leur doit son concours pour marcher vers cette fin. Comment donc pourrait-il s'organiser sans tenir compte de l'Eglise et des fins surnaturelles qui dominent toute la vie humaine? Il doit connaître ces fins, il doit les apprendre de qui a mission de les enseigner. Il doit y conformer toute son action.
l6 CATÉCHISME SOCIAL
2. Mais la séparation ?i 'est-elle pas avantageuse à l'Eglise elle-même ?
— Ne voyez-vous pas que si l'Ktat ignore l'Eglise ou agit comme s'il l'igaorait, il ne tiendra aucun compte de ses lois ; il sera exposé à chaque instant à les violer et à tyranniser la conscience des catholiques ?
On nous objectera que l'I^glise a parfois souffert de la prétendue protection de l'Etat. Soit, mais faudra-t-il condamner toutes les institutions naturelles ou divines dont les hommes ont abusé ? Est-ce que les mauvais ménages justifient la loi du divorce? (Cf. Lettres apost., t, II, p. 187 et suiv.)
L'accord de l'Église et de l'État.
I . Quels doivent donc être les rapports de l'Eglise et de l'État?
— A la suite des grands théologiens et en particulier de saint Thomas et Bellarmin, Léon XIII nous rappelle que l'h-glise et l'iùat sont entre eux comme l'àmc et le corps.
0 L'esprit, dit Bellarmin, ne se mOlc [)as ordinaire-
ment aux actions de la chair. II la laisse faire toutes ses opérations ; m'anmoins quand elles entravent la fin de l'esprit, celui-ci commande à la chair et la réprime. — De même le pouvoir politique a ses princes, ses lois et ses juges, et le pouvoir ecclésiastique a ses évèques, ses règles canoniques et ses tribunaux. Celui-là a pour fin la paix temporelle; celui-ci la vie éternelle. Unis, ils forment un seul corps, et partant, ils doivent coexister de manière que le pouvoir inférieur soit subordonné au pouvoir supérieur. Par conséquent, le pouvoir spirituel ne s'immisce pas dans les affaires temporelles, à moins que ces affaires ne s'opposent à la fin spirituelle ou ne soient nécessaires pour l'obtenir. » [De Romano Poiiijjîce^ lib. XI, c. vi.)
Dans les choses qui par elles-mêmes et directement se rapportent au bien-être de la vie présente, comme les finances, l'armée, l'administration de la justice, le commerce, la paix publique, l'Etat jouit d'une véritable indépendance et peut agir en pouvoir suprême. Mais encore, dansées matières, l'Etat est-il oui ou non tenu de conformer ses actes à la loi morale et surnaturelle? Un catholique, un homme raisonnable peut-il répondre non ? Or, quel est l'interprète authentique, quel est le gardien officiel et le défenseur de la loi morale ? C'est l'Eglise, n'est-il
pas vrai. Si donc l'Etat s'égare, il appartient à l'Église de le reprendre.
L'objet propre et direct du pouvoir de l'Eglise, c'est le bien spirituel ; mais par voie de conséquence et indirectement elle peut intervenir d'autorité et sans usurpation dans les choses temporelles, quand les intérêts spirituels s'y trouvent mêlés. Elle peut élever la voix contre toutes les ambitions malsaines, pour condamner la tyrannie des princes et les révoltes des peuples, pour stigmatiser et infirmer les lois injustes et attentatoires à la morale et à la conscience chrétienne. (Bull. Unam sanctam ; et V*^ conc. de Latran.)
2. Donner ces droits à l'Eglise, n'est-ce pas introduire la confusion des pouvoirs ?
— Nullement. La coordination n'est pas la confusion. Le pouvoir paternel par exemple est bien distinct du pouvoir civil, et cependant n'arrive-t-il pas que riîtat doive pénétrer par l'action de la justice au foyer de la famille pour y faire respecter l'ordre social et les lois naturelles. C'est ainsi que l'Eglise peut intervenir pour soutenir contre les excès do la tyrannie les droits de Dieu et les droits des peuples.