Les libertés modernes sont-elles un progrès
— Non, c'est un amoindrissement et un relâchement des liens sociaux.
Il faut bien que les sociétés aient un dogme social qui soit le soutien de la législation. Les sociétés chrétiennes avaient admis comme dogme social le décalogue et l'Evangile. Elles punissaient le blasphème, la profanation du dimanche, voire même l'hérésie.
Aujourd'hui le lien social est fort restreint. Non seulement nous tolérons, comme il convient à une société divisée, les religions qui s'appuient sur le décalogue, mais nous voici arrivés à mettre Mahomet et Bouddha sur le môme pied que le Christ. Qui dit
que nous n'irons pas jusqu'à Moloch, qui demande des sacrifices d'enfants, jusqu'au mormonisme qui demande la liberté de l'adultère ? Nous avons tellement peur de n'être pas assez libéraux !
La propriété, la famille, une certaine retenue dans les mœurs, tels sont les dogmes qui sont encore plus ou moins protégés par notre code actuel. Mais le lien va toujours se relâchant et les derniers vestiges du décalogue pourraient bien s'en -aller par oîi ont passé les premiers commandements.
5. Ces libertés 11e soj/i- elles pas par/ois opportunes et mêwe nécessaires ?
— Oui. Dans une société moralement amoindrie comme la nôtre, dans une société bouleversée par les révolutions, où l'unité religieuse a été brisée, où des dissidences doctrinales se sont profondément enracinées, il convient que le pouvoir civil, dans la crainte d'un plus grand mal et dans l'intérêt tle la paix publique, accorde à l'erreur une tolérance plus ou moins large suivant les cas. L'Kglise, si pleine d'égards pour les circonstances et de ménagements pour les esprits, admet et pratique celte tolérance dans une juste mesure. (S. Th. 2'' ^'', q. 10.) Elle se réjouit même quand elle obtient sous un gouvernement hétérodoxe, comme eu Angleterre et aux lùats-
Unis, le bénéfice du droit commun et la liberté d'accomplir sa mission divine.
Ce n'est pas là l'idéal de la société chrétienne. Mais pour ceux qui vivent en de pareils temps, le devoir est d'user avec courage de ces libertés, de ne pas se soustraire à la lutte, de défendre et de propager l'Église sur le terrain où elle se trouve. (Cf. Lettres apost., II, 189 et suiv.)
Les concordats.