I. Que faui-il penser des concordats
— « A certaines époques, dit Léon XIII dans l'Encyclique Iinmortale Det, on voit prévaloir un autre mode d'assurer la concorde et de garantir la paix et la liberté réciproque des deux puissances; c'est quand les chefs d'Etats et les Souverains Pontifes se mettent d'accord par un traité sur quelques points particuliers. Dans de telles circonstances, l'Eglise a donné les preuves les plus éclatantes de sa charité maternelle, en poussant aussi loin que possible l'indulgence et la facilité des commandements. »
Ce régime concordataire est le plus favorable à la
paix, quand les circoas'taQces ne permettent plus la réalisation de la vie sociale chrétienne dans toute sa plénitude. Le concordat fixe les termes d'un modics viveîidi entre l'Église et l'Etat.
L'Église tient toujours en pareils cas les engagements qu'elle a pris. Elle ne se tiendrait pour dégagée des obligations qu'elle a souscrites, que si les circonstances et les besoins en vue desquels elle a consenti le concordat changeaient essentiellement. Mais trop souvent les gouvernements, abusant de leur force, violent de la façon la plus déloyale les plus solennels engagements.
2. Que devo)is-nous penser en pai-ticulier du co)icordat de iSoi , qui est encore plus ou moins en vigueur en France ?
— Il a été conclu en 1801 sous l'empire de la nécessité. Il a été bien vite faussé dans son application par les Articles Organiques, qui étaient une violation flagrante d'un traité à peine conclu. 11 a donné à notre pays pendant un siècle une paix religieuse telle quelle. Il ne constitue certes pas l'idéal et il demanderait une sérieuse révision.
Quant à réclamer sa dénonciation, c'est une mesure d'une trop grande portée pour qu'elle puisse être appréciée par nous. Le Pape seul en est juge.
11 voit les choses de plus haut que nous, et il est particulièrement assisté par Dieu pour des actes qui intéressent à un si haut point le bien de l'Eglise. (Cf. Lettres apost., II, 29, et 111, 121.
Les gouvernements de fait.
I. Devons-nous obéissance aux gouverneme)its de fait qui ne nous paraissent pas légitimes?
— Nous dirons d'abord qu'en théorie chacun peut préférer la forme de gouvernement qui lui convient. Les uns louent la stabilité et l'esprit de suite que procure la forme monarchique ; d'autres préfèrent le caractère plus égalitaire des républiques. L'Église nous laisse parfaitement libres dans nos préférences personnelles. Elle a rencontré dans l'histoire toutes les formes de gouvernement et les a toutes acceptées et consacrées. « On peut affirmer, dit Léon XIII, que chacune de ces formes est bonne en soi, pourvu qu'elle sache marcher droit à sa fin, qui est le bien commun pour lequel l'autorité sociale est constituée. « Il peut se faire, ajoute-t-il, que telle forme de gouvernement s'adapte mieux au caractère et aux
mœurs d'une nation ; et cela peut varier encore avec le temps.
Eu fait, la constitution politique de chaque peuple dépend des circonstances historiques. Les sujets sont tenus d'accepter ces gouvernements et de ne rien tenter pour les renverser, les révolutions étant un mal immense qu'on n'a pas le droit de provoquer. Il y a bien le cas d'une oppression insupportable qui irait à l'encontre du but même de la société et qui tendrait à sa ruine. Les théologiens les plus autorisés, saint Thomas, Suarez et Bellarmin estiment qu'en pareil cas la révolte serait légitime, mais ils estiment que, pour décider d'un cas de conscience si grave, les citoyens chrétiens devraient en référer à celui qui a la mission suprême de diriger les consciences dans l'Eglise.
Quoi qu'il en soit, il survient parfois des change* ments politiques dans les nations. Après une période d'anarchie, un pouvoir s'organise et rétablit l'ordre. Il devient le gouvernement de fait. Et l'ordre public est si nécessaire que ce gouvernement de fait reçoit de lui une sorte de consécration. C'est alors un devoir d'accepter ce gouvernement en vue du bien public, quelles que soi(.'nt les préférences personnelles de chacun, parce que l'insurrection a des conséquences trop déplorables : elle attise la haine entre les
CATECHISMIÎ SOCIAL
citoyens, elle provoque les guerres civiles, elle peut rt^'eter la nation dans le chaos de l'anarchie.
Ce grand devoir de respect et de dépendance persévérera, tant que les exigences du bien public le demanderont, puisque ce bien est, après Dieu, la loi première et dernière de la société.
2. Mais en acceptant le gouvernement de fait, ne donnons-nous pas notre approbation aux lois mauvaises dont il peut être l'auteur?
— Nullement. Il faut absolument distinguer entre le pouvoir et sa législation. Ce sont deux choses parfaitement distinctes. Le gouvernement de notre choix pourrait aussi faire de mauvaises lois et tous les gouvernements en ont fait. En acceptant un gouvernement de fait, nous pouvons et nous devons protester contre les lois mauvaises et faire notre possible pour qu'elles soient changées. Nous ne devons pas même une obéissance sans limites à toutes les lois édictées par le pouvoir. Une loi ne mérite ce nom que si elle est conforme à la raison et faite en vue du bien commun.
Le meilleur moyen pour améliorer les lois, c'est de prendre part à la vie publique dans toute la mesure de l'influence que nous pouvons avoir. (Cf. Lettres apost., III, p. ii6et suiv.)
Liberté, égalité.
1. L'Eglise n'esi-eUe pas l'adversaire de la liberté humaine?
— Nullement. Pour ce qui est de la liberté naturelle de choisir entre le bien et le mal, elle a toujours pour règle la loi de Dieu. Quand Tl^glise détermine et précise cette loi, quand elle use de ses sanctions pour la faire observer, elle ne détruit évidemment pas la liberté naturelle, elle l'aide à atteindre sa fin qui est d'obéir à Dieu pour mériter ses récompenses éternelles.
Pour ce qui est de la liberté civile et politique des peuples, l'Eglise l'a toujours favorisée et protégée. L'histoire l'atteste. Il suffit de rappeler l'esclavage, cette vieille honte des nations païennes, que les efforts et l'intervention de l'Eglise ont fait disparaître. L'Eglise s'est toujours opposée à la tyrannie et à la violence, sous quelque forme qu'elles se soient présentées.
2. L'Eglise a-l -elle cgaleinoit favorisé le règne de l'égalilé parmi les hommes?
— Oui, dans la mesure où celte égalité peut et doit se réaliser sur la terre.
CATliCHISME SOCIAI,
Jésus-Christ a proclamé le premier l'équilibre des droits et la vraie fraternité entre les hommes. A sa voix a répondu celle des apôtres, déclarant qu'il n'y a plus ni Juif, ni Grec, ni barbare, ni Scythe, mais que tous sont frères dans le Christ.
Sur ce point, l'ascendant de l'Kglise est si grand que partout où elle pose le pied, la rudesse des mœurs ne peut subsister longtemps. A la brutalité et à la barbarie succède bientôt le règne de la douceur et de la civilisation. L'Église ne cesse pas d'ailleurs de faire sentir son influence dans ce sens. Elle résiste aux caprices de l'iniquité, elle détourne l'injustice de la tête des faibles. Elle s'emploie à faire régner dans la vie publique des institutions favorables à l'équité.
Ce n'est pas là sans doute l'égalité chimérique rêvée par quelques-uns. La justice et la charité chrétienne laissent subsister les inégalités qu'impose la nature, mais elles en adoucissent toutes les conséquences et les rendent facilement supportables. (Cf. Lettres apost., t. II, p. 185.)
Démocratie.