PREFACE
La révélation chrétienne est contenue tout entière dans les livres du Nouveau Testament et dans la tradition apostolique. Mais l'Eglise a reçu du Christ la mission de conserver la révélation, de l'interpréter, de l'expliquer et de la définir dans le cours des siècles, suivant les temps et les circonstances.
Parfois l'explication des Ecritures et des croyances traditionnelles s'est faite paisiblement par l'enseignement ordinaire de l'Eglise et spécialement par les écrits des Saints Pères.
D'autres fois, c'est à l'occasion d'une lutte doctrinale, d'une hérésie grandissante, d'une erreur soulevée et répandue dans une région, que l'Église, par ses conciles ou par son chef suprême, et avec l'assistance du Saint-Esprit, a défini ses dogmes, expliqué sa crovance et condamné l'erreur.
C'est ainsi que l'enseignement de l'Eglise s'est développé, complété et affermi de siècle en siècle.
La divinité de Jésus-Christ était un dogme fondamental. Niée par les Ariens, elle est revendiquée et définie par le concile de Nicée en 325.
Le concile de Constantinople en 381 affirme la divinité du Saint-Esprit et la trinité des personnes divines.
Le concile d'Ephèse en 431 acclame la maternité divine de la sainte Vierge.
Le concile de Chalcédoine en 451 , les 2^ et 3^ conciles de Constantinople en 553 et 6S0, expliquent l'union des deux natures divine et humaine en Notre- Seigneur dans la personne du Fils de Dieu.
Divers conciles particuliers d'Occident suffisent avec l'enseignement de saint Augustin pour combattre les Pélagieus et sauvegarder le dogme de la grâce divine.
Le 2® concile de Nicée en 787 justifie le culte des saintes images.
Le 4*^ concile de Constantinople en 869 revendique la primauté du siège de Rome.
Les quatre conciles de Latran au xii"^ etauxiii° siècle s'opposent aux empiétements du pouvoir civil dans le domaine religieux.
Enfin le concile de Trente (de 1545 à 1563) donne à l'enseignement doctrinal de l'Église un développement magnifique. Il affermit ses bases en justifiant l'autorité de l'Écriture et de la Tradition. Il expose tout le plan et le sens de la vie chrétienne en expliquant et définissant la doctrine du péché originel, de la justification et des sacrements. Il porte son regard scrutateur jusqu'au delà de la vie présente en
décrivant le purgatoire et la communion des Saints. La grande hérésie du xvi'" siècle en essayant d'ébranler à la fois tout l'édifice de la doctrine catholique l'avait merveilleusement affermi.
Désormais, il restait peu à faire. Nous étions en possession de la vérité sur Dieu, la Trinité, le Verbe incarné, la rédemption, l'Eglise, son autorité, ses sacrements .
Mais, avec le xviii® siècle, c'est la société civile qui est ébranlée jusqu'à sa base. La fantaisie philosophique du Contrat social engendre la Révolution.
Au xix" siècle, l'hérésie politique de l'athéisme social s'affermit et l'erreur économique se propage. Le collectivisme s'annonce comme idéal et l'anarchie comme moyen.
Les catholiques cherchent la vérité politique et économique. L'Eglise y pourvoira. La tradition chrétienne garde en dépôt toutes les paroles de vie, pour les formuler à mesure que la société des enfants de Dieu en a besoin. L'Eglise va nous donner sa doctrine sociale.
Pie IX a commencé à déblayer le terrain dans sa grande Encyclique Quanta cura et son Syllabus du 8 décembre 1S64, en nous signalant toutes les erreurs sociales modernes et en nous disant : Là n'est pas la vérité.
Il nous signale le socialisme et le communisme (Syllabus, § 4), la négation des droits de l'Eglise et
l'hostilité de l'État envers elle (§§ 5 et 6), la morale indépendante (§ 6), les diverses manifestations du libéralisme contemporain ; et il nous répète : ce sont là autant d'écueils où la société civile va se briser, si elle n'écoute pas les avertissements de l'Eglise.
Après cette préparation, le concile du Vatican allait élever le magnifique édifice de la doctrine sociale du Christ.
D'après le plan tracé par les théologiens que Pie IX avait chargés de préparer les travaux conciliaires, le concile, après avoir rappelé les grands enseignements de la tradition sur la révélation chrétienne, sur la foi et ses rapports avee la raison et la science, sur Dieu, sur le Verbe incarné, sur la nature de l'homme et sur la grâce, aurait développé surtout la doctrine relative à l'Eglise.
Des décrets en préparation définissaient la nature de l'Église, ses propriétés, son autorité doctrinale et administrative. Puis la doctrine sociale de l'Église se développait sous les titres suivants :