Sous quels régiuies divers peut être placé le travail
— Trois systèmes principaux d'organisation du travail se disputent aujourd'hui les préférences de l'opinion.
Le travail abandonné aux caprices de la liberté individuelle peut être livré au hasard de la pleine et libre concurrence.
Il peut être réglé et coordonné dans un régime
modéré d'association, qui, tout en réglant sagement la liberté individuelle, respecte la juste indépendance de la personnalité humaine. C'est là le régime corporatif.
Il peut enfin être régi directement par l'Etat, qui en prescrit le mode et les circonstances et en distribue les produits. C'est alors le régime du socialisme collectiviste.
Nous traiterons séparément de ces divers systèmes d'organisation du travail. (Cf. Encycl. Renim novarum, passim.)
L'économie libérale ou le régime de la libre concurrence.
I. N'est-il pas juste que le travail marche librement et sans entraves à la conquête du bien-être et de la fortune?
— Depuis un siècle, nous essayons ce régime. La liberté industrielle est à peine mitigée par quelques lois restrictives. La Révolution a détruit l'ancienne organisation professionnelle.
Ce régime de la libre concurrence est regardé comme le meilleur par l'école économique libérale.
CATÉCHISME SOCIAI. 6l
En Angleterre ce système a reçu le nom de doctrine de Manchester. Il se résume dans cette devise : Laissez faire, laissez passer. En France, ses coryphées ont été Bastiat et Michel Chevalier.
Dans ce système, le travail et la production sont exemptés de toute réglementation sociale. La société s'en remet à la seule liberté individuelle du soin de réaliser Tordre économique.
Deux classes sociales restent en présence : celle des capitalistes et entrepreneurs ; celle des travailleurs sans capital, ouvriers et employés.
C'est la lutte sans merci : lutte pour la richesse chez les premiers, lutte pour la vie chez les autres. La victoire est aux plus forts.
C'est là une lutte odieuse qui nous ramène à la sauvagerie. Il n'y est tenu compte souvent ni de la justice ni de la charité. L'égoïsme seul en est la loi.
La concurrence peut avoir des effets utiles, mais à la condition qu'elle n'aura pas pour objet la subsistance nécessaire du travailleur et qu'elle restera juste et loyale .
L'intérêt individuel, renfermé dans de justes bornes pour qu'il ne dégénère pas en égoïsme sauvage, est un des mobiles du progrès.
Le salaire normal du travailleur doit être en dehors de la concurrence.
Bastiat et son école oublient la déchéance originelle, quand ils soutiennent que la liberté économique absolue produira nécessairement des résultats harmoniques. Cette harmonie ressemblera à celle du partage opéré par le lion de la fable. Le plus fort fera la loi au plus faible. Cette prétendue liberté sera pour le grand nombre la négation de toute liberté véritable.
Le socialisme collectiviste.
I . Le remède à cette liberté excessive est-il dans le collectivisme?
— C'est là un autre extrême. Le collectivisme supprime toute liberté. Il veut faire de l'Etat le seul patron, et de tous les sujets des esclaves ou des salariés. Les droits de l'individu, de la famille et des autres groupes naturels seraient anéantis. Les avantages de l'initiative privée, le stimulant de l'intérêt privé seraient perdus.
C'est un beau rêve de penser que le dévouement à l'intérêt général suppléera à tout. C'est méconnaître étrangement la nature humaine.
Nous parlons ici du vrai socialisme, du socialisme
collectiviste. Car il y a des politiciens qui prennent l'étiquette de socialistes et qui n'ont pas de doctrine sociale. Le socialisme véritable est toujours collectiviste. H supprime la propriété privée. Il met en commun les moyens de production et en attribue l'administration soit à l'Ktat, soit à la commune.
De plus le socialisme est toujours impie. II s'insurge contre l'Kglise, parce qu'elle ne ratifie pas ses attentats contre la liberté individuelle, la famille et la propriété.
2. Ces doctrmes odieuses so)ii-elles bien celles du socialisme ?
— Consultons leurs propres déclarations publiques. Voici leur profession de foi :
Pour la religion :
« Nous sommes de ceux qui croient qu'entre l'idéal socialiste et l'idéal chrétien l'antagonisme est irréductible. »
{Le Peuple, 28 juin 1892.)
« Les chrétiens ou les croyants de n'importe quelle espèce ne peuvent plus exister. Les églises, les chapelles, les couvents doivent être démolis et réduits en poussière, »
[Vooruit, 3 juillet 1893.)
Pour la famille :
« Tous les socialistes admettent que les unions de l'avenir doivent être fondées sur le choix libre et être résiliables quand le sentiment qui les inspire n'existe plus. >
(Benoît Malon, Socialisme intégral^ p. 372.)
« Le père n'a aucun droit sur ses enfants, il n'a que des devoirs envers eux. »
(Vandervelde, National, i"' juillet 1893.)
Pour la propriété et le capital :
4 Une révolution viendra. Cette révolution sera le souffle qui anéantira ce moribond, la propriété individuelle. La terre appartient à tous. Allons, Messieurs les propriétaires terriens, déménagez de bonne grâce, si vous ne voulez pas que nous vous donnions un coup de main ; la terre doit revenir à la collectivité! »
(Le citoyen Léo : Aux paysans.)
a Nous demandons que la propriété individuelle disparaisse ! »
(Smects, Conseil prov. de Liège, i9nov. 189^.)
« La Banque Nationale, elle aussi, périra, soyezen svus. Ou plutôt elle sera prise. Elle sera prise d'assaut par l'armée destructive des abus. >
(Edmond Picard, Le Peuple, 10 déc. 1S94.)
CATÛCIIISME SOCIAr. fij
« A l'œuvre, camarades ! Tout ce qui est capitaliste est l'ennemi. Debout ! travailleurs. En guerre ! la guerre à mort contre le capitalisme. A nous la direction des usines, du commerce et de l'agriculture. » (Anseele, chef socialiste gantois, au meeting socialiste, 20 sept. 1894, à Bruxelles.)
Pour la patrie :
« Tous en avant, au cri de : A bas le préjugé patriotard. »
(Smeets, député. Le Travail, nov. 1894.)
« Votre patrie est un territoire fermé... Cette patrie-là, nous ne l'aimons pas, nous la foulons aux pieds. »
(Vandervelde, à la Chambre belge, 7 déc. 1894.)
Pour les moyens à prendre, on im^era et dépassera la Terreur et la Commune :
« La révolution est une arme loyale, sinon légale, et nous saurons l'employer. La révolution que nous voulons, c'est celle de 1793, celle des Hébertistes, celle de 1871, celle des communeux, celle qui fauche, qui désagrège tout ce qui lui résiste. Citoyens, pensez bien à cela pour qu'au jour arrivé vous ne reculiez pas devant l'horreur des moyens et que vous alliez droit au but. »
(Almanach de la question sociale pour 1894.)
« Il y a vingt-quatre ans, le i8 mars, l'orient social s'embrasa des lueurs fulgurantes du soleil rouge de l'ère nouvelle... Nous sommes les héritiers de la Commune ; elle nous a transmis ses aspirations et nous a chargés de la venger...
« Elle est donc pour nous un symbole, la magnanime révoltée de 1871 ; elle représente le triomphe partiel, sur le terrain communal, de la classe dont notre parti ouvrier est l'expression :
î Ce]que voulaient les communards, nous le voulons aussi... Un jour viendra, proche et inévitable, où le ciel entier sera embrasé, où la justice et l'égalité auront pour toujours dissipé l'ombre que projette autour de lui le capitalisme : ce sera la résurrection de la Commune vengée et triomphante dans la révolution sociale. »
[Le Peuple, 18 mars 1895.)
« Les bourgeois doivent prendre garde : s'il venait un second Robespierre, il ferait peut-être mieux la besogne que le premier. »
(Basly, meeting à Bruxelles, 13 mai 1892.)
3, Quel serait en /ail la société de l'avenir ?
— Les socialistes ne s'expliquent guère sur leurs projets d'organisation.
D'après les programmes socialistes allemand,
français et belge, le collectivisme attribue à la société la propriété des fonds productifs et des instruments de travail. Qui sera propriétaire? L'État ou la commune.
Il s'ensuivrait que tous les hommes seraient fonctionnaires et que la société tout entière serait organisée comme l'armée . Maintenant, l'ouvrier qui ne travaille pas comme il le doit est renvoyé. Mais alors, toutes les industries étant aux mains de l'Etat, les renvois ne seraient plus possibles. Il faudrait donc les remplacer par la salle de police ou la prison. Le ressort de l'activité productive ne serait plus l'initiative individuelle, mais l'obéissance passive et la contrainte. Le progrès industriel ne serait plus stimulé par l'émulation et l'appât des affaires.
Ce serait en somme les travaux forcés ou le bagne pour tous.
Le régime corporatif.