La spéculafion est- cl le légitime
— Cela ne fait pas de doute pour la spéculation au sens ancien. Il n'y a guère de commerce sans un peu de spéculation.
La spéculation moderne ou l'agiotage est un jeu. Si elle exige de l'habileté et du travail, le jeu n'en exige-t-il pas également? Pour apprécier la moralité de cette spéculation, il faut se reporter aux règles du jeu. Un jeu intéressé est-il licite? Oui, mais à la condition qu'il se tienne dans les proportions d'une récréation honnête, qu'il soit modéré, qu'il exclue la passion et la fraude.
Ces conditions se rencontrent-elles dans l'agiotage? On ne peut guère le soutenir. Les spéculateurs n'accomplissent pas la grande loi du travail. Ils consomment leur temps et leurs facultés au jeu. Ils risquent la fortune de leur famille, qu'ils devraient respecter. Ils se laissent facilement entraîner à un jeu passionné et à des manœuvres frauduleuses. La fièvre du gain diminue chez eux le sens moral.
La spéculation est bien plus criminelle quand elle
opère à peu près à coup sûr, comme il arrive dans le cas de pression exercée sur les cours par la Haute-Finance ou par les coalitions et syndicats de la Haute-Banque. C'est alors une véritable spoliation des petits capitalistes,