La spéculation sicr les changes est-elle légitime
— Non. Quoiqu'elle s'exerce entre diverses nations, cette spéculation n'est qu'un vulgaire accaparement. C'est une piraterie. La Haute-Banque ne fait pas là un travail légitime.
Le commerce a une fonction providentielle, c'est de mettre en relations le producteur et le consommateur. Cette fonction mérite son salaire. L'accaparement est un abus de la force et de la richesse, ce n'est plus un travail utile. Cette oppression des faibles est une des formes de l'usure moderne.
C'est en somme le plus colossal brigandage de ce siècle. Des nations entières sont ruinées au profit de quelques capitalistes. Les nations à monnaie d'argent sont ruinées par le change ; chez nous l'agriculture et l'industrie sont ruinées par l'importation des pro-
duits étrangers à bas prix et les petits capitalistes sont atteints dans leurs épargnes par la banqueroute des petits Etats dont ils ont acheté naïvement les valeurs.
Protection et libre-échange.
I . La justice sociale est-elle intéressée à la question dit libre-échange ?
— Certainement. Les mesures législatives qui prescrivent le libre-échange ou la protection peuvent être oppressives, contraires à la justice sociale et distributive ou à l'équité.
Une protection exagérée des producteurs nationaux, agriculteurs ou industriels, peut être oppressive pour les consommateurs, qui auront à payer les produits à un prix trop élevé. Cela se comprend aisément.
Il n'est pas moins vrai que le manque de protectection, quand elle est nécessaire pour les industries nationales, est opposé à la justice légale.
Toute industrie peut réclamer, à certaines époques , une protection au moins temporaire. Dés lors qu'une industrie nationale est mise en péril et qu'elle est disposée à sombrer brusquement par suite de la con-
currence étrangère, elle doit être protégée au moins temporairement, jusqu'à ce que les producteurs aient le temps de se retourner, d'améliorer leur production ou de chercher une autre entreprise. La justice légale a pour objet, en effet, le bien commun. Ceux qui l'exercent doivent pourvoir à ce que tous les travailleurs d'une industrie, entrepreneurs et ouvriers, ne soient pas privés brusquement des ressources nécessaires.
Pour certaines industries, la question est tout autre. Il y a un intérêt politique majeur à ce que certaines industries, comme celles qui produisent le blé, la viande, le fer, ne fassent jamais défaut à une nation. En cas de guerre, toute nation doit trouver chez elle ces ressources nécessaires qu'elle ne pourrait peutêtre pas obtenir de l'étranger.
La question de l'agriculture mérite une étude toute spéciale. Il y a un grand intérêt social et moral à ce qu'elle soit prospère. La vie rurale n'est-elle pas pour une population la plus sûre garantie de sa vigueur physique, de la conservation de ses traditions et de ses mœurs, de l'amour du foyer, du dévouement à la patrie ?
Nos campagnes donnent au moins 50 pour 100 d'hommes valides à la conscription, et les cités industrielles n'en donnent pas plus de 25 pour 100.
126 CATÉCHISME SOCIAI-
Nous ne referons pas ici le sombre tableau du foyer de nos ouvriers d'industrie, où toute une famille s'entasse dans une mansarde insalubre, où la femme retenue à l'usine n'a plus la facilité de remplir ses devoirs d'épouse et de mère. Là, les santés s'étiolent par la mauvaise alimentation, par l'alcoolisme, par l'insuffisance de l'air respirable. Comment garder dans une vie agitée, dans l'instabilité du foyer, les traditions et les souvenirs les plus sacrés ? Les âmes s'émoussent et ne vibrent plus que sous l'impression violente du drame réel ou imaginaire dont le journal quotidien apporte le récit. Adieu les habitudes séculaires, le souvenir des aïeux, les légendes 'patriotiques ! Rien ne parle plus à ces âmes de tout ce qui constitue la patrie : la terre natale, la maison de famille, le tombeau des ancêtres, le clocher et ses traditions.
Lors même que l'industrie recevrait une organisation meilleure, elle serait toujours au second rang pour la conservation physique et morale de la race. Il en est de même du coinmcrce.
La meilleure condition pour la prospérité d'une nation civilisée, c'est une juste proportion entre toutes les formes de l'activité humaine. L'industrie et le commerce sont des instruments de richesse ; l'agriculture conserve davantao;e la vigueur de la
race, les habitudes religieuses, les mœurs, les caractères, les traditions. L'agriculture reste au premier rang des organismes producteurs.
C'est donc un devoir grave pour tous ceux qui ont part à l'autorité sociale de protéger l'agriculture et de tout faire pour qu'elle ne s'effondre pas dans la ruine.
L'objection par laquelle on reproche à la protection agricole de nuire aux consommateurs et 'au commerce est peu fondée. Ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui constituent la majorité des consommateurs et des acheteurs. Le commerce extérieur de la France ne dépasse pas lo milliards par an, le commerce intérieur s'élève à environ 60 milliards. Or, comment les agriculteurs achèteront-ils, si l'agriculture est dans le marasme ?
La prospérité d'une nation exige donc que l'agriculture soit protégée dans la mesure où elle en a réellement besoin. Des mesures financières doivent protéger les produits du sol, ccmme les lois d'impôt, de succession et d'enregistrement doivent protéger le sol lui-même et particulièrement la petite propriété.
Le régime de la propriété.