B. - LA BARBARIE : SON ÉDUCATION
Les invasions : les évêques défenseurs
des cités.
La marche ascendante de la société romaine vers la liberté allait se heurter aux invasions barbares et subir un retard de plusieurs siècles. 11 semble que les résultats de cinq cents ans de travail et de lutte de l'Église vont être détruits et que tous les progrès accomplis vont être anéantis.
« L'ancien monde allait subir une transformation complète. La culture la plus raffinée se trouvait en face de la férocité barbare, l'énergie des robustes enfants des forêts en face de la mollesse efféminée des peuples méridionaux : l'issue de la lutte ne pouvait être douteuse, lois, coutumes, mœurs, monuments, arts, sciences, tout était en péril ; un pressentiment universel annonçait la ruine prochaine des dominateurs du globe. > (Hubault : Grandes époques de la France. \
Mais voici que les barbares ont envahi villes et campagnes, dévastant, pillant tout sur leur passage et massacrant les habitants.
« La foule, dont la terreur est au comble, se porte alors à la maison de l'évêque. On appelle à grands
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cris celui qui, dans le désordre des temps, était devenu le conseiller, le tuteur, la providence visible, pour ainsi dire, de tous les malheureux. L'évêque, vieillard vénérable, paraît, entouré des prêtres qui l'assistent dans les devoirs de son ministère. En cette crise suprême, il n'a pas fui le danger, car l'âme du christianisme, c'est le mépris de cette vie et l'amour de l'autre. Il se montre ému des lamentations de la foule; mais la majesté calme et digne de son attitude semble marquer qu'il n'est point de péril au-dessus de son courage. Il dit qu'il n'a pas de soldats à opposer à l'ennemi, que le seul refuge au milieu des maux qui menacent la cité est dans la pénitence et la prière. Confiant, néanmoins, dans la protection de Dieu, dont il est le ministre, il ira audevant des barbares; il leur parlera au nom du Tout- Puissant, de Celui qui est maître des coeurs et les apaise quand il lui plaît. » {Ibïd.)
Le Souverain Pontife Léon le Grand allait luimême au-devant d'Attila et l'arrêtait à Padoue. Aignan d'Orléans, Loup de Troyes et d'autres encore arrêtaient les barbares aux portes de leurs villes.
Les évoques avaient depuis Constantin une certaine juridiction dans la cité. Ils intervenaient dans les affranchissements, dans les mariages, on en appelait à eux en bien des causes. Ou leur avait donné
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le lilre de défeuseurs des villes. Les barbares après les Romains vinrent se ranger sous leur juridiction paternelle .
« L'Église, dit Michelet, fut un immense asile ; asile pour les vaincus, pour les Romains, pour les serfs des Romains; les serfs se précipitèrent dans l'Église; plus d'une fois on fut obligé de leur fermer les portes ; il n'y aurait plus eu de bras pour cultiver la terre. Asile pour les vainqueurs : ils se réfugièrent dans l'Église contre le tumulte de la vie barbare, contre leurs passions, leurs violences, dont ils souffraient autant que les vaincus. Ainsi, les serfs montèrent à la prêtrise; les fîls des rois, des ducs descendirent à l'épiscopat; les petits et les grands se rencontrèrent en Jésus-Christ. En même temps, d'immenses donations enlevaient la terre aux usages profanes pour en faire la dot des hommes pacifiques, des pauvres, des serfs. Les barbares donnèrent ce qu'ils avaient pris; ils se trouvèrent avoir vaincu pour l'Église. Et il en devait être ainsi; comme asile, l'Eglise avait besoin d'être riche. Les évêques devaient marcher de pair avec les grands pour en être écoutés... » {Histoire de France^ t. P^)
C'est là un aperçu du rôle magnifique que l'Eglise a rempli dans ces temps troublés de l'invasion barbare.
« L'évêque, dit Guizot, était devenu le chef naturel des habitants des villes, le véritable maire. Souvent l'évêque avait le titre de défenseur : defoisor. C'était aux évêques que s'adressaient les provinces, les cités, toute la population romaine pour traiter avec les barbares. Ils passaient leur vie à négocier, à correspondre, à voyager, seuls actifs et seuls capables de se faire entendre dans les intérêts soit de l'Eglise, soit du pays. > {Essaïs, ch. ii.)
Transformation et organisation du monde barbare.
Tout était à faire pour civiliser les barbares ; il fallait transformer leurs âmes, changer leurs mœurs, les accoutumer au travail, à l'étude, à l'agriculture, aux métiers.
On sait ce qu'ont fait chez nous saint Rcmy et ses disciples pour instruire les Francs, pour adoucir leurs mœurs, pour les initier aux usages de la civilisation romaine.
On sait auvssi quel puissant foyer de travail était le monastère fondé par saint Martin à Tours. On y copiait des livres, on y donnait l'exemple de la culturc et des métiers. Tous les arts y étaient cultivés.
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En Allemagne, en Normandie, en Angleterre, ce sont les moines bénédictins qui ont été les grands civilisateurs.
En Allemagne, les chroniques anciennes nous disent que les moines ouvrirent des écoles et persuadèrent aux populations de défricher une partie de leurs vastes forêts, de se grouper et de se mettre à la culture et aux métiers. La grande abbaye de Fulda fonda à elle seule quinze mille métairies et y installa des colons.
On peut dire que l'Allemagne doit toute son organisation sociale aux moines bénédictins.
Avec l'enseignement de l'iù'angile et le travail de la terre, les mœurs se transformaient. On vit disparaître, disent les chroniques germaines et saxonnes, la férocité de caractère, la piraterie, la polygamie, les sacrifices humains; et la religion apporta avec elle des mœurs polies et la richesse.
L'Eglise a su faire de RoUon, le cruel Normand, un sage législateur; des Goths et des Vandales, la chevaleresque Espagne, amie des Lettres et des Beaux-Arts.
Les évêques avec les moines ont fait l'Europe.
En France, au vi® siècle, époque d'organisation générale, les évêques tiennent plus de cinquante conciles pour l'établissement du droit chrétien.
Ce travail se continue pendant le cours des siècles suivants. Au xf siècle, nouvelle période de transition, l'épiscopat français tient plus de quatre-vingts conciles. Il pourvoit à raffranchisseraent des serfs, à l'organisation des communes et des corporations. Les Conseils de métiers, les Conseils communaux, les Etats provinciaux et généraux sont imités de l'organisation ecclésiastique, comme le remarque M. Guizot.
Les évêques ont fait la France comme les abeilles font une ruche.
Cf. Montalembert : Les moines d'Occident;
Guizot : La civilisaiion ;
Ribot : Rôle social des idées chrétiennes.
L'œuvre des moines.
Comment les anciens monastères sont-ils devenus possesseurs d'une grande étendue de notre sol?
Les rois, les princes, les seigneurs leur cédaient des terres, qui étaient le plus souvent des déserts incultes. Ils les fertilisaient par leurs sueurs, leurs travaux et leur incomi)arablc habileté de cultivateurs. L'abondance arrivait dans un pays qui auparavant ne produisait rien. Les habitants venaient s'y
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fixer. Ces conquêtes du sol par les moines se firent toujours cruce et arairo, par la croix et la charrue, par la souffrance, par l'abnégation, par l'obéissance absolue, par la prière et le travail. (Le comte Beugnot : Revue Française.^
Nos beaux vignobles de France, dit Montalembert, sont dus au travail des moines.
Les abbayes, dit Mignet, abritaient des métiers de tous genres. Il y avait là des exemples d'industrie et d'activité pour le laboureur, l'ouvrier et le propriétaire. [Métnoïres de l' Académie des sciences morales, t. m, p. 673.)
A Marmouiiers et ailleurs, la copie des manuscrits était le seul travail manuel autorisé par la règle pour les religieux de chœur. Qu'on juge le nombre de volumes qu'un pareiLusage doit produire ! Nous devons aux moines la conservation de tous les monuments écrits de l'antiquité.
TV Èvêques et moines protecteurs de la liberté.
Les princes barbares avaient incliné leurs fronts sous l'eau du baptême, et leurs peuples les avaient suivis. iMais ces races vigoureuses n'allaient pas être transformées en un jour. Il faut plusieurs générations
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pour que la grâce produise tous ses effets et change les mœurs d'une nation. Quelques âmes d'élite correspondent pleinement à l'action divine, mais la masse du peuple n'est atteinte qu'à la surface et ne se laisse modifier qu'à la longue.
Il fallut à l'Église beaucoup de patience et de condescendance pour faire l'éducation des barbares, mais il lui fallut aussi souvent une courageuse fermeté.
Souvent les instincts barbares reprenaient le dessus chez les princes comme chez le peuple. Les évêques et les moines intervenaient pour faire respecter la justice et la liberté.
Clovis en s'avançant contre les Wisigoths laissait à ses soldats la liberté de piller les champs et les maisons du peuple des campagnes. Le pieux ermite saint Maixcnt quitte sa solitude, va trouver le prince et revendique vigoureusement les droits de la justice. Clovis s'incline et fait cesser le désordre.
Saint Yrieix, abbé d'Atane en Limousin, intervenait auprès des princes mérovingiens quand les peuples étaient opprimés et rançonnés [)ar des tailles et des tributs excessifs. Il vint un jour jusqu'à Braine auprès de Chilpéric. Celui-ci était malade de la fièvre, il fit introduire le pieux moine, pensant obtenir sa guérison par les prières du serviteur de
Dieu. Mais Yrieix ne songea qu'à l'entretenir du but tle son voyage. Le roi, touclic ou effrayé par les remontrances du moine, lui livra les rôles des contributions qui pesaient si lourdement sur le peuple. Alors l'abbé fit allumer un grand feu et brûla de ses propres mains les funestes registres en présence d'une foule nombreuse, et le roi guérit, comme saint Yrieix le lui avait annoncé.
Saint Nicet, abbé de Saint-Maximin à Trêves, reprenait avec une sainte liberté les vices du roi Thierry d'Austrasie. Ce prince ne s'en offensait pas et concourut même à faire élire Nicet évèque de Trêves. Mais comme les grands de la cour accompagnaient Nicet à Trêves, ils lâchèrent leurs chevaux à l'heure du repas dans la moisson des pauvres. A cette vue, Nicet leur, dit : « Chassez vos chevaux de la moisson du pauvre ; autrement je vous retrancherai de ma communion, s Mais ils lui répondirent en colère : « Que dites-vous là ? Comment ! vous n'avez pas encore la dignité épiscopale et déjà vous menacez d'excommunication. * — a II est vrai, dit-il, que c'est le roi qui me lire du monastère pour me faire sacrer évèque. La volonté de Dieu s'accomplira, mais la volonté du roi, par l'opposition que j'y mettrai, ne s'accomplira pas pour toute sorte de mal. s Et il courut lui-même chasser les chevaux de
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la moisson. Ce langage et cette conduite inspirèrent de l'admiration à toute son escorte. (Rohrbacher, t. IV, p. 132.)
vSaint Léger, évêque d'Autun, reprochait à Childéric II, roi d'Austrasie, l'immoralité et les pillages de ses soldats; et le roi y portait remède.
On pourrait citer cent traits de ce genre, mais cette courte apologie sociale de l'Eglise n'est pas une histoire complète, c'est une indication donnée aux hommes de travail.
rt Les Germains, dit Ozanam, voyaient avec étonnement cette magistrature pacifique, ces hommes en vêtement long, un bâton dans une main, un livre dans l'autre, qui entraînaient la multitude par leurs discours, qui, en se rendant les serviteurs des ignorants et des faibles, devenaient les maîtres des grands, et qui, après soixante ans de fatigues, allaient se faire tuer chez les païens, d'où on rapportait leurs ossements pour les mettre sur les autels. {Civilisatioîi chrétioine, ch. vu.)
a Jamais hommes, dit Montalembert, ne connurent moins que les moines la crainte du plus fort, ni les lâches complaisances envers le pouvoir.
Œ Au sein de l'obéissance et de la paix du cloître, il se formait chaque jour des cœurs trempés i)our la guerre contre l'injustice, d'indomptables champions
du droit et de la vérité. Les grands caractères, les ccinirs vraiment indépendants ne se trouvèrent nulle part plus nombreux que sous le froc... » {Moines d'Occident, t. 11.)
La famille chrétienne.
Nous avons vu déjà comment TÉglise sous les Romains avait relevé la femme et l'enfant.
a La législation canonique, remarque César Cantù, favorisait la femme. C'était une conséquence de son égalité avec l'homme devant la religion. Elle lui permettait d'ester en justice devant les tribunaux ecclésiastiques pour les questions de dot et de séparation. T>
Que d'exemples fameux de la protection accordée par l'Eglise à la femme dans l'histoire ! L'Eglise est attentive à réprimer tout excès. Elle frappe les grands comme les petits quand c'est nécessaire. Il suffira d'en citer quelques exemples.
C'est Lothaire II, roi de Lorraine, qui avait répudié Teutberge en 865 pour épouser Valrade. L'épouse répudiée injustement en appela au pape Nicolas, qui obligea Lothaire à la reprendre, sous peine d'excommunication.
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C'est Robert le Pieux qui est excommunié en 998 pour avoir épousé Berthe, sa parente au degré prohibé. II se vit contraint de la répudier et il épousa Constance d'Aquitaine.
Philippe I"' avait répudié sa femme Berthe, dont il avait quatre enfants, pour épouser Bertrade, une femme mariée qu'il avait enlevée. Il fut excommunié par le concile d'Autun et revint à résipiscence.
Philippe- Auguste avait renvoyé sa femme Ingelburge pour épouser Agnès de Méranie. Le pape Innocent IV lui fit reprendre Ingelburge.
Toujours l'Église protégea les droits de la femme contre toutes les violences.
N'est-ce pas pour avoir résisté aux fantaisies matrimoniales de Henri VIII que le Saint-Siège vit l'Angleterre se détacher de lui ?
Partout chez les peuples nouveaux la prédication de l'Evangile amène avec elle le respect de la femme et de l'enfant.
L'instruction populaire.
L'instruction, réservée chez les païens aux classes nobles et riches," est descendue grâce à riîglise parmi les pauvres et les petits.
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L'l{tat montre aiijourcriiui du zèle pour les écoles aulnut i)ar politique et par esprit de rivalité envers TK^^lise que dans l'intérêt du peuple. Le christianisme, au contraire, a toujours enseigné les pauvres. Dès (ju'il fut libre, ce fut là son œuvre de prédilection.
Le concile de Vaizon en 529, celui de Tours en 576, et d'autres encore, ont prescrit aux prêtres des paroisses de tenir école.
Chaque abbaye avait son école où les enfants recevaient une instruction gratuite.
« De tous les barbares établis dans l'empire romain, dit Le Blant dans son ouvrage sur les inscriptions chrétiennes de la Gaule, nous n'avons pas une seule inscription qui ne soit pas chrétienne, ce qui prouve qu'à cette époque, christianisme et civilisation sont synonymes. »
C'est intéressant de rappeler, en face de l'œuvre de l'Eglise parmi le peuple, quelques mots intimes, où les plus grands déclamateurs contre la foi ont exprimé, à l'abri des yeux de la foule, leurs véritables pensées.
Voici par exemple quelques extraits des lettres de Voltaire : « Le laboureur et le manouvrier ne méritent pas d'être instruits ; c'est assez pour eux de manier le hoyau, le rabot ou la lime. » — « Il est
essentiel qu'il y ait des gueux ignorants. » — « Ce n'est pas le manœuvre qu'il faut instruire, c'est le bon bourgeois. »
L'œuvre de l'Église n'a pas eu d'interruption. Le savant Ampère disait à l'Institut en 1S37 : t Charlemagne a probablement établi plus d'écoles primaires qu'il n'en existe aujourd'hui, s Chaque prêtre de campagne en avait une.
Taine a dit : i Avant la Révolution, les petites écoles étaient innombrables en France. » [Origines de la Frafice contemporaine, t. I, p. 213.)
VU Le servage et le colonat.
A partir du v° et du vi° siècle, pendant que les esclaves domestiques ou professionnels étaient libérés, les esclaves de la terre devenaient des colons. Ils n'avaient plus de l'esclavage que le lien qui les attachait à la terre. C'était une heureuse transition. Le colon était intéressé à la culture. Moyennant une certaine redevance, il restait possesseur des fruits. 11 avait tlonc intérêt à produire beaucoup. 11 possédait les droits de famille et la propriété de son pécule.
Le servage a pris son origine dans le colonat.
Après que les barbares eurent fait la conquête de l'Empire, ils se partagèrent le sol envahi. Mais les migrations et les invasions presque incessantes qui se i)roduisaient rendirent indispensable la nécessité d'une division de la population en deux parties : la première qui défendrait le pays et l'autre qui se livrerait à la culture. Ce fut l'origine de la féodalité et du servage.
Il fallait que les cultivateurs pussent vivre en paix sur leurs terres. Pour la garantie paisible de cette possession, les cultivateurs s'engagèrent à nourrir ceux qui étaient chargés de la défense du sol : d'un côté donc, le seigneur soldat ; de l'autre, le serf cultivateur et pourvoyeur de subsistances : il y avait échange de services.
Le serf vit sur une terre de laquelle il tire sa subsistance, mais dont il n'a que la jouissance et une sorte de demi-propriété. Le patron la lui a concédée en se réservant le domaine éminent.Pour reconnaître les droits de son associé, le serf partage avec lui ses fruits. (Cf. de Mauléon, L'Eglise et le droit romain^
« Si le seigneur, dit Le Play, a des droits, il a aussi des devoirs. Si les serfs et les tenanciers, en échange de la terre qu'ils ont reçue, sont soumis à la dîme et à la corvée, c'est-à-dire obligés de donner une
faible partie de leur blé, de leur bétail et de leurs travaux à leurs seigneurs (sorte d'impôt bien inférieur à celui que les paysans paient aujourd'hui sous d'autres formes), à son tour, le seigneur est obligé de défendre les champs, la vigne, les troupeaux, la personne des serfs et tenanciers, et de les secourir dans leurs pertes et accidents. » (^Réforme sociale.)
Quand les seigneurs molestaient leurs serfs, ceuxci recouraient à l'Eglise et se mettaient sous sa protection.
Dès le X® siècle, l'usage s'établit de former des communautés entre serfs, sorte de syndicats, qui obtinrent la personnalité civile et purent se défendre contre l'oppression des seigneurs. Ce fut le point de départ de cette prospérité incomparable qui s'épanouit au xii° siècle et qui amena dans nos campagnes une grande aisance et un accroissement tel de la population qu'elle égala probablement celle d'aujourd'hui. (Oscar Havard, Le moyen âge.)
Saint Louis diminua notablement le servage en mettant les tenanciers en possession des terres abandonnées par les croisés.
Louis XI lui porta le dernier coup en déclarant que tout Jiomme doit naître franc. Les serfs se rachetèrent et devinrent roturiers ou vilains.
On disait au xviif siècle des laboureurs. Ils s'al-
liaient avec la petite noblesse et partageaient les droits du Tiers-Etat.
Cette libération des colons et des serfs, accomplie en France par rinllucncc de l'Eglise, ne devait-clk' pas se faire attendre jusqu'à nos jours en Russie, où l'influence de Rome ne pénètre pas, et en Irlande où pèse le joug de l'Angleterre protestante ?
Cf. Allard : Les esclaves chrétiens : esclaves, serfs et maiiimoriables.