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C. - LA PÉRIODE FÉODALE : LES GRANDES LUTTES DE L'ÉGLISE

La formation des barbares allait s'achever par l'organisation de la féodalité, sous laquelle la chrétienté, après avoir soutenu une lutte suprême contre l'Islam, contre le despotisme et l'usure, allait atteindre un nouvel apogée bien supérieur à celui du v® siècle par l'étendue de la science, par l'organisation sociale et par l'éclat de lart chrétien.

La noblesse et la chevalerie.

L'organisation féodale eut lieu sous Tinlluence chrétienne.

Dès le vni® siècle, saint Léger, évêque d'Autun,

s'adresse ainsi au roi et aux seigneurs francs : a Seigneur roi et vous princes, par la régénération du saint baptême et par l'humaine condition, vous êtes les frères de ces malheureux et leurs semblables. Aimez-les comme tels, vous souvenant que les miséricordieux obtiendront miséricorde. »

Ces sentiments inspirés par l'Eglise à ses nouveaux fils spirituels portèrent leurs fruits de justice et de liberté. L'organisation féodale en est la preuve. Les auteurs s'accordent à dire que, loin d'avoir été une oppression, elle fut plutôt une délivrance. » La féodalité, dit Augustin Thierry, était un lien naturel de défense entre les seigneurs et les paysans voisins, lien qui avait pour origine, d'un côté le don, de l'autre, la reconnaissance et la fidélité. »

La féodalité, telle qu'elle sortit de l'influence cléricale, fut une immense confédération où chacun avait à son tour des droits et des devoirs. Malheureusement elle dégénéra eu même temps que le sentiment chrétien.

La chevalerie est aussi une institution protectrice qui doit son origine à l'Eglise. C'est une sorte d'ordre religieux dans un sens large. On y est admis par une cérémonie religieuse, moyennant une profession de foi et des engagements précis.

Le chevalier professe la foi chrétienne. Il s'engage

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à défendre rÉglisc et toutes les faiblesses : la veuve, l'orphelin et le pauvre.

Les chroniques anciennes nous rappellent le règlement de la chevalerie :

« Ouïr tous les jours la messe ; exposer courageusement sa vie pour la foi ; protéger l'Eglise;

« Défendre les veuves, les orphelins, les pauvres. » [Annales Hantiouiaj, ch. 37.)

Dès le xi*^ siècle, quand on consacrait un chevalier à la basilique de Saint-Pierre, à Rome, comme en témoignent les rituels, l'archiprêtre lui disait : « Sois le défenseur et le champion des églises, des veuves et des orphelins. »

L'esprit de la chevalerie a produit cet élan prodigieux des croisades qui a sauvé l'Europe de l'islamisme et délivré du joug mahométan la Sicile, l'Espagne, les provinces de l'Italie méridionale et l'Autriche.

Cf. Léon Gautier : La Chevalerie; \^'allon : Saint Louis et son temps.

La lutte contre l'Islamisme.

C'est là une immense épopée commencée au viu*' siècle et qui n'est pas achevée.

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Ni la Grèce ni Rome n'ont à présenter une pareille série de héros. Quels géants ont été ces lutteurs!

Quoique nous voulions, dans cette partie de notre esquisse historique, montrer surtout la lutte héroïque de l'Église contre tous les obstacles qui l'arrêtaient au moment de porter à son apogée le développement de la chrétienté au moyen âge, rappelons sommairement quelques-unes des grandes dates du long duel engagé entre le Christ et Mahomet.

C'est Charles Martel qui entame la lutte dans les plaines de Poitiers.

Le roi Pelage, dans les Asturies, jure, au nom de l'Espagne, de combattre jusqu'à la délivrance.

Charlemagne va se mesurer à son tour avec les Sarrazins vers les ]\Iarches d'Espagne.

Nos chevaliers normands délivrent la Sicile au XI*' siècle, avec une bravoure qui les fait passer là-bas pour des demi-dieux.

Pendant que Godefroy de Bouillon prend d'assaut Jérusalem, le Cid délivre Valence.

L'Espagne a encore deux grandes tlates qui brillent d'un éclat particulier dans son épopée de mille ans. En 1212, elle prend Tolosa; en 1492, elle conquiert Grenade.

Quels grands jours encore que ceux de Malte en 1565, Lépante en 1571, Vienne en 1683! Et quels

grands noms que ceux de La Valette, Don Juan et Sobieski !

Et n'est-ce pas encore un reste du souffle des croisades qui porta l'Europe à Navarin en 1822, et la France à Alger eu 1830?

L'Eglise n'a-t-elle pas bien mérité de l'Europe en arrêtant sur toutes ses frontières de l'Est et du Midi le flot musulman qui menaçait de l'envahir pour y faire régner la loi stupide du Coran?

« Sans les croisades, disait Lacordaire, nous serions aujourd'hui des Turcs et non des Francs. »

Les papes et le despotisme.

Les canons du concfie d'Aix-la-Chapelle, en 836, rappellent aux princes que les royaumes se perdent par défaut de justice ; que l'obéissance politique a des limites ; que les princes 71e sont pas au-dessus des commandements de Dieu; que le pouvoir civil n'a rien à voir dans le domaine des consciences.

Telle est la vraie doctrine de l'Église. Elle est justifiée par le sens commun. Les princes ne sont pas au-dessus des lois de Dieu, et l'Eglise a la mission de veiller sur la terre à l'observation des commandements divins.

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Les princes n'acceptaient parfois qu'en regimbant cette autorité divine. Ils finissaient cependant par s'y plier, et la justice demeurait sauve.

Les écrivains protestants avouent que la Papauté a seule empêché au moyen âge le règne de la plus affreuse tyrannie. (Cf. Sismondi et Leibnitz.)

Le ministre protestant Coquerel dit : « Le pouvoir papal, disposant des couronnes, empêchait le despotisme de devenir atroce; aussi, dansées temps de ténèbres, ne voyons-nous aucun exemple de tyrannie semblable à celle desDomitien à Rome. Un Tibère était impossible, Rome l'eût écrasé. Les grands despotismes arrivent quand les rois se persuadent qu'il n'y a rien au-dessus d'eux; c'est alors que l'ivresse d'un pouvoir illimité enfante les plus atroces forfaits. »

Les deux grands papes Grégoire VII et Innocent III tiennent le premier rang dans la grande lutte du sacerdoce et de l'empire.

Henri IV, d'Allemagne, opprimait les populations allemandes et saxonnes. 11 favorisait les injustices et les violences des barons et des soldats. Il contraignait les paysans de Saxe à travailler comme des esclaves à la construction des forteresses, dont les garnisons vivaient, d'après ses ordres, du pillage des campagnes.

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Les peuples de Saxe avaient adressé des plaintes au Saint-Siège, le sommant de prendre en main leur cause. Grégoire VII temporisait, mais, quand la me-" sure fut comble et après de vaines remontrances, il dut déposer Henri et délier ses sujets du serment de fidélité.

L'humiliation de Canossa fut, en réalité, le triomphe d'un peuple sur un tyran. (Voir le protestant Voigt, Histoire de Grégoire VII.)

Un siècle plus tard, Alexandre III se mettait à la tête de la ligue des libertés italiennes et délivrait la Lombardie de la plus sanglante oppression qui fut jamais. En mettant le pied sur la tête de Frédéric Barberousse, Innocent III disait : a Je marcherai sur l'aspic, je marcherai sur l'oppression, et je défendrai contre elle les petits qui se sont fiés à moi. »

« L'homme peut-être, dit Voltaire, qui dans ces temps grossiers mérita le plus du genre humain, fut le pape Alexandre III. Il ressuscita les droits du peuple, et réprima les crimes dans les rois. Si les hommes sontrentrés dans leurs droits, c'est principalement au pape Alexandre III qu'ils en sont redevables, s Nous pouvons encore, avec Voltaire, regarder comme une grande date de l'indépendance des peuples, le jour où Frédéric II, le tyran féroce, fut définitivement écrasé par Innocent IV.

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Les papes ont élevé une digue aux entreprises du césarisme.

« Dans le moyen âge, dit le protestant Ancillon, la Papauté seule sauva peut-être l'Europe d'une entière barbarie ; elle créa des rapports entre les nations les plus éloignées ; elle fut un centre commun, un point de ralliement pour les États isolés ; elle se plaça entre le tyran et la victime ; et, rétablissant entre les nations ennemies des rapports d'intérêts, d'alliance et d'amitié, elle devint une sauvegarde pour les familles, les peuples et les individus. »

Cf. G. Ardant : Papes et paysans,

G. Romain : Le moyeii âge.

G. Romain : L' Église et la liberté (Bloud et Barrai).

Capefigue : L'Eglise an inoye?i âge.

Voigt : Grégoire Vil et son siècle.

Goyau : Le Vatican.

lY Papes et paysans.

Les lois et les mœurs romaines avaient favorisé les grandes propriétés, les latifundia, où des milliers d'esclaves élevaient des troupeaux, au grand détriment du développement agricole et de la civilisation des provinces.

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On s'en plaignait déjà au temps d'Horace, de Quintilien et de Sénèque. Constantin, au nom de l'Empire, saint Ambroise, aunom de l'Eglise, le déploraient à leur tour.

Ces grandes plaines et ces bois à population clairsemée étaient favorables au brigandage. Cicérons'en plaignait. Saint Grégoire le Grand répétait les mêmes doléances.

La Papauté entreprit enfin la lutte contre les grands propriétaires féodaux soutenus par les légistes. L'ordre dans les provinces, le développement de la production agricole et le bien-être du peuple réclamaient la culture de ces vastes domaines.

Sixte IV ordonna que le tiers de Va^ro romaiio fût livré à l'exploitation agricole. Jules II et Clément \'II renouvelèrent cet édit, et la campagne romaine reprit pour un temps son aspect joyeux et vivant.

Paul V protégea tout spécialement la petite culture en déclarant insaisissable le mobilier agricole.

Pie VI et Pie VII renouvelèrent les édits qui prescrivaient la mise en culture du tiers de Vagro romafw.

Aujourd'hui la routine et l'esprit de spéculation ont repris le dessus. La campagne romaine est encore inculte. Sur ses 200.000 hectares, un centième seule-

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ment est cultivé par de petits agriculteurs. Tout le reste est aux mains de trente grands propriétaires, qui trouvent plus avantageux de laisser vivre dans ces déserts des troupeaux de bœufs et de chevaux, gardés par de pauvres surveillants qui vivent là, émaciés par la fièvre et privés de tous les secours de la religion et de la vie civilisée. Quatre-vingts grands fermiers, sorte de inercanlis, exploitent ainsi ces latifundia en payant un fermage aux propriétaires.

L'usure et les juifs.

L'action de l'Église contre l'égoïsmc des mauvais riches et contre l'usure a été incessante. L'Hcriture Sainte avait parlé la première. Les Pères de l'Église ont élevé leur voix sans interruption et toujours avec une grande véhémence. Saint Ambroise et saint Chrysostome ont si rudement traité le riche oisif et jouisseur, que les collectivistes de nos jours cherchent des armes pour soutenir leur doctrine dans les pages éloquentes de ces orateurs chrétiens. (Cf. saint Amb., De ofjîciis, passim. — Item, De Nabo/he.) « La terre, dit saint Ambroise, est le bien commun des pauvres et des riches. C'est pour nous tous qu'elle a été créée. »

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Saint Augustin nie que l'on possède légitimement les biens dont on ne fait pas usage pour la charité. {^Lettres, lib, III, ép. 153.)

La tradition de l'Église est constante, Bonrdaloue et Bossuet ne parlent pas autrement que les Pères de l'Église.

« Les riches, dit Bourdaloue {^Sermon sur l'aumône)^ ne sont pas les véritables propriétaires de leurs richesses. Ils sont les intermédiaires, les ministres de la charité divine, et les pauvres sont les receveurs de Dieu. »

Œ Les pauvres, dit Bossuet {^Sermo7i sur l'émineiite dignité des pauvres)^ sont les véritables enfants de l'Église, où les riches sont des étrangers. Mais le service des pauvres naturalise les riches et leur sert à expier la contagion qu'ils contractent parmi les richesses. >

Un des pires abus de la richesse, c'est l'usure, c'est l'intérêt demandé pour l'argent prêté.

L'usure, d'après l'Eglise, est contraire au droit divin. La Sainte Écriture la proscrit. (Ezéchiel, ch. XVIII etch. xxii. — Saint Luc, ch. vi.)

Les conciles, soit particuliers, soit généraux, répètent cet anathème. (Cf. Concile de Latran, sous Léon X, session 10.)

« L'usure est aussi, dit saint Thomas, contre le

droit naturel (2"^' 2^ q. 78), L'argent est de soi improductif. »

Si l'Église et la législation civile avaient permis le prê-t à intérêt, dans ces siècles où les populations étaient exposées périodiquement à la détresse causée par la guerre ou la famine, les détenteurs de capitaux et particulièrement les juifs auraient détruit toute indépendance dans les populations laborieuses et l'émancipation de la classe ouvrière n'aurait pas pu se faire.

Le droit canon et le droit civil avaient pris de sages et légitimes précautions contre les juifs. Grâce aux principes du Talmud, qui leur permet de voler les chrétiens, les armes des deux races ne sont pas égales dans la lutte commerciale, et si le juif n'est pas contenu par la loi, il ruinera nécessairement le chrétien. De là toutes les précautions prises par la société chrétienne au moyen âge : le juif signalé par un vêtement spécial, exclu de l'enseignement, de la magistrature et de la propriété territoriale, et consigné dans ses ghettos avi-c la faculté restreinte d'exercer seulement certains commerces. L'Iîglisc tint bon dans ses rigueurs et tout le monde est d'avis aujourd'hui (qu'elle eut raison.

Les juifs trouvaient moyen cependant de prêter à gros intérêts, surtout eu Italie, de là celte admirable

campagne qu'ont menée contre eux les moines franciscains et dominicains, prédicateurs ardents contre l'usure et fondateurs de Monts-de-piété, oîi le pauvre trouvait à emprunter sur nantissement à 2 pour 100.

Cf. Abbé Lehmann \ Œuvres.

Abbé Kannengieser : Juifs et antisémites en Autriche.

La juridiction ecclésiastique.

La trêve de Dieu.

Nous l'avons dit déjà, le droit chrétien impérial avait attribué aux tribunaux épiscopaux une certaine juridiction. Les coutumes des nations chrétiennes étendirent cette compétence. L'évêque jugeait les causes civiles qui touchaient à la religion, les questions de mariage, de dot, les testaments et leurs suites. L'évêque était chargé par la coutume de la défense des veuves et des orphelins. Il jugeait les questions d'usure. Les contrats aussi lui étaient soumis, il y apposait le sceau épiscopal comme une attestation de la justice des conventions passées.

Ces tribunaux furent un bienfait suprême spécialement pour les petits et les pauvres. Michelet leur a rendu justice : « La juridiction ecclésiastique, dit-il,

a été une ancre de salut. > {Histoire de Fra7ice, t. II, p. 3S6.)

Ils furent attaqués par les légistes, par les grands et par les usuriers. Philippe de Valois les amoindrit au xiv° siècle ; François P"" leur enleva toute juridiction sur les laïques en 1539.

L'institution de la trêve de Dieu fut encore un grand bienfait de l'Eglise. Les guerres privées étaient dans les mœurs, il était impossible de les supprimer entièrement. Des conciles provinciaux prescrivirent à la noblesse de souscrire un engagçment en vertu duquel ils observeraient la paix une partie de la semaine.

Le plus souvent aussi les serments prêtés protégeaient entièrement les habitants des campagnes, leurs biens et leurs récoltes. La trêve de Dieu produisit en plusieurs nations l'apaisement que l'extension du Tiers-Ordre procurait en Italie.

En peu d'années, la trêve de Dieu gagna tout l'Occident. Elle commença en Aquitaine.- Odilon de Cluuy et ses moines la propagèrent partout. Guillaume de Normandie l'introduisit dans ses jEtats. Henri IV l'éteudit à l'Allemagne. Le concile de Girone en dota l'iCspagne.

La sanction ne faisait pas défaut. Au besoin, l'cvêquc avec la noblesse fidèle et les milices des

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communes allait à l'assaut du castel récalcitrant et le détruisait, s'il y avait lieu.

Cf. Semichon : La paix et la irêve de Dieu.

Les Ordres mendiants et le Tiers-Ordre Franciscain.

Les Ordres mendiants eurent, en Italie surtout, une action sociale considérable. Franciscains et Dominicains allaient de ville en ville, prêchant la paix et la réforme des mœurs.

L'Italie était alors déchirée par des dissensions intestines. Que de guerres privées et de luttes sanglantes ont été apaisées par l'intervention des religieu.x, parfois même par des femmes, comme Catherine de Sienne et Rose de Viterbe.

Antoine de Padoue allait de province en province, pacifiant Guelfes et Gibelins; il sauvait sa ville adoptive des violences du cruel Ezzelin.

Bernardin de Feltre fondait partout des Monts-depiété pour remédier à l'usure.

Ambroise de Sienne, religieux dominicain, prêchait avec tant de véhémence contre l'usure, qu'il épuisa sa santé en peu d'années. Mais rien n'aida mieux à réformer la vie sociale que le Tiers-Ordre.

« Le Tiers-Ordre, dit avec raison un biographe de saint François (l'abbé Le Monnier), est un des plus grands efforts qui aient été tentés pour introduire plus de justice parmi les hommes. » Il y a, dans la Règle, trois articles conçus en ces termes : « Que les Frères ne portent pas d'armes offensives, si ce n'est pour la défense de l'Eglise et de la foi de Jésus- Christ, ou pour la défense de leur pays, ou avec la permission de leurs supérieurs, b — a Que les Frères s'abstiennent de serments solennels, à moins qu'ils n'y soient contraints par la nécessité et dans la limite des cas exceptés par le Saint-Siège. » — « Chaque Frère donnera un denier de la monnaie courante au trésorier qui recueillera cet argent et le distribuera convenablement, selon l'avis des ministres, au.-î Frères et aux Sœurs qui sont dans le dénuement. »

Au xiii*^ siècle, ces articles ont été un trait de génie; ils contenaient eu germe une révolution bienfaisante, comme il ne s'en est pas souvent produit dans l'histoire; ils changeaient, au profit des petits et des humbles, l'ordre social alors existant. Aussi u'ont-ils pu être exécutés sans difficulté. Ceux qu'ils favorisaient s'en emparèrent comme d'une arme excellente et d'une puissance inespérée. Ceux qu'ils tendaient à dépouiller leur opposèrent une ardente résistance.

La luttt.' éclata à Fa(Jn;ca, moins de trois mois après

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la fondation du Tiers-Ordre. Les habitants de Faënza étaient des Guelfes passionnés. Ils n'eurent pas de peine à comprendre le parti qu'ils pouvaient tirer de la nouvelle institution. Ils s'y enrôlèrent en grand nombre et, opposant la règle aux feudataires qui, sans doute, étaient Gibelins, ils déclarèrent qu'il leur était désormais interdit de les suivre à la guerre, a Nous sommes devenus religieux, nous ne nous lierons plus à votre fortune par la foi du serment. » Une prétention si nouvelle dut singulièrement étonner et même effrayer les seigneurs. Toute leur puissance était menacée, si on la laissait acquérir quelque crédit. Ils employèrent, pour en étouffer le germe, tous les moyens qui étaient en leur pouvoir. Les Tertiaires, de leur côté, n'étaient pas dépourvus de ressources pour la lutte. Vn article de la Règle semblait prévenir ce qui se produisait : 5 S'il arrive que les Frères soient troublés dans l'usage de leurs droits ou de leurs privilèges par d'injustes vexations de la part des seigneurs, les ministres du lieu auront recours à l'évéque et aux autres ordinaires de la localité. » Les ministres de Faônza en appelèrent à l'évéque de Rimini, qui, lui-même, en référa à Rome. Le pape Honorius répondit que les seigneurs devaient être des ennemis de toute vertu pour contraindre au service militaire des hommes qui, ayant

renoncé à toute gloire en ce monde, n'aspiraient qu'à mener une vie chrétienne et à pratiquer des œuvres de pénitence. Il ordonna donc à révèque de faire droit à la requête que ceux-ci lui avaient adressée et d'employer toute la puissance du Saint- Siège pour rabattre, au besoin par une excommunication sans appel, les prétentions de leurs adversaires.

On devine l'effet d'une telle intervention. Lorsqu'on sut qu'il suffisait d'être enrôlé parmi les Tertiaires pour échapper au service féodal, on se le tint pour dit. Les populations étaient partout excédées des guerres continuelles qui étaient le fléau de cette époque et dont elles supportaient presque tout le poids. Elles se précipitèrent vers une institution qui promettait des jours plus tranquilles. Des Fraternités se formèrent à l'envi, du nord au sud de la péninsule.

Les seigneurs, de leur côté, redoublèrent d'efforts pour défendre leur situation. Ils avaient toujours considéré comme un droit de s'attacher par serment et d'emmener dans leurs guerres ceux qui s'abritaient au pied de leurs châteaux ou vivaient dans leurs domaines. Les Tertiaires alléguaient contre ce droit leur qualité de religieux.

Comment reconnaître des religieux clans ces

hommes qui étaieut mariés ou pouvaient se marier, qui vivaient dans leurs maisons, jouissaient de leurs biens et ne se distinguaient du reste de leurs concitoyens que par des mœurs plus graves et un habillement plus austère ?

Si les privilèges des religieux s'obtenaient à d'aussi faciles conditions, tout le monde deviendrait religieux, la puissance féodale serait réduite à néant. Ce serait un nouvel ordre de choses.

Le cardinal Hugolin, devenu pape sous le nom de Grégoire IX, en 1227, fut très dur pour la féodalité. Il compare les feudataires aux pires des oppresseurs, aux Pharaons d'Egypte, accablant le peuple d'Israël d'un joug intolérable. Il leur reproche de poursuivre ceux qu'ils devraient honorer comme de vrais amis du Seigneur. Statuant sur le fond, il prononce que les Tertiaires sont bien des religieux, et qu'il est du devoir du Saint-Siège de les défendre dans l'accomplissement de leurs pieux desseins.

En conséquence, il enjoint aux évêqucs d'employer les censures ecclésiastiques pour leur assurer les privilèges acquis à ceux qui sont du for de rÉglise. Ils ne doivent être assujettis ni au serment, ni au service militaire.

La féodalité se sentait atteinte dans les conditions mêmes de son existence. 11 ne lui restait que les tail-

les et les redevances. Encore étaient-elles rachetables pour la plupart. Les Tertiaires avaient déjà commencé à les racheter avec les sommes considérables produites par la petite pièce que chaque Frère devait verser à chaque réunion.

Pour empêcher cet affranchissement, les feudataires imaginèrent un réseau d'obligations : i'' A défaut de serment direct, ils annexèrent à tous les actes passés dans leur juridiction un serment où leur puissance était reconnue.

2° Ils mirent un impôt sur les Tertiaires qui refusaient le service militaire. Ils s'appuyaient, sans doute, sur ce fait qu'eux-mêmes étaient tenus de verser à leur suzerain une somme fixée d'avance pour chaque homme manquant à leur contingent.

3° Ils refusèrent l'argent apporté par les Tertiaires pour le rachat des tailles, sous prétexte que cet argent ne leur appartenait pas, mais était fourni par une société.

Émus de ces mesures, qui les eussent placés encore plus bas qu'auparavant, les Tertiaires eurent recours au Pape, qui adressa une lettre à tous les Frères de la Pénitence. Il leur donnait satisfaction sur tous les points. 11 reconnaissait que la situalic>n ([u'on voulait leur créer était pire que celle à laquelle ils avaient été arrachés. 11 les autorisait à refuser tout serment

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féodal et à ne prêter que les serments prévus par le droit canonique. Il statuait qu'en aucun cas et sous aucun prétexte, ils ne pouvaient être soumis à d'autres charges que celles qui pesaient sur l'universalité de k'urs concitoyens.

Enfin, il déclarait qu'ils étaient maîtres de leur argent et qu'ils pouvaient l'employer, selon que bon leur semblerait, en faveur de leurs Frères moins heureux.

C'est toute uneévolution sociale qui s'accomplissait. La féodalité allait décliner rapidement, les communes et les métiers allaient s'organiser.

Cf. Revue « Le xx'' siècle » : articles du P.Joseph sur la Ligue catholique et le Tiers-Ordre;

La Rénovation sociale par le Tiers-Ordre, chez Poussielgue.

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