CHAPITRE XIX
D. Que pensez-vous des philosophes qui diraient ou qui disent que tout est renfermé dans la philosophie?
R. Je pense que, dans un sens , ils ont raison.
D. Quel est ce sens ?
R. Je pense que tout est renfermé dans la philosophie , de la même manière que tout est renfermé dans T A B C.
D. Comment pouvez-vous dire que tout est renfermé dans l'A B C ?
R. La chose est pourtant bien simple.
Toutes les bibliothèques du monde sont composées de livres, les livres sont composés de mois, les mots sont composés de lettres, toutes les lettres sont dans l'A B G. Donc l'A B C comprend toutes les lettres, tous les mots, tous les livres , toutes les bibliothèques.
D. En vérité , je ne me doutais pas de cette merveilleuse capacité de l'alphabet.
R. Voici qui est plus merveilleux encore. Les mots ne représentent-ils pas les idées , les idées ne représentent-elles pas les choses, les choses ne représontent-elles pas les idées divines, les idées divines ne sont-elles pas Dieu même? Donc, en un sens, l'alphabet renferme tout, y compris Dieu. D'ailleurs le Christ lui-même ne dit-il pas qu'il est Tal-
{»ha et l'Amésa, la première et la dernière ettre de l'alphabet, le principe et la fin?
D. Accordons pour le moment tout ce que vous venez de dire, que prétendez-vous en conclure?
R. J'en conclus q|ue la philosophie renferme toutes les vérités et toutes les sciences, comme l'alphabet renferme tous les mots et toutes les idées.
D. Par exemple?
R. Par exemple : avec les lettres de l'alphabet on compose des mots, avec les mots on exprime des idées : de même avec les vérités générales qui sont le domaine propre de la philosophie et comme l'A B C de la raison humaine, on arrive à d'autres vérités, avec celles-ci à d'autres encore, et enfin à la vérité suprême qui est Dieu, d'où émanent toutes les autres comme les rayons du soleil.
D. Et de là, que s*ensuit-il?
R. Il s'ensuit que pour bien cultiver les différentes sciences il faut bien savoir les éléments et les lois de la raison humaine, autrement la philosophie : comme pour lire avec fruit les livres et les bibliothèques, il faut, avant tout, savoir les lettres, les règles de répellation et de la lecture, autrement l'A B C.
D. ;6'ensuil-il que le philosophe, qui n*cst que cela, soit juge compétent de toutes les idées et de toutes les sciences.
R. Le philosophe ne serait pas meilleur juge en ce cas que celui qui ne sait que 'ABC ne le serait pour apprécier le mérite des livres et des bibliothèques.
DU SENS œMMUN.