‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 105 sur 235 · CHAPITRE XXm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXm

D. D'où viennent alors ces loees com-« raunes qui se trouvent les mêmes dans tous les hommes ?

R. Elles viennent de cette lumière véritable qui éclaire tout honmie venant en ce monde.

D. Cette vérité a-t-elle été reconnue par les savants?

R. Elle a été reconnue par les philosophes païens eux-mêmes.

D.Citez-nousles parolesdel'und'entreeux. -

R. Voici ce que dit Heraclite, au rapport de Sextus Empiricus : La raison commune et divine dont la participation constitue la raison individuelle est le critérium de la o/* rite. Ce qui est cruuniversellement est certain: car cette croyance est empruntée à la raison commune et divine; et par le motif contraire toute opinion individuelle est dépourvue de certituae. Toutes les fois donc, conclut-il, que nous empruntons à la mémoire commune^ nous possédons la vérité, et ^[uand nous n'tnterrogeons que notre raison individuelle, nous tombons dans Verreur.

D. Les plus savants d'entre les chrétiens ont-ils pensé de même?

R. Tous les anciens pères de l'Église, qui, pour prouver aux païens runité d'un Dieu créateur du ciel et de la terre, la nécessité de lui rendre un culte, l'immortalité de l'ame, les peines et les récompenses futures, rexistence des bons et des mauvais anges « s'appuyaient sur le consentement unanime des hommes, des poètes, des philosophes, des législateurs; sur les pratiques, les croyances, les oracles même au paganisme. Principalement TertuUien qui, après avoir établi ces vérités par le langage commun de tout le monde, dit dans son traité de Testi-^ monio animœ : Ces témoignages de Famé sont d^autant plus vrais qu'ifs sont plus simples, d'autant plus simples qu'ils sont plus vulgaires, d'autant plus vulgaires quik sont plus

€ommunt, fautani plus communs qu'ih 4oni plus natureU, d'autant plus naturels qu'ils sont plus divins ; car l orne a été enseignée par la nature, et la nature par Dieu même.

D. Parmi les savants modernes, les principaax pensent-ils de même?

R. Oui : entre autres Bossue! et Fénélon.

D. Que dit Bossuct ?

R. D'un côté Bossuet déplore hautement la faiblesse et TinsufCsance de la raison individuelle, quand il dit : Notre raison incertaine ne sait à quoi s'attacher ni à quoi se prendre ; si elle se contente de suivre les sens, elle n'aperçoit que Vécorce ; si elle s'engage plus avant, sa propre subtilité la confond. Les plus doctes ne sont-ils pas contraints de demeurer court f Ou ils évitent les difficultés, ou ils dissimulent et font bonne mine , ou ils succombent visiblement sous le faix. Que fe-

fautive (Ij

à cette raison si fautive il donne, en d'autres termes» le sens commun pour rc^le suprême, quand il dît : L'homme juge droitement lorsque sentant ses jugements variables de leur nature il leur donne pour règle ces vérités ilemelles que tout entendement aperçoit toujours les mêmes, par lesquelles tout entende^ ment est réglé, et qui sont quelque chose de Dieu, ou plutôt Dieu lui-même (2).

D. Et Fénélon ?

R. Fénélon proclame les mêmes vérités, quand il dit :

Voilà donc deux raisons que je trouve en moi: t*une est moi-même, l'autre est au-dessus de moi. Celle qui est moi est tris-imparfaite, fautive, incertaine, prévenue, précipitée, su-jette à s'égarer, changeante, opiniâtre, igno-ranie et bornée ; enfin elle ne possède jamais rien que d'emprunt. L'autre est commune à tous les hommes et supérieure à eux : elle est parfaite, étemelle, immuable, prête à se communiquer en tous lieux et à redresser tous ies esprits qui se trompent ; enfin incapable d'être ni épuisée, ni partagée, quoique elle se donne à tous ceux qui la veiUent. Où est cette raison parfaite qui est si près de moi et si différente de moit Où est cette raison commune et supérieure tout ensemble à toutes les raisons bonUes et imparfaites du genre Aumain? Ouest cette vive lumière qui illumine tout homme venant en ce monde? Où est-elle? Il faut qu'elle soit quelque chose de réel ; car le niant ne peut être parfait ni perfectionner les natures imparfaites. Où est-elle cette raison suprême? n' est-elle pasleDieuqueje cherche (3}?

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