CHAPITRE XXIV
S. Les deux plus célèbres philosophes de rantiquité grecque, Platon et Aristote, pensent-ils là - dessus comme Fénélon et
(I) Sermon sar la Toussaial, t. il. p. G9» édition de Versailles, g) Connaissance de Diea et de soinnème, t. Si,
(') Existence de Dieu, t. 2, p. 93, édit. de Ver- Milles.
Rossuet, comme TertuIIien et Héradite?
R. Les deux plus célèbres philosophes de l'antiquité grecqae, Platoo et Aristole, avec Socrate leur maître, pensent ponr le fond là-dessus comme Heraclite et Tertnllien, comme Bossuet et Fénélon.
D. Que dit en particulier Platon?
R. Dans presque tous les dialogues où U fait parler son maître Socrate , celui-^i ramène tout à ce grand principe, que la vérité et la justice ne sont pas une chose arbitraire, changeante , mais quelque chose d'étemel, d'immuable, ayant son type dans Tentende* ment de Dieu. C*est ce qn on appdle les idées de Platon.
D. Expliquez-nous quelque peu ces idées de Platon.
R. Dieu a fait le monde suivant le modèle qui est dans son intelliprence, dans son Verbe. Modèle exemplaire, idée parfaite, éterneUe» toujours la même. Toutes choses y sont d^une manière plus vraie et plus réelle qu'en ellesmêmes. Là elles sont intelligibles, étemelles» Immuables comme Dieu ; ici elles sont imparfaites, temporelles, continuellement variables. L*homme ne connaît donc parfaitement la vérité qu*à mesure que son intelligence communique avec Tintelligence divine, et qu'elle y contemple les types éternels do toutes choses. La connaissance cxpérimeQ* taie des créatures dans leur existence propre ne produit qu'une science du second ordre, parce que cette existence n'a par elle-noiême rien de fixe ni de stable , mais qu'elle est dans un changement continueL
D. Dans quel rapport, suivant Platon , la science humaine se trouve-t-elle à la science divine ?
R. Suivant Platon, la science humaine est à la science divine ce nue le temps est à Téternité. Celle-ci existe a la fois toute entière; celui-là tâche de Timiter en se succédant continuellement à lui-même. L'intelligence divine rayonne de Féternité dans le temps : de là ces irradiations qui se trouvent toujours et partout les mêmes , et qui incorpo^rées en la parole , forment le sens commun, le fonds divin de la raison humaine. Telle est la doctrine de Platon sur la source et la règle de rintelligence.
D. Qu'est-ce que Platon a fait encore de mémorable dans la philosophie ?
R.Tbalès et les phlilosophes d'Ionie s'étaient adonnés spécialement aux connaissances physiques, Pylhagore et les philosophes d'Italie aux connaissances intellectuelles, Socrate aux connaissances morales. Les anciens Grecs entendaient par physique l'ensemble de tout ce qui existe. La philosophie de Thaïes s'occupait ainsi de l'être , celle de Pythagore du vrai , celle de Socrate du bieq. Platon les réunit toutes les trois , et como^e l'ont remarqué Cicéron et saint Augustii^ , elles se trouvèrent une espèce de trinilé dont le docteur chrétien fait voir la profonde justesse (1).
(i) Gic. acad. qurrst. » I. f : Aug. de Civil. IM, .. 8» cnp. i et seq. ; 1. i I, c. 35,
DU SENS COMMUN
SM
D. Bxpliquez-nons en qaoi elle consiste.
R. Dieu est par son essence, il se connaît, il s'aime : Dieu est Tétre suprême, la Térité, le bien. Dieu s'est maniresté par la création» un Testige de sa triple splendeur est em« prei'nt partout , une image de cette triple splendeur reluit dans Thomme. L'homme est, il connaît, il aime. Toutes ses connaissances 86 rapportent à ces trois ordres : connaître la nature des êtres, connaissances naturelles dans le sens le plus large : connaître la vérité et les moyens de s'en assurer , connais* sances logiques ou rationnelles : connaître le bien et les rèffles pour y parvenir , connaissances morales. £t ces trois sortes de connaissances ne font qu'une seule et même sagesse parce que la vérité n'est que l'être en tant qu'objet de rintelli^cnce , le bien n*est que 1 être en tant qu'objet de la volonté, et parce que la source de tout être, de toute vérité, de tout bien, est Dieu.
D. Est-ce qu'on ne pourrait pas suivre cKte division de la philosophie?
R. ]*ignore pourquoi on ne suit pas cette division de la philosophie, du moins dans les écoles chrétiennes. Il me semble qu'avec Platon, Cicéron et saint Augustin, on ne risque pas beaucoup.
D. Quel homme était-ce qu'Aristote ?