‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 158 sur 235 · CHAPITRE LXXVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVIIL

D. Qu'est-ce que le philosophisme?

R. Le protestantisme, moins la Bible, voilà la philosophie moderne ou le philosophisme. Ce qui est vrai de l'un est vrai de l'autre, avec ou sans la Bible , chaque individu est souverain juge de ce qui est vrai , de ce qui est juste , de ce qui est droit , de ce qui est devoir. Nulle autorité , fiit-<;e celle du genre humain , qui ne lui soit subordonnée. Nulle vérité, fût-ce celle de l'existence de Dieu, qu'il n'ait droit de citer à son tribunal, comme suspecte , et de déclarer sans aveu.

D. Mais les philosophes modernes sont-ils effectivement tels qu'ils pourraient l'être d'après ces principes ?

R. Voici le portrait qu'en fait un de leurs chefs, J. J. Rousseau. Je consultai les pAt7osophes, et je les trouvai tous fiers, affirmatifs, n ignorant rien, ne prouvant rien, se moquant les uns des autres; et cepoint commun à tous

CATeClIISME

mê pûtali le seul mr lequel il» ont tou$ rtuson. Jriomphant quand ils aUaquent, ils sont sans vigueur en se défendant. Si vous pesez leurs raisons ils n'en ont que pour détruire; si vous comptez les voix, ckacun est réduit à la sienne ; ils ne s'accordent qxu pour disputer. A les entendre , ne les prendrait-on pas pour une troupe de charlatans qui crient chacun de son coté sur une place publique : Venez à mot , c'est moi seul qui ne trompe point 1 Lun prétend qu'il n'y a point de corps et ^ue toiU est en représentation; l'autre, qu'il n'y a d'autre substance que la matière. Celui-ci avance qu'il n'y a ni vices ni vertus, et aue le bien et le mal ne sont que des chimères, Celui^à que les hommes sont des loups , et peuvent se manger en sûreté de conscience. — Chacun sait bien que son système n'est pas mieux fondé que les autres , mais il le soutient parce qu'il est à lui. Il n'y a pas un seul qui venant à découvrir le vrai et le faux, ne préférât le men-songe qu'il a trouvé à la vérité découverte par un autre. — Où est le philosophe qui four sa qloire ne tromperait volontiers tout le genre humain {EmiU)1

D. Rousseau esl-il le seul qui juge de la sorte les philosophes de son temps ?

R. Voltaire les juge comme Rousseau à commencer par Rousseau lui-même.

D. Qu'est-ce qu'il dit du philosophe de Genève?

R. Voici SCS gracieuses paroles. L'auteur de la nouvelle lléloise n'est qu'un polisson malfaisant ; cet archifou écrit contre les spec^ tacles après avoir fait une mauvaise comédie. Il écrit contre la France qui le nourrit. Il trouve quatre ou cinq douves pourries du ton^ neau de Diogène, il se met dedans pour aboyer. —Tignore comment vous avez appdé du nom de grand homme un charlatan qut n'est connu que par des paradoxes ridicules et une conduite coupable {Corresp. t. 20, lett. 85).

D. Ce que le même Voltaire dit de ses contemporains en général) est-il de la même urbanité ?

R. Il écrivait à son ami d'Alembert : Paris abonde de barbouilleurs de papier ; mais de philosophes éloquents, je ne connais que vous et Diderot. Un y a que vous qui écriviez tourjours bien, et Diderot parfois : pour moi je ne fais plus que des coionneries. — En vérité , mon cher philosophe, je ne connais guère que vous qui soit clair, intelligible, qui emploie le style convenable au sujet, qui n'ait un enthousiasme obscur et confus , qui ne dierche point à trenter la physique en phrases poétiques, qui ne se perde point en des systèmes extravagants. — Nous sommes dans la fange des siècles pour tout ce qui regarde le bon août. Par quelle fatalité est-il arrivé que le siècle où l'on pense soit celui où l'on ne sait plus écrire î Notre nation est trop ridicule. Buffon s'est décré-dite à jamais avec ses molécules organiques, fondées sur laprétendue expérience d'un mal^ heureux Jésuite. Je ne vois partout que des systèmes de Cyrano de Bergerac dans un style obscur et ampoulé. En vérité, il n'y a que vous qui ayez le sens commun. Je vous etnbrasse bien tendrement , mon cher ami , vous

qui empêchez que ce siècle ne saii la chiasse du genre humain.

Ce dernier mot n*est peul-élre Ms fort propre ; mais c'est le mot propre ae Voltaire , dans sa lettre du iâ décembre 1768.

D. Depuis Rousseau et Voltaire» la philosophie et les philosophes ont-Us bien changé.

R. Jusau'à présent, il n'y paratt guère.

D. En dehors des écoles catholiques, quel est le principe fondamental que l'on pose pour base d'enseignement dans les écoles de phi* losophie ?

R. Aujourd'hui comme toujours» les philosophes qui ne sont pas catholiques posent, et posent nécessairement pour principe fonda-* mental de leur-enseignement : Chaiun pense comme il veut , et vit comme il pense. El c'est entre autres le sens du mot éclectisme.

D. Ce principe est-il bien neuf?

R. Pas du tout : c'est une vieillerie du sophiste Protagoras et des autres sophistes grecs» que Socrate, Platon et Aristote ont combattus , conune le renversement du bon sens, et qui pour se venger du premier lui a fait boire la cigiie.

D. Qu'est-ce encore que ce principe?

R, C'est encore le principe de tous les hérétiques, autrement de tous les sophistes baptisés, qui ne cessent depuis dix-huit siècles de troubler» de fatiguer, de déchirer TEgline de Dieu par leurs sophismes » leurs artiûces et leurs violences.

D. Mais n'avons-nous pas vu plus d*ttn6 fois avec Socrate, Platon et Aristote, que ce

Srincipe des hérétiques et des sophistes conuit directement à la ruine de toute société, de toute morale , de tcute vérité , de tout boa sens?

R. Non seulement nous l'avons vu : mats cela saute aux yeux de quiconque a des jeux pour Yoir ; car c'est poser en principe l'anarchie même»

D. Y a-t-il des gouvernements qui permettent aux sophistes modernes d'enseigner ces principes subversifs de tout gouvernement , de toute société?

R. Il y a des gouvernements <iai non seulement le permettent aux sophistes de toute espèce, mais oui les payent pour cela.

D. Mais quelle est donc la doctrine de ces gouvernements mêmes?

R. La doctrine de ces gouvernements est de n'avoir aucune doctrine : ce qui dans le fond revient à ce principe des sophistes : chacun pense comme il veut, et vit comme il pense.

D. Pour être conséquent à eux-mêmes, ces gouvernements ne doivent-ils pas récompenser les élèves qui mettent en pratique ce que les professeurs leur enseignent en théorie.

R.Iis le doivent sans aucun doute, s'ils veu* lent être conséquents.

D. Le font-ils^ toujours?

R. Non pas ; ils recompensent les profes seurs de ce qu'ils enseignent aux élèves , d ils punissent les élèves de ce qu'ils font ce que les professeurs leur enseignent. Par exemple, les professeurs enseignent qu*il n'y a point de loi pour les esprits et les idées,

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