CHAPITRE LXXVII
D. N*y a-t-il pas une grande différence entre le mahométisme et le protestantisme, en ce que le mahométisme nie la divinité du Christ et que le protestantisme ne la nie pas?
R. Le protestantisme ne nie pas nécessairement la divinité du Christ, mais il ne la professe pas non plus nécessairement : un protestant peut y croire ou n'y croire pas, il n'en sera pas moins protestant aux yeux de toutes les sectes protestantes : témoin les socinicnsi les unitaires; les pasteurs de Genève,
qui nient et combattent même la divinité du Christ , et n'en sont pas moins regardes de tout le monde comme de bons protestants.
D. Ce que vous dites des pasteurs de Genève est-il bien certain ?
R. Rien n'est plus certain : car, en 1817, les pasteurs de Genève ont défendu , sous peine d'interdit , de prêcher la divinité de Jesus-ChrisL
D. Mais alors, aux yeux des unitaires, des sociniens et des pasteurs de Genève, la multitude des protestants est Idolâtre , adorant comme Dieu un personnage qui, suivant eux, n'est pas Dieu ?
R. La conséquence me parait juste.
D. Et avec cela les uns et les autres se regardent encore comme protestants?
R. Et avec cela les uns elles autres se regardent mutuellement comme de parfaits protestants.
D. Ainsi donc, pour le protestantisme, c'est une chose indifférente que le Christ soit Dieu ou non , qu'on l'adore ou qu'on ne l'adore pas ?
U. C'est une conclusion qui sort naturellement des faits.
. D. Le protestantisme n'exclut donc pas même de l'idolâtrie?
R. Il n'y paratt pas.
D. Lesquels des nrotestants ou des mahométans vous semblent raisonner plus juste?
R. Ce sont, sans contredit, les mahomélans. Le Christ n'étant pas Dieu , disent-ils, c'est un crime envers le Dieu véritable , de l'adorer. Les pasteurs de Genève disent au contraire : quoique le Christ ne soit pas Dieu, on peut cependant, on doit même le laisser adorer comme Dieu à la multitude.
D. T a-t-il une erreur ou un crime qo on ne puisse pas justifier avec le principe fondamental du protestantisme ?
R. Non , il n'y a point d'erreur ni de crime
3u'on ne puisse justifier avec le principe fonamental du protestantisme ; car ce principe fondamental consiste finalement à dire : chacun croit comme il veut, et agit comme il croit.