‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 179 sur 235 · CHAPITRE Xm.'-De Vauthenticité de la · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xm.'-De Vauthenticité de la

révélation.

D. Comment prouvez-^ous que la rév^ation faite à la nation juive est certaine et qu'elle porte des caractères de divinité?

R. Je le prouve 1* par l'authenticité des livres de Moïse ; 2" par les preuves sur les* quelles Dieu a voulu constater cette révélation; 3* par la certitude des miracles de Moïse; 4* par la nalurc de la loi donnée aux

DE L'ÂGE MUR

Juifs et sur la sainteté de la morale des divines Ecritures.

D. Comment établissez-vous 1* rauthenti-^ cité des livres de Moïse f

R. Sur toutes les raisons par lesquelles les hommes jugent de la vérité des autres his* toires, car ces raisons se rencontrent dans rhistoire de Moïse.

1* Non seulement les Juifs parlent deMoYse, mais les historiens profanes en fontmention, et on peut dire au'il n*y a point d'histoire dont on fût assure, si Ton pouvait douter qu'il

Îait eu un homme appelé MoYse qui a tiré les uifs de l'Egypte après une longue captivité.

â* Le peuple juif, par une tradition non interrompue, a constamment attribuéà MoYse les cinq livres qui portent son nom; il a conservé pour ce livre un respect inviolable, quoiqu'il eût un intérêt très-réel d'en détruire la vérité s'il Tavait pu; parce que par là les Juifs se seraient défaits a'une loi incommode et sévère et d'une histoire où ils sont traités partout d'ingrats, de rebelles, d'enclins à ridolâtrie. On peut même remarquer que ce livre est d'un genre tout différent des autres, auxquels peu de personnes s'intéressent, suf> tout pour savoir qui en sont les auteurs ; au lieu que le peuple juif a toujours déclaré MoYse pour auteur de ce livre , et personne n'a dît jusqu'ici le contraire. Ce livre a toujours été entre les mains de tout un grand t>euple ; il a été l'objet de leur application , e fondement de leur religion : d'où l'on peut i'uger en passant s'il aurait souffert au'on 'eût altéré. Aujourd'hui même les Juifs ont tant de vénération pour la loi contenue dans ce livre, qu'après plus de 1700 ans qu'ils sont dispersés ils l'observent avec la même exactitude que dans les premiers temps , et ils attendent toujours l'effet des promesses.

3" Les faits que MoYse rapporte sont véritables, et il n'a pu abuser les Juifs. En effet, comment aurait-il pu faire croire tous les miracles oull raconte , s'ils n'avaient pas été vrais? Quel exeiqple a-t-on dans toutes les histoires d'une imposture de ce caractère ? Les imposteurs n-exposent pas leurs mensonges à un si grand jour; ils supposent quelque miracle sourd et qui n'ait eu que peu de témoins. MoYse au contraire parle aux Juifs, en toute occasion, des miracles que Dieu avait faits par son ministère en faveur de leurs pères ; il leur dit des choses palpables dont le moindre des Israélites était instruit : il leur fait en même temps des reproches durs et offensants qui n'auraient pas manqué de soulever leurs esprits si les choses qu'il racontait ou qu'il s'attribuait eussent été fausses ou incertaines. Si ce qu'il avait dit,par exemple,de la création du monde était faux, il n'y avait rien de si aisé aue de l'en convaincre, car il met si peu de générations depuis la création jusqu'au déluge et ée là jusau'à la sortie d'Egypte que l'histoire de nos derniers rois ne nous est pas plus

f présente que celle-là devait l'être aux Israéites. Bien plus, ceux-ci eussent-ils été d'assez bonne volonté pour croire que leurs aYcux vivaient sept ou huit cents ans, si ef-

fectivement ils n'avaient vécu que cent ou six- vingts ans? Auraient-ils reçu sur sa foi des choses aussi extraordinaires que la créa* tion et le déluge, dont il n'y aurait eu parmi eux ni traces ni vestiges et dont la mémoire leur devait être néanmoins si récente , de la manière dont parle MoYse? Il aurait fallu qu'il eût été bien simple à vouloir inventer et mentir, de composer si peu de générations ! Peut-on slmaginer qu'un homme soit assez hardi que d'oser assurer à tout un

Senple, comme a fait MoYse, qu'un roi 'Egypte et toute son armée avaient été en- Sloutis par la mer que MoYse venait d^ouvrir ceux qui le suivaient, sans craindre que quelqu'un parmi les Egyptiens ne publiât la fausseté d'un pareil événement.

4* Les livres de MoYse, dans lesquels l'histoire de la création du monde et des premiè-' res traditions est écrite, et dans lesquels on voit que Dieu a révélé ses saintes volontés aux hommes, sont beaucoup plus anciens que tous ceux qui ont été écrits chez les autres nations. Celles-ci mêmes s'accordent unanimement sur les faits les plus éloignés et les plus mémorables rapportés dans le premier livre des saintes Ecritures, tels que sont la création du monde, le déluge, une seule famille sauvée de cette punition générale, etc. Et cette dernière circonstance nous fait comprendre Guavant la division des langues tous les hommes ne composaient qu une

{grande famille dont Noé était le chef. Ainsi a vérité des saintes Ecritures, dans tout ce qu'elles ont de plus ancien et de plus surprenant, est clairement démontrée par le consentement de tous les peuples à qui les Ecritures ont été inconnues : car il n y a que des faits véritables qui aient pu être le fondement des traditions universelles qui ont subsisté dans toutes les nations malgré la diversité des langues et la distance des lieux ; et par conséquent, tous les peuples servent de témoins à MoYse de la vérité de ces faits. D. Mais comment Moxse avait^l pu être in^ struit des faits qui s'étaient passes dans un temps si éloigné de celui où il les écrivait.

R. Les faits que MoYse raconte, quelque anciens au'ils fussent, étaient l'histoire d'Adam, de Noé, d'Abraham, de Jacob , et en un mot celle des merveilles que Dieu avait opérées dans les premiers temps. Or MoYse n'eut pas besoin de chercher fort loin les traditions de ses ancêtres : en effet il ne raconte pas cette histoire comme une chose fort éloignée de lui. Amram, son père, avait vu Lévi et avait vécu longtemps avec lui. Lévi avait été 33 ans avec Isaac : Isaac avait vécu 50 ans avec Sem : Sem avait vécu 98 ans avec Mathusalem ; et Mathusalem, qui vécut 969 ans, avait été 263 ans. avec Adam, qui avait vécu 939 ans. Tout cela est démontré par la durée de la vie de ces

Satriarches. Or de là il s'ensuit qu'Adam, [athusalem, Sem, Isaac, Lévi et Amram , père de MoYse, s'étaient vus successivement et s'étaient instruits de l'histoire du monde qui était celle de leur famille : ainsi entre Adam et Isaac, il n'y a que deux personnes, Mithusalem et Sem ; et entre Isaac et Ku^-*

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. ram, père d« Moïse, il o*j en a qu*nne seule I qui est Lévi. Or on comprend due la durée de la vie de ces patriarches, au lieu de faire que les histoires passées se perdissent, serfait au contraire A les conserver. Bien plus, si lloYse avait en quelque autre vue que celle de citer dans une histoire écrite ce qui était connu de presque tous les peuples, et qui fai* sait la partie la plus essentielle des monuments de la famille d'Abraham, il n'aurait pas fait vivre si longtemps des témoins qui auraient déposé contre lui, et qui auraient rendu sensibles toutes les erreurs de ses dates, et fait douter par conséquent de tous les événements qu'il y avait attachés; il se serait mis en sûreté en éloignant Torigine du monde, et en mullipliant les générations, s'il n'avait dit ce qu*on savait déjà en remontant d'Age en âge; car ce n'est pas le nombre des années, mais la multiplication des générations, qui rend les choses obscures : d'où il s'ensuit que les annales de Moïse étaient les annales publiques, avant qu'il les écrivit, puisqu'il ne prend aucune précaution pour être cru, et qu'il multiplie toutce qui peut servir de preuves contre lui s'il n'était pas Adèle. Voila pourquoi Moïse dans la Genèse parle des choses arrivées dans les premiers siècles, comme de choses constantes, dont on vojait alors des monuments remarquables : tels étaient les lieux où Isaac et Jacob avaient habité, le puits qu'ils avaient creusé, les montagnes où ils avaient sacriCé à Dieu , les pierres qu'ils avaient dressées ou entassées, pour servir de monuments de ce qui leur était arrivé , les tombeaux où reposaient leurs cendres, etc.

5* L'autorité de Moïse nous paraîtra inflniment respectable, si on fait attention aux temps reculés dans lesquels il a écrit. U existait près de 500 ans avant Homère, plus de ISOO ans avant Socrate, Platon, Aristote, qui ont été comme les cheb et les maîtres de toute la sagesse des Grecs : ainsi il ne pouvait tirer aucune lumière de l'antiquité profane ; cependant on peut remarquer par ses écrits qu'il a été historien, philosophe, lé-

i;islateur et prophète tout ensemble. Si on ait attention à sa manière d'écrire , on j verra une noble simplicité qui porte un caractère de vérité au-dessus de toutes les preuves du raisonnement : en effet il commence son histoire comme si Dieu même parlait, sans (j^face, sans exorde, sans inviter les hommes à le croire, sans douter qu'il ne soit cru. U s'ensuit de ce qu'on vient de dire

3 ne l'histoire de Moïse est la plus ancienne e toutes, et qu'elle n'a pu rien emprunter des autres. Plus on examine les autres histoires des peuples qui se disent très-anciens, comme celle de 4a Chine, plus on voit que ce sont des fobles ridicules, plus on en sent la fausseté : ce sont des hommes tombés du soleil, ou sortis d'une montage. Mais le peufAe juif se dit créé par un Dieu tout-puissant; I se ffonveme par un livre unique, qui comprend son histoire, ses lois, sa religion : on trouve dans cette histoire ce que nous ignorions ; savoir, que le ciel et la terre s jnt l'ou-

vrage d*nn Dieu. On y apprend, comme boqs avons dit ci-dessus, la chute du premier homme et la promesse d'un libératear. On y voit que ce peuple a toujours eu on soin extraordinaire de ne se point allier avec les autres nations, et de conserver ses généalogies pour donner au monde une histoire digne de créance. On y voit un peuple sorti d'une même famille, mais si nombreuse que s'il s'v était mêlé de l'imposture, il serait impossible, comme les hommes sont fatts, que, quelqu'un d'eux ne l'eût découverte. Tel est le peuple à qui Dieu a voulu se manifeiier.

Enfin ce qui achève de donner tout le poids nécessaire à l'authenticitédes livres de Ifoïse, c'est que des hommes inspirés et dont ks prédictions au-dessus de toute puissance hsmaine ont eu leur accomplissement, oa( attesté la sincérité des faits rapportés fit Moïse et de sa mission; d'où il 8*eDsnitfie les livres postérieurs des saintes Eeritnra, servent de preuves aux premiers, parce qm les faits miraculeux des premiers y sest rapportés comme indubitables. Ainsi conime les miracles des prophètes rapportés dais les livres postérieurs font voir qu'ils étaieit inspirés de Dieu et aue Dieu maniCestait sa puissance par les prédictions et les miracles qu'ils faisaient , ces mêmes prophètes ea faisant mention des miracles plus andeas nous font comprendre qu'ils en étaient persuadés, et autorisent par là invinciblement la certitude des livres précédents.

D. Quelles $ont Us preuves par lesqu^les Dieu a voulu eanstaier la vérUi de ea réffélaiion à la nationjuivet

R. Ce sont des preuves qui sont à la portée des plus simples et qui font éclater la toutepuissance divine ; savoir, les miracles et les Jrophéties. Je dis 1* les miracles ; car Dieu t comprendre sensiblement que Moïse était envoyé par son ordre pour conduire son peuple, par les miracles éclatants et multipliés qu'il fit pendant une longue suite d'ansccs. Moïse qui rapporte les premiers, parle de œ qu'il a vu et de ce qu'il a fait. Or ces évésements mémorables dont les peuples entkn étaient les spectateurs et les témoins, furent les plaies de l'Egypte ; tous les premiers-nés de ce royaume trappes de mort dans nue seule nuit, la mer ouverte pour donner passage aux Hébreux, le peuple d'Israël noncri de la manne pendant quarante ans; abreuvé par des torrents tirés des rochers ; couveit par une nuée contre l'ardeur du jour, et éclairé par une colonne de feu pendant U nuit ; le cours du Jourdain suspendu pour faire passer le peuple de Dieu sous la conduite du successeur de Moïse ; le soleil arrêté, les nuées converties en une grêle de pierres, pour écraser ses ennemis : les nations liguées contre ce peuple, dissipées par une vaine terreur; une armée nombreose exterminée par une main invisible sous \a murs de Jérusalem, et tant d'autres, dont plusieurs étaient attestés par des fêtes souponelles établies à dessein d'en perpétuer U mémoire, et par des cantiques sacrés, que les pères apprenaient à leurs epfants, et qui.

DE L*âGB mur.

1>a8saiit de bouche en bouche» perpétuaient a mémoire de la protection sensible de Dieu sur son peuple» en rappelant celles des événements miraculeux. Ceux qui rapportent ces miracles ont été présents aux choses, et ils les ont écrites eux-mêmes. Leurs livres «int été mis dans les archives publiques de ce peuple choisi, qui les révère comme faisant partie de sa religion.

Je dis en second lieu les prophéties. Car la prophétie n'appartient qu'à Dieu. Il est le seul roi de tous les temps, il n'y a point pour lui de passé, ni d'avenir. Tout est présent à sou éternité. C'est pourquoi il a choisi lui-même la prédiction des choses futures comme le caractère de sa divinité. Or c^est dans la révélation faite à la nation juive que ces prophéties sont annoncées. On y Toit ^ue pendant la plus grande partie du temps que Dieu se fil connaître à son peuple par des preuves sensibles de sa puissance, il suscita une foule d'hommes inspirés de son esprit, qui ne parlaient pas en doutant, en hésitant, en conjecturant, mais qui d'un ton afBrmatif déclaraient hautement et en public ({ue tels et tels érénements arriveraient certamement dans le temps , dans le lieu , et avec toutes les circonstances qu'ils marquaient. Et quels événements I Les plus détaillés, les plus personnels, les plus intéressants pour cette nation, et en même temps les plus éloignés de toute vraisemblance. On ▼oit ces hommes admirables au milieu de la paix et de l'abondance, prédire une aflreusc disette , annoncer que Jérusalem , réduite à la dernière extrémité par Sennacherib , roi des Assyriens, ne serait point prise par ce roi impie, prédire la destruction totale des dix tribus, la ruine de Jérusalem par Nabuchodonosor, la captivité du peuple juif à Babylone et le retour après un laps de 70 ans , annoncer la venue du Messie, le libérateur promis aux hommes dès le commencement du monde, le temps et le lieu de sa naissance , les principales actions de sa rie, les circonstances de sa mort et de sa résurrection , l'établissement de l'Eglise , la vocation des Gentils , la réprobation des Juifs, etc. Que diront à cela les incrédules? Car enfin les hommes ne sont point prophètes par les voies naturelles ; et comme la nature ne leur est point soumise pour faire des miracles , Vavnnir ne leur est point ouvert pour en faire une histoire par avance.

Mais on doit encore faire attention au caractère des écrits des prophètes, n est certain que l'élévation de leurs idéei^et de leurs scn-^ timents fait comprendre qu ils étaient ani-* mes de l'esprit de Dieu. On voit que les expressions leur manquent lorsqu'ils veulent exprimer la grandeur et la magnificence du Dieu qui les mspire. Pleins de l'immensité de la toute-puissance et de la majesté de l'être suprême , ils épuisent la faiblesse du langage humain pour répondre à la sublimité de ces images ; « C'est lui, disent -ils , qui mesure les eaux de la mer dans le creux de sa main, qui pèse les montagnes dans sa balance, qui tient entre ses mains les foudres et les tem-

pêtes , qui dit , et tout est fait , qui se joue en soutenant l'univers; toutes les nations ne sont devant lui que comme une goutte d'eau» et comme ce petit grain qui donne à peine la moindre inclination à la balance; toutes les lies sont devant ses yeux comme un petit

frain de poussière; tous les peuples du mone sont devant lui comme s'ils n'étaient point, et il les regarde comme un vide et comme un néant. »

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