‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 18 sur 235 · CHAPITRE H. La Religion naturelle · texte numérisé non relu

CHAPITRE H. La Religion naturelle

§ 1. 199. D. Puisque la nature nous apprend que rhomme doit un culte à Dieu , n'esl-il pas raisonnable de suivre les lumières naturelles en ce qui regarde l'espèce et les règles de ce culte?

R. Si la raison nous apprenait l'espèce du culte, comme elle nous en apprend la nécessité, il faudrait l'écouter, sans doute , et lui obéir ; mais elle nous apprend au contraire qu'elle n'entend rien à cet enseignement, et qu1l faut le chercher ailleurs.

200. D. Comment prouvez-vous l'impuissance de la raison humaine dans l'enseignement de la religion?

R. Par la nature même de cette raison , par la nature des vérités que la raison nous enseigne, par l'histoire de tous les siècles, par l'état delà religion dans le monde entier.

201. D. Comment prouvez-vous cette insuffisance par la nature même de la raison humaine?

R. Quoique la raison nous apprenne quel*

Sues grandes vérités , telles que l'existence e Dieu, l'immortalité de Tâme, la nécessité d*une religion, etc. , cette raison , toiyoura inquiète et toujours curieuse produit des erreurs sans nombre qui affaiblissent, et qui quelquefois même combattent la sagessedeses leçons. Mais quand on défendrait oe toute attemte ces premières vérités que l'esprit de l'homme aaopte sans résistance, l'espace des erreurs est encore immense; et la raison, en partant des principes les plus incontestables, est encore sujette à de grands égarements. C'est ainsi que Bayle, en raisonnant sur la bonté de Dieu, a prétendu au'il devait sauver tout le monde ; en considérant sa justice , Calvin a cru que les hommes étaient prédestinés aux peines éternelles ; sa sainteté a persuadé à Manès qu'il j avait deux principes créateurs , l'un opposé à l'autre ; enchanté de sa saçesse et des ouvrages qui en portent l'empremte. Pope a prétendu que nous habitions le meilleur des mondes possibles, et qu'une terre de péché était préférable à une terre de sainteté et de vertu- « La raison, dit un honune que les incrédules écoutent avec une docilité merveilleuse, est un principe de destruction, et pas d'édification ; elle n'est propre <{u'à former des doutes et à se tourner à droite et à gauche pour éterniser une dispute , à faire connaître A l'homme ses ténèbres et son impuissance, et la nécessité d'une autre révélation: c'est celle de TEcritare » ( Bayle, Dict. crit. art. Ma-* nich. ). — a II faut considérer, dit-il ailleura, que ce qui nous est si facile et si manifeste» parce que Dieu nous a fait la grâce de nous communiquer sa révélation, ne l'était pas à ceux qui n'avaient pour suide que la nature. L'esprit humain , abandonné à lui-même , s'égare facilement sur une mer aussi vaste et aussi orageuse.... Nous ressemMom A

CATfiaiISMC

ceux qui 8*étanl servi» d*an bon léleficope, ftlmagineraient que les autres bouimes auraient Tacilement tu les sateUites de Jupiter s*iis avaient voulu» {Contin.des Pensées div., f . 3 }. O Dieu, s'écrie Montaigne, après avoir rapporté les erreurs des Philosophes et di$s peuples païens, quelle obligation n'avonsnous pas à la bénignité de notre souverain Créateur, pour avoir déniaisé notre créance de CCS vagabondes et arbitraires opinions, et ravoir logée sur rétcrneîlc base de sa sainte

fiarole î Tout est flottant entre les mains de *homme, puis-je avoir le Jugement si flexible? » (Essais, {. â, ch. 12). Un Philosophe paYen a raisonné à peu près comme Montai-

5 ne et Bayle. a Au milieu de nos incertitues, dit Platon, le parti que nous avons à prendre est d*attcndre patiemment que quel-

3u*un vienne nous instruire de la manière ont nous devons nous comporter envers les dieux et les hommes. Celui qui vous apprendra ces choses s'Intéresse véritablement à

ce qui vous regarde Qu'il vienne donc

incessamment , répond Alcibiade : je suis disposé à faire tout ce qu'il me prescrira ; et j'espère qu'il me- rendra meilleur (1). » C'est donc la raison elle-même qui nous fait sentir, par ses incertitudes et ses variations, la nécessité d'une révélation (2).

§ IL ^ 202. D. Comment les vérités enseignées par la raison montrent-elles la nécessité d'une révélation ?

B. Ces vérités , pour faire une impression

f profonde el durable, pour étendre et flxer eurs conséquences , ont besoin d*un déve-

(1) Neeessarimn est tmlitr expectore donec quis do^ eeat , tmo animo erga Deos et erga homnes eue opor- Ifof. Alcib; Quandù veto tempus iUud erti, Socrates? El qms ÎUud docturuê est t Lubentissime enim viderem hune A#mfiKniftttfiiaiM ipse ttl. Soc. : Hieitteest mmtnmi qmde t4 cmram aerit..., Alcib. : Au ferai mes caU' fijiem, ûwê tptid éliua poliuriu Un ewm me ecmpÊrm , ut nikil eorum quœ in me impermerit , subterjifgiam , qukumtfue tandem fueril vir Hte , dummodo melior um eeasums. Plalo, Alcib. 2. Ce passage, et quelques antres, ont lait croire k quelques auteurs que Platon, éclairé d'en-hiiut , avait vécu dans Tattente du Mesaie et Qu Législateur des chrétiens. On trouve des passages bien plus remarquables encore, plus décisifs et plus frappants dans un livre cbitiois, intitulé : Tckong'Yifn^tOU Le juste mitieu^ ciu^on lit à la Gliine, si on eu croît les missionnaires , aepuis près de deux mille ans. Voyes les Mémoires concernant les sciences, les aru, etc., des Chinois. A Paris, chez Nyon, 1776.

. (S) On peut considérer la mison humaine comme sembbble, en quelque sorie , à ces palais enchantés des poètes qui , dans retendue d'une enoeinio immense , comprenaient des appartements magnifiques, dés jardins, des forêts , des lacs , des cavernes et des précipices. C*est un vrai labyrinthe oii se perd quiconque ne se défie pas des galeries tortueuses de ce s^fmr insidieux. Le grand Architecte qui Ta fait nous a donné un fil pour nous diriger et nous conduire Usas ces comours si multipliés et si dangereui. Ce fil est b foi de la révéiation , Tautoriié d'une religion divine

i/tr labor Ule dmmts^ et inextricatiUs error. Lœdalus, ipse dolos tecti amtmgesgtte resoMt^ tirca regens fit» vestigm»

loppement et d'une efficace que la raison ne saurait leur donner. Plus il est constant, nar le suffrage de la raison, que Tâme ne nnlt point avec le corps, et que l'ordre, souvent violé dans ce monde, doit être établi dans un autre, plus il est juste de recourir à une lumière supérieure, pour savoir avec certitude le sort de Tàme séparée du corps , et le traitement que Dieu réserve aux bons et aux méchants. La raison ne nous dit rien de précis là-dessus ; et quand il s'agit de craintes ou d'espérances, dont les unes doivent être le frein du vice, les autres lé mobile de la vertu et la consolation des malheoreux, celles dont l'objet est vague et indéterminé ne peuvent produire que de faibles effets. Les nommes ont besoin, pour résister à de violentes passions, pour affronter de grands dangers, pour ne pas succomber à des maux extrêmes, I>our faire des actions héroïques par des motifs purs ; ils ont besoin , dis-je , pour tout cela, d'une perspective de l'avenir plus dis-* tincte et plus détaillée que la raison ne peut la leur onrir.

§ m.— 203. D. N'avez-*vou8 pas dit encore queThistoirede tous les temps déposait contre la sufGsance des lumières naturelles en matière de religion ?

R. « Les nations les plus éclairées et les plus sages , dit M. Bossuet {Disc, sur VHisU univ.. 2* Dor^. cA. 16, pa^j. 254, id. de 1738), les Chalaéens, les Egyptiens, les Phéniciens, les Grecs, les Romains, étaient les plus ignorants et les plus aveugles sur la religion, tant il est vrai qu*il faut y être élevé par une grâce particulière et par une sagesse plus qu'humaine. Qui oserait raconter les cérémonies des dieux immortels et leurs mystères impurs? Leurs amours, leurs cruautés, leurs jalousies, et tous les autres excès étaient le sujet de leurs fêtes et de leurs sacriGces, des hymnes qu'on leur chantait, et des peintures que l'on consacrait dans leurs temples. Ainsi le crime était adoré et reconnu nécessaire au oulte des dieux. Le plus grave des Philosophes défend de boire avec excès, si ce n'est dans les fêtes de Bacchus, et à l'honneur de ce dieu. Un autre, aprè» avoir sé^ vèrement blâmé toutes les images malhonnêtes, en excepte celles des dieux qui voulaient être honorés par ces infamies. On ne peut lire sans étonnementles honneurs qu*il fallait rendre à Vénus , les prostitutions qui étaient établies pour l'adorer. La Grèce, toute polie et toute sage qu'elle était, avait reçu ces mystères abominables. Dans les affaires pressantes, les particuliers et les républiques vouaient à Vénus des courtisanes; et la Grèce ne rougissait pas d'attribuer son salut aux prières c|n'elles faisaient à la Déesse. Après la défaite de Xerxès et de ses formidables armées, on mit dans le temple un tableau où étaient représentés leurs vœux et leurs processions, avec celte inscription de Simonide, poêle fameux : Celles^i ont prié ia déesse Tentu, oui, pour Vamour dédies, a sauvé la Grèce. S il Callait adorer l'amour, eu devait être du moins l'amour honnête, mais il n'en était pas ainsi. Solon, qui le pourrait

PUfLOSOPHIQCE.

croire, et qui altendrait d'un si grand nom une si grande infamie 1 Solont dis-je, établît à Athènes le temple de Vénus la prostituée oa de Tamour impudique. Toute la Grèce était pleine de temples consacrés à ce Dieu, et l'amour conjogal n'en arait pas un dans tout le pays. Cependant ils détestaient l'adultère oans les hommes et dans les femmes. La société conjosale était sacrée parmi eux. Mais quand ils s^appliquaient à la religion» ils paraissaient comme possédés par un esprit étranger, et leur lumière naturelle les abandonnait. La gravité romaine n'a pas traité la religion plus sérieusement, puisqu'elle consacrait à l'honneur des dieux les impuretés du Uiéâtre, et les sanglants spectacles des gladiateurs ; c'est-à-dire, tout ce 3u'on pouyait imaffiner de plus corrompu et e plus barbare. Mais je ne sais si les folies ridicules que l'on mêlait dans la religion n'étaient pas encore plus pernicieuses, puisqu'elles lui attiraient tant de mépris : pouf ait-on farder le respect qui est dû aux choses dirines au milieu des impertinences que contaient les fables , dont la représentation ou le souvenir foisait une si grande partie du culte divin? Tout le service public n'était

3 u'une continuelle profanation, ou plutôt une érisiou du nom de Dieu ; et il fallait bien qu'il y eAt quelque puissance ennemie de ce nom sacré qui, ayant entrepris de le ravilir, poussAt les hommes A l'employer dans des choses si méprisables , et même à le prodlffuer A des sujets si indignes. ... Si Quelques Philosophes osaient enseigner que les statues u'étaient pas des dieux, comme l'enteadait le vulgaire, ils se voyaient contraints de s'en dédire : encore après cela étaient-ils bannis comme impies par des sentences de l'Aréopage. Toute la terre était possédée de la même erreur: la vérité n'y osait paraître. Le IKeu oréateur du monde iravait de temple ni de culte qu'en Jérusalem. Quand les Gentils y envoyaient leurs offrandes , ils ne faisaient antre honneur au Dieu d'fsraël que de le joindre aux autres dieux. La seule Judée connaissait sa sainte et sévère jalousie (1), et savait que partager la religion entre lui et les autres dieux était la détruire.» VoilA l'homme abandonné entre les bras de sa raison. 11 se précipite dans les égarements les plus monstrueux, alliant ce qu'il ya de plus abominable avec ce qu'il y a de plus sacré. Le seul Juif, éclairé par la révélation, se sauve de la corruption générale. Que con« chiroiis— nous de .cet excellent tableau? Il ■*est pas besoin d'une lonsue spéculation pour en déduire la nécessité d une révélation : lamais conséquence ne fut plus liée avec son principe.

S Iv. — SM. D. Quelle espèce de preuve contre la suffisance de la religion naturelle découvrez-vous dans l'état général du monde et la conduite de tous les peuples ?

R. La religion naturelle , qu'on voudrait substituer A fa révélation, ne se trouve éta-

(!) N&tms in Juàaa Dws: in Israël magnum nomen efiÊê. Fi. 18.

blie dans aucune société. Je parcours toutes les plages de la terre. Je trouve partout des cultes appuyés sur des révélations vraies où fausses : me renvoyer donc A la religion naturelle, c'est m'envoyer hors du monde. Aucune nation grossière ou civilisée, ignorante ou instruite des arts et des sciences, ne s'en rapporte A la seule raison pour déterminer le culte dû A Dieu. Le sage Maître de l'univers exigerait-il un culte qui n'existe nulle part ? Nos Philosophes reprochent A la religion chrétienne ue n*étre pas assez répandue: leur religion prétendue naturelle est encore A naître (1).

205. D. La religion naturelle n'a-t elle pas été suivie par Abraham et par Noé ? N^est-elle pas florissante aujourd'hui chez les Lettrés de la Chine?

R. l"" Si, pour montrer l'existence d'une révélation et la réalité de notre culte, nou^ étions obligés de recourir A Abraham, A Noé et aux Lettrés de la Chine, que diraient les Philosophes ? ITne révélation concentrée depuis tant de siècles dans un si petit nombre de croyants ne doit pas être fort propre A éclairer le genre humain, et son étendue ne fait pas grand honneur A l'eiDcacité de ses lumières.

2" La reliffion des patriarches avait des sacriGces et des rits approuvés de Dieu. Ses dogmes n'étaient pas seulement des leçons de la raison, mais de Dieu même (Cen. 4 ;8, 20, 21 ; 15, 9, etc. ; 17, 10, 11, etc.). Les vérités enseignées par la nature, telles que Texistence du Créateur, l'immortalilé de l'Ame, etc., étaient encore enseignées aux pa* triarches parla foi, suivant la réflexion de S. Paul (2) ; la lumière de leur raison était sou» tenue et affermie dans la profession de ces grandes vérités par la lumière de la révéla-tion (3). — La naissance future du Messie avait éteannoncée A Adam {G en. 345), A Abrsh

(1) Od peut placer ici cette observation de M. Turrpttn , dans son traité si généralement estimé de la Religian chrétienne, c 11 y a des projets qui paraissent beaui en idée, et qui sont insoutenables dans la pni-> tique. Celui des Déistes est de ce nombre. Ils forgent à i^Uisir des tableaux de reliaion naturelle et des re« lailons dû certains pays imaginaires, pour faire croire que Ton vivrait heureux sous cette loi. Par malheur tout cela n'existe que dans leur cerveau : c'est la ré*

{publique de Platon. Ils n'ont pu encore trouver sous e ciel un peuple qui professât réellement leur naturalisme : et véritablement il n'y en a point. Supposé qu*on réussit à amener une nation à ce point-lè, elle ne s*y tiendrait pas longtemps. Vous la verriex bientét tomber, ou dans un entier oubli de Dieu, ou dans les dernières superstitions; et pour un i>etit nombre d'esprits qui sauraient sarder un juste milieu, le gros du monde irait tout droit, ou k Tirréligion, ou à l'extravagance. CTest ce qui est arrivé à tous les peuples qui n*ont pas été favorisés de la lumière céleste, i fériiét de la relig. ehréi,^ t. I, sect. I, ch. 6.

(2) £si oMem fides eperandarum subetantia rerum , argumentum non apparentium. In hac enim iesiimo fitum conHCuli sunt tenes. Fide intelligimui aptaUi ^s*e eœcula terbo Dd^ut ex invisibUibus visibilia fUremt. Ueh. il, 1, 2, 5.

(5) Voilà pourquoi les patriarches n'ont pas varie diiis leurs dogmes, taudis que les sages du paga^ ulsme, ainsi que nous venons de le voir, n^ont jamais

CATtCIltSME

ham {Gen. 22, 18) ; et celle croyance faisait le sujet des consolations et l'objet des désirs de tous les serviteurs de Dieu. La révélation leur avait appris qu'ils devaient mettre leur confiance dans une victime qui, en expiant le crime du premier homme et ses suites, devait écraser la tète de celui qui en avait été Toccasion (1) ; que Thomma^e du cœur, uni à cette victime adorable, était ennobli, pouvait être présentée Dieu, et rétablissait dans les droits de Tinnoccnce ; que relBcacité de son oblation attirerait la bénédiction du Ciel sur toutes les nations de la terre (2). — La tradition primitive, toute récente encore, et transmise par un petit nombre de générations, était une autorité suprême et infaillible, qui prononçait sur les choses reli- Sieuses, etc., etc. 11 n'y a nulle apparence 'une religion purement naturelle dans tout cela.

3* Ces Lettrés de la Chine, que Voltaire BOUS donne pour un excellent modèle de la religion naturelle {Mner de BotUainvUliers,

Î. 91), sont de purs Athées, selon ce même hilosophe (Philos, de rhisL, ch. 1, p. 8). Voilà une alliance fort heureuse, et qu'on ne se f&t pas avisé de soupçonner. Le fait est que ces Lettrés en général ne sont ni Athées, m disciples de la religion naturelle. Les uns sont idolâtres, les autres adorent Dieu et lui rendent le culte qu'ils croient le meilleur; quelques-uns sont chrétiens, quelques-uns Athées , plusieurs ne savent euxmêmes ce qu'ils croient, ni ce qu'ils ne croient pas : il en est comme de nos Philo* sophes, nais avec moins de subtilité. Au reste ces Lettrés chinois ne font pas grand honneur A la religion naturelle, supposé que ce soit la leur. II n'y a point de pays au monde où les hommes en place (qui sont tous de la secte des Lettrés) soient aussi avides d'argent qu'à la Chine , et où ils aient donné des exemples aussi atroces et aussi multipliés de toutes sortes de cruautés. Ce

Îu'on raconte des Caligula , des Néron , des ttila, n'estrien en comparaison de ce qu'ont commis dans le siècle précédent les Listching, le» Chingchi-cang , et les Chankien-chon^, qui étaient des Lettrés. Ce dernier fit périr MH),000 filles dans une occasion. Voyez V Histoire de ta conquête de la Chine , t. 2, p. 63. Tout ce que nos beaux-esprits nous rapportent de la haute sagesse, des grandes vertus de ces Lettrés, est démenti par des témoins oculaires {ÂpoL de la religion, cA. 11, § 4). Nos Philosophes cherchent ordinairement leurs exemples à l'extrémité de l'Asie et de l'Afrique, ou dans l'obscurité des siècles les plus reculés. L'erreur ne saurait mettre trop d'espace entre ses prétentions et ses preuves.

en de oonsistsnee dans ce qulb ont dit et pensé de plus raisonnable.

(t) inhmdlùs ftonam ùoer U el muUerem^ et semen tmum et $mM HUmm : fpaa conCtrei eafmt latun, el M ittùdiaèerU eaUoneô «pu. Gen. 5, 15.

JSJI Beneikentwr m temiiu tuo omnet génies tenœ* Cen.2i.i8.

S V. —206. D. Quoique la religion natu- ' relie soit insuGBsante par elle-même ; soutenue par les lumières et la doctrine des sages qui travaillent à l'établir parmi nous , ne peut-elle pas tenir lieu de la révélation ?

R. 1* Si ces hommes ne croient pas à la révélation, ils n'ontd'autres lumières, d'autre doctrine que celle de la raison, qui est le principe de la religion naturelle ; ils ne peuyent donc consacrer à cette religion plus de sagesse qu'ils n'en ont reçu de la raison , et qu elle n'en a elle-même ; or nous avons montré que cette sagesse ne sufDsait pas.

2* Il ne suffit pas de connaître la religion naturelle et de l'expliquer dans des brochures, il faut enseigner au peuple, aux idiots, aux sauvages ; et pour cela se faire au climat , aux mœurs, à la nourriture, à l'habitation de ceux qu'on veut instruire (1). 11 faut surtout prêcher d'exemple. Il serait à souhaiter, pour l'honneur de la Philosophie, que nos âoc-« teurs antichrétiens, devenus missionnaires, eussent déjà policé, humanisé, réuni en corps de république une nation sauvage , et nous eussent montré de quoi leur morale et leur religion naturelle sont capables. Platon ne

Sut engager une seule bourgade de la Grèce vivre selon ses maximes. Nos Philosophes seraient-ils plus habiles ou plus heureux? L'on ne voit ni plus de sagesse, ni plus de probité, ni plus de lèle pour le culte de l'Eternel chez ces défenseurs de la religion naturelle, que chez les partisans de l'Auiéisme; et ce que nous avons dit des uns est égale^ ment vérifié par les autres ( Voyez ei-^essus, 1. 1, ch. 5, i 2).

3* Ces sages , si zélés en faveur de la religion naturelle, n'ont pu encore nous dire exactement en quoi elle consistait. Je n'ai pas vu deux Philosophes qui m'en aient don né la même idée, qui aient donné la même étendue à ses preuves , à ses dogmes , à ses lois. Tous ceux que j'ai consultés là-dessua se sont réfutés les uns les autres. Il faut adorer Dieu, disent-ils, et être honnête homme. Mais qu'est-ce qu'être honnête homme? C'est sur quoi ils ne sauraient s'accorder. Il n'en faut pas être surpris. Dès qu'on a secoué tout joug d'autorité , pour n'écouter plus qu'une raison toujours disposée à faire accord avec de fortes passions, la morale naturelle s'obscurcit comme la morale révélée s'est obscurcie chez les protestants par le mépris des déci-

(1) Ces précepUnrt du genre humain^ qui dans le repos du cabinet, dans le sein d^une vie commode et délicieuse, fabriquent lant de brochures pour établir leurs dogmes et leur morale, se sont-ils jamais avises de visiler un seul village pour porter leurs précieuses leçons k de pauvres culiivaieurs? Y a-t if eu dans cette seclc nombreuse, qui couvre aujourd'hui la surface de TËurope, un seul apôtre qui ait quiué sa patrie et sa famille pour combattre rignorance et la superstition, ces grandes ennemies de hi Philoêo^ pbie, et Caire briller la sasesse chez les Iroquois, les Hurons, lesCafreset les Cannibales î'Gomment allier ce grand zèle pour la vériié^ pour VkMmnité, cet enthousiasme de bienfmsancet cet ameur vélié nent posât ses semblables^ avec taat d'indifférence et d'Indeleuce.

pirirnsopiiiQUE.

sfons de \ Eglise. « Que' Ton se mette à raisonner* dit Bossue! [Histoire des variai:)^ sur la doctrine des mœurs, sur les inimitiés, sur les usures, sur le mensonge, sur la chasteté, sur le mariage, avec ce principe quï/ faut réduire récriture à la droite raison, où n irat-on pas? NVt*on pas vu la polygamie enseignée par les Protestants et en spéculation

et en pratique? Mais quand on en sera

là, que sera-ce que ce bon sens dans les

mœurs, sinon ce qu'il plaira à chacun

n faudra réduire tout à la généralité de Tamour de Dieu et du prochain, en quelque sorte qu*on rapplique et qu*on le tourne après cela.... Combien ont dogmatisé les Anabaptistes et autres enthousiastes sur les serments, sur les châtiments, sur la manière de prier, sur les mariages, sur la magistrature, sur le gouvernement? Les Socmiens, combien ne se sont-ils pas mis au larçc en no soomeltant aux peines de la damnation quo les habitudes vicieuses? » La plupart de ces articles regardent autant la religion naturelle que la religion révélée. Or si, malgré leur respect pour la révélation, les hérétiques ont varié sur tout cela, que sera-ce d'un homme oui n'aura plus d'autres règles que sa raison? On a va le plus sensé de nos incrédules (1) établir et renverser les mêmes systèmes avec un zèle^al; raisonner pour et contre le duel ; faire Tapologlo du suicide, et condamner cette frénésie ; affaiblir le crime de l'aduttère» et établir les raisons les plus fortes pour en faire sentir Thorreur; déclamer contre les Philosophes irréligieux , et favoriser leurs sentiments ; attaquer l'existence de Dieu par des sophismcs, et confondre les Athées par des arguments invincibles ; combattre la religion chrétienne par des objections captieuses , et la célébrer par les plus sublimes éloges 11 est prouvé que les ad-

Théiste ne peuvent se dissimuler leur inconséquence; un Athée zélé a démontré tout cela, et nous aurons occasion de l'observer plus d'une fois. Quand l'homme a fermé les yeux à la lumière de la religion, quelques talents ou'il paisse avoir, ses efforts n'aboutissent a rien ; il ne sait lui-même ce qu'il veut établir: il est savant, profond, éloquent à pure perte (2).

V Quand même ils s'accorderaient et de« meureraient fermes dans leurs principes, ne serait-on pas en droit de leur demander les titres de lear enseienement ?0u bien leur autorité serait infaillible , ou elle ne le serait pas : dans le premier cas, il faut un bon nombre de preuves et de preuves du premier ordre, pour constater cette infaillibilité ; dans le second, il sera libre de les croire ou de ne Icscroire pas ; le plus fou sera celui qui croire

(I) J. J. RoossesD.

Q) oeuhs ttbi languida presdl

Ifeete qmes» nequkquam aviao$ exttndere curant ^ette ridemur, et in mcditf amaiibus a'firi Suradimu, {jCn/tA%}

sur la parole d'un homme GeiflUblo comme lui. S'ils disent qu1Is n'enseignent que la raison ,^ je la possède comme eux , et n*ài pas besoin de leur enseignement. « Quand on aurait recueilli, dit Loke {Christ, raisonn., 1. 1 , c. ik)y tous les préceptes de Selon , de Bias, de Zenon, de Cicéron et de Sénèque, et que-, pour rendre l'ouvrage plus complet , nous irions jusque dans la Ciiine consulter Confucius cl le sage Anacharsis en Scvthie, comment un tel recueil aurait-il pu devenir une règle fixe et une véritable copie do la loi sous laquelle nous vivons ? Serait-co d'Aristippo ou de Conrucius qu'il aurait tiré son autorité? Zenon avait-il le droit de faire des lois au genre humain? S'il ne l'avait pas , tout ce que lui ou quelque autre Philosophe pouvait dire , n'était compté que pour le sentiment d'un simple homme, que les autres peuvent recevoir ou rejeter, autrement il faudrait admettre également tout ce qu'à enseigné cet autre Philosophe, etc. »

207. D. Des vues pures et un grand zèle pour la vérité ne sufusent-ils pas pour autoriser l'enseignement des peuples ?... Les Philosophes se contredisent , mais les Théologiens sont-ils toujours d*accord ?

K. Plus les erreurs ont été monstrueuses» plus ceux qui les ont préchées ont fait usage du nom de vérité. C'est la remarque de S. Augustin en parlant des Manichéens , et celte remarque s'est vérifiée dans tous les siècles. Dicebant , Veritas, veritoê , et multum eam dicebant mihi ; et nusquam erat in eis ( S. Àugust. Confess. /. 3). J. J. Rousseau , qui connaît bien ses collègues , nous donne le même avertissement , qui peut nous servir contre lui-même : « Fuyez ceux qui , sous

f prétexte d'expliquer la nature , sèment dans es cœurs des hommes de désolantes doctrines , et dont le scepticisme est cent fois plus affirmalif et plus dogmatique quo le ton décidé de leurs adversaires. Sous le hautain E rétexte qu'eux seuls sont éclairés, vrais, de onne foi , ils nous soumettent impérieusement à leurs décisions tranchantes , et prétendent nous donner pour les vrais principes des choses les inintelligibles systèmes qu ils ont bâtis dans leur imagination. Du reste » renversant, détruisant, foulant aux pieds tout ce çue les hommes respectent , ils ôlent aux affligés la dernière consolation de leur misère , aux puissants et aux riches le seul frein de leurs passions; ils arrachent du fond dés cœurs les remords du crime ,. l'espoir de la vertu, et se vantent encore d'être les bienfaiteurs du genre humain. Jamais, disent-ils, la vérité n'est nuisible aux hommes ; je le crois comme eux, et c'est, à mon avis, une preuve que ce qu'ils enseignent n*esl pas la vérité» {Emile^t. 3,ç.l97). Les Théologiens disputent aussi ; mais ils ne disputent pas sur le fondement de leur foi , sur les articles essentieb de leur religion; en un mot, ils ne se contredisent pas dans l'enseif^nement public des peuples : si Pierre avait prêché un Dieu, et Paul le matérialisme ; si Jean avait dit I Jésm-Christ est ressuscilé, et que Jacques

CâTECUISMK

l'eût nié , il ii*y aurait point aujourd'hui de chrétiens dans le monde.

5 VI. — 208. D. Quand on supposerait la religion naturelle suffisante pour honorer le créateur d*un vrai culte , pour former les vertus et pour en assurer la récompense , pourrait-elle devenir la religion des peuples 7

R. L'homme ne s'en contenterait pas ; son esprit et son cœur demandent essentiellement un culte cérémonial et analogue aux sens , fondé sur une révélation vraie ou fausse. C'est au moins ce que nos Philosophes assurent partout. Pourquoi donc établir une thèse dont on prêche Timpossibilité 7

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