‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 17 sur 235 · D. Qu'est-ce que la religion · texte numérisé non relu

D. Qu'est-ce que la religion

R. C'est un culte que la Divinité exige des hommes, et certains devoirs qu'elle leur impose.

194. D. Est-il bien certain que Dieu exige une religion do nous 7 sur quels principes établissez-vous cette assertion ?

R. Sur les principes les plus simples et les moins contestés. Dieu est un être infiniment parfait. .L'homme est un être raisonnable. Il n'y a point de Déiste qui , en réfléchissant sur ces deux propositions , puisse refuser sérieusement d'admettre une religion. . 195. D. Comment cette conséquence eslelle liée avec les deux vérités dont vous la déduisez? Et d'abord comment l'idée d'un Dieu infini emporte-t-elle l'idée d'une religion?

R. Un être infini ne peut agir que pour ' une fin qui soit digne de lui. Il n'est rien qui soit digne de lui que lui-même. En tirant les créatures du néant, il n'a pu se proposer une autre fin. C'est donc pour lui-même qu'il a créé tout ce qu'il a créé. Toute autre vue aurait été trop petite , et n'aurait point répondu à sa sagesse infinie. Cela étant, ce n'est done que pour lui-même qu'il nous a créés et qu'il nous a donné l'intelligence, la liberté, la faculté d'aimer. Cette intelligence, cette liberté, cette faculté d'aimer, nous devons donc, pour remplir la fin de notre créalion, les rapporter à lui. Nous devons donc reconnaître que l'usage le plus juste et le plus convenable aux vues de Dieu que nous puissions faire de ces facultés , c'est ^e nous appliquer à le connaître , parce qu'il est la souveraine vérité et le principe de toute vérité ; de nous appliquer à Taimer , parce qu'il est la bonté infinie, et le plus juste, le plus nécessaire, le plus digne objet de notro amour. Enfin , si Dieu est la vérité souverainot la beauté incompréhensible, la bonté infinie, n'ett-il pas d'une nécessité indis^ pensable que les créatures , qui lui doivent

tout, lui rendent tous les hommages d'adoration , de reconnaissance et d'amour dont elles sont capables, et par conséquent qu'elles aient une religion? L'idée de Dieu est donc nécessairement liée à l'idée de la religion, et nous présente comme une vérité incontestable la nécessité d'une religion.

196. D. Pourquoi un être raisonnable ne saurait-il pas être sans religion?

R. Parce qu'il ne peut connaître Dieu sans qu'il sente naître dans son Ame des sentiments de respect, de soumission, de reconnaissance et d'amour envers le grand auteur de la nature. Qu'un homme, dans une douce et paisible méditation , consulte sa raison , qu'il jette les yeux sur le spectacle admira* ble que lui présente cet univers, qu'il en contemple la magnificence et l'harmonie ,

Su'il fasse attention à la variété des biens ont il est enrichi, qu'il songe que cet ouvrage si magnifique ne coûte à son auteur qu'un acte de sa volonté ; quelles sublimes idées ne se formera-t-il pas alors de la grandeur, de la puissance, de la sagesse, de la libéralité de son créateur? L'admiration et l'extase entraînant les sentiments du cœur , quelles seront les saillies et la vivacité de sa gratitude envers cet être suprême ? Avec quels empressements et quels transports chantera-t-ii ses louanges et ses bienfaits ? Les hommages les plus parfaits de l'esprit et du cœur- ne lui paraltront-ils pas les premiers et les plus justes de tous les devoirs? C'est la conclusion toute naturelle que David plaçait à la fin du Psaume 103, où il détaille admirablement les merveilles de la création (1). Comment s'empêcher de regarder, je ne dis pas comme une ingratitude monstrueuse, mais comme une extravagance insoutenable I les sentiments de celui qui

(1) SU gtoria Dondtù in sœculum : tœtabiiur Domi^ mu in opehbut m».

Canlako Donùno in vka mea, psaltam Deo meOt qntinh diu êum.

Jucitndum n'i ei eloquium meum , ego vero délecta bor in Domino.

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prétendrai! ne devoir ni cnhc, ni hommage,, ni reconnaissance, ni amonr, à ce créateur si puissant, si magnifique, si libéral ? ... Qui* conque nie Texistence d'an Pieu, peut n*étre regardé que comme un extravagant ; mais quiconque reconnaît Texistence d'un Dieu , et nie la nécessité d'une religion, doit être reçardé comme un homme détestable.

107. D. La nécessité d'une religion n'esteHe pas fondée aussi sur la conservation de la société?

R. Nous l'avons démontré par toutes sortes de raisonnements et d'autorités (i); et comme Dieu est l'auteur de la société humaine, il n'a pu, sans manquer à sa providence et à sa sagesse, négliger un moyen essentiel à la conservation de son ouvrage. Le Déiste est obligé de dire que Dieu emploie l'illusion, le préjugé, les erreurs des peuples, pour remplir le plan de la création et pour tenir les peuples réunis en société. Une pareiUe idée de Dieu conduit droit à l'Athéisme. Aussi les Athées ont-ils combattu les Déistes dans cette matière avec tout l'avantage possible. S*il j a un Dieu , il y a une religion ; les Ath^s sont toujours convenus de celte vérité, et l'ont prouvée contre les Déistes a?ec tout le succès que peuvent avoir les incrédules les uns contre les autres. « S'il existe un Dieu, dit le Système de la nature' (T. 2, p. 22b), pourouoi ne lui rendrionsnous pas un culte? » La belle idée que ceUe d un Dieu ,

gui de cet univers inatile pagode, Q laisse le timon pour sommeiller en paix ; Tiodis que le destin, réfflant tout à sa mode, ' DcTîent son maire de palais.

198. D. La nécessité d'une religion est-elle aussi généralement connue qu'elle est incontestable ?

R. Il n'y a point de peuple sur la terre qui ne rende quelque culte au Maître de Tunivers. L'homme, même en se trompant dans le choix et dans l'objet de son hommage, en sentroblîgation; ses efforts pour atteindre la Divinité, selon l'expression de saint Paul, expriment la voix et la pente de la nature , et marquent en même temps sa vraie destination, et le but de son existence dans les desseins de Dieu (2).... 6i la barbarie peut aller jusqu'à roubli de toute religion, elle va dès lors jusqu'à l'extinction presque entière de la raison, et ne peut faire exception dans

(i) Ci -dessus, Il V. 1, cb. 5, n. 120. Un Pliilosophe considérant la religion relativement à la société, 1 appelle ff le fover de toutes les vertus , la Philosophie de UNIS les iges , la base des mœurs publiques ; le resson le plus puissant qui soit dans la main des législateurs, plus fort que riniërét, plus universel que rbonnenr, plus actif que Tamour de la patrie; le garant le plus sAr que les rois puissent avoir de la fidélité de leurs peuples • et les peuples de la justice de leurs rois; la consolation des malheureux, le pacte de Dieo avec les hommes» et, pour employer une image d*Homère , la eluâne itor qui tuspmd la terre au ir&Hê de CEtemel. »

(9) Feeùfue ex uno omne genue komnum inhabitare PKpei faakm tirrm^ qumrere Deum^ si forte atîreetent mm. «mf innmant, Act. 17.

le consentement général des hommes sensés. Nous avons iiiscuté tout cela en parlant de l'existence de Dieu (£. 1, ch. 3, § 1, n* 89).

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