CHAPITRE X. De la promesse du Nessie et
du péché originel.
D. Que découvre-'t-on dans la promesse du Messie?
R. On y découvre le péché originel , dont nous n'avons encore touché que peu de chose.
D. Dites-nous donc quelles furent les suites de la désobéissance d'Adam, dans lui et dans ses descendants?
R. On peut dire qu*Adam perdit en ce moment tous les avantages dont il n'avait pas voulu bien user. Son esprit sç remplît de nuages ; Dieu se cacha pour lui dans une nuit impénétrable; l'homme devint le jouet de la concupiscence; car non seulement il se procura la mort du corps et les misères de cette vie , mais il plongea son ame dans d'^s maux sans fin , par les passions viles
CATtSCËtSIIfe
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«|uMl sentit en ea monieilt naître en lai, et il troabla toute récjonomie qae Dieu avait mise dans ce composa admirable de son ame et de son corps : en sorte qae les enfants d'Adam et d*Eye tirèrent d'eux un corps infecté et corrompu qui corrompit les âmes que Dieu créa dans chaque corps , et les rendit coupables devant lui du péché qa*on appelle originel» parce que Tame le contracte dans le moment de son union avec le
corps. ,
D. Cela ne paraU-il pas contraire à ridée que noiu avons de Dieu , qui est celle d*un Dieu juste, que d'imputer le péché de notre premier père à ses enfants f
H. C'est un mystère qu'on île peut comprendre, et on doit se contenter d*adorer les profondeurs de la sagesse de Dieu ; mais il est certain aussi «jue, sans ce mystère le plus incompréhensible de tous, nous sommes incompréhensibles à nous-mêmes : car ce n'est qu en admettant cette transmission de péché que Ton peut expliquer les misères de la condition humaine; de sorte que l'homme est plus incompréhensible sans ce mystère que ce mystère n'est inconcevable à l'homme ( Pasced ). En effet ce péché nous découvre la source des inclinations corrompues que nous portons en nous , l'a^ mour excessif de nous-mêmes , la pente à toutes sortes de vices, la révolte de nos sens , l'ignorance où nous naissons , les maux attachés à la condition humaine, l'i- Dégalilé des conditions et des biens tempo^ rels , la pauvreté, les maladies, les douleurs, les injustices et les vexations que les hom^^ mes souffrent de la part de leurs semblables. Or tous ces maux ne peuvent être justes
Jn'en supposant que les hommes méritent e les souffrir par le péché qu'ils tirent de leur origine.
S- Le prophète David dit [Ps* M) qu'il a été formé dans l'iniquité. L'ap6tre saint Paul dit {Ephes. 3,3, Ramé) que nous naissons tous enfants de colère; que le péché est entré dans le monde par un seul homme , et la mort par le péché ; et qu'ainsi la mort est passée dans tous les hommes , tous ayant pécné dans un seul.
3* La foi du péché originel a toujours subsisté dans l'Eglise; et la preuve de cette croyance est sensible par les exorcismes que l'on a toujours faits sur les entants « avant de les baptiser, comme étant, jusqu'alors sous la puissance du démon. Bien plus toutes les communions ou sectes , séparées de l'Eglise depuis mille, onze ou douze cents ans, sont unies dans la foi du péché originel.
D. Vous avez dit que la promesse dun Messie , libérateur des hommes , faisait connaître la vérité du péché originel , et que c'était par la révéleUion faite à la naiion juive , que nous étions instruits de coite promesH : déwdoppcMnous ce raisonnemcni.
R. Non seulement cette promesse nous découvre le péché originel, mais elle en est une des plus fortes preoves ; car elle nous fait connaître que tous les hommes sont pécheurs dès leur naissance par la désobéis-
sance de leur premier père; qu'ils sont tombés dans Tesclavage au démon ; qu'ils ont été comme lui condamnés à la mort, et à la mort éternelle ; mais que Dieu veut bien leur ouvrir le ciel , pour lequel ib étaleut destinés , par le moyen d'un libérateur qui lèvera l'anathème sous lec|uel ils gémissaient ; et qui , par le prix inflni de son san([, rendra à Dieu une satisfaction proportionnée à son infinie majesté. De plus , elle nous découvre, en même temps, la raison de l'état misérable où l'homme est réduit en cette vie ; car dès lors que nous sommes instruits de cette promesse , par la révélation , nous ne trouvons plus de contrariété dans les ouvrages de Dieu; nous comprenons que l'état présent de rh<»nm6 n^est pas celui où Dieu 1 avait d'abord créé , vous voyons par quel moyen nous pouroos retourner à Dieu ; quel est le culte qa'oa doit lui rendre ; comment ce culte peut Wi être agréable; quelle en est la fin. Or, de telles vérités n'ont pu avoir d'autre fondement que la révélation : car comment l'homme auf ait-il pensé à un libérateur, s*il n'avait été promis? Comment aurait-il va que la religion véritable était fondée sur cette promesse, si Dieu ne s'était expliqué dès le commencement, et d'abord apr^ la chute du premier homme, s'il n'avait suscité des prophètes , pour l'annoncer el le ék&U
Sner? D'où il faut conclure que les saintes Icritures, qui nous instruisent de ces vérités, sont la base de la vraie Religion.
D. Faites^nous comprendre mainienani cornusent le peuple juif a été le dépositaire de la promesse d'un ItomUeurt
R. C'est qu'il est sensible , pat la conduite de Dieu sur son peuple , qu'il a eu pour objet d'annoncer ce libérateur, de le daigner sous les couleurs des figures et des symboles , et de mettre dans le cœur des jastes de l'ancienne loi , l'attente de ce d&iré det nations. Et effet , si Dieu se manifestait à eux , c'était pour les confirmer dans la foi de cette attente ; s'il inspirait des prophètes , c'était pour l'annoncer. Les patriarches mouraient en souhaitant de le voir {Gen. 49, I8| : ce désir était comme une religion domestique qui se perpétuait de siècle en siècle. Non seulement ils souhaitaient de le voir , mais la plupart étaient des types imparfaits du Messie; chacun d'eux représeotait quelçiue trait sinp:alier de sa vie el de son ministère. Melchisédech finira son sacerdoce ; Abraham , sa qualité de chef et de père des croyants; Isaac, son sacrifice ; Job, ses persécutions; Josué,son entrée triom-
Iihante dans la terre des vivants. Bien plus es sacrifices et les cérémonies religieuses que Dieu prescrivit à son peuple traçaieet comme de loin l'histoire de celui qui deTalt venir , et figuraient les sacrements de celte église , dont il devait être le fondateur par son sang. Les grâces que les fidèles de ces
Sremiers temps recevaient ne devaient se onner qu'en vue de ses mérites : tons n^attendaient de récompense que sur le fonds de sa rédemption; ils n'étaient an monde que
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IM^tlr l^annOncer , et pour être les hérauts de ce ferand aTénement. #
Saint Paul nous dit on termes précis [Rom. 10 1 1 Cor. 10), que Jésus-Christ était là fin de la loi » et que ce qui arrirait aux Juifs leur arrivait en figure.
' Saint Auffustin , qui n*est en cela que rin-^ ter{il^te et le canal de la tradition ^ nous déclare que le peuple hébreu , dans son tout , a été comme uu grand propbèle de celui qui » seiil « méjpite d'être appelé grattd : Toiumque illud regnutn gentis Hebrœorum, magnum quemdam ^a et magni cujusdam fuitse pro-^ pheiam {Liv. 2 coni. Faust., e* m). D'où il conclut qu*on doit chercher dans les actions de ce peuple une prophétie de Jésus-Christ et dé l^glise : In tis quœ in illis vel de illis divinitus fiebant, prophetia venturi Çhristi et ÈecleHœ perscrutcmda est (/btd.)*
Enfin on doit remarquer » que cette promesse du Messie , qui fut d'abord faite après le péché d'Adam , ya toujours en s'éclaircis-^ santdans les saintes Ecritures. On la voit renouvelée à Abraham avec plus de clarté qu'au premier homme (Gen. 12, 3; 32, 18). Elle est réitérée à Jacob avec assurance que foutes les nations de la terre seraient bénies en sa postérité, dont ce libérateur devait uattre (28, U), et elle est fixée à la tribu de îuda («9, 10, 18). David, dans la maison duquel le Messie devait régner, vit de loin le Christ promis , et soupira sans cesse après lui ; U le chanta dans ses psaumes avec une magnificence que rien nUgalera jamais : sou-^ i>ent il ne pensait qu'à célébrer la gloire de Salomon son fils, et tout cfua coup, ravi hors de lui-même et transporté bien au delà , il vit celui qui était plus que Salomon en gloire, aussi oien qu'en sagesse : le Messie lui parut sur un trône plus durable que le soleil {Ps. 88) ; il vit à ses pieds toutes les nations vaincues, et bénies en lui conformément à la promesse faite à Abraham ; il le vit dans la splendeur des saints^ (Ps. 109) , sortant avant t aurore du seiû de son Père , Pontife étemel et sans successeur, et créé non selon l'ordre cTAoron , mais selon V ordre de Melchisédech {Boss., Disc» sur l'hist^ «Hîv.).
Arrivèrent ensuite les prophètes , qui tous unanimement publiaient que Dieu allait accomplir ce qu'il avait promis. Ils apprirent aux hommes quelle était la fin et le but de la mission de cet envoyé du ciel ; ils déclaraient qu'il devait être la ressource du monde condamné , le législateur des peuples , la lumière des nations , le salut d'Israël ; que ce Saint, des saints viendrait pour effacer Tini-^
2i3ité de la terre , pour amener une justice iemellet pour remplir l'univers de l'esprit de Dieu et pour porter à tous les hommes nne paix immortelle.
Ou peut ajouter à cela que toute la nation jaive était imbue de celte espérance ^l'opi- A ion qu'il naîtrait un jour un grand roi de la racede Joda, était si fort éUblie chez les JuiCs, qu'ils gardaient soigneusement leurs
Sénéalogies pour le reconnaître » et l'attentei u Messie lut si fort imprimée dans leur es^ prit , que depuis près de dix-sept cents &Btf
Cat^ch. Philos* h
qu'ils sonldispersés , lis Tatt^ideot toujours avec une fidtiité sans exemple. Si c'était ici le lieu , nous ferions voir comment dans le déclin du règne des Asmonéens , l'état d'oppression où les Juifs tombèrent leur fit con* cevoir que le Messie^ qui devait venir^ les affranchirait du joug des Gentils, et comment ils interprétèrent tout ce qui était dit des triomphes et de la gloire du Messie dans un sens charnel et grossier. U suffit de dire que tout fut marqué par les prophètes jusqu'à cet aveuglement ou tombèrent les Juifs par rapport au Messieé
Telle est l'idée que la révélation noua donne du libérateur promis : nous y voyons
3u*il est prédit par tout un peuple, montré e loin dans tous les âges , qu'il est annoncé pendant quatre mille ans par une longue suite de prophètes , et que le dernier d'entre eux a terminé ces divines prédictions en re- Uouvelant cette grande promesse (Malachu 31). Voilà ce que les saintes Ecritures nous apprennent, et ce qu'elles seules pouvaient nous découvrir , parce qu'elles seules sont dépositaires des volontés de Dieu manifes-* tées aux hommes.
Mais lorsque i par les preuves qtie nous allons donneir de la certitude des prophéties^ on se sera convaincu de leur accomplisse-* ment, en reconnaissant que Jésus-Christ est le Messie promis,et qu'il a accompli tout ce que les prophètes avaient prédit de lui ; on com-> prendra que la révélation faite à la nation juive porte tous les caractères de la divinité ) qu'ainsi tous les événements qui se sont pas-» ses sur la terre avaient un rapport secret à ce grand événement, que les conquêtes dd Cyrus, d'Alexandre, des Romains, n'ont servi qu'à mettre l'univers dans l'état où il est dit qu'il sera à sa venue , et que les em-' pires et les royaumes ne sont tombés , ou né se sont élevés que pour y préparer les voies^ On se convaincra que celte étoile de Jacob ^
3ue les prophètes des Gentils virent briller' e loin , n'était autre chose que le Messie i et aue jusque dans les oracles des idoles le libérateur des hommes fut annoncé.