‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 39 sur 235 · CHAPITRE VHL Sentiments de rhomme chrétien par rapport à Vincrédulité · texte numérisé non relu

CHAPITRE VHL Sentiments de rhomme chrétien par rapport à Vincrédulité

S L — 521. D. Le Adèle attaché avec docilité à la foi de ses pères n'est-il point ébranlé Jwr les secousses que reçoit la religion dans a guerre qu'elle soutient contre les Philosophes ?

R. Nous avons déjà observé (JV. 16) que le fidèle instruit des oracles de l'Ecriture et de la conduite de Dieu dans la dispens?ition de la foi ne voyait là rien qui dût l'étonner. Par l'aveuglement des incrédules qu'il a sous les yeux, il apprend ce qui pojrraît lui arriver à lui-même , et combat ce malheur par tous les moyens que la prudence chrétien ne lai suggère.

522. D. Pourquoi les témoignages et les raisonnements des incrédules doivent -ils être comptés pour rien en matière de religion?

R. Parce qu'il est déraisonnable de juger la religion d'après ceux qui ne l'ont jamais eue que par préjugé d'éducation, qui ne Font connue que pour la haïr et la combattre , dont l'intérêt est qu'elle soit anéantie, qui ne se conduisent pas -selon son esprit , qui n'en suivent pas les leçons, qui n'en éprouvent pas les douceurs. N'est-ce pas plutôt d'après ceux qui lui sont attachés, qui l'étudient sans préjugé et sans passion, qui , par une longue expéricace , en connaissent lès bons effets? Dieu, dit le Prophète, nous, renyoie au témoignage des princes et des peuples qui oàt vécu sous l'empire de ses lois » et qui, parleur fidélité à les observer, ont formé une assemblée d'hommes heureux (1). Si ce n'est qu'en pratiquant la religion qu on la connaît bien, les incrédules sont des aveugles qui prononcent sur les couleurs.

623. D. Ne* doit-on pas se reprochjer intérieurement sa faiblesse et sa crédulité, lors- Î|u'on voit des hommes éclairés placer la orcc de leur esprit à résister à toutes les preuves de la religion ?

(I) Dominuê narrMt in scriplurig popnlonm et principum, horum qui fuen^t In ea. Sicut laitantiiim omnium habitatio est in te. Psal. 88.

B. t' Le fiilèTc attaché à sa foi ne s'occupe pas beaucoup des talents et de la science de ceux qui l*ont combattue. Il ne voit dans eux nue les ennemis de Dieu et de son cuite. £*est sur cela qu'il les juge. Le reste ne lui parait {xas être d'une grande considération ^ suirant la sage leçon de S. Jérôme en parlant de TertuUien : J'ai tout dit en disant guU s*tst séparé de V^glise de Dieu (1 ). r^ i. f

2^ Quiconque connaît la religion chrétienne et en sait évaluer les preuves, bien loin de se reprocher jcomme une faiblesse l'attache^ ment qu'il lui a arouéisent bien mieux que rincrédole la vraie force de la raison, et re- C^arde avec ^pitié la faiblesse dos prétendus esprits forts dont Tintelligence. a succombé à quelques difficultés et na point aperçu la lumière qui devait les dissiper. En euet. Tincrédule na abjuré la foi que parce qu'il n'a pu tenir contre les objections qui la combattablent : on yain lui rnppelle-t-on l'évidence ics motifs sur lesquels la foi chrétienne est fondée; en vain lui pi'ouve-t-on par des exemples même de {ordre naturel qu'il est quelquefois nécessaire de croire des vérités qui paraissent incompatibles (2) : rien ne peut affermir son esprit chancelant et irrésolu. Combattu par des doutes il pourrait les repousser par les armes que la religion et la raison lui fournissent; mais il aime mieux céder à ces doutes que de remporter sur eux une victoire pénible. Faiblesse semblable à celle d'un homme qui ne se livre au vice que parce qu'il n'a pas le courage de résister au penchant qui t'^ entraîne et de surmonter les obstacles qu'il rencontre dans la pratique de la vertu : l'une est foiblesç^ du cœur, l'autre est faiblesse de l'esprit, qui, soutenu par les plus grands secours , est abattu par îos moindres difficultés (3).

5â&, D. Suivant cette manière de raisonner, n'est-ce pas plutôt le Chrétien qui a droit de prétendre aci titre d'esprit fort ?

R. C'est la réflexion de S. Léon (4), et Al est aisé d'en faire voirla Justesse. Le Chrétien éclairé connaît les mêmes difficultés , et il en sent ordinairement mieux la force que les incrédules, parce qu'il est de sang froid, et que la raison jouit chez lui de tous ses

(I) NUiH td'md dico qnam Ecclesiœ hominem non fiùsse.

(3) Les esprits forts, dit La Bruyère, <aoei(M7€ qu'on les uppetle ainsi par irofine ? Quelie ptus grande foi- Utesês que d'être incertain quel est le principe de son être^ de sa vie ^ de ses sens^ et queile doit en être la fin! { Nous avons vii que louies ces connaissances , nièaïc celle d*un Dieu, se perdaient avec h\ foi. Ci* dessus, -n. SU ). Le seul moyen de sorlir de renfonce c*ést, suivant S. Paul, de s^alincher rortcment à rirrëfragable autorité de la révélation, Vt jam non mmus ffar9uli fluctuantes, et circumferamur onini vento doctrinœ» Ephes. 4. — Voyei sur celte matière un csecllenl ouvrage de saisit Augustin : De utilitaie eredendi,

(4) Magnarum hic vigor estmeniium et valde fide»' ihrm Inmen est animarum , incunclantcr credere quœ eorpvrêù non tidentur intuitu , et IM figere desiderium, ubi neqne fas in ferre conêpectum, Léo M. Scrm. de AsccHSione Chn>ti.

pniLos^i'înQùE-

droits ; mais il s*est rendn supérieur à THIusion des sophismes les plus spécieux. Il voi^t tous les ressorts de rincréduitté et la com^ hinaison /l'idées qui la font naître; il décou" vre où et comment des génies faibles et mal' lieurenxont échouédans leurs raisonnémonls Les mêmes conclusions s'étaient présentées à son esprit, il en avait découvert rillusion, et s'était malntcnn dans la profession de sfi foi; il se fi6licile de sa victoire', et se fortifie plus que jamais contre les attaques de llnn-* délité et d'une accablante incertitude : en vain lui allègue-t-on des impossibilités ap« parentes ; il répond en un mot qu'il ne peut pas comprendre , mais qu*il peut croire tout ce que Dieu peut faire. Sa foi , suivant celle belle pensée d'un Père de l'Eglise (1) , égale m quelque sorte la toute-puissance ae Dieu et l'immensité de son être. Disposé à croire tout ce qui peut lui être révélé, il embrasse dons cette disposition .tout ce que Dieu est en lui-même, tout ce qu'il a produit au-dchors, tout ce qu'il peut produire; et tandis

3 ne la raison, dont les hommes font. tant estime, est si faible' et si Itiniléc, la foi, qu'ils n'admirent guère, et c^ui croit tout ce qui échappe à la raison, est inRnie dans 'son étendue.

525. D. Cette force de la raison dans lé Chrétien n'est-elle pas la source d'un senlinient qui nourrit le cœur et produit la félicité ?

R. Indépendamment de ce que nous avons dit (A^. 376 et 379) de rinfluence du Christianisme sur le bonheur de Thommc, il y a ici un bien particulier attaché à la fermeté de la foi. Le Chrétien n*a pas besoin de grands raisonnements pour se convaincre que c'est là le don le plus précieux qui puisse échoir à l'intelligence humaine ; que c*est , suivant. Fexprcssion d'un Philosophe , le plus beau présent que Dieu pût faire aux hommes (2).. Pour cela, il n'a qu'à considérer les inccrll- Indes {N. 199 , 30* , 324), les contradictions- 'N. 469, 486), les vues désolantes ( JV. lU , 11 ) de ceux qui ont quitté la foi ; en plainanl leur sort, il sent vivement la grandeur (lu bien qu'il a su conserver, il jouit d'une tranquillité partaite, d'une paix profonde, cl on même temps d'une source intarissable de , lumière (3). Ses principes sont sûrs, fermes,.

(i) liUarius, 11, deTrinitate,

(!2| Ainsi' parlait McNilcsqiiieu :ui lit de la- mort , oùl'on iiige bien plus saiiienient des cboses (^iio d:(iis le tourbillon des disputes et des passions. Cvs pmoles de Montesquieu resscniblent l>eniicoup à celles iic S. Augustin : NuHœ majores diviiiœ^ intUi ihesauri ^ Hulli honores, nulla mundi hujus major substautia qmm fides catholica, Scrm. I. de Ycrbis Aposl.

(5) f 0 foi, s'écriait un homme plcincnicnt détrompé de tonics les illusions de Posprit et de Ki morgue scientifique, 6 foi, 6 lumière divire! qii^ de vérités sublimes et consolantes ne nous découvrez vous pas! Les merveilleuses opérations de Uieu. sa bonté ineflabie pour ses créatures, les effets intmit^s des sacrements, les biens. futurs, le royaume des cieux , la sanctification des ftmcs, nos précieuses it honorables liaisons avec Jésus-Christ, noire adoption, * notre résurrection future, sont des connaissanres qui nous viennent de vous. Vous nous apprenez à tondee

CATECHISîifE

ATS

«nvarlaMcs ; loul est lié daus gon système Vensembic de SCS idées forme les jugcmenls Vs pins vr«îs (l),nourril les plus douce» espérances , enlrellcnl dans son cœur toutes \ps vertus privées et toutes les vertus de so-

^. I il.— 52G. D.Les Chrétiens ne doivent-ils pas craindre que les efforts de rimoiélé, pour étendre son empire, ne viennent à prévaloir enfin contre la religion?

U. Leâ Chrétiens bien instruits sont parfaitement rassurés contre cette crainte frivole , non seulement par la promesse que Dieu a faite à TEglise de la conserver jusqu'à la fin des siècles (3) , mais encore par Icxpéricnce et la longue suite des combats cl des victoires de la foi. Le passé, regardé comme une vérification manifeste de la parole de Dieu , doit leur servir de règle poi^r juger d'un avenir que Dieu a également garanti. Toutes les machinations humaines et infernales qui depuis dix-huit siècles ont été dirigées contre l'Eglise, celles même dont les succès prodigieux mennçaîent de la détruire de fond en comble , se sont évanouies comme une fumée légère (4). A peine restel-îl quefqucs vestiges du Paganisme, de l'Ailanismc et de tint d'autres monstres prêts à dévorer, pour me servir d'une image de l'Apocalypse {Cap. 12} , celte grande et féconde more des Chrétiens. On peut dire des ennemis du Christianisme ce que l'Evangélisto dit des ennemis de Jésus-Christ : Defuncti iunt qui quarebant anhnam pueri {M au h. 2). 1^ mort a successivement englouti tous ceux qui se flattaient de démolir le grand édifice de l^lisc catholique. 11 ne reste plus de tmccs ni de leurs personnes , ni de leurs vains projets. Defuncli $unt qui qttœrrbant animam ÊCcclesiœ. Voyez, dit S. Jean ChrysostAme {Orat. in Judœos), te temple de Jérusalem; Dieu Va détruit, les hommes ont-ils pu jamais le rebâtir f Voyez

les mystères et les profondeurt de Dieu mime («) • à y iroiivpr *dc noave.nux moyens de le coiinalire, de nouveaux moiif* de l'aimer cl de le craindre. Ilcureui^ qui s'aUacheh tous! Los sciences huma'itesnc iious •loiinont le pins souvent que dos connatsîiaiices frlvi.les et stériles, les vérités même les pbis graves n'ont aucune consistance si elles ne se reiirenlde la folâtre et niobilo lumière de la raison pour rccevwr lie vous leur sanction cl leur siahiliié. Vous seule pouvez nouj» apprendre la science des sages et des Kaints, la science qui conduit au salut et q«ii peut muH rendre solidement cl éiernellement heureux, i

(!) SftiritnaKs antrm jndlcrtt omiifff. • Cor. 2.

(2) truciw amlem SfnrilMS «l eharitas, gaudium, ftax, ffotieniki, benignUas, bonitas, langaninnias. fiwnëuetndo^ fides^ modestia, continentia , eastita^. Gai. 5. Peut autem spei repteat vos omni gnndio etpaee m èredendo, ut abundeth in spe et virtute Spiritus Mnett. Hom. 15. Voyeï le premier article de ravcriîRsriucnt ihi clergé en t'775 sur les avanla?es de la rcïigi«»n.

(5) Ponte inferi non prœvalebnnt advenus emtu lihtili.16. Memor ent %nuBc»lnm (e«l/fliifnii«Mi.P».t 10,

(k) Cum exorti fnerînt peecatores sîcnt (œnum, et nppamerint omnes , qm opcrantur iniquitalem, ut lutcrrti'nt in sœadiint sœctUi : tu aulcm AUissmus tn œier-

iirm. Domine, Psal. 91.

~i) *^}tinm euim omnia scnUntuVj rtiam prajuml: rct.

r Eglise cltrétienhe ; Dieu Va bâtie , les humâmes conjurés contre elle , ont-Hls réussi à la détruire f Ce que Dieu renverse personne ne le relèreror jamais , et personne ne renversera ce que Dieu a édifié. L'erreur peut subsister et se propager durant quelque temps, se montrer même arec une espèce de triom* phe ; mais les droits de la vérité sont impres-* criptibles (1). Sa durée est mesurée sur relie des années éternelles ; le moment que Terreur lui enlève i^'est qu'un point qui disparaît dans rimmensUé des siècles. Aussi voyons-noiis déjà les succès de Tincrédulité arrêtés ; l'excès du mal en est devenu le rc« mède; les hommes ont ouvert. loi yeux de— ' vaut Tabime où Terreur les avait conduits ; la religion a trouvé des avantage? précieux dans la guerre même qu^elle à soutenue contre leà plus acharnés de ses ennemis.

S m. —527. D. Quels sont les avantages que la religion peut retirer des attaques des incrédules?

R. r Elles servent k faire entre les bons et les mauvais chrétiens un triage honorable à la religion , qui » par Tapostasie déclarée de ceux qui ne la professaient que de bouche , se délivre de ses ennemis secrets , et se charge du blâme de leurs cetivrés ; qui reconnaît plus aisément ses véritables enEants par l'attachement éprouvé qu'ils lui témoignent dans des temps difSciles , isole eu quelque façon le troupeau choisi, et le fait contraster plus vivement avec les vices et les égarements du siècle (2).

2* De même que les hérésies ont servi i corriger les abus , à expliquer les dpgmes ,

( I) Veritas autem Dominî mrniet in œtemum.Psahi 16.

(2) Cette observation doit paraître eonsolaiite aux hommes vivement zélés pour les intérêts de la foi ; elle peut servir à affermir biurs cœurs et à soulager leur douleur extrême. Les certes nue fait le christianisme sont , à bien considérer les choses, plu« apparentes que réolles. A voir rextrêmc facilité avoc laquelle on quitte les autels du Seipnenr pour sacri' lier aux idoles des nations ; à voir rempresscmcnt avec lequel on accueille tout ce qui tient du caractère de la bête ( Apoc, 40) , p<Mivon8-nous croire que ees iransfiiges aient jumais clé de vrais siddais diî Jc«ai6- Christ ; que leur religipn ait élé l'effet d'imc foi vive, d'une ferme et intime conviction, pluiôl que iVmwi espèce de mécanisme qui leur donnait rinipulston de la foule, qu'ils ont conaervée en sens contraire? Oui, c'est ici le cas de dire avec l'ApôU^ qu'ils sont sorfis d'entre nous, 'mais que réellcmeni ils ne nous ont jamais appartenu : Ex uobis prodierunt, sed non erant ex nobis ( Joan. 2 ) ; et que s'ils avaient élé sincèriv ment unis avec nous par les liens d'une môme foi ils n'auraient point fait aussi promptenient un schisme iâeiie et odieux : Nom si fuistent ex nobis^ pennaiishsent utique nobiscum {Ibid.). Ccî^t le cas (je l»énir relie révolution, en apparence si fatale, mnis qui en effet est un triage pnipre h discerner lliypocrive cl l;i vertu, la crctiiililé «l la foi, l'Iiabiiude ci ta réfloxitui : lit et quîprobalisvnt, mamfe^ti finttlw vohis (I Cor, il, 19). ce n'est pas que je piéiciul»» <|ii*oii ne i nissi* réellement perdre la foi, que les fidéle^no suieni expose?? au danger de la séduction, ou que je veuille appuyi-r ^ - le dogme absurde de Vinamissibirné de la juMiee. Jo

fuis oljservcr précisément que la lîéreciion est moins

rillLÛSOPIIlQUE.

rg

à rélablir Iti^lisciplioe ecclvsi«a§liqiie (1) ; de in^tnc les impies serviront à affermir la religion par les secousses mémos qui paraissaient deroir Tébranler : elle triomphera des nouveaux philosophes comme elle a triomphé dos anciens. Le Christianisme , comme une voûte bien construite, se resserre et se renforce sous le poids qui la presse. Si la cruauté des persécuteurs a multiplié les enfants dç la foi , les raisonnements des incrédules ont illustré et fortifîé ses dogmes.. Ses preuves mieux étudiées frapperont tous les esprits par leur éclat ; sa morale mieux expliquée touchera plus eflicacement les cœurs ; son culte dégagé de tout mélange étranger paraîtra plus respectable ; ses ministres toujours veillés par des ennemis jaloux s*étudieront i être irrépréhensibles. La philosophie, enhardie par des succès proffressifs, a déchiré le voile de ses horreurs et déployé dans toute leur étendue les dogmes désespérants d*un 9^stènie destn^ctif de toute vérité et de toiit bonheur; elle a rassemblé tous ses principes \'i toutes les conséquences qui en résultent dans des tableaux qui ont fait frémir, et qui ont donné aux maximes de la religion un nouveau prix et de nouveaux charmes. Cette Hère ennemie de Dieu , se dévoilant dans le déliré de son orgueil , et se montrant telle qu^elleest, se rouvre elle-même dlgnominie et d'opprobre (3).

&28. D. Ne serait-il pas à souhaiter que les talents prodigués à i impiété eussent été consacrés à la défense de la foi ?

H. Au lieu de gémir sur les pertes que la religion peut avoir faites* par là , l'homme sage ne gémit que sur le malheur des Philosophes Aveugles , et se plaît à faire les considérations suivantes :^

r Les écrivains , "aujourd'hui si célébrés par le peuple des incrédules , n*auraient pas généralement réussi en faveur delà religion, romme ils ont réussi en d'autres matières. Ce genre est très-différent de ceux qui ont partagé leurs talents. — La religion demande dans ses défenseurs , de la modestie , de la modération , de la véracité , de Texaclitude ; la plupart de nos adversaires n'ont rien de tout cela. — Le style mordant, satirique, injurieux, les jugements hardis , les observations malignes y etc., n'eussent pu leur servir.

2* La plupart de leurs admirateurs actuels eussent été leurs ennemis , et eussent affecté de les mépriser, comme ils méprisent les autres apologistes de la religion. Leur réputation n'eût point été ce qu'elle est; la cabale philosophique eût fait contre leur gloire ce qu'elle a fait pour la favoriser.

3" Des écrivains célèbres par des anecdotes scandaleuses , devenus les apologistes du Christianisme, n'eussent fait honneur ni à

( I ) Voyez Bossuet, W$t. dei tfariaL^ I. 1, § I; l. 5, f I et 5.

{i) Repelabo jmdenda tua^ in facîe /ua, ei oslendam çé-Htitmi midiiûtem iuam et regnU ignonmiam luam : ei prnjUiam $nper u abomimiioneê^ ei contumclih ei dgiciamy ti ponam te in «xemptunié Naliiim. 5.

ses. dogmes, ni à sa morale , ni au choix de la Providence. Les incrédules se voyant combattus par des hommes de ce caractère , auraient pu dire comme Tertullien le disait de Néron : Tali dedieatore damnadonis nosîrw etiam gloriamur {Apolog,, e. 8). L'avantage de cette observation reste tout entier aux enfants de la foi chrétienne, dont les défenseurs ont presque toujours été des hommes vertueux elles adversaires des libertins.

fc* Leurs écrils fournissent d'excellentes preuves de la faiblesse et de la contradiction des incrédules. Ils se rcAitcnt eux-mêmes » ils réfutent les autres incrédules, ils clian-, gent tous les jours , et ne se Cixffnt à rien. Nous les ayons vus. ( N, 216) débuter par le Tolérantisme ; sur le Tolérantisme ils ont* greffe le pur Déisme ; ils ont fini par l'Athéisme, comme les géants de la fable ont entassé une montagne snr l'autre, pour atteindre et détruire la maison de rÊternel (1}, sans être plus avancés à la fin qu'au commencement de leurs travaux; souvent ils reviennent à la religion qu'ils ont combattue ; et longtemps renvoyés d'une erreur à l'autre, ils semblent se reposer enfin dans une soumission paisible aux lumières de la foi.

5" Quelques grandes vérités reconnues par des hommes très-intéressés à 1rs rejeter, reçoivent un nouvel éclat de l'hommage' qu'ils leur ont rendu. Il faut c^u'nne chose soit bien

Srouvée quand des esprits si disposés à nier, contester, n'ont pas trouvé de raison pour la combattre.

6** Dieu a donné de grands génies pour défenseurs à la religion , afin de la venger de l'accusation de folie , et d'en faire connaître la sagesse : Dieu permet que de grands génies combattent la religion pour faire yoir que cette sagesse n'est point la sagesse humaine » mais la vertu ei la sagesse de Dieu (2).

T Les vains efforts de tant de Philosophes pour substituer à la religion quelque système qui pût en remplacer les consolations et les avantages ont seryi à démontrer que la re* ligion était un bien dont la perte ne se réparait pas. L'impossibilité reconnue d'imaginer une croyance propre à tranquilliser et à satisfaire l'intelU^ence, à donner au cœur le ■ calme et là paix , est un nouveau motif de s'attachera une doctrine qui seule produit ces précieux effets (3).

* (1) Ter itmt conati infponere Pelio Ossfnnf salicet algue ouœ frondosum imoivere olympum.

(!Georg.)

(2) Chriitum Dd virtutem et sapientiatu. I Cor. 1 .

(5) Tout le monde connaîi le ri<liculc avortemeiit des sysièmesqui se soin produits de nos jours, avec la prétention cle remplacer le Cliristianismc. Toutes ces folies sont le produit de celte réaciton religieuse née du sentiment des maux qui surgissent de rirréligion et de rindifférence. Considérée en elleméine, cette sorte d^enlralnement est sans portée réelle, et ne peut rien cnliinler de sérieifx, parce qu'elle n*Cbt qu'un scniimeni humain, une sorte de calcul philosophique; toutefois c*est déjà un triomphe pour la for chrétienne qne ce témoignage de regrets unanime . pour les époques de croyances sérieuses, que^ ces

iS)

i:atiîciibmg

8* Dans ilcs tcmp» de séduction «>l de verlîffc , où Terreur semble jouir d*un Iriomphe général , le cèle des servileurs de Dieu se ortifle et se ranime. Bien loin de consulter la multitude, le vrai Chrétien s*encourage par là mémo (^u*U est isolé. Le règne de Timpiété et de l'injostice donne une nouvelle activité, fait découvrir de nouvelles ressources aux amis de la religion et de la vertu. C*est alors que les hommes de bien ressentent plus vivement la faim et la soif de la justice (1) ,

vœux poar leur reiour, que ces cris d'effroi à la vue des secbusse^t volcaniques oui ëbranlenl nos sociélés modernes. Tout cela, nous le répétons, n'est pas de a foi; mais avant de recevoir cette divine semence» il TalUit que le terrain fût déblayé de beaucoup de préventions qui rencombraient. Tel est le travail qui i^opére de nos jours ; et il v a lieu de considérer comme Paurorc d*inr «venir meiUeur la réaction religieuse à Liquellc nous assistons, réaction exagérée par quel« |ucs esprits, mais néanmoins très-réelle. (L. D.) (\)Biati qui esuriunl et sitiunl justùtanu ÊiaUh, 6.

une des plus précieuses béatitudes de TEvan* elle. Alors les vrais fidèles se réaniasent; leurs cœurs et leurs âmes' se canfondcfU {Act. 5 ), comme dans les beaux temps do la cha^ rite; i mesure «|ne la foi resserre ses la^ mières dans un espace plus étroit^ ils rodou** blenl d*ardcur pour les recueillir. Alors on voit paraître des Mathatias résolus de faire une exception éclatante dans la muUîtadr. des nations qui obéissent à Antiocbus (1 Maclutb. 2). Alors enfin la haine des d#ctrinés étrangères se consomme dans les Ames droites et véritablement éclairées; et si le Sauveur leur demandait comme autrefois i ses disciples : Voulez^vous aussi me quitter, éLles répondraient, dans le transport du plus vif attachement : A qui irians^nous , Seigneur? n'est-ce pas vous qui avez les paroles de la vie éternelle {i) 7

<t) Suwqmd il vasvultisMref.l Domine, ûdquem ibhuiu f Verba vilœ mternœ kakes. Joan. ê.

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