D. Ces doutes dont tous partei sont-ils bien avérés
R. n n*est pas possible de lire les ouvrages des Incrédules , ni d'observer leur conduite ,* sans les découvrir partout. Lucrèce i le héros * et le chantre de TEpicuréisme , après tontes sortes d'attaques livrées au dogme de l'immortalité de l'âme, avoue qu'il Ignore par-^. faitement de quelle nature elle est :
tqjwrater €iilm ques sk nalura «ramr.
Et ailleurs il renvoie loin de la terre eetU» partie de Thomine qui tire son origine dii ciéL i
cedUenknretrOf de terra quûdfuUatUe^
tn terram ; sed mtod ndmnn est ex œtherit oris^
HOC rursam eœli futgentia tempta reeeptant.
Epicure son maître n'était pas plus consè-
Suent. Bay le remarque qu'il était tris^nquiet e ce qui se passerait après lui; ce qui » dans le système oe l'anéantissement » est un soin extravagant* L'extrémé crainte qu'il avait
(1) On ne voit pas trop comment cette cilation de Bnyle tend à honorer la philosophie de rAlhéismè. Elle est Texpression la plus vraie du savoir-f;iîro de celte espèce de tolie Inquiète qu*on appelle la Philosophie, reut-^tre nVst-elle dans la pensée de Dayle qCrune Ironie hypocrite; mais il est permis de croire le contraire ; car elle est trop éclatante de vérité pour n*étre pas réxpressiôn irun sentiment profond e( sincère.
dès INenx soRli pour dénioutrer combicii peo II était persuadé de la toute-poissance de ces atones. Je ii*ai iainais va un homme, dît Cicéron (1), arolr plus peur de deux choses dont il disait quil ne allait pas avoir peur : je veux dire de la mort cl des Dieux. «—M. de Montesquieu remarque que cette crainte est ' commune à tous les Athées, rhommepieux et Fhomme Athée parlent toujoun de religion. l*un parle de ce ûfu*t7 atnw, Cautre de ce au'U craint ( Eeprtt des Lois, /. 25» cAop. 1 ). Si ces gens sont bien persuadés , pourquoi, tant d*ai3eur à rechercher, à lire , a préner quel-
Îues nouf elles brochures que Fimpiété prouit? Un homme 1)ien persuadé se contente dès preuves qu'il a en main , n*en cherche pas d^autres , et croirait perdre son temps s'il discutait davantage une matière sur laqoeHe il est pleinement satisfait.
L'auteur de V Esprit professe un doute uui- ▼crscl , parce que , dît-il , t7 n'y a pas d'en-* seiane à ihôtellerie de Nvidence.
Un homme qut est cher aux partisans de ITpicuréisme et des systèmes qui en approchent parle de \à sorte dans un dialogue vraiment chinois pour le ton et pour les chosesj Dict. philos., Catbécbisme chinois ) :
Kou. Qui vous a dit qu'il ; a un^ «^tre yfc?
Cu^su (t). Dans le seul doute vous deve« vous conouiré comme s'il j en avait ui^e.
jroti.Mais si jesuis sftr qu'il n'y en a point?
Cu-ni. Je TOUS en défie.
Bukingham avoue que ses doutes ne l'ont iaihais quitté , et qu'il les a portés jusqu'au tombeau r
JiubiëSMednm mceritts morhr.
vùd.
Plusieurs Spinosistes (9) , sentant que Tévidence leur échappe à tous moments dans kmrs prétendues deofionstrations , sont tombés dans une espèce de Pyrrhonisme insensé nommé VégoUme, où chacun se croit le seul ' être existant.
Les autres adversaires de la religion, soi^ Athées , soit Déistes (k\ , ne sont pas plus fermes dans leurs assertions. Non seulemeal ils se conriMittent les uns les autres, sans pouvoir convenir d'un seul article ; mais ils détruisent dans un endroit ce c[u'ils ont dit dans un autre. « Cha<|tte libertin , selon son « caprice, se fait intérieurement une créance « à sa mode , et qui n'est que pour lui seul , « suivant eu aveutfle toutes ses idées ; rai- ' « sonnant taulét aune façon , tantét d'une « antre , selon Thunieur présente qui le do- « mine ; ne se ftxant à rien, et contestant sur « touL 9 Cette réOexion du P. Bouidaloue {Panéoffir. ^e Saint Thomas ) est d'une vérité sensiUér^r .quiconque a lu les ouvrages
(I) Lî|».;i tf^ tfat. deor..n.ZU
{i) Coét te préoepiear qui instruit le Jeune priace.
(5) Voyes le Discours de Rsmsay sur ta mytholog., 1" psrile.
(I) Noos démentrerons, dus ta suite» mie ta plupart des'Misles sont de Tniis Athées, ou des raîsoD-^ fleurs inconséquentt ; c'est pburauoi nous ne serous pu tonjours fort attentifs» à les distinf ucr.
de ces niesslcUft. Cest une «'bosc curieuse Jif voir la multitude des contradictions que pre« sente le seul Syetime de la Nature. Nous fCH* voyons aux cb. XVII , t. t, et ch. XIV , t. Û de YExam. du mater, par M. 9ergier. Accordez tout cela avec une persuasion aussi ferme que la eontiction qui résulte des démonstra" tions.
' S m. — 10. D. La révolution qui se fait ordinairement dans les incrédules, à la vue de la mort, prou.vé<4-elle quelque chose en faveur de la religion ?
R. Elle prouye au moins qu'ils n'étaient pas bien persuadés. « Ce n'est pas une foi « éteinte, dit Bayle, ce n'est qu'un feu caché « sous la cendre. Ils en ressentent l'activité « dès qu'ils se consultent, et principalement « à la vue de quelque p^iL On les voit alors « plus tremblants que les autres hommes. « Le souvenir d'avoir témoigné plus de mé-- « pris qu'ils n'en sentaient pour les dioses « sakiles , et d'avoir tâché ue se sèusljraire a intérieurement i ce joug , redouble leur « inquiétude » f Dicl. hist. et crit. art. Desbarreauz ). M. oe Pompignan met cette observation daus tout son jour dans ses Ques-» lions sur l'incrédulité, Qu., i (1). Massilloa en parle d'une manière qui; convainc et qui touche : « Répondes à toutes les difficultés « de quelqu'un qui se vante d'être incrédule. « Réduisez-le à n'avoir plus rien à répl^- « quer. Il ne se rend pas encore, et pour a cela vous ne l'avez pas encore gagné. It « se renlérme en lui-même comme s'il avait « encore des raisons plus accablantes qu'il « ne daigne pas dire. Il tient bon, et oppose « un air mystérieux et décidé à toutes les « preuves qu'il ne peut renverser. Alors c vous avez pitié de sa fureur et de son en^ « tétement. Vous vous trompez. Ne soyez. « touché que de sa mauvaise foi. Car qu'une « maladie mortelle le frappe au sortir de là , « courez à son lit, vous trouverez le préten- « du incrédule converti. U n'est plus ques- « tion de doutes. Les jugeiAents de Dieu , a qu'il faisait semblant de ne peint croire, b « pénètrent de la plus vive frayeur. Le mi- « njstre de Jésus-Christ appelé n'a pas be- « soin d'entrer on contestation pour le dé- « tromper de son, impiété. L'incrédule mou<^ « rant prévient lï-dessus son ministère , « l'incrédule mourant avoue le Eaux et la « mauvaise foi de ses blasphèmes passés , ff et en (ait une réparation publique. Il ne « demandequedes consolations. Cette crainte « qui le pénètre ne vient que de to toi q[U*il « avait déjà. La maladie ne lui a pas donv^é « de nouvelles lumières, mats elle a touché « son cœur. » — D'Alembert observe que. « le fi&aix de n'avoir plus de frein dans ses « passions,, la vanité de ne pas penser comme « la multitude, ont fait, pluUU encore une « l'illBslou des sophismes , un grand nombre « d'incrédules : quand les passions et la va- « nilé se taisent, la fol revient. » Toutes ces observations se trouvent renfermé^
(1) T. 5, p. ùhl. Sermon sur les doutes sur la
rcligtun.
MllLOSOnttQVfc.
Hl
dans «n bea» passage de TerluIIicn (1). Ce père reconnaît 4ans Tâme de rbomme une peute nalarelle el inTîncible rots la religion,' el nne espèce dlmpossibilllé d^en déraciner
de rame, on pourrait pcul-étre Paltribaer aux organes; roqîs nous voydns tous lei
1*oor8 die ces heureuses révolutions dans la leur de Tâge» et dès la première atteinto
nlMolunicnl le germé précieux, toujours prêt d'une maladie. Ce n*cst donc nullement par ase développerdanslecœur mémederiucrc- . la faiblesse do Tâme qu*il faut expliquer ce dule le plus corrompu ou le plus systémati* phénomène, que. Il faut en efict que cette impression subsiste bien profondément dans la nature de rhomme, puisque toute la fougue des passions, tous les attraits du libertinage, toutes les illusions d'une fausse philosophie , cmplçyés dès Tège le plus tendre, ne sauraient Teilacer entièrement, et qu'il en reste toujours des vestiges que Timpio reconnaît malgré lui (2),
U. D* No ponrrait-on pas croire que c'est
ir raffaiblissement de la raison, et par un
par
dérangement des organes , que les incrédules se convertissent à la mort,
1^. V* Si ces incrédules ont toujours été Ôstimeiment persuadés des systèmes qu'Us ont adoptés , d*oil vient que cette pleine couxiction finît justement lorsque les organes se ressentent de la proximité de la mort?
Juelle et rantipalhie qui règne entre cet lat des organes et les doctrines philosophiques? D*ou vient surtout que les bons et simples chrétiens , qui , lors même qu'ils se portent bien , ne prétendent pas à la gloire U'^pri^s ^rrs; d'où vient, dis-je, qu'us ne sont pas sujets à ces sortes de révolutions , et que leurs organes affaiblis ne leur font rien dire dé contraire à ce qu'ils ont cru et dit en état de santé? « Je défie ( dit un écrivain « d'un jugement exact et solide , en parlant « de la mort de Voltaire ) qu'on me cite un « seul exemple de pareils remords, de pa« « reilles frayeurs , dans l'homme qui aura « \cçu fidèle observateur de l'Evangile. La « dQuleur et la crainte du juste ne res5.einbla' <i jamais aux terreurs et aux remords do •i l'impie. Il faut être imbéciUe , ou de la plus « mauvaise foi , poiïr en attribuer la diffé-*. « rence à la faiblesse de leurs organes , puisât qu'ils sont tous les deux aussi près de la n mort. C'est dans leur vie passée que la « cause s'en trouve tout entière* L'un estf père en, ce Bi,eu qu'il aima et qu'il servit. « Des crimes qulU n'a point commis ne l'ef- «I frayeront pas. L'autre redoute un Dieu « quil outragea ; c'est la réalité de ses cric mes et non pas de sa fièvre qui fait son « désespoir. »
T. Si ce changement n'arrivait que dans un flge décrépit , oo après de longues maladies qui auraient afiaibli tous les ressorts
(f ) Htse têt mnma deUcii nolenlium recogno$cere
qucd ignorare ngn potiuni vri/(is ex animœ ipiiui
fftitmonM €9mprobemiu: qùœ Ucet carcere corporis preùûiUea UiHilutiombus pravh àrcumieripîa;iicet Itbtdmhw ae caneupitejmint niaàraia ; licet fahAt diii exandliah; cunt tûmen rnipUeU ut ex erupula^ ui ex êomn, «I ex aUéfM v^eUtéine^ et eamtaiem ewm po- If fttr, I^eom uomitèa:^ koc moIû^ quia proptie vente tue whM JPou..... 0 teeiimantum animm wUwraliler chri^ êtimml Apolog, cap. 17. .
(S) Seeffe èxpugnmerma me a juvenMe m^ ; efenm nen poiueimt miki, Ps. 1S^
TertuUien dit qu'en ces cas l'âme revient àello-même, et recouvre le libre usage de ses facultés , comme si elle sortait d'un sommeil, des fumées du vin, du délire de la fièvre. Nous avons rapporté ses paroles.
{ IV. — 13. D. Ce changement prouve- assez bien que ces messieurs n'ont jamais été bien convaincus des svstèmes qu'ils ont entrepris de substituer 1 la connaissance do Dieu et à la sainteté de son culte ; mais n'eu résulte-t-il pas quelgu'autrc réflexion avan-r tageuse à la religion ?
R. Les témoignages raisonnes que plu7 sieurs d'entre eux ont rendus, dans ces moments de calme et de sagesse, à la vérité et à la sainteté du christianisme sont des hom^maffes précieux qui honorent la religion,» et forment une réfutation complète des reproches qu'elle avait essuyés de la part, do CCS hommes séduits par des erreurs passa-r gères et mal enracinées.
13. D.Ne serait-ce pas le préj[ugé qui ra^ mènerait ces grands esprits aux impressions de l'enfance?
R. Après avoir In ce qulil^ leur a plud'é* crire contre la religion, personne ne sera tenté de croire ou'il leur sait resté un grand préjugé en sa faveur. Les impressions do l'enfance avaient fait place à des impressions toutes contraires ; mais quand les premières impressions sont conformes à la raison , quand elles servent de base à la vertu et au bonheur, il est bien difficile et, pour mieux dire, impossible de les anéantir. L'on peut les affaiblir et les éloigner pour quelque temps ; mais elles reparaissent dans les mor ments d'une raison saine , et s'élèvent sur les mines des systèmes qui les avaient pros^^ entes.
§ V. -^ ih. D. Ces révolutions heureuses
3ueles infortunes., les maladies, ou la vue e la mort opèrent dans des incrépules de toute espèce sont*elles bien fréquentes?
R. [ Le nombre en est considérable , et J'on peut en citer beaucoup parmi les incrédules célèbres du dernier siècle.]
La Mettrie, Boulainvilliers , du Harsais, le marquis d'^rgens , t)onlanger , etc., sont des' exemples, firappants en ce genre de eon*ver^on. Ce dernier a déclaré qu'il ôeotl ionjour» reepeeté la religiim dans son emur; qu'en écrivant contre elle , il oeoîr étouffé la voix de sa conscience : qu'il estait kdsié en^ tratner par la fougue de son imaginaiion,
f)ar les éloges et les applaudissements des plîtosophes (1). H a fermé la porte i ceux nul l'avaient séduit; il a demandé et reçu les derniers sacremeiils, Maupertuis , [(^ui avait
(I) Suite de l'Âp-deia édiu de 1769.
TîU % î»r «5^
sacrifia à de niaises subtilités algébriauci
}niqTi*aiix preares de reiisteiice de Dieu ,] QOifrut entre les bras de deux iCapucîns. Blontagne , qu'on peut' regarder comme Tatunt-courenr de VîncréduTitè moderne, mourut en se levant de son lit pour adorer ll;ueharistie. On sait combien de fois Toracle de
Îios philosophes est revenu de sa haine coure le christianisme , nuque! ii avait juré une guerre éternelle. Un songe effrayant a servi plus d'une fois à lui faire confesser ses crimes aux pieds des minisires de l'église [1) : ce qui a fait dire que les incrédules vivaient eommc s'ils ne devaient jamais mourir , et qu'Hs mouraient comme des hommes qui espèrent de vivre toujours (2). Ils ne nous font point honneirr , disait, au rapport de BaVle , Sainlfafbal, fameux esprit fort, ouana'ih 9ont au lit de la mort; ils $e déshonorent. Us se démentent , ils meurent comme les autres (3).
15. O. Que faut-il penser de ceux qui confervent tusqu'A une extrême vieillesse, et jusqu'à la mort, une malheureuse fermeté dans leurs égarements?
n. On n'en peut conclure autre chose, sinon que la prévention , le respect humain , une passion invétérée sont capables de résister à toutes les lumières et A toutes les «ecousses de la conscience. -^ Si , dans l'aK lernative de' doute et d'une espèce de persuasion qui partagent la vie de quelques impies, la mort survient au temps ojlt règne riltusion des sophismes , ils se refusent à tout retour vers Dieu {h). — Enfin il est bien
rt) En 1760, H fcdevîmt diréiî<»n. il entctu) h messe, même ceHe de mioutl k Noêi, il converiil ties calvJDliies, etc. foyes^sa Uurê à M. AlàeroaiL kn 17^4 a iaii une ode paienne sur la meri du àniphin* précédée el suivie de quanlilé de libelles Im-* pies et lubriques* En 1768, U se convertit de nouveau, lie confesse au P. Adam ; et en 1769 , au P. losepfi, eapnein. La même année, il fait VHiitoire de LattkXV; e< quelque temps après les QueUhns sur PEneyeUH jpéme^ la Bible enfin expBifuée^ etc., oft Ton retrouve toutes lea riobcases de l*lncré4ulitéel du llberUiuii^e. En 1778, étant malade k Paris, il se confesse à Tabbé C^utbier, proteste qiru veut mourir chrétien et eatliolique; peu de jours après il redevieiu pbiloaoplie. Ebfln, par un çffet redoutable des jugements de Dieu, il meurt dans des acres de fureur et de déses* poir, en criant : Je suh rejeté de Bien el des hommes ; 'dans les convulsions de la nge, se mordant les doigts H les bras, dévorant ses propres escrémenls ; dans des raffinemems de blaspliemes (lue ni Vanini ni Julien n*oiit imaginés au moment de leur cruel trépas : spectacle elfr^yant, et qui, au jugement de M. Tmocbin, son médec'm, aurait détrompé tonê tet ditcîifles.êlls aimient pu être prétenltT. ( V. son an, dans le IHct. hist. Âug^beurg, 1781.)
(9) Vhmnt ni mumquam mârituri^ «f semper meluri.
(3) De tout temps tes incrédules ont fait grand cas de nnttépldîté ou de l'inseiisibiliié d'un bomme aa lit de la mort. Le très-ancien et très-Danveux P>rrhon, qui doutait de tout, vovanl ses compagnons de Vûpge saisis de crainte h la vue d'un naufrage qui semblaft inévitable, les pria de regarder un pourceau qui était dans le navire, et qui manoeait i son ordinaire : ¥clh , leur dit-îi, ^elU dmi être ftntensilnKté du satfe. Il faut convenir que les philosopbes ne sent ps&iiîlUeiles en hW de msdèles.
'4) \o]ret cidessus n. 4.
CATÉGUISME
SU
naturel d'en chercher la liaison dans la jus-» tice et la sévérité des jugements de Dieu , qui aveugle ses ennemis , et leur 4te la lumiène dont ils ont refusé de jouir. Ceux qui veulent toujours trouver des remords dans les incrédules et les pécheurs scandaleux , ne connaissent pas, dit H. Bo.ssuet, toutes les voies de Dieu. Ils ne font pas assez de ri^ flexion sur le mortel assoupissement et la fausse paiœ où il laisse quelquefois ses plus grands ennemis (1) ; « Ipsi veto non cognoverunt vias meas, quitus juravi in ira mea : si introibunt in requiem meam » [Fs. 9h).
16. D. N*est-ce point une espèce de mystère que rattachement d*un grand génie à des hypothèses puériles, contradictoires dans toutes leurs parties , et son éloignement des vérités les mieux établies et en même temps les plus consolantes?
R. Le chrétien , instruit par les saintes écritures de la conduite que Dieu a promis de tenir à Tégard des hommes , ne trouve point en cela un bien grand mystère, il en trouverait au contraire un très-grand, si, malgré Tahus que plusieurs font de leur raison et de lenrs facultés , ils étaient à Tabri de la séduction et de Taveuglement. Il en serait même troublé en quelque sorte dans la fol de sa religion ; parce que tout cela ne lui paraîtrait pas s'accorder avec les anathèmeis prononcés , tantôt contre les hommes séduits par la suffisance et Torgueil , tantôt contre ceux qui combattent leur créance par des œuvres condamnées de Dieu, et incompati^ Mes arec la sainteté ie la loi (2).
(I) De là il n*est pas difllcile de conclure que les conversions dont ii est parlé id ne tarderont pas k devenir plus rares. Quand Tesprit dirrélieion est pleinement consommé et répandu dans tout le eorps d*une nation, quand il s'érige des trophées et derient un siùet de gloire, il décbainc toutes les passions . il engendre ues vices monstrueux qui dégradent ei al)ruttssent Ti^me bmuaine, qui aflaiblissent de plus
' en plus toutes ses lumières, qui étouffent toutes ses affections honnêtes et raisoimabies,et ne lui laissent
' plus Teasor nécessaire pour s'élerer aux vériiés étemelles. C'est cet abtme dont parle le sage, eà- Timpiété se nourrit du mépris de tout ce qui pour- Riil la guérir. Impius cum m profundum Mnerif, emitcmniê. Prov. 18. — D*un anlre coté, l'esprit de dis« sipalion et de frivolité, devenu dominant el général, empêche les hommes d'éiudièr et d^approfoiulir les vérités de la foi, nul,. par ledé(aut.d'inâtitutioiis chrétiennes, ne sont plus ni connues ni goûtées dan^ TAge le plus propre à l'insimction. Par U elles ne peuvent reproduire dans TSme des lumières qui n^ oui jajoais été. Hais les incrédules les plus fameux , mais les chefs et les héros du parti , qui les ont une fois bien cohnues, n^en ont jamais su effacer Timpression. — Les mêmes reflétions servent à expliquer Vinsensibiliié et Tinsouciaoce des sauvages. Voyez ci-dessous, n. 89, 9i. 148.
Ci) Il n'y a pas dans toutes les écritures saintes de menace plus forte et plus muUipliéû que celle-là : Perdam tapieuliam âapieniium , et prudentium pru*
. dentium reprobabc. I. Cor. i. — Comprehendam sa-
*^ienle$ iii a$luiia eorum. I. Cor. 5. — Abuondtui h(vc a sapientibus et prudentibus^ et revelùiti ea parvuiis. Mallh. II. — Stnttitia emm est îili, et non potest tutellipere^ quiat^rilualiter examînatur. i. Cor. 11. — in judieiunt ego in hune mundum vem • nt qui non vidimlf vtdeant ; et qut vident ^ cœci fiant. Joau.. 9. —
ti
niiLosoriiHiue.
TwtoBlm croyait qtie Piea avait laissé à deMein quelque mélange de téaèbres dans les ptas grandes yérités , pour aveugler les bomnies superbes qui résisieraiçnl à sa parole, ou les hommes corrompus, qui dèsbornoreratent leur foi par les vices qu^dle réprouve : que les saintes écritures elles-mêmes etaieot deveuves, pour les hérétiques, une pierre de scandale (1). « Il y a » disait S. Au- < gustin f dans la religion assez de lumière « pour éclairer les cœurs droits , et assez de « nuages pour aveugler les impies. » La notion même de Dieu renferme des ténèbres sufBsaules pour obscurcir et égarer la marche d*UBe raison téméraire. Autant l'existence de rétre souverain est démontrée , autant sa nature est impénétrable. En vain a-t--elle (ail Tobjet des méditations des philosophes les plus célèbres • elle s'est perj^étuellement dérobée à leurs eflbrts impuissants : faul-îl s'étonner si des* hommes pleins de sufGsanceel d'orgueil, humiliés de VinutilîCé de leurs recherches., égarés par la faiblesse d^une raison qu'ils croient si forte et si dure , entreprennent de persuader une ce .qu'ils ne peuvent pas comprendre n existe pas ; et que prenant les bornes resserrées de leurs petites facultés pour les bornes mêmes de l'Etre iuGni , ils altribuent ridiculement rétemité et la puissance à la matière et au mouvement? On trouvera d'autres pensées relatives à oe sujet , dans un excellent Z>t'scours $ur T incrédulité, par le P. Chapelain , p. 178, 186, 188, 191, SOO; dans un sermon du P. Rourdaioue sur les cewcres de la foi , etc. , Tom. II, p. 317.
i VI. — 17. 0, Ne tronve-t-ott pas à la Chine une r^niblique entière d'Athées , qui est la sede des. lettrés ?
R. Cette répnMîqoe est aussi imaginaire que eeHe de Platon. Le ehef des incrédules modernes assure que les lettrés chinois sont déistes , qu'iï^ reconnaissent ks peines H les récompenses d^une autre vie, un paradis et un enfer (3). L'autcor de (Esprit nous apprend que ies Jésuites reconnaissent l'Athéisme des
Dûmki€, ijmé factmm «il, quia manifetHUurui es nobis teiptm , ei nom mundo ?,., Si quis dWgil me, smno»' nfmmemm sentéli^ etc. Josin. 14. — Finis OHiem prc^ cepU est ekmuts de corde fwro^ et eonsdênlia bona, et fde «011 fieta, A qnibM tfindam aberrantes converti iuut im vamtoquiam. I. Tim. 1.. — Habem bonam comàentiam quam quidam repeUentes circa fidem naicfrngmkfrunt, Ibid. v. i9, etc. On doit donc envisager riteaglement des impies comme une vérifieaiion manilMie de la parole de Dieu : Verba propheîarum qwe par omne sibéatum legatitur , judicantes imp/eoenon. Aet.'l5,27.
(1) Hrn pericHsor dicere^ ipsas quoque scripturat sic este ez aolûntate Dei compoâlaSp ut hœrelicts materiam èubownstrarenL De Pracscrip. cap. 39.
(2) Ëisaî sur Pliist. ^éfi., t. 1,.c. G, p. 9t. Dîner de rlt>oL, p. 45. Il ensf'igiie leeontraîre dans la Pliil. d^ rbîsc.» eh. ta, p. 95. Dans le Dict. philosopli. an. Aitt«, il itvient au |>remier sentimènl, et reconnaît, d.-ins ks leurds chinois, la croyance d^uii Dieu cl d'une providence. H ne Tant pas s attendre à quelque ehoae de bien conséquent de b part de ces mesiieors. fis ont soumis les fiiiis, comme Tes raîsonjiciBents , k la loi du caprice.
lettrés chinois ; mais il fait tort A ces pères , qui ont constamment assuré le contraire» to P.Parenflin,qui connaissailbcaucoup mieux:
les Chinois gu'Helvétius , réfute vicloriouscment cette imagination, dans une IcUre à M. de Maîran. Lett. édif., t. 21, p. 134 et suîv. [Outre les Chrétiens, 1rs Juifs et les Mahométans, il y a trois religions à la Chine : !• celle de Confucius ou des Lettrés, qui, quoiqu'elle présente beaucoup de vague, n'en admet pas moins un culte positif qui est celui du ciel, Tien , et de la vertu du ciel , Xanti, auxquels l'empereur lui-môme offre des sacrifices, à certaines époques, dans des temples qui leur sont consacrés; 2- le Bouddhisme ou religion de Fo, qui est celle de la grande majorité des Chinois. Celle religion admet ta création et un certain nombre de dogmes ; mais l'arlicle de la destinée future y est trèséquivoque, et tend au matérialisme ou au panthéisme ; 3° enfin la religion des Fao-sse ou sectateurs de la Raison, qui, quoique très-obscure dans son catéchisme , est néanmoins spiritualiste : elle s'adonne à la magie et au eommerce avec des sénies quelconques. Le célèbre proverbe chinois, que les troiit religions n'en font au une , tend a faire croire
3u*eUes ont un même principe diversement éveloppé ; ce qui est tout-â-fait incompatible avec l'Athéisme proprement dit. Du reste, il ne s'aeit pas de vanter ici* les religions ni la métaphysique des Chinois.]
5 vil, — 18. D. Que faut-U penser de quelques hommes célèbres que les incrédules se sont associés, malgré le témoignage que leur vie et leurs écrits ont rendu à la re^ ligion?
R. L'impiété , dit M. Séguter dans son éloquent Réquisitoire du 18 août 1770, ne craiut Ï)oint de violer la cendre des morts i de caomnier leur esprit, et croit peut-être encore honorer leur mémoire : elle les ressuscite, pour tirer des noms connus , qu'elle usurpe, rasccndanl dont elle a besoin. On jugera de la valeur de ces imputations, par les deux preuves capitales alléguées contre M. de Fénélon. La première est que Fénélon a parodié ainsi un air de Lulli :
Jeune, J'étais trop sige.
Et foulais tout savoir ; iû ne veux 60 pariagii
Qiie liadioa^e.
Et touche au dernier ftp^e
Saas rien prévoir.
Sur quoi nous remarquerons , 1* que le fait estcontrouvé. Voltaire dit qu'il le tient du marquis de Fénélon. Il a soin de citer un mort : tandis que le marquis vivait. Voltaire n'a eu garde de réclamer son témoiçpage. Comment le marquis de Fénélon , qui avait beaucoup de religion , au jugement de Vol- . taire Ini-méme (l^stoire de Louis XV. ^am.l, p. 289} , aurait-il découvert une ancedotcA
.semblable, surtout au chef des Incrédules? C'est la remarque du fils de copieux seigneur. Ceux qui ont lu les Erraurs de Voltaire, Voltaire peint par 4uMn4nie , TcMeau philosor-
' phique de l esprit de Volt4rire, etc.» connais'^
CATtiClilSUIl
Si
»cnt assex sa bonne foi pour le juffcr capable d*âppQyer un fait fabuleux d'un bai lèmoU gnage. 2* Les yers en question sont dans les poésies de madame Qujon : elle exprimait ainsi le détachement total des créatures , qui empëchç ITiomme d'ouvrir les yeux sur l'avenir, de le prévoir et de s'en inquiéter. Supposons qu*ils soient de Fénélon, comment en pcuMn conclure que, dans sa vieillesse , il ne croyait plus nen?Fénélon, dans ce cas, voulut sans doute y attacher le même sens que leur donnait madame Guyon.
. La seconde preuve de Voltaire est une let-^ tre de lûmsay, qui écrit que si Fénélon était né en Angleterre, il aurait développé son génie, et donné sans crainte Tessor à ses principes que personne n*a connus. Mats c'est encore un mort qu'on appelle en témoi- . gnage d'une chose qu'il n*a pas dite et ou'il n'a pu dire. Ramsay, convaincu par Fénélon de la vérité de la Religion catholique, a constamment paru y être aussi attaché qu'à la mémoire de son illustre maître. Comment aurail-il pu écrire une lettre qui, dans le sens
3ue lui donne Voltaire, serait un outrage éshonorant pour le disciple et pour le maître: une lettre qui prouverait que tous deux élaicnt des hypocrites, des hommes qui sacrifiaient leur manière de penser aux temps et aux lieux? Si Ramsay a écrit quelque chose d*approchant, il voulait sans doute parler des principes de l'auteur du Télémaeuê sur le gouvernement des États, et non d'aucun doute sur la vérité de la religion; Ramsay rend le compte le plus détaillé de la doctrine de ce célèbre Archevêque; et il ne faut que lire Textrait de sa lettre, qui se trouve dans Les arandê Hommes vengés, tom. 2, article Fénélon^pourcfTacer entièrement les ombres dont Voltaire veut obscurcir la mémoire de ce grand homme (1). On trouve dans le mémo ouvraffo une justiCcation complète de s*Gra-yesande, Bossuet, Huct, etc. Le traité Atkœi À^Ucli, du P. Hardouin, qu'on a toujours regardé commeun recueil de visions, n'approche pas des découvertes de Voltaire. — Quand
(1) Les mêmes considi^raiions nous rendent ex» irômemeni siis|)ecle raiiribniioit qii*on faiià Ramsay cPun ouvrage postlHime . iiililiilë PbUosoj^ical prîncipes ofthê religion^ 8 vol. In*i*, donl Tauieur, prélendaiit ne parfer qiraprés Fénélon , avance des pai-adoxes de tous les genres ; tels que la méienipsiv- €ose, rantmaticMi des béies par les démons , la un des peines de Teiifer, ctc« Si Yoliaire a eu connais* MÎnce de ce livre , Il aura sans doute refusé dé le cîier en preuve , rei^ardani Pauleur , quel quil fét, :omme une iét» dérangée, et convaiiicu que tout le monde se disait : < Un butofine qui préconise de telles f eilravagances , est très cîi éiat d'en faire honneur ff àdautret, et de les niciire sous la protection t d*aa grand nom. > Mais c^e^tt être maladroit que . ' de mettre sur le compte de Fénélon des choses si muiifestement eoniradicioires avec la trempe de son génie» et avec tout ce que nous connaissons de ee grand homme. Ce qui été finalement toute confiance à Tauteûr des PhUcsdpldcat prindpês^ c'est qtt*i1'assare que son spième est conforme à la croyante de Feuélon comme aux décisions de tégUse; et c*eot par la ^ecqode do ces conformités qa% but jijger de Ia première. Voyez n. f (â.
nos incrédules ont du goût pour lo Déisme , Ils trojivent partout des Déistes : quand Hs. adoptent le Pyrrhonisme ou TAthéisme , ces \ deux classes acquièrent tout à coup des pro* . sélytcs sans nombre. On dirait que Tidée d*avoir beaucoup de collègues apaise leur inquiétude, et justifie aux yeux de la raison Textravagance de leurs systèmes ; qu^ettrayés de voirions les grands hommes respecter les vérités fondamentales de la religion,iTs veulent faire un pendant à ce tableau oSénsanl.— Les Incrédules, dit ingénieusement M. de **%res*semblent aux gens ivres ; ils veulent toujours faire boire ceux qui sont de sang froid.
§ VIII.— 19. D. Quel est le moyen le plus sdr de no douter jamais de Texistence de Dieu?
R. Tenez votre âme en état de désirer ton--. jourïquHly ait un Dieu, et vous n'en douterex jamais (11. C*est la pensée d'un auteur (/. /. Rousseau) ^u'on ne soupçonne pas d*avoir trop de préjugés religieux. Adorez l'Etemeh dit-il ailleurs, et tom les fantômes de VA* théisme s^évanouiront. L*homme de bien eroft un Dieu par sentiment, et n*a dès-lors rien k redouter de rAthéismc. Quand ce monstre parviendrait à étonner la raison, le cœur réclamerait toujours ; accablé du poids de vingt sophismes, il dirait encore : Je sens qu'il y a un Dieu (2).