CHAPITRE VI. Sur les mystères de la Religion chrétienne
D.' Jésns*Christ est Dieu : vous l'avez prouré si clairement, que je suis forcé de nie tendre. Si Jésus-Christ est Dieu , nous clef Qns donc croire tout ce qu'il a révélé , et pratiquer loift ce f u'il a commandé. Cette ceraséquenee me pacatt encore évidente.
J'ârone cependant que les mystères de la Beligion chrétienne étonnent tellement ma raison , qne j'ai de la peine à les croire.
R. Dès4iQe rous convenez , d*un cAté, que
Jésus-Christ est Dieu , et , de l'autre , qu'î c'est Jésus-Christ qui a révélé les mystères de la Religion chrétienne, il est évident que TOUS devez croire aussi que ces mystères sont autant de vérités incontestables ; car, pour en douter, il faudrait supposer ou que Dieu s'est trompé lui-même , ou qu'il a voulu tromper les hommes ; et l'un et l'autre sont horribles à penser.
D. Je sens toute la force de ce raisonnement; mais enfin les mystères de la Religion chrétienne me paraissent autant d'absurdités , et je n'y yois que contradictions.
R. Les mystères de la Religion chrétienne ne sont point absurdes et ne renferment aucune contradiction manifeste : ils sont simplement incompréhensibles.
D. Prenons pour exemple le mystère de la Trinité. Dn seul Dieu en trois personnes : voilà Cid mystère. Or dire que (rois personnes ne sont qu'un seul Dieu n'est-ce pa» dire que trois ne sont qu*un? Et dire que troi» ne sont qu'un n'est-ce pas une contradiction et une absurdité manifestes?
R. Vous vous trompez. Il y aurait une contradiction , et par conséquent une absur-^ dite manifeste à dire que trois Dieux ne sont qu'un seul Dieu, et que trois personnes ne sont qu'une seule personne ; comme il y aurait une absurdité manifeste à dire que trois hommes n'en font qu'un seul , ou qu'un seul en fait trois; mais il n'y a point d absurdité manifeste à dire qvns trois personnes ne font
S l'un seul Dieu , parce quNenfin ce n'est pas nier précisément et en termes formels , d'une chose, ce qu'on alllrme de cette même chose.
D. Je le veux, les mystères de la Religion chrétienne ne sont qu'incompréhensibles; mais je vous déclare en même temps que cela me suffit pour que je ne les croie pas.
R. Vous pensez donc que vous ne devez croire que ce qoe vous comprenez? •
D. Oui , je le pense ainsi.
R. Eh bien 1 ne croyez donc rien de ce que vous voyez autour de vous , rien de ce que vous éprouvez au-dedans de vous, ne croyez pas même votre propre existence : car je vous déclare que vous ne comprenez rien de tout cela.
' D. Je ne comprends rien de tout cela?
R. Non , vous n'en comprenez rien. Le monde vous environne de toutes parts r le voilà. Comment le monde existe-t-il? Vous allez me répondre qne c'est parce que Dieu l'a créé; mais je vous demande encore si vous comprenez comment Dieu a créé le monde ; ou , si vous voulez , comment , en vertu d'un seul acte de la volonté de Dieu , le monde est sorti du néant ? Vous voyez la lumière : dites-moi ce que c'est que la lu^ mière ? Vous éprouvez tant6t du plaisir et tantôt de la douleur : définissez le plaisir, définissez la douleur? Vous avez une ame * qu'est--ce que votre ame? Vous pensez " qn'estrce qne votre pensée? Je pourrais pousser ce détail à l'infini ; mais cela serait superflu. Or si vous croyez toutes écs
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choses sans Icscompreiidrc , pourquoi ne croiriez-vons pas les mystères de la Religion, quoique vous ne les compreniez pas?
D. Il y a une grande différence entre les mystères de la nature et ceux de la Religion. Je {T'ai aucune preuve idéale de la possiibililé de Texistence du monde; je n*ai point de notion claire de la nature du monde et de celle des êtres qui le composent ; je ne connais pas mieux mon propre ôtre et nies propres modifications; mais enfin je- vois lé monde, et j'en jouis; je sens que j'existe, j'ar l'expérience de mes propres modiGcalions , et cela me sufQl, et doit certainement me suffire.
R. Tort bien ; c'est-à-dire que vous croyez ce que vous ne comprenez pas , quand , au défaut de preuves idéales, vous avez d'ailleurs des preuves équivalentes ?
D. C'est cela même.
R. Il ne m'en faut pas davantage , ei je soutiens que, d'après votre réponse, vous êtes oblige de croire tous les mystères de la Religion cfirélienne , quoique vous ne les compreniez pas ; parce qu'au défaut des preuves idéales, vous avez d'ailleurs une preuve de Texistenoe de ces mystères , qui est équivalente à toutes les preuves idéales.
p. Eh 1 duellc e$t donc cette i>reuve?
R. C'est la parole de Dieu qui a révélé ces mystères ; car il est évident que Dieu étant la Tèrité même , il ne peut ni se tromper , m tromper ses créatures.
D. Pourquoi donc nous dit-on qu'il faut que nous renoncions A notre raison pour croire les mystères de la Religion?
R. H est facile devoir que lorsqu'on s'exprime ainsi, on parle improprement, et que tout ce qu'on veut dire c'est que pour croire les mystères de la Religion nous devons renoncer à l'orgueil de notre raison , et non à son légitime uSçigc, qui cstdc cbcrchersi Dieu les a révélés.
D. Mais pourquoi.Dieu a-t-il voulu obliger les hommes à croice des mystères qu'ils ne comprenneni pas?
b. Je ne vous fais pas observer que cette question est téméraire , et je me contente de vous répondre que. c'e^. pour sa gloire que Dieu a voulu vous soumettre à croire des mystères incompréhensibles ; car il était do sa i^randenr de vous prescrire ce que vous deviez croire , aussi bien que ce que vous deviez pratiquer, et de dominer ainsi sur Votre raison , comme sur votre volonté.
TROISIEME P^iRTIE.
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