CHAPITRE II. Sur la sagesse ft la sainteté
de JisHs^krist,
D. Je suis pleinement convaincu de Tauthenliclté, de la vérité, et de la divinité des livres de TEvangile. Je regarde comme incontestable tout ce que les Evangélistes racontent de Jésus-Chrisl. J'admire Jésus-Christ. Mais si vous vouliez me faire part des réflexions que vous avez faites sur la vie de cet homme merveilleux, je l'admirerais sans cloute davantage, parce que je le connaîtrais mieux. Je vous prie donc d'abord de me dire en général ce qui résulte dans votre esprit de la totalité des faits qui composent Thistoire de Jésus-Christ, et quelle est la dernière conséquence que tous crovez^qu'on doive tirer de ces faits comparés ensemble.
K. Après avoir lu l'histoire de Jésus-Christ avec toute l'attention dont je suis capable , après avoir comparé ensemble, avec le soin le plus scrupuleux, les faits dont cette mer-.
veilleuse histoire est composée, je vols clairement, 1* que Jésus-Christ a été véritablement un homme envové de Oieu;i* qu'il était Dieu lui-même : d'où ie suis forcé de conclure que la religion' qu il a donnée au monde est une religion divine.
D. Voudriez- vous m'apprendre comment vous avez reconnu ces dioses par la seule lecture de l'Evangile ?
R. Je Je ferai avec plaisir. J'ai étudié, dans l'Evangile, le caractère personnel de Jésus- Christ; j'ai médité sa doctrine ; j*ai examiné ses miracles : et de toutes ces choses rapprochées et comparées ensemble j*ai tiré les conséquences que j'ai déjà énoncées.
D. Commençons doncpar le caractère personnel de Jésus-Christ. Quelle est Tidée qui» vous vous en êtes formée d'après l'Evangile ?
R. Il n'est pas possible à un homme ciui a lu l'histoire de lire l'Evangile avec quelque attention sans prononcer que Jésus-Christ a été le plus grand homme, en tous sens, que le monde ait vu , et qu'aucun homme n*a jamais approché ni de sa sagesse , ni de sa sainteté.
D. Par où jugez-vous de la sagesse de Jésus-Christ?
R.Jejuge de la sagesse de Jésus-Christ par ses préceptes , par ses maximes , par ses para» boles, par ses réponses, par ses exhortations.
D\ Qu'est-ce que vous avez admiré dans tes préceptes de Jésus-Christ ?
R. J'ai admiré dans les préceptes de Jésus- Christ l'équité, la sainteté, la clarté, et la vénérable autorité avec laquelle ils sdbténoncés.
D. Qu'est-ce que vous avez admiré dans lès maximes de Jésus-Christ ?
R. J'ai admiré dans les maximes de Jésus- Christ la simplicité jointe i la profondeur. Ces maximes sont si vraies , qu'on est forcé de les adopter dès au'on les entend; elles «ont si nouvelles, c^u on ne les entend jamais pour la première fois sans en être étonné; elles sont si belles , qu'on ne les oublie jamais quand on les a entendues une seule fois.
D. Qu*est-ce que vous avez admiré dans les paraboles de Jésus-Christ ?
R. J'ai admiré dans les paraboles de Jésus- Christ, la beauté de l'invention, la naïveté du récit , Tutilité et la sainteté de la morale , et j'ai aussi remarqué que ces paraboles ont toutes les beautés réelles des apologues des auteurs les plus vantés , et n'en ont point les défauts ; mais ce qui m'a* le plus étonné dans ces paraboles, c'est qu'elles sont ei\ même temps théologiques, prophétiques et morales^ et que nous v voyons tout à la fois l'imaso de tous nos devoirs et le svmbole des évè-^ ncments à venir les i>lus intéressants pour la Religion , et de la suite des desseins de fiicii sur les hommes.
D. Qu'est-ce que vous avez admiré dans les reparties ou dans les réponsesde Jés«s4]hrist? R. J'ai admiré dans les reparties de Jésiis« Christ une présence d'esprit que rien ne troo* ble , une pénétration que rien «'arrête , une < modération c|ui ne se dément jamais, une simplicité qui a toupies avantages^ Fadresse la plus raffinée pour démêler tous les pièges » confondre ceux qui' les ont tendus » et en les :
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contoiwlanl nous donner- les pli» grande*
Icrons. 1 . f I ■
JD» Qu'csl-ca q»c voas avex admiré dans les
exhortations de Jésus-€hrist ?
U. J'ai admird dans les exhortations de Jésus-Christ beaucnnp de grandeur sous un air simple . une force de vérité et de bon sens iju-on ne volt nulte part et qui fait qu'il esl impossible de les contredire , et je ne sais quelle onction secrète dont on est louché mal-
irré qu'on en ail. , , , ^ .t»,
D. Donnez-inoi une idée gcîiiéraic de l éloquence de Jèjius-Christ? ^
U. Léloqucnce de Jésus-Christ est véritablement sublime ; mais ce sublime est celui du bon sens, c'est-à-dire celui qui a l'effet le plus prompt', le plus universel et le plus durable , parce que chacun croit voir en soi ce que le bon sens a dicté aux autres, celui qui n'est jamais suspect de passion ni d'intérêt , eclui- enfin qui doit tous ses succès à la vé*^ rite seule » et- par conséquent celui <|ai devait caractériser l'éloquence de la vérité incarnée.
D. Ce qoe vous ni*avez dit de la sagesse de lésus-Christ me donne , par avance , une haute opinion de sa sainteté ; car je conçois^ que celui qui est parfaitement sage doit en même temps être parfaitement saint ; comm» nul nepeut élre parfaitement saint s'il n'est en môme temps, parfaitement sage. Cependant vous m'obligerez sensiblement si vous voulez me faire part des réflexions que vous avez faites sur la sainteté de Jésus-Christ.
R. JésusMIhrist se peint lui-même dans.
r£vangtle par la seule suite de ses actions. Quand je rapproche ses actions , comme autant de traite, il s'en foit un tableau dont la lieauté m'étonne. J'avoue que ma raison n'aurait jamais pu se former par elle-même ridée d'Mtn homme si accompli ; et cependant» par une espèce de merveille , je ne vois riea en lui que ma raison n'approuve, et à quot elle nu consente; c'est sans doute parce que ce grand modile de sainteté rectifie et épure ma raison même , en dissipant par sa pré^ sence les nuages des passions et des préjugés qui Tobscurcissaient.
1>. Je vous prie d'entrer dans quelques détails sur les vertus de Jésus-Christ.
B. Les détails, si Ton voulait les examiner, iraientà Kinfini. Si vous lisez l'Ëvangile avec attention et impartialité , ceUe lecture vous en apprendra plus que mes plus longs discours ne pourraient faire : il y a , comme vous savez, en< ce genre une infinité 4le choses qu'on, sent mieux qu'oanepouTTait les exprimer. Je vous dirai seulement que plus on étudie- Jésus-Christ , plus on voit éclater en lui de véritable grandeur : on chercherait en vain la vertu qu^ fait son caractère ; car en lui toutes lei vertus sont égales, parce qu'elles sont toutes dans le degré suprême : on ne trouve, rien dans cet homme vénérable qu'on puisse appeler, en aucun sens , faute , faiblesse^ ou défaut ; même de ceux qu'on appelle défaut de caractère , et dont aucun honune ne fut jamais exempt.
D* Voudriez-vous me faire remarquer, en peu. de mats, ce qui a particulièrem<^nt dis-
lingné la sainteté de Jésus^Chr ist de crile de^ autres hommes ?
R. Quand jjs lis L'EvaiigUe avec attention , je vois que la sainteté sublime et héroïque u été l'état naturel.dc Jésus-Christ. Il n'a jamab besoin de se faire violence pojur produire les actes de vertu les plus difficiles ; jamais en l|ii une vertu n'empêche le libre exercice de l'autre , comme dans presque tou^ les hommes : j$ le trouvO' toujours dans le juste mi-* lieu. Tout Qe qu'il a dit et tout ce ciu'il a fait,, est préciséqueàt ce qu'il devait dire ou faire dans la oircoBStânpe. Il est le seul homme qui ait réunit en lui l'héroïsme des vertus op* posées.
D. Je vous prie de me donner quelque»
exemples de tout cela»
R. Vous trouvez tout ce que je vous di» admirablement bien marqué dans l'histoire de la passion de JésusHChrist : c'est là que toviUdS les vertus paraissent dans toute leur
Îrandeur. Ou voit que Jésus-Christ , dans c& ernier acte do sa glorieuse vie ( si j'ose ipn'exprimer ainsi ) , a joint Vextrémt liberté avec Vextrémt abandon de sa cause , rexlréme patience avec l'extrême dignité. Parmi tant d'innocents persécutés que le nionde a vus , il n'en est pas un seul qu'on puisse lui comparer : Socrate n'en approche pas, et, jfose le dire, on est plus qu'un homme quaudf on souffre et qu'on meurt comme Jésus- Christ a souffei;t et esi mort.
. D. Quelle conséquence tirez-vous de tout ce q;ue vous m'avez fait connaître de la gran.deur personnelle, de Jésus-Christ?
R. Jésus-Christ ayant été tel que les Evan-
Îélistes nous le peignent, je conclus , l*que ésus-Chrisl a été évidemment l'homme le plus digne du choix de Dieu pour être le législateur et le modèle des hommes ; 3^ que s'il est vrai que Dieu ait voulu se faire homme » comme le croient les Chrétiens, il est évident qu^il a dû être tel que Jésus-Christ: d'où il suit que s'il y a unDieu-Homme, c'est Jésus-* Christ qui l'est. Je pourrais peut-être pousser les conséquences plus loin ; mais je m'en tiens; là pour le moment , parce que cela me suffit et ne peut être contesté.
CHAPITRE HI. Sur la beauté , F excellence et la sainteté de la- Loi de JéêUM-CkiisU
D. J'avais toujours admiré Jésus-Ghrfst ; maïs depuis que je vous ai entendu je l'ad-^ mire encore davantage. Jésus-Christ a été un prodige de sagesse et de- sainteté. Je conviens avec vous que slDieua voulu se faire homme, il est évident qu'il a dû être telque Jésus- Christ a été ; je conviens encore que Jésun- Christ a été digne, par sa sagesse et par ssr sainteté, d'être le législateur (tes autres hommes. Si cet homme, vénérable a dionné une loi , cette loi doit être un chef-d'œuvre de raison et d'équiléw Je vous prie.donc d'abord* de me dire s'il est vrai que Jfaus-Cbrist ail donné une loi au naônde*
R. Jésus-Christ a donné une loi au monde*^ er cette loi est consignée dans les livres fie rivvangiîc-
Sin LES FUNDEHEiSTS DE LA FOL
D. DoDBez4i>oi iine première idée et conune on précîs.de bt k>i de Jésas-Christ ?
K, Toute la }ol6e Jésas-Christ est renfermée dans ces paroles du chap. 12 de saint Marc qui sont prises dans FAncien Testament. Voici le premier de tous les commandements : Eeoulez, Israël : le Seigneur votre Dieu est le seul Dieu^ et vous aitneres le Setgwur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre ame,'de totéi^ votre espnt et de toutes vos forces. C*esi là le premier commmandement; et voici te second , qui lui est aenlblablo : Vous aimerez U' prochain comme vous-mêmes^ Il n*y a aucun autre commandement plus gramt i|ue ceux-ci ; toute la loi et les propoètes sont venferiuésdanscesdcux commandements.
D. J'admire la beauté de ces préceptes, et je conyieiis qu^^ils sont la base et comme le fond de toute légisfisilidn divine ; car je conçois Irès-Uen que tous les devoirs de Tbomme se féduisent a aimer de tout, son cœur TElre-r Suprême , qui est son principe et sa Gn ; à s^aimer lui-même d^un amour juste et bien ré^lé ; à aimer son çrocbain comme il s*aime lui-même. Mais j*ai une petite objection à; vous faire , et qoi vous emberraftsera peutêtre. Si toute la lof de Jésus-Christ est renfermée dans les deux préceptes que vods venez de rapporter^ la loi de Jésus-Cbrist n'est donc
Es autre que la loi de Moïse; et, cela étant» loi de JÀus-Christ n'a aucun mérite particulier ? Jésu9-Chnst n'est donc pas légisiateur* à propeemeui parler, puiisqii'ii n'a fait autre chose que de promulguerde nouveau' la Un de Moïse ?
R. La loi ée lésus-Cbrist- est la mêtoe, pour le fond ,^ que celle deMbïse considéï*ée>quané aux prébéptes moraux ; j'en tombe dWcqrd. Cependant Jésus-Christ porte avec raison le titré de législateur et du plus grand dès législateurs; car, l^'ila expliqué, dans un pIU9 grand détail que Moïse n'avait fait , les obligations que noas imposent, d'eus la pratique, 1 amour deDfeo,raihour de nous-mêmes, et* l'amour du prochain ; 2"* il a abrogé tout ce itui , dans- l'adciienne' loi , pouvait être pour Thomme (quoique toujours par sa fkute) une» occasion u aimer Dieu d*un amour moins pur, de s'aimer lui-même d'un amour moins sage, d'aimer ses semblables d'un amour moins universel, moins sincère et moins généreux ; cnQn , il s*est appliqué , avec un soin particulier.à montrer a l'homme les moyens* de perfectionner en lui - même ces trois amours.
D^. Expliquer - moi 4onc quels sont lèscaractères de^ l'amour de Dieu selon la loi de Jésus-Christ.
B. Selon la loi de Jésus-Christ, l'homme' doit aimer Dieu en. Dieu, c*est-à^dire pour luimême et aurdes3U$ de toutes choses ; ii doit donner à Dieu le premier rang dans son es^ time et dans soo' affection ; se dévouer tout eoliçr à' son. service » par la pratique con-> stante et fidèle de ses commandements, être loiqi»urs prêt à tout entreprendre., à tout rouftir et à tout perdre pour Dieu , même la vie, et cela sans autre iiUér^t que celui de
plaire A Dieu eu ce monde, et de le posséder en L'autre.
D. Jé^us'^Christ n'a-t-il promis aucune prospérité temporelle à ceux qui aiment Bleuet qui^ le servent fidèlement?
R. Nou , Jésus-Christ n'a promis àucuxé^ prospérité temporelle à ceux qui aiment Diei^ et qui le servent fidèlement, parce qu/il n'a. pas voulu que les hommes attachassent à ce prixlafidélité qu'ils doivent à leujf Créateur;' et c'est là une des difféoence»qui se trouvent entre l'ancienne loi et la nouvelle.
D*. Dibu exige donc de l'homme uu amour bien pur et hien héroïque ?
^ R. J'avoue que Dieu ne pouvait exiger âM l'homme rien de plus que ce qu'il en exige ;; mais aussi vous devez avouer à votre tour que l'homme ne doit à Dieu rien de moins.
^ D. Quels senties oaraçtères-de l'amour que- Thomme se doit à lui-même selon la loi de^ Jésus-Christ ?
R. Voici les caractères de l'ciraour que rhomme se doit à hii-même sélon'laloiî de- Jésus-Christ : L'homme est corhpoiNi de corps et d'ame ; selon l'akne, il est crée à l'image de Dieu; selon te corps, il diffère p<^ir de lor brute : voilà sa nature. L'homme est créé pour aimer Dieu sur la terre, et pour te posséderdans le ciel : voilà sa fin. L'homme- est ctiéé pour vivre eui société avec ses semblables : voilà sa condition temporelle. L'hokume, pour s'aimer lui-même d'un amour conforme à sa^ nature ,. doit préférer son ame à son corps , et s'appliquer princip^riement à conserver et à peffeotiofiiierdansrson ame te ressemblance' divine* par l'élude de la sagesse et la pratique delà nertU' ; il doit soumettre te corps à tame, et non l'amer au corps.; être toujours prêt à perdre la vie du corps pour conserver aellB (te l'apne^ quf eoi^iste dan» l'innocence.
Jb'homme^ pour s'aimer luif-même d'une manière conforme à sa fin, doit préférer son aahit à sa^ fortune, à ses plaisirs, à sou honneur, et même à sa vie ; car qqe lui servi- ]?ait-il de gagner le monde etitiereri perdant son ame f
Enfin l'homnie , pour s^aimer Ini-mém0 d'un amour conforme à sa conditten temporelle, doit préférer L'intérêt général^ temporel» de la société à sou intérêt particulier aii^i> temporel^ mab il ne doit jamais préférer à SK>n: propre salut l'intérêt temporel de la so^ ciéte, parce que te salut d'un seul homme este au-dtessus de tous tes biens temporels de la/ société^ etildoit préISrer te salut d*un seulde* 9es semblables à tous sestintéhlts temporeliH même à sa* vie, parce que te rie d'un homme» n*es t rien eu contparaiso» du s^lut dfvtn autres homme.
D. Qud» âottt les cafaetères de l'arooiir que l'homme doit an. prochain selon te loi de^ Jésus-Christ?
R. Les voici : Cet amour doit être universel. Un Chrétien doit Regarder tout hommo^ comme son prochain; Ii doit cependant une préférence d'amour à ceux arec qui il a des relaiiotts plus étroites, comme ses père et^ mère, son épouse, scs^fib . etc. Cet amour doit être safait dans son motif. Le Chrétien^
CATtaiISME
doit ainiçr son prochalD pour l'arooar de Dieu, dont il csC rimage. Cot amour doit être sincère, c'est-à-dire au'il doit être dans Je cœur, et non sur les lèvres, ni dans les de* monstrations extérieures. Cet anK)ur doit être agissant. Le Chrétien doit donner à son
Î prochain tous les secours qui dépendent de ui, surtout par rapport an salut. Cet amour doit être patient. Un Chrétien doit tout pardonner; il lui est permis de se défendre, mais non pas de se venger. Epfln cet amour doit être noble et généreux. Le Chrétien doit aimer jusque à ses ennemis, et leur faire du bien quand il le peut, pour se rendre semblable à Dieu , qui fait lever son soleil sur les pécheurs comme sur les justes.
D. On ne peut, sans doute, concevoir une loi plus parfaite etqui, à tous égards, mette mieux l homme dans Tordre «[ue celle de Jésus-Christ. C*est vraiment ainsi que l'homme doit aimer Dieu , qu'il doit s'aimer luimême , qu'il doit aimer ses semblables. Il ne TOUS reste donc plus qo'i m'apprendrc les moyens que Jésus -Cnrist a montrés aux hommes pour conserver et pour perfectionner en eux Tamour de Dieu et l'amour du prochain , et pour bien régler l'amour qu'ils ont puitr eux-mêmes.
IL II y a dans l'homme quatre passioiis principales : l'orgueil, l'amour du plaisir, la cupidité et la colère. Ces quatre passions, qui baissent d'un amour- propre désordonné, combattent sans cesse en nous l'amour de Dieu et l'amour du prochain , et c'est pour 4:ela que Jésus-Christ s'est attaché , avec un soin particulier, à montrer aux hommes les moyens d'affaiblir et de réprimer ces passions ; et il a employé pour cela les préceptes et les conseils.
D. Quels sont les préceptes que Jésus- Christ a donnés aux hommes toncbaùt l'orgueil ?
R. Jésus-Christ, après avoir fait sentir aux hommes l'iniustice de l'orgueil, en leur prouvant qu'ils n ont rien et qu ils ne peuvent rien d'eux-mêmes, leur déclare qu'ils n'entreront
1\imais dans le royaume des cieux,si parleur lumllité ils ne se rendent semblables à des enfants; il leur recommande de demander chaque jour à Dieu, comme autant de grâces qu'il ne leur doit pas, tout ce qui leur est nécessaire, soit pour le corps, soit pour l'ame ; il leur défend de s'élever au-dessus des' autres, de chercher à se distinguer et à se faire remarquer ; il veut enfin , lors même qu'ilis font le bien, qu'ils répriment tout sentiment de vaine gloire dans leur cœur, et qu'ils ne se regardent jamjiis que comme des serviteurs inutiles.
D. Quels sont les préceptes que Jésus-Ch4*ist a donné aux hommes touchant la sensualité ou l'amour du plaisir?
R. Jésus-Christ , pour réprimer dans les hommes l'amour du plaisir, leur a commandé de marcher dans la voie étroite, et de mener une vie pénitente ; mais surtout il les a mis dans la nécessité de choisir entre la chasteté absolue et la chasteté conjugale , en abolissant la polyganiie et le divorce tolérés dans
ranciciinc loi, e( dQ déclarant que celui qui regarde une femme avec un mauvais désir a ' déjà commis l'adultère dans sop oœur«
D. Quels sont les préceptes que Jésus- Christ a donnés aux honuues touchant la cupidité?
R. Jésus-Christ pour réprimer la cupidité, a commandé aux hommes de se contenter du nécessaire à la nature, et de ne demander A Dieu que ce même nécessaire, lira déclaré bienheureux les pauvres d'esprit, c'est-à-dire ceux qui n'ayant pas les richesses ne les désirent pas, e.t ceux qui les possédant n'y attachent pas leur cœor.
D. Quels sont les préceptes que Jésus*» Christ a donnés aux hommes touchant la colère ?
R. Jésus-Christ , pour réprimer la colère » a d^abord commandé aux hommcb d'étouffer jusqu'aux moindres mouvements de cette fhricuse passion. Il leur a ordonné de par-* donner sincèrement et du fond, du cesmr toutes les ifijures- qu'ils aAraieot reraes^n les a obligés à aimer leurs ennemis^ a pi^er pour eux, et à leur faire du bien^
D. Vous avez dit que Jêsus«4]lirist avirit ajouté des conseils à ces préceptes, pour aider les hommes à réprimer plus efficacerofliit les quatre grandes passions. Voudricfi-vous me faire connaître ces feonseils ? .
R. Jésus-Christ -a donné aux hommes qua* tre conseils pour les aider à vaincre les quatre grandes passions. Contre Vorgmril : le conseil de renoncer aux honneurs de ca monde , pour se dévouer à l'obseurité et A l'abjection. Contre la $enê%uUiti: le conseil de la chasteté absolue ou de la virginité. Contre la cupidité : le conseil d'embrasser la pauvreté volontaire. Contre la colère ou la vet^ geance : le conseil de ne pas se défendre con-« tire la violence pu l'injustice.
D. Ces conseils me paraissent bien durs ?
R. Ces conseils ne sont point durs dès * qu'ils ne sont que des conseils : ils n'obligent personne.
D. Pourquoi donc Jésus-Christ a-4«il donné ces conseils ?
R. Jésus-Christ a donné ces conseils aux hommes, pour leur faire sentir encore mieux l'importance des préceptes , pour leur enseigner les moyens les plus infaillibles de dompter leurs passions et assurer leur salut, et quoique l'accomplissement de ces conseils , dans les dispositions même de la divine Providence, ne soit que pour un trèspetit nombre de personnes , ils sont utiles à tous en tenant dans l'humilité ceux dont la vertu est trop faible pour aller au-delà des préceptes,
D. Je vois clairement que la loi de Jésus-* Christ est la plus belle et la plus sainte de toutes les lois, parce qu'elle est la plus pro-
Jortionnée à la nature de l'homme, à sa fin, sa condition temporelle , au r^ractèrç de son esprit et de son cœur. En vivant selon celte loi, l'homme sera toujours dansTordrei il sera aussi grand et aussi parfait quil peut rétro : dès qu'il s'écartera de cette loi« ilaa-
SUR LES FÔNDËMEJNTS bE LA FUI.
dégradera lut-niémc. Mais quelle consèquencfe lires-Tous de-là ?
R. La conséquence que je tire de font ce qui ▼ieol d*étre dit se présente d'elle-même à tous les esprits. La loi de Jésus-Christ étant de toutes les lois celle qui convient Iç mieux à l'homme et qui le met mieuK dans Tordre à Cous égards , elle est donc \fL plus sainte et la meîileare de toutes les lois que Dieu pût donner à rhomme : elle est donc l'ouvrage de Dieu. Or il n'y a que Dieu qui puisse donner une loi digne de lui. Celui qui a donné celte loi, c'est-à-dire Jésus-Christ, était donc Dieu, ou du moins Dieu était ayec lui, et il l'inspirait lorsqu'il donnait cette loi.
CHAPITRE lY. Sur la divinité de Jéius-^ Christ prouvée par $e$ miracles.
D. Jésus-Christ eut toute la sagesse et tonte la sainteté aui conviennent à un Hommé- Dicn. La loi que Jésus-Christ a donnée au inonde est digne d'un Homme-Bleu. Vous ayez mis ces deux rérités dans un si grand jour, qu'il m'est impossible de les nier. Mais ce n'est pas assez : vous m'avez encore promis de me montrer que Jésus-Christ est véritablement un Homme-Dieu , (et je vous prie d'accomplir votre promesse. Comment prouvez-vous que Jésus-Christ est véritablement un Homme-Dieu?
R. Je ^trouve que Jésus-Christ est un Homme-Dieu par les miracles qu'il a faits , et toute ma démonstration est renrermée dans ce raisonnement : Jésus-Christ a fait des miracles qui ne peuvent être opérés que par la puissance de Dieu. Jésus-Christ a rail ces mirades en Dieu. Jésus-Christ a fait ces miracles pour attester qu'il était Dieu. Or il est impossible qu'un homme fasse de tels miracles dans des circonstances semblables, à moins qu'il ne soit Dieu. Donc Jésus-Christ est Dieu.
D. Yotre raisonnement est exact : j'admets la conséquence que tous en tirez; mais il faut prouver les propositions d'où vous la tirez, et c'est ce que je vous prie de faire Montrez-moi d'abord que Jésus-Christ a fait des miracles qui ne peuvent être opérés que par la puissance de Dieu.
1\. Jésus-Christ a changé l'eau en vin; il a plusieurs fois multiplié un petit nombre de pains d'une manière si prodigieuse, (|u'ils ont suffi pour la nourriture de plusieurs milliers de personnes ; il a guéri des aveugles de naissance ; il a ressuscité plusieurs morts , et entre autres Lazare , qui était dans le tombeau depuis quatre jours , et dont le cadavre commençait à se corrompre. Or il est évident que tous ces miracles et plusieurs autres que je ne rapporte pas ne peuvent être opérés que par la puissance de Dieu.
D. Cies miracles ne pcuvenl-îls pasêlre les effets ou du hasard, ou des lois de la nature, ou de la puissance du démon?
R. Les miracles de Jésus-Christ ne peuvent
Îias avoir été les effets du hasard , parce que e hasard n'est rien , et que ce qui n'est non ^e fmï% ricri.Les miracles de Jésus-Christ no
peuvent pas avoir été les effets des lots de la nature , parce qu'ils ont été faits contre ces mêmes lois. Les miracles de Jésus-Christ ne peuvent pas avoir été les effets de la puis-sance du démon, parce qu'il est évident que Dieu n'a dû réserver qu'à lui-même le pouvoir d'arrêter ou de suspendre le cours des lois de la nature. S'il eut donné ce pouvoir au démon, le démon pourrait déranger à son gré l'ouvrage oe Dieu , et tout confondre dans le monde; ce qu'çu ne peut ' penser sans folie.
D. Comment prouvez-vous que Jésus-Christ a fait ses miracles en Dieu.
R. Je prouve que Jé3us-Christ a fait ses miracles en Dieu par ce raisonnement qui est à la portée de tout le monde : Les mirades que Jésus-Christ a faits ne peuvent être opérés que par la puissance de Dieu : donc celui qui fait de semblables miracles , comme agissant par sa propre puissance , les fait en Dieu. Or Jésus-Christ a fait ses miracles comme agissant par sa propre puissance : donc ils les a faits en Dieu.
D. Montrez-moi donc que Jésus-Christ a tait ses miracles comme agissant par sa propre puissance.
R. L'Evangile en fournit une foule d'exemples; mais je me contenterai d'en rapporter deux. Un lépreux s'^tant prosterné aux pieds de Jésus-Cnrist, lui dit : Seigneur, si vous le voulez, vous pouvez me guérir. Jésus-* Christ lui dit : Je le veux, soyez guéri; et
sur-le-champ la lèpre disparut On allait
enterrer un jeune homme ; Jésus-Christ arrête ceux qui le portaient, et dit : Jeune homme, levez-vous, c'est moi qui vous le dis ; et sur-le-champ le jeune homme se leva pleiii de vie.
D. Comment prouvez- vous que Jésus£hris( a fait ses miracles pour attester qu'il était pieu?
R. Je prouve que Jésus-Christ a fait ses miracles pour attester qu'il était Dieu par cet autre raisonnement qui n'est pas moins
simple ni moins clair que le précédent
Jésus-Christ a fait des miracles qui. ne peuvent être opérés que par la puissance de Dieu. Il a fait ses miracles en Dieu ; et pen-« dant qu'il faisait ses miracles , il donnait des lois aux hommes avec toute l'autorité d'un Dieu ; il se disait le Fils unique de Dieu ; il se portait ouvertement pour Dieu et pout le même Dieu que son Père; il s'appropriait les plus grands attributs de Dieu ; il se faisait adorer comme Dieu ; enfin il citait ses miracles en preuve de sa divinité. Or un homme qui fkit des miracles que Jésus-r Christ opérait, et qui les fait avec toutes ces circonstances , ne fait ces miracles que pour, attester qu'il est Dieu : donc Jésus-» Christ a fait tous ses miracles pour attester qu'il était Dieu. Vous trouverez la justificatioO de toutes les assertions que j'avance dans ce raisonnement répandue dans toute VErvangile.
D. Je vois clairement que Jésus-Christ a fait SOS mirades. pour attester qu'il était l)icu. Mais «^u'inrércî-yous de là*
CATÊCUKSMli
R. De ce que Jésus-Christ a fait ses miracles pour altester qu'il élait Dîcu je conclus qu'il rélait en effet; car il est évident que sMl n'eût pas été Dieu. Dieu ne lui aurait pas prêté sa puissance pour faire ces mira-
des*
d! Pendant que Jésus-Christ faisait des miracles pour attester qu'il était Dieu , Dieu prétait sa puissance à Jésus -Christ pour faire dès miraclics. Je tombe d'accord que c/est une forte raison de croire que Jésus- Christ est Dieu ; je voudrais cependant quoique chose de plus; par exemple, que Diou eût fait' connalire solennellement
Ïu'il appuyait les prétentions de Jésushrisl.
U. Dieu l'a fait ainsi , puisque dans deux occa.sions solennelles Dieu ^ dedaré que Jesus~Christ était son flls bien-aimé , et a joint i celle déclaration un commandement exprès A tous les hommes de Técoulen
D. Mais si Jésus-Christ cstDieu, pourquoi appelle-tr-il Dieu son Dieu? Pourquoi ditil que son Père est plus grand que lui , et Îu il à reçu des commaiviemenis de sonr ère.
R. Et moi je réponds : Si Jésus-Christ est homme , pourquoi a-t-il dit qve son Père et Lui n'étaièni qu'une même chose? Je vois dfaiis l'Evangile que Jésus-Christ a parlé et agi en homme; j'y vois en mémo temps qu'il a parlé et agi en Dieu. Concluons de la, vous et moi , que Jésus-Christ esi Dieu et homme tout ensemble; car sans cela son caractère serait inexplicable.
CHAPITKË V. Sur la résurrection de Jisus^
Christ.
D. Je conviens que Jésus-Christ a fait les )lus grands miracles, qu'il les a fails en |)icu, c|u'il^ les a faits pour prouver qu'il ^lait Dieu. Ainsi, 'je ne puis douter de la livinilé de Jésus-Christ. Cependant Jésus- Christ est mort , él mort sur une croix , et je tic conçois pas qu'un Dieu puisse mourir, ot bien moins encore qu'il puisse mourir d'une mort aussi infâme : je vous avoue que ces contrariétés confondent mon esprit , et que je ne puis les concilier.
U. Rien n'est cependant si facile que de concilier ces' contrariétés apparentes. Jésus- Christ était Diou et homrne tout ensemble , amsi que nous lavons montré. Comme homme il pouvait mourir, et il est mort en effet ; mais comme Dieu il était essentiellement immortel , et jamais la mort n'a eu d'empire sur lui ; d'ailleurs Jésus*Christ est mort en Qomme-Dieu , et le troisième jour après sa mort il est ressuscité, ou plutôt il s'est ressuscité lui-même par la même puissauce par laquelle il en avait ressuscite tant d'aulres.
D. Moutrez-moi donc d'abord que Jésus- Christ est mort en Dieu?
H. Jésus-Christ, avant que de mourir, avait prédit piusieura fois sa mort et les principales circonstances de sa mort, et il mourut en effet de la manière i|u'il l'av.iit annoncée. Jésus-Christ avait déclaré qu'il élail le inatlre de quitter sa vie et de la re-
prendre à son gré ; que personne ne lui ôtcrail sa vie, mais qu'il la donnerait librement pour le rachat des hommes : et nous voyons en effet dans l'Evangile, que .<ûn heure étant venue , il alla lui-même au-devant de ses ennemis , se Gt connaître à eux , et ne se mit entre leurs mains qu'après les avoir renversés par .terre d'une seule parole pour leur làire sentir lieur fiiibicsse ; nous y voyons encore qu'après avoir enduré des tourments capables a'épuiser rhomnie le plus robuste et de le réduire à une extrême défaillance, il mourut en jetant un grand cri ; nous y voyons enfin qu'au moment de sa mort il fit les plus grands miracles, et ébranla le monde entier. N'est-ce pas là mourir en Dieu?
D. Je tombe d'accord que c'est lé mourir en Dieu; mais de ce que Jésus-Christ mourut en Dieu que concluez-vous?
R. De ce que Jésus-Christ mourut en Dieu je conclus qu'il avait le pou voir de se ressusciter lui-même»
D. La conséquence est iusta; mats il reste toujours à montrer que Jesus-Christ s'est en effet ressuscité lui-même?
R. Voi^i donc comment je montre que Jésus-Christ s'est ressuscité lui-même* Jésus- Christ avait le pouvoir de se ressusciter luimême; vous en convenez. Or Jésus-Christ» avant qu'il mourût, avait annoncé plusieurs fois qu'il se ressusciterait lui-même : donc Jésus-Christ s'est ressuscité lui-même. Je pourrais vous prouver par plusieurs autres raisons que Jésus-Christ ^yantamBoncé sa résurrection, il était nécessaire qu'elle arrivât.
D. Je TOUS prie de me dire ces. raisons ; car je désire d'être autant instruit sur ce point essentiel de notre foi que je puis l'être.
R. Je loue votre zèle, et je bénis Dieu qui vous l'inspire : voici donc ces raisons en peu de mots t
1" En même temps que Jésus-£brist prédisait sa résurrection , il prédisait aussi toutes les circonstances de sa mort et tous les grands événements qui devaient être les suites de sa mort. Les prédictions de Jésus- Christ touchant les circonstances et les suites de sa mort se sont vérifiées i la lettre : donc celle de sa résurrection s'est vérifiée aussi. Aulrement U faudrait dire que Jésusr-Ghrist fut tout à la fois et dans le même instant l'organe de UEsprit de vérité et celui de l'esprit de mensonge 9 le plus grand des prophètes et* le plus insigne des imposteurs; ce qui est visiblement absurde.
2* En même temps que Jésus-Christ prédisait sa résurrection , il faisait , par sa ppo^pre puissance, des miracles qui étaient aussi grands que celui de sa résuiTCcUon.aiéme , comme la résurrection de Lazare : il a doue fait aussi le miracle de sa {H'oprc résnrrec-* lion , puisqu'il s'y était engagé.
3* Si, après avoir annoncé sa.rosurrection, Jésus-Christ ne fût pas ressuscité eu effet , il eût ruiné tout l'effet 4e ses miracles précédents; il se serait couvert d'un opprobre ctornol; il se serait mis de gaité de cœur au
SLfl LES FONDEMENTS DE LA FOL
rang des imposteurs. Cerlainement ane telle imprudeacc de la pari d'un tel homme n'est pas concerable. Quand Jésus-Christ annonçait sa résurrection , il en était donc assu- ' ré : Jésus-Christ est donc ressuscité en effet.
D. Ces raisons sont bien fortes; cependant je voudrais quelque chose de plus , et que la résurrection de Jésus-Christ ne fût pas seulement prouvée par des raisonnements, mais encore par des faits évidents. Les raisonnements con vainquent peude personnes; mais tout le monde est forcé de se rendre à Tévidence des faits.
U. rentre parfaitement dans tout ce que vous me dites, et je m'attendais que vous parleriez ainsi. Sachez donc que la résurrection de Jésus-Christ est prouvée par les faits les plus incontestables. Ces faits sont premièrement les précautions que les princes des prêtres prirent , de concert avec Pilate , pour empêcher que le corps de Jésus-Christ ne fût enlevé de son sépulcre; car nous voyons que les princes 'des prêtres s'étant rendus chez Pilate lui demandèrent la permission de faire garder le sépulcre de Jésus-Christ jusqu'au troisième jour; que Pilate leur accorda cette pcrmi>sioii; qu'en conséquence ils mirent le sceau sûr la pierre qui fermait le sépulcre, cl y laissèrent une garde de soldats romains. 11 est donc certain que le corps de Jésus-Christ ne put être enlevé. D'un autre côté il est certain que ce corps yénérable ne se trouva plus dans le sépulcre dès le matin du troisième jour ; il en était donc sorti en ressuscitant. Ces faits sont en second lieu les différentes apparitions de Jésus-Christ à ses apôtres et à scsantires disciples : apparitions arrivées en
Jdein jour, et dans lesquelles les apûtres et es disciples virent Jésus-Christ dans son état naturel et tel qu'ils l'avaient vu avant sa mort, l'entendirent parler , le touchèrent , eurent le bonheur de manger ayec lui; apparitions , enfin qui furent répétées plusieurs fois durant quarante jours. Vous avez lu les livres de l'Evangile et celui des Actes des Apûtres, et vous savez que je ne dis rien qui ne soit rapporté dans ces livres divins.
D. Tout cela est vrai ; cependant l'ai plusieurs doutes que je vous prie d'éclaircir. Je trouve dans l'Evangile selon S. Matthieu quelessoldatsquiavaientétécommandéspour la garde du tombeau de Jésus-Christ publièrent dans Jérusalem que pendant qu*ils dormaient les disciples de Jésus-Christ avaient enlevé son corps. Qui nous a dit que les choses ne se passèrent pas ainsi ; et pourquoi croirions-nous plutôt 8. 'Matthieu que les soldats romains?
R. Comment ne voyez-vous pas quelc bruit quelesaoldatsromains, gagnés parles princes des prêtres , semèrent dans Jérusalem , touchant l'enlèvement prétendu du corps de Jésus-Christ par ses aîsciples, ne fut qu'une iléfaite qu'on n'employa que parce qu'on n'avait rien de plus vraisemblable à dire? Car, I* il est évident que si les disciples de Jésus- Christ enlevèrent son corps pendant que les coldats commandes pour garder le sèpuUTo
étaient plongés dans le sommeil , ces soldats ne purent avoir aucune connaissance de cet enlèvement, ni par conséquent en rendre témoignage. 2* Cette défaite est aussi impudente qu'elle est absurde; car il esft démontré par tout ce qu'on lit dans l'Evangile et les Actes des Apôtres que ceux-ci ne purent seulement avoir la pensée d'enlever le corps de leur maître, bien loin qu'il en aient pu concevoir le dessein ; que quand îls auraient conçu ce ' dessein , ils n'auraient jamais eu le courage d'en tenter l'exécution ; que quand ils auraient eu le courage d'en tenter l'exécution ils n'auraient jamais pu y réussir. Pour réussir dans cette entreprise ii faillait passer au travers de la garde , rompre le sceau qui était apposé sur la pierre qui fermait l'entrée du sépulcre, renverser cette pierre qiii était d'une grosseur énorme, entrer dans le sépulcre, en enlever le corps de Jésus-Christ, et l'emporter en passant encore au travers de la garde. Je demande à tout homme de bon sens si tous ces tnouvements peuvent se faire sans hruit, et sans un bruit capable d'éveiller dos hommes qui dorment de tout autre sommeil que celui de la mort?
D. Je passe* condamnation sur ce point ; mais est-il bien certain que Jésus-Christ se montra réeilement.à ses disciples trois jours après sa mort? Peut-être que ces hommes ne virent :point Jésus-Christ, mais seulement un fantôme qui leur faisait illusion; car enfln leur imagination était échauffée, et chacun sait assez ce que peulune imagination échauffée. Elle reproduit tout ce que nous avons vu, elle rend présents les objets les plus éloignés, elle ressuscite les morts, elle crée, pour ainsi dire, ce qui n'a jamais été : les histoires en fournissent une infinité d'exemples.
R. Si Ton nous disait qu'un seul disciplo de Jésus-Christ l'a vu ou cru voir ressuscite, ou que plusieurs de ses disciples l'ont vu ou cru voir une ou deux fois dans des instants rapides , et comme on voit un éclair , votre objection ne serait pas sans vraisemblance ; mais 'ce sont les douze apôtres qui virent Jésus-Christ , et avec eux lès saintes femmes, et un grand nombre d'autres disciples. Ils le virent tantôt tous ensemble, ettanlôt séparément; ils le virent tous dans sa forme naturelle , et tous de la même manière. Ces ap- Ïiaritions se répétèrent plusieurs fois pendant e cours de quarante jours : ils eurent tout le temps et tous les moyens de s'assurer que c'était lui. Jésus-Christ se prêta à toutes les épreuves qu'ils voulurent faire de la réalité de sa résurrection /même aux plus indiscrètes. Enfln ils furent tous témoins de son ascension au ciel. Si toutes ces choses arrivèrent seulement en apparence, certainement cette longue illusion des apôtres et des disciples fut un miracle , et un miracle , j'ose le dire , aussi grand au moins que la réôurrection de Jésu's- Christ. Or, miracle pour miracle, il est t-Iair que tout doit nous déterminer à croire le miracle de la résurrection , qui est conforme à tons les attributs de Dieu , plutôt que le miracle d'illusion , qui les déshonorerait tous.
CATÉCIllSllfi
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p. Je vois bien qii*il n*y a aucune apparence qne les apAtres et les autres disciples de lésus-Christ aient été trompés sur le fait de sa résurrection. Si tant de personnes ont cru voir pendant quarante Jours Jésus-Christ r<^ssuscHé, c'est qu'en effet elles l'ont ?u : et, comme tous Tavez fort bien observé , s'ils n'eussent vu, entendu et touché qu'un fan- Urne, cette longue illusion de tous leurs sens serait un renversement des lois de la nature,
Îîus étonnant que la résurrection même de ésus-Cbrist. Mais si les apôtres n^ont pu être
qu'ils ne roni pas èteT qui nous a au que ce qui est raconté dans les Evangiles de la résurrection de Jésus-Christ et de ses apparitions n'est pas une pure fable composée par les apôtres ? Je ne vois rien en tout cela qui répugne : 41 n'est point de fraude ni dlmposture dont les hommes ne soient capables.
R. Et moi je demande i mon tour : Qui noua a dit que tout ce que racontent les historiens touchant la conjuration qui se forma contre Jules César n'est pas une pure fable composée par ces historiens ? Vous souriez ; est-ce de ma réponse ou de votre objection 7 Car enfin il est démontré que la. résurrection de Jésus-Christ est mieux attestée, et par conséquent plus avérée que la conjuration cjui se forma contre Jules César. Il n'est point d'imposture qne les hommes ne soient capables de concevoir et de projeter, j'en conviens; mais je soutiens en même temps que les hommes ne tentent jamais l'ex-éculion des projets iniaues qu'ils ont formés lorsqu'il leur est évident que le succès ^en est impossible. Or , dans la supposition que Jésus*Christ n'était pas ressuscité , il était évident aux a|)6tres qu'il leur était impossible de Caire croire sa résurrection au monde.
Ne Eaut-il pas non seulement avoir renoncé à toute bonne fui, mais encore à tout bon sens, pour dire (qu'une petite troupe d^hommes grossiers , tiuudes, sans culture d'esprit, sans naissance et sans crédit, osèrent former le vaste et étonnant projet de renverser la reli-
i[ion de leur.pays, toutes les religions de toues les nations, pour faire adorer à tout l'univers un homme crucifié , après lui avoir persuadé que cet homme s'est ressuscité luimême; que ces hommes, tout certains qu'ils étaient que Jésus-Christ n'était pas ressuscité, formèrent cependant ce projet avec le pi us crand concert; qu'ils ne furent étonnés ni de la multitude des difficultés, ni de la grandeur des périls ; qu'ils poussèrent l'exécution de ce projetavecle même concert qu'ils l'avaient formé, et avec une constance que rien ne put jamais ébranler, quoiqu'ils eussentcontre eux es hommes qu'ils trompaient , Dieu qu'ils outrageaient , leur conscience qu'ils trahissaient: et qu*enfin ces hommes destitués de tout secours et réduit^ i eux-mêmes consommèrent cependant ce mémo projet que
teurs réunies ensemble et agissant d'un effort commun, n'auraient jamais pu faire réussir; tellement qu'ils laissèrent , en mourant , le monde chrétien , ou prêt à le devenir. Voilà cependant les paradoxes , ou plutôt les absurdités qu'il faut admettre, si Ton suppose que les apôtres trompèrent le monde cii lui annonçant la résurrection de Jésiis- Christ.
D. Tout ce que vous venez de dire est trèsfort , cependant j'ai encore de la peine i me rendre , parce au'enfin il résulte de tout ce que vous avez ait que la résurrection de Jésus-Christ n'estprouvééque par Je témoignage des apôtres; il me semble qu'il faudrait quelque chose de plus.
11. Vous êtes certainement trop difficile ; mais j'ai de quoi vous contenter. Considérez donc que ce ne août pas seulement les apêntrès, mais encore un très-grand nombre des autres disciples de Jésus-Christ qui ont attesté sa résurrection comme témoins oculaires ; que ces apôtres et ces disciples furent les hommes les plus saints que le monde ait vus; qu'aucun intérêt humain d'aucune es'^ pèce ne les poussa à publier la résurrection de Jésus-Christ; et qu enfin ils endurèrent les tourments et la mort plutôt que de rétracter le témoignage qu'ils avaient rendu à cette résurrection. Ainsi la résurrection de Jésus^ Christ est le mieux prouvé de tous les faits, soit que l'on considère ou le nombre ou la qualité des témoins , ou le désintéressement et la constance héroïque de leur témoignage.
D. Excusez mon importunité:maisje vou« draib que Dieu eût confirmé par des miracles le témoignaffe que les apôtres et les disciples rendirent à la résurrection de Jésus-Christ $ cette dernière preuve achèverait de me convaincre.
R. Puisque vous voulez des miracles , ils ne vous manqueront pas. Les jsipôlres et les disciples de Jésus-Christ en firent une inG« nité dans Jérusalem et dans le reste de la Judée , pour confirmer le témoignage qu'ils rendaient à la résurrection de Jésus-Chrisl. Ces miracles sont rapportés dans le livre des Actes des apôtres, et les Juilis n'osèrent jamais en contester la vérité. Les apôtres et les disciples de Jésus-Christ ne sont pas les seuls qui ont fait des -miracles : on en vit une infinité dans les premiers siècles de l'Eglise , où ils étaient plus nécessaires : et depuis on en a vu dans tous les temps; et ces miracles sont si authentiques et si bien prouvés que, pour en douter, il faut douter de tout.
D. J'avoue que je ne puis résister à la force de vos raisons ; il faut cependant que je vous propose encore une objection qui frappe mon^sprit dans ce moment. Puisque Jésus- Christ est ressuscité (car je n'en doute plus), et qu'il voulait qne sa résurrection flkt con*^ nue de tous les Juifs et du monde entier , pourquoi ne se montra«t-il pas après, sa résurrection à Jérusalem et dans tout le ricsle de la Judée , publiquement et en plein jour? Ce miracle eut infailliblement cunverli*tous les Juifs , et ensuite les Juib convertis auraient rux-mémcs '^onvcrti tout runivera.
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SUR LfciS FONDEyeNTS DE LA TOL
J*ayoue qoe cette objection embarrasse mon esprit ; je tous prie donc do la résoudre, afln <|tt*il n*y reste plus aucun nuage.
11. Votre objection présente d'abord Quelque cbose de spécieux ; mais quand on 1 examine de près, oiî en juge bien autrement qu'au premier coup d'oi^îl; car je dis à mon tour : Puisque Jésus-Christ voulait que sa résurrection Tût connue dans tout l'univers, poorquoi ne se montrâ-t-il pas dans tout runirers, partout où il y avait des hommes , et à chaque homme en particulier? Pourquoi «e répéta-t»il pas ces apparitions.de génération en génération ? Pourquoi vous et moi n'avous-nous pas vu Jésus-Christ? Est-ce que. les apôtres avaient plus de droit de le voir que nous ?
Dieu adonné au çenre humain des preuves 4e la résurrection de Jésus-Christ, capables de convaincre tout homme simple et de bonne foi. Puisqu'il voulait convertir tout le monde, ffi le devait, mais il ne devait rien de plus; car IHen ne doit rien à l'orgueilleus.e curiosité des hommes : d'ailleurs , les miracle3 que Dieu n'a cessé de (aire pendant les premiers siècles de l'Eglise, poyr établir et pour confirmer la foi de la résurrection de Jésus*Cbrisl , sont des preuves aussi parlantes et aussi palpables de celte résurreclion , que l'auraient élé les fréquentes apparitions de cet Homme-Dieu que vous setnblez exiffor.
Vous dites que si Jésus-ChristsefAt montré publiquement et en plein jour à Jérusalem et dans les autres villes de la Judée tous les Juifs se feraient convertis. Je' ne sais ce qui serait arrivé; mais je sais (rès-bien que si tous tes Juifs 8*étaient convertis , les «Klversâires dé la Religion chrétienne prétendraient aujourd'hui qu'il n*y eut jamais de Juifs ; que ce peuple est un peuple fabuleux , et leur histoire un roman; et que si tous les Juifs ne s'étaient pas convertis , ces mêmes hommes soutiendraient que si Jésus-Christ se ffit montré publiquement à Jérusalem et dans le reste de la Judée, après sa résurrection^ tous les Juifs se seraient infailliblement con- Tertis, et ils concluraient de là que Jésus- Christ ne se montra jamais après sa résurrection, ni à Jérusalem, ni ailleurs, et que cette prétendue résurrection n'est qu'un conte fait à plaisir. Soyons bien persuadés , TOUS et mol , que Dieu même n'aura jamais raison avec cette espèce d'hommes , parce qu'ils ont juré de ne jamais avouer qu'ils se sont trompés.