D. Quels sont les dogmes dttsypibolc des Athées
R. Dans une opinion fondamentale oik toat est absurde , il n est pas possible de détailler les mystérilRuses extravagances qu'eHe suppose, qu'elle renferme, ou qu'elle entraîné. En voici quelques-unes.. L'Athée dit : au.lieu de croire une Intelligence suprjime qui a produit Tunivers, qui le conserve et.le gouverne, je crois une matière étemelle et incréée, inrdiffférente par sa nature au repos et au mouvement, et qui, sans aucun premier moteur » s'imprime le mouvement à elle-même ;...^. une matière destituée d*intelligience,qui,.par le concours aveugle et fortuit de ses parties»
produit la terre, la mer, les deux, et tout co
(1) C'est presope la traduction de ce ps&ssge de saint Augustin : liemo Deum negat , nisi etd eatpeéii DeumnùHisse.
(2) In sensK itf tibi eopudm Dm. ficcl. 7.
(S) Si vous necrogezpas , dit on jour llsHvsim'Il nii de ces messieurs, ce n'eét pm au mokw fmu dspsL
tS HHLOSOfHItQfn':.
qai j est coutcno ; opcfc un chcfHi'œtivre de sagesse i fonfic un (ont , où l'on admire les 'prodiges de proportion, sans que rien s'y dé» mente, ni la production de la |erre, ni la rU cissitnde des saisons , ni le cours rég;lé dos astres ;..•• une machine immense, composée de plusieurs millions de roues, toutes différentes les unes des autres, qui se font mouvoir et se mcuTcnt l'une Vautre dans le plus; paiîàit accord, avec la plus exacte régularité, qui produisent à point nommé et sans confusion les effets qui leur sont propres , sans que cependant aucun ouvrier y ait mis la main:.... je reconnais les moyens les mieux choisis, mais sans but, sans aucune vue ; les desseins les plus sages, ef nulle raison qui se les soit proposés ; Tordre le plus parfait, les pins g^randes beautés, les combinaisons les plus fines et les plus ingénieuses, produites par un hasard aveugle ; un mou- Yement parbitemeht régulier, sans aucun nolenr;.... un hasard qui forme le corps humain» tellement qu'il n*eût pu être formé avec plus d'art et plus de dessein ; des yeux qui ne sont pas faits pour voir, des oreilles
3ul ne sont pas faites pour entendre , mais ont on s^esl avisé de se servir parce qu'on les a trouvés dans sa tête (1) , etc. On ne fi« Dirait pas s'il fallait suivre le détail de tous les mystères de l'incrédulité. Bayle, qui a si souvent employé son génie à la défense des mauvaises causes, démontre que TAthéisme le mieux raisonné n'est c|n'un tissu d'extravaganees et de contradictions ridicules (V. le IHet. hiêi. ei crii. art. Spinoià). Voltaire a porté le même jugement du Système de la na-' Itire. Bergier n'a pu en réduire toutes les contramctions en deux grands chapitres de V^xofMm du matérialisme.
Article H. La Molière éternelle.
S I.— ^. D. Dans l'énumération que vous xenei de faire, il y a bien des choses qui sont moins des mystères que des délires; piais ne pourrait-on pas regarder la création comme un mystère égal à celui d'une matière étemelle? >
B. Lorsque je reconnais un Etrç tout*puis- Mut, la création n'est plus un mystère. Un Être (out^puissant , qui ne pourrait créer, serait un très-grand mystère ou plulêt une trèsHtrande absurdité. C'est aux Athées à démontrer qu'un Etre tout^^uissant renferme contradiction. ^^
as. 1>. Les anciens philosophes n'ppt-rfs pas tous regardé la création conune inipo3r sible?
R. V L'eostent-ils tous regardée comn^ie
tl) iMRàM m fiteiûM ocuUrvm clora ereala^ pmfUmê «t pOÊtbmu; ei ni proferre vùn pr0€er€Êpa9Miu.ideofaaiigiawiûê ,, ^ SÊffarmntÊcdlgkwntfe^tMfuttdalapUcari;
mrulAa Iran vmo valUtU exalta iaeertu eue^ wmmqiiê datas vtraque ex part» nMttrm, vt faufe ai ttoR poetmm; 9^ fàret urne. càdoM de nenere hoc iiOer quœemnqiiù preUmlwr , iJnnmaiKrnermprmpoÊeerumUratume.
MtêdeamMaeUmHfiUroeQnore.tam IxmftRKi; eediiHod nmum ettM procréât iwim.
( LHcref . de Avrf . rèrmn.)t
telle, ee n'est point par U qu'ils auraient 4é^ montré qu'il y avait contradiction dans ces paroles : Un atome qui n'a pas été, est. La création était pour bien des philosophes païens une de ces choses qu'on n affirmait et qu*on ne niait pas, parce qu'on n'en examinait ni la nature ni la possibilité; de même qu'on ne parlait pas du- mouvement de ki terre et du repos du soleil. L'axiome Ex nihil^^nihil fit. vrai dans tonte son étendue A l'égard des ouvrages humains, avait gagné lesesprits comme les yeux;on n'allait pasau-delà.La révélation, perfeclionnant les idées que la raison avait ébauchées, découvrit, par des lumières plus sûres et plus fortes, la liaison intime que la création avait avec la nature de Dieu, et nous apprit qu'une matière existante par ellemêine, étemelle, indépendante, était absurde (f). Ces notions sont restées jnsou'ici à couvert de toutes les attaques des Athées. Si le dogme de la création, tel que nous le croyons, avait élé proposé aux philosophes du Paganisme, ils I auraient assurément pré* léré aux hypothèses absurdes qu'ils ont ima«* ginées.
2* Les plus sages des anciens philosophe/^ et les plus conséquents dans l'idée qu'ils s'étaient faite de la Divinité, ont absolument nié l'éternité de la matière, et reconnu ua Dieu créateur de toutes choses, tel que nous le reconnaissons aujourd'hui. Pythagore, Platon, Thaïes, Philolaûs, JamMicu^, etc.» ont été de ce nombre. Proclos [Institut. tkeoL cap, 72) dit que la matière, qui est le sujet de toutes choses, est elle-même produite par /'aufeur de toutes cA«ief : il attribue le mêmesentiment à Platon, qui s'en explique lui-même fort clairement; et, dans son commentaire sur Timée, Proclus appelle Dieu VAuteur ineffable de la matière. Hicroclès, Platonicien célèbre, reproche à quelques Philosophes de n'avoir pas cru Dieu assez puissant pour créer le monde, sans que la matière incréée, et par conséquent indépendante de lui , ait concouru A cette production ; il observe que « le bon ordre se trouve assez dans un être, a lorsqu'il existe naturellement par lui* « même, et que par conséquent c'eût été « en Dieu une application superflue d'avoit « vonlu avancer ce qu'il n'avait pas fait......
a iie serait-ce pas contre la nature, dit-il, de « vouloir ajouter à un être incréé et subsis- « tant par lui-même? » Ce raisonnement judicieux mérite d'avoir place parmi ce qu'on a dit de mieux contre l'éternité de la matière (»). '
(I) Fide inleUiffîmus aptaia estetœcula verho IM, uè êx inûnbUibut riabith fièrent, Heb. H • , ,.
/«) Bayle , malgré son scepticUme ei Ipncoiisis. taneegéiiéralcdc ses idées , Insiste fprleoijjit suris vérùé-démonslralive de cet argumeni d Hiéroclès. Pour nùèuz copiialire rimporiance de » doctrine de la créalion, il faoi jeicr la vue sur les ejiiibarras Inexplicables où s'engagent ce«ix iiul la nient.. ..• Il a falla qu^ils reconniissent rexistence indépen-
daattt de la matière , et que r epeiMiant ils la sou* missent à rauloritë d'une substance pLîine djnl* perfections. Ce qui rcjiverse une noilort trtoj éTidcntc , savoir , que ce qui tic wf^ttu ee qaoi
rV^. D. BsMl biett^ évideat que Vidée de Ùea bien conçue s'eppoae 4 réteroité de la, matière T ^
R. Si la matière est éternelle , elle existe donc par elle-même , elle est donc indépen- ^ dan te de Dieu; Dieu ne pourrait non plus Tanéantir qu*il n'a pu la créer. Un grain de sable suffirait donc pour faire échouer la toute-puissance de Dieu ; et Texistence de la matière et de toutes les parties de la matière serait donc aussi nécessaire que Texistence de Dieu même... Qu'est-^ce que Dieu ? Si nous réunissons tout ce que la raison la plus pure» la philosonhie la plus éclairée « la révélation la plus suolime nous en apprennent , nous trouTerons que tout ce qu'on peut concevoir et dire de ses grandeurs , s'exprime par ce seul mot : VInfini. Dieu est l'Etre infini , nécessairement mOni 9 infini dans toutes ses perfections. Il n'y a certainement ni Phijoso-
8he , ni Déiste , qui refuse d'admettre cette lée que nous donnons de Dieu* Or si Dieu est infini , son existence , sa manière d'étre« ses lumièrest sa volonté, sa puissance, doivent être également infinies. Si sa puissance est lifinie » elle peut donc donner Vétre , créer , faire que ce qui n'existait pas existe; c'est là la plus ffrande preuve que cette puissance est véritaldement infinie. S'il est infini» il doit avoir une autorité absolue sur tout ce qui existe, en sorte que rien n'existe et ne puisse existei' que par sa volonté. Nier que Dieu^, puisse onèer, c'est nier que sa puissance soit tnflnie; et hier que sa puissance soit infinie, c'est nier son existence. Un Dieu infini » un Dieu créateur, voilà la plus sublime idée que nous puissions nous faire de l'Etre suprême, voilà ce que notre raison peut en concevoir de plus grand. Et quelle diSérence d'un Dieu
S ni ne serait que l'ordonnateur d'une maère préexistante , et d'un Dieu créateur 3ui commande à la matière d'exister I L'idée 'une matière éternelle ne peut donc pas s*accordcr avec l'idée que nous avens de Dieu (1).
c que tè loil , pour exister. éieroeliemeiii , «loti éu^ 1 liilbil en perfections. Car qu'est-ce qui sursit mis f des bornes k Is pui3s.ince ei aux uitribuls d'un tei < être ? I Dki, ait, srt. Epicure.
(1) L^éteniitê de la matière n^est incompatible arec rexistence de Dieu, c{U*en consldémnt la matière eomme existant néeeu&trement , et autrement qqe par le fait de la çré:ition dttlne. Nais en n*en saarsH dire «niant de réternité de la matière , eonsidérée«ooiiiie preduitde la libre action divîiie. U est clair en effet que Dieu possédant ab œleruo , tous les attributs qui composent son essence , a pu exercer aussi de toute -éternité , le souverain pouvoir qui est un de ces altribnis. Il a donc pu créer aè œierno, qnoif|ue très- 'librcmenl ; supposer le contraire c^est aoineitre qu*il n*a pu créer uvmu «ne cehahe époqmt , ce qui est destmciifdesa toute pnissMies ei.de sa nature, il n^cst doue pas prouvé qu'il n'ait pas créé la matière de toute éternité ; oi il n'est pas impossible que Texpression fit priHâpio crtavU ikm eœlum tt l€r^aè^ , D^exprime précisément cette action éternelle. Cette possibilité a été reconnue par Salnt-Tbomas (S»in»i. 1-1, ifuœêi. 46). Et if n'y a pas lieu d^objecter que ' la matière étemelle participerait, par le fait de cette étsmllé à la nature et è tous les aUributi de rètre
JU. — S5. D. Malgré la démonstration que ée de Dieu forme contre réternité de L*) matière , la création n*est-elle pas toi\jour> • une chose iacompréhensible ?
R. Ne pas concevoir comment une chose a pu se laire, ce n'est pas îine raison suffisante pour la rejeter. U faudrait pour cela prouver qu'elle répugne et qu'elle renferme quelque contradiction. Or nous dèGons tous les philosophes de prouver que l'idée de création répugne et qiu'eUe renferme quelque contra-* diction. Nous les défions de faire voir qu'il est impossible que Dieu soit créateur (i). Ceux qui admettent l'idée de Dieu , et rejettent la çréationy parce qu'ils ne peuvent pas concevoir ce que c'est que sortir du néant et com* mencer d'exister , n'aperçoivent pas l'incohérence de leurs principes : car conçoivenMls mieux mille autres choses qull^ ne peuvent pas s'empêcher d'admettre? conçoivent-ils mieux » comme on le leur a déjà dit , ce que c'eit qu^une matière éternellement existante et éternellement inerte » qui attend pendant une éternité que Dieu lui donne Tactivité? conçoivent-ils mieux ce que c'est que cette fécondité si admirable , si constante, si uniforme /donnée à la matière par les germes ; ffermes sans lesquels cette matière eût été éternellement incapable de rien produire 7 La formation et la fécondité de ces germes qui renaissent toujours de leur propre sein , qui donnent cette variété presque infinie d^élros et de productions » est-elle plus facile à concevoir que la création ?
AaTiCLB III. Eternité du mauvemaïU.
5MI.D. En accordant aux Athées une matière^ éternelle , leur système serait-il fort avancé dans ses preuves ?
R. Il ne porterait encore sur rien. A cette matière il faut du mouvement ; et les Athées ne connaissent aucime cause qui puisse le donner,
97. D. Pourquoi la matière ne serait-elts pas en mouvement de toute éternité?
R. L'inertie de la matière est une chose qui
divin ; car il n^en serait ainsi que si elle était un èirc nicnsmre; et rien de semblable ne résulte d^uno supposition qui en fait un être conHngeni , et la libre produit de la volonié de Tèire véritableBieot nécessaire. (L. Du)
(i) David Httine fait voir que la masime Rien ne $ê [aU de rien ne peut pas être démontrée ; il pense que la production des idées est une vraie création. La notion du pouvoir créateur est familière à tous les peuples ; tous ont nitribué à leurs dieux, aux esprits, aux fées , aux roaciciens, le pouvoir de produire des êtres pitr une seule parole, par un coup de bagucitf , par un simple acte de volonté. Bayle a très-bien dé-! montré que la création est de tontes les hypoilièses' celle qui renfenne le moins de difHcultés; qu'il Ainl nécessairement la supposer pour conoevoîr la pr<»videtice; que les Soeinicns et les Alliées, eu retusaot de Tadmcltre, tombent dans dlmpies sbsurdiiés cent fois plus Inconcevables que la créaiion même : il souiieot que la produciion d*unc qualité distincte de son sujet ne oilTèie point d*une vraie création. NûH». dé U fép. dm leUrei, Décembre 1685.— Dîcl. erik art. AiNUMfeniâ , Epkmrê , Owidê » léHùvfm^ fies , etc.
a été reconiitte par les ^lut grande plnloso^ pbes aadeM et nnoderiies. Parmi les anciens, personne ii*en a mieux raisonné que Platon, cl n^eii a tiré des eonséqueiiees pins jnstes el plus raisonhafbles. Pour ce c^oi est des mo^* dernes, on observe que, parmi le grand nombre des Philosophes de Iq plus hante répnla-^ lion qui ont paru dans ces derniers siècles , il A*en est pas un qui ne suppose, oomtaie un principe, tlhertie delà matière et son incapacité intrinsèque de se donner le mourement. Copernic, Kej^Ier, Descartes, Gassendi, Néwlon, Mltllehranche, Euler, tous en con?ienncnt unanimement; et si à raotorité de ces grands noms on joint encore le raisonnement, il n'y aura filus mojen de se refuser à Féridence du principe.
9B. D. Démocrite nVt-il pas enseigné que le mouvement de la matière était étemel?
R. Il est Tirai que IléoifocrHe, le maître d'fipicure, n'a pas pensé comme Platon et comme les autres philosophes (1): il suppose la matière en ffionrement ; mais il est vrai aussi que Démocrite imagine et ne raisonne pas , et qu'il ne peut rien répondre anx diffi-^ cultes véritablement insolubles qu'on lui hit contre le mouvement intrinsèque de la matière.
39. D. Comment prouveir-vous Tinertie de la faiatière et son incapacité absolue de se donner du mouvement.
R. Par une combinaison de réflexions simples, exposées avec beaucoup de clarté et de précfsion par un des plus fameux philosophes modernes : « Je vois la matière tantôt en « mouvement , tantôt en tepos ; d'où j'infère c que le repos ni le mouvement ne lui sont
• pas essentiels. Mais le mouvement étant une « action , il est donc Vetki d'une cause , dont < l'absence est le repos ? Quand rien n'agit sui^ « la matière , elle ne se meut point ; et , par c cela Éiéme qu'elle est indifférente au repos « el au mouvement, son état naturel est d'eire « en repos b (/• /. Rousseau , Emile, I. 3, p. M, édit. 1702). Après avoir distingué le mouvement passif et communiqué, d'avec le mouvement Volontaife et desjpontanéilé, il dit ces paroles remarouables : « Concevoir la matière « productrice ou mouvement, c'est clairement « concevoir un effet sans cause; c'est ne coi^ « cevoir absolument rien » {Ibid., p. 49). Et il ajoute : « N'est-tl pas clair que À le mouve^ m ment était essentiel à la matière, il en serait « inséparable , H j serait toujours en même
• degre, toujours le même dans chaque por- « lion de matière ; il serait incommunicaole , «il ne pourrait augmenter ni diminuer, et ■ Ton ne pourrait pas même concevoir la ma- » tière en repos ?»
« Qnan^ on me dit que le mouvement n'est « pas essentiel à la matière, mais nécessaire, « on iFont me donner le change par des mots « quf seraient plus aisés à réftiter s*ils avaient
• un peu plus de sens. Car ou !e mouvement > de m matière lui vient d'dle-:méme, et alors
(!) 2 Ha mentit detiria nemo prmier unum Leucippum tomniatil , a guo Demççrituê emdUus hmreditalem stnl- Utiœ reiiquU Ejncwo. Ucl. Insiit. 1. 5^ c. 17.
PHfLOSOraïQUk. Il
« a lui est essentiel ; o)i , sll lui vient d^uM «cause étrangère, il n'e^t nécessaire a là « matière qu'autant que la cause motricq agit
< sur elle : nous rentrons date la premw&é « difficulté.
« Les idées aénérales et abstraites sont là « source des plus j^andes erreurs des hom-
< mes ; jamais le jargon de la métaphysique « n'a fait découvrir une vérité, et il a rempU « la phUosophie d'absurdités dont on a faonte^ « sitôt qu'on les dépouille de leurs grands c mois. Dites-moi, mon ami, si quand on vous «parle d'une force aveugle, répandue dans « toute la nalure , on porte quelque vérilabln « idée dans votre esprit? On croit dire quelque « chose par ces mots vagues, de force untver-» « selle, de mouvement nécessaire, e( l'on ne dit « rien du tout.
« L'idée du mouvement, n'est autre chose « que l'idée du transport d'un lieu â un autre; « il n'y a point de mouvement sans quelque « direction ; car un être individuel ne saurait « se mou?oir à la fois dans tous les sens. Dans « quel sens donc la maltère se mcut-eile né* « ce^sairement.
« Toute la matière en corps a^t^^lle un mou- « vement uniforme , où chaque atome a<*l-il « son mouvement propre 7 Selon la première « idée, l'univers entier doit former une masse « solide et indivisible; selon la seconde, il ne « doit former ^u'un fluide épars et incohérent» « sans qu'il soit jamais possible que deux ato> « mes se réunissent.
« Sur quelle direction se fer^ ce mouvement « commun de toute la matière ? Sera-ce en ligne « droite, en haut, en bas, à droite ou à gaucne ? « Si chaque molécule de matière a sa direction « particulière, quelles seront les causes de toiv « tes ces directions et de toutes ces difiérénces t « Si chaque atome ou molécnle de matière no « faisait que tourner sur son propre centre • « jamais rien ne sortirait de sa place , et i| « n'y aurait point de mouvement communi- « que; encore même faudrait-il que ce mouic vement circulaire fût déterminé dans quelque « sens. Donner à la matière le mouvement par « abstraction, c'est dire des mots qui ne signi- « fient rien ; et lui donner un mouvemenidér- « terminé , c'est supposer une cause qui te « détermine » {/fttd.» p. Si).
90. D. Puisque la matière possède des qualités qui nous sont inconnues, n'est-il pas ter méraire de lui refuser le mouvement, et peuton être trop réservé à prononcer sur des choses dont on ignore la nature ?
R. Il n'y a point de témérité A refuser i la matière une qualité qui renferme contradic^ tion , comme nous venons de le démontrer. — Il faut être réservé, on en tonvknt; maie il faut également être ferme et conséquent. Nous ne connaissons la matière que par ses
aualités sensibles; c'est-à-dire, par son éteu« ne, sa divisibilité « son inertie, par les im^ pressions qu'elle fait sur nos sens \ nOus savons qu'elle a été créée pour nos usages cl pour notre service. Ces connaissances noua suffisent; et, bien loin de nous conduire A l'idée du mouvement essentiel , elles s'aoeevs dent parfaitement avec les preuves qui nous
tkTÉUBISIK
KrsàaStélit que ce imouvemenl 4M aibnirde. I peal ajouter qu*il est déaientl par le fait , )>ar Veut visible du monde, par t'aspeel de toutes les productions de la nature. « Sonnez c (dit un homme qui a excellemment discuté ir'cé^ii^et)', donnez i la matière le pouvoir « de violer soti repos» Tordre de Tunivers est « fbntèrsé. Ce rocher Immobile entrera toot-tR A-coup en action et se promènera librement t dans nos plaines* puisqu'il en a la force. Ce « ireiiipaH qui défend nos palais se lassera « de la tilace i\tC\i occupe depuis tant de siè^* « des. Ce trésor qu'une main avare enfouit ff quittera sa prison. Ce bâton qui m'échappe ^ ^e redressera de lui-même pour venir dans « ma ihain. Donnez à la matière le pouvoir « de varier les effets , tandis que les mêmes « causes subsistent : ce fleuve n'obéira plus Vr A ia pente da lit que vous avez creuse ; la « pierre qui tombe retardera sa chute; l'astre %t qui parcourt ses révoluddns suivra l'ordre -^ des lignes A son gré <ou s'en écartera , et « l'astronome incertain sur sa course va-
« ffabonde Qxera vainement sa période
« Cette force que voas ne pouvez donner A > la matière brute, essayez de l'attribuer A ce ff corps qui végète : le palmier s^lèvera sur « le germe du théne,1e feuillage du peuplier N couvrira le fruit de l'oranger, et toutes iios «t moissons trompéronft le laboureur A l'aspect « d'un fruit dont il n'avait poiat jeté la sek menée. Donner A la matière on la force de « quitter son repos par elle-même , ou celte «ue se refuser A la loi qvA la captive , le'est « donc renverser l'ordre de la tiàture entière : « cette matière est donc essentiellement morte « dans son repos , essentiellement passive , « Inerte, esclave dans l'action » (l4^tiresMlt.f
La question deia spifitwMië de Fâme (1) nous ramènera encore à «es torenves, et donnera lieu A une plus ample dtscnssion (1).
AnncLB IV. Le$ Atim^êê*
|I.— 31.D. Quand on accorderait A la matière un mouvement indépendant de Dleu^ en ponrrait-on conclure la formation de l'univers T
R. Il faudrait encore montrer comment un mouvement fortuit a pii produire tant d*ordre y de beauté , d'utilité dans les diBércnts
(1 ) Infra , L. 2 , ch. 1 , n. 133.
(i) L'auleur ne fait pas remarquer , ou do moins hinsiite pas asses sur rinvariabililé d'on mouvement qui serait nécessaire. Un mouf ement nécessaire imprimerait à tous les atomes une même direi*lion et une même vitesse; tandis que la coinposiiion de Tunivers eiigeait dans ces atomes, par le eon- «cours desquels il s'est formé , une inAnilé de mouvements dilTérenYs. Bien plus ,11 n'est pas on atome de la matière qui ne soit sollicité dans des directions disparates» et souvent diamétralement opoosées. Car raIffnUé» tnoléculaire qui donne la coliésioD aux corpst etla poHinteur« qui sollicite leurs atomes à descendre ^ agissent le plus souvent selon dos directions aussi contraires que possible. Il faudrait donc admettre une inSniié de mouvements nécessaires !
Atrea f«i ^Mmpoaeot Ttinivers , dans Its rapports et le résultat de toutes ses parties. Dans le monde il n'y a pas seulement du moavement ; il y a des beautés inimitables, les -combinaisons les plus heureuses, une marche régulière , constante , inviariable. Il fout ^autre: ch0se qu'un mouvement aveugle
Kr; produire et assurer tout cel4^ Non seuent un tel mouvement ne produit rien , mats il empêche nécessairement toute production.
32. D. Ne ponton pas étaUirla ptiissancecràatrioe des atomesi par le moyen des chances, de l'analyse -des sorts, des compensations par des compensations ; des tentatives de millions de mîllards de millions de fois réitérées, etc.? On dit que deux Académiciens ont merveiUeusement réussi dans cette manière de prouver (!}.
• K. L'on ne peut croire que ces i^ens aient écrit sérieusement de pareilles puérilités* Leurraisonnement, qui, a beaucoup d'égards, n'est ou'un jargon inintelligible, peut se réduire A ceci : Le beau poème de l'Enéide peut être l'effet d'une infinité d'infinités de jets de caractères d'imprimerie; donc le monde peut étro aussi T^ffet dn concours fortuit des atomes agités de toute éternité. Grâce aux lumières de la Philosophie , il ne sera plus difficile de deviner les auteui*s de quelques beaux ouvraffes de littérature^ d'architecture, de sculpture , que rantiquité nous a transmis. L'on ne disputera Alus«i les deux Bucéphale du mont Qnirinai sont effectivement de Phidias et4lePr$i^ilèIe ; cette discussion pourrait être embarrassante : il sera Sus simple de dire que la matière de toute ernité s'est fait jeter par qui l'a bien voulu dans une infinité de moules, et au'enfin contente d'être devenue Bucéphale elle s'en est tenue là.
33. D. La combinaison de lettres telle qu'elle est dans l'Knéide est absolument possible { pourquoi donc ne résulterait-elle pas d'un mouvement fortuit dans une infi«* nité d*éprenves 7
R. 1* 11 est bon de se souvenir toujours que la matière n'est point éternelle , que le mouvement n'est ni éternel, ni naturel i la matière ; qu'ainsi les deux Académiciens argumentent sur. des suppositions que nous avons démontrées fausses. .
2* Pour la formation de l'Enéide , il faut d'abord un langage, et ce n'est point une petite affailre, moins encore une affaire de hasard. J. J. Rousseau observe qu'il est impossible de concevoir que les hommes aient Ïm s'en faire un d'eux-mêmes (2). Ensuite il àut de l'écriture , il faut des lettres , qui sont le cheM'œnvre des inventions humaines. Les sauvages et les nègres regardent' l'écriture comme un sortilège: L*art de faire par^ 1er le papier, disent-ils , ne peut être qu'un art magique. Il faut des caractères typographiques préexistants, ^ur lesquels aient été
(f ) l'rémontva! : Vues ph., tom. 2. p. 529. Didier; Peif9ée$phiL^n.i\.
(2} Disconn». sur rinégniité des hommes.
raiLOSOPWOUE.
fcrmfes des încisiofis eu 4êB empitmles |iropres i produire TEnéide plâlAt que l'illiaàe * ou quelque poème arabe, ou quelque poème chinois. Or clés caractères ain^i fondus, aiasi l^rar^ ne sopposent^ls pas une inteiligenee qui aie présidé à leur formaHùn; qui , en les formant, ad en quelque fih en Vue, ei telle Bn plutôt qu'une aptre? Il faut enfin que ces caractères tvpographlqtie^ se trourent rasremblés et reunis en ùh même lieu ; que dans ce lieu existe une main qui a une action , et q[ul, en jfssemblant au hasard ces caractères Ijpopaphîques , a pourtant en vue de les assembler, et de les assembler selon leurs faces convenables ; que dans ce lieu il y ait , sinon des. casses, des presses et une encre d'imprimeHe,^n sol nie et une suite continue de points d^appui , destinés à soutenir ces caractères , avant et après leur fortuit assemblage, etc. Il est donc évident que la vaine Spéeulatioh des deu3C philosophes consiste à renverser absunfement Tordre des choses , à supposer d€^ lois de cha'ûccs âuine sont et tnii ftc peuvent être qu'une indépendance de Tordre actuel de la nature, avant Texistence de cet ordre.
3* Cotte supposition de tentatives réitérées de toute éternité renfermé Ulie contradlctio^a évidente ; savoir, un nombre infini 4ui ne |>eut être aùsmcnté ni diminué d*ttne unité; car rinfini demeure toinours infini , et il, ne peut ai croître ni décrourb : ôr, dans le cas présent, les atomes pouvaient faire sans doute Quelques tentatives de plus ^u de moins. Voila doue un infini qui n*est pas tnfinl.
V Eh Jetant durant toute rétemité autant de caractères d'imprimeiie.qll*ii en faudrait pour former TEnéide il y aurait des inillions et des mllliards'.de jets qui ne présenteraient ique chaos et confusion , et où Ton verrait à peine quelques syllabes formées , quelques mots estropiés et sans suite. De même en donnatit le concours des atomes pour la t:ause efficiente du' monde i 11 y aurait des millloos et des milliards de combinaisons qui ne présenteroient que l^haos, désordre et confusion ; et Ton veirait tout au plus des nez sans visages , des yeux sans têtes , des êtres moitié animaux, moitié bois ou pierre, des pièces éparpillées dans cet univers , sans qu*elles eussent un ordre et formassent un tout.
5* En accordant que les atomes « à force de tentatives , ont produit le monde , pourquoi se sont-ils arrêtés là? pourquoi n'ontils pas passé à la formation d'un autre monde, et réprouvé celui-ci comme les précédents ?
»urquoi les atomes n'ont pas bord une position aussi naturelle et aussi es* senticlle a la matière ; iT c'est détruire la supjâibsition épicurienne par le fondement : là oû I) y a des règles , des nécessités i U n'y a point de concours fortuit.
(T. Quoiqu'il n*y ait point de démonstration sconactrique . ni métaphysique que à'Saéiae ne peut résulter d*an mouicmcnt
fortuit I aucun homn^e «sensé oc se persuadera jamais que cela soit arrivé, ni que cela
f misse arriver même dans une éternité. SI 'on disait à un Athée que ,des pierres jetées sans dessein forment un édifice admirable , que les peintures les plus parfaites n'ont pa^' eu bessOin d un maître qui leur donnât tâiit de grâce, d6 majesté, de tendresse • de mou* vement et d'action ; que, dans les plus beaux tableaux , les attitudes les plus variées , les airs passionnés , la distribution de la lumière, la plus belle perspective, ne sontquô l'ouvrage de quelques couleurs jetées au hasard ; que les cordes de l'inslrutneiit le plus harmonieux se sont rangées d'elles-mêmes ; que dès secousses fortuites jpt*oduisent le plus charmant concert, etc. delui d qui on avancerait de tels paradoxes , les regarderait comme des propositions d'un hommô sans raison^ quoioue les combinaisons qui forment ces chefs-d œuvre soient métapbvsi<^ quement possible dans un mouvement fortuit. Or ces propositions soAt précisément celles des Epicuriens; ear, en accordant toutes les suppositions de nos dent Académiciens , il est toujours aussi peu apparent que |e paonde résultera de cent millions de milliards de siecousses d*atomes, qb'il est apparent qu'une poussière constamment agi* tee dans un tonneau produira des arbfes, des animaux , iè% tableaux , etc. C'est la pensée et la juste comparaisoti d*un homme (1) ^ui n'a clé que trop favorable à tous les délires philosophiques.
7*FûHlvrai qu*un beau poème, qu'une' belle peinture sont Teffei du hasard , il n'en pOliri'ait lêtre de même de la formation du mofide. Un livre n'est qu'un composé de lettres t un tableau un composé de couleurs; mais le monde renfel'medcs êtres qui pensent, él la p<msée n'e^t point un composé d*a* tomes. « Des combinaisons , des chances , » )ae donneront jamais <}ue des produits » éb même nature. Cn chimiste combinant » des mixtes , ne les fera pas sentir et penser » dans son creuset » {Emile, tom. 3, p. 50 )• § il.— 34. D.Ne yoyon^-nous pas la nature
Produire, par un mouvement aveugle, des gures admirables par leur régulante , des caractères bien formés , des représentations d*hommes , d'animaux , de plantes , etc. ?
R, 1* Quand ces figures sont vraiment Teffet du hasard , elles ne sont jamais sans quelques défauts et ne représentent que trèsimparfaitement quelques êtres réels : c'est la remarqucd'un homme qui s'est fort appliqué à la recherche et à l'explication des pierres marquées par diftérentcs empreintes (2).
ST La plupart des figures que l'on appelle des jeux de la naturr , sont le produit de quelque moule qui a imprimé ses traits sur
(i; Penf;êc8 de M. de Voli., p., 9. éAW. 1765.
[W Eit et aliud hujuê r«î non ietê ar^mmiimt , forlutto el eoiUttU fuxu constUhta- eue nmilià vHa* main; iptbJ wx n(la ex ésqumanhmiliêfiûHram mmh tiuntur , forma verfecta tii ûa umfer wquid ad m-' Ugram fiquram eonMnendam reqmêtium , Oêetet comperiaiur^ JUrcher. sloiid. sabt., i. tart., p. 87, tilit 16Ô4, Aiusicl . '• >
CiilÉCIUSMC
uoe matière d*aboril molle, et durcie en^ suite par Vétraporation de Teau ou le refroidissement (1).
3* Ceux <t^i ont appelé cette observaiion au secours des Epicuristes n^ont pas songé, à mettre une différence 1* entre un moment (le régularité et la marche de tous les siècles; 2" entre un Individu régulier et toutes les espèces d*étres , Tordre , la constitution , la H^onservation de Tunivers ; 3° entre la SUpcrBcie d*une chose, ou la représentation de ses dehors, et sa nature, sa disposition intéfieure, le mélange merveilleuic des matières t|ui la composent; entre un masque et une tète humaine. Des moules n*impriraent et ne façonnent que par dehors, au lieu que les organes sont Un entrelacs de pièces innombrables, où les moules ne peuvent trouver accès pour Caire Tempreinte, ni retraite après Tavoir donnée..... Le hasard imite quelquefois Fart. On voit dans des groupes de lienes fortuites des ressemblances avec des plans de villes^ avec des maisons, etc. ; inférera-t-on que le hasard a bâti les villes ?
<►* [Ce qu^on appelle jeux de la nature, effets du hasard, sont des effets très-réguliers, produits selon les lois ordinaires de la nature; mais dans Tapplication de ces lois qui peut donner des résultats très-variés, comme sont les circontances dans lesquelles elles opèrent, il doit arriver quelquefois que leurs produits aient une grossière ressemblance avec des objt^ts façonnés dans d*autres con* ditions.]
3S. D. Que faut-U penser des mystères quo quelques phvsiciens ont trouvés dans la configuration régulière de la neige, du givre et de la ff lace?
R. [11 n'ya aucun mystère dans les figures que forment les corps dont il s*agit. Ces figures sont le résultat du phénomène général cl des lois de la cristallisation, qui se produit toutes les fois qu*une matière solide ou gazeuse se solidifie, ou autrement quand des molécules atomiaues d'abord désunies viennent à s^agréger lentement par la supression du principe qui les tenait séparées. Le givre ' n*est autre cnose que des molécules de vapeur chaudes (|ui viennent se condenser au contact des vitres refroidies par l'air extérieur. Les aisuilles de glace qui se forment à la surface de Teau, les étoiles hexagones de la nei^e, lorsqu'elle tombe finement, ont un principe analogue ; c'est toujours la cris* tallisalion ou la juxtaposition lente des molécules uni se solidifient. Or la cristallisation est un phénomène parfaitement régulier, une véritable loi de la nature, qui ne peut servir de base à une objection en faveur du bazard. ]
oG» D. L'irrégularité âu^on remarque dans les grands ouvrages de la nature, dans la distribution des éloues placées dans le cid sans symétrie et sans ordre, dans la détermina* tion des limites du continent ' et des mers»
<1) Yoy^s ibid. modut êecmiéus , p. 3^ ; mcmt$ terliuê , p. 59 ; modui qnwrtut , p. 41 , Ole
n'est-elle pas propre â faire soupçonner l'opération du bazard?
R. 1* Pour raisonner sur la disposition des étoiles, il faudrait connaître leur rapport général, et mémele rapport dechacune en particulier avec les autres parties de la grande machine du monde. Or c'est ce quaucun homme sensé ne se flattera de connaître. S* Ces irrégularités même marquent les vues d*une cause intelligente. Si toutes les étoiles étaient distribuées sur un même dessin, si elles n'élaient dispersées en mille figures différentes. On ne pourrait les classer ; elles ne serviraient plus à déterminer le cours du soleil et des planètes ; l'Astronomie et la Géographie seraient anéanties, etc. —La manière variée dont la mer embrasse et partage le continent , est l'âme de la navigation , la richesse des nations , un des liens de la so-
ar la mer, est généralemeôl florissante, etc.
.'arrangement symétrique, qui peut faire le
mérite des petites choses, affaiblit souvent je
Srix des grandes, déroge à la magnificence e 1 exécution, et contredit les intentions de rArchitecte (1). — Nous renvoyons pour ces sortes d'objections à l'article des causes finales {Infra, art. VIII, n. 67).
§ m. — 37. D. Si le hasard av^ait effectivement produit le monde, que faudrait-il penser d'un principe si admirable et si puissant?
R. L'auteur des Lettrée juives prétend que les Athées, en reconnaissant le nasard pour le créateur et le conservateur du monde, ne peuvent se dispenser de lut rendre un culte; et, quoique cette assertion. puisse paraître
glus plaisante que solide, elle sert admirablement à faire sentir Tabsurdilé du système des atomes. « Si je croirais le système d'Epi- » cure, dit-il, chaque jour, en examinant le » cours du soleil, en le voyant .paraître sur » notre horizon et s^acheminer i grands pas » vers les antipodes, je m'écrierais : Je te sa- ^ lue, ô hasard étemel, dérangement tticom* » préhemible, confusion admirable, qui main" » tiens V ordre et l arrangement I souffre que je » te rende les hommages que d'autres mortels » aveugles rendent à un Dieu tout bon, tout » puissant et tout sage,!»
AnncuB Y. Fécondité de la meUière.
§ I.— 38. D. AulicuHle recourir A la collision des atomes pour produire un monde, n'est-il pas plus simple d'attrûiuer la fécondité i la matière, et d'en faire la mère de toutes choses!
II. Je ne sais si cela serait beaucoup plus simple; mais je sais que cela ne serait pas
(!) Il y a qael<ine cliose do mieux à dire fie umt cela. (Test aue si les disposlliuiis dont il s^aga avaient une véritable régulariié géoinëlrlqiie , les ergutciirs de l'Aliiéisme en cuiicluniienl au coolraire à la né* eessiié de l^icilon qu\ aurait produit ces choses. Car i*uDiromilië est nreciséiaciil Tattribui d'une aotioa Àécessaire I (L. D.) . ..^ ^
p\m raifonnâMe. Qu'est-ce que cette Técon- Mt de la malière? Il n'est pas aisé de faire un sens de cette expression. La matière, essentiellement inerte et passive, n'a ni mou-^ veinenl,ni action, ni vie, ni fécondité ; eUe ne peut que servir et obéir.
89. D. N'est-ce pas une proposition reçue, que la nature est o'une fécondité inépuisable, qu'elle est le principe et la mère de tous les êtres?
R. 11 faut convenir de la signiflcation des mots. Lanaiure est le système des lois établies par le Créateur pbur Vexistence des choses et la succession des êtres. C'est la sage définition qu'en donne M. [de BuSon (Tom. XII, p. 3, 4) ; et cette définition une fois reçue, la nature est féconde, sans doute : mais la nature n'est pas la matière, ou, si l'on veut, c'est la matière mue, dirigée, employée selon les lois didées par la sagesse et la puissance du Créateur. « La nature n'est point une « chose, ajoute M. de Bnffon, car cette chose t serait tout ; la nature n'est point un être» « car cet être serait Dieu ; mais on peut la « considérer comme une puissance vive, im- « mense, qui embrasse tout, oui anime tout, « et qui, subordonnée à celle du premier • Etre, n'a commencé d'agir que par son orc dre, et n'agit encore que par son concours « on son consentement. Celte puissance est t de la puissance divine la partie qui se ma-
« nifeste Ministre de ses ordres irrévo-
« cables ^.dépositaire de ses immuables dé- « crets.la nature ne s'écarte jamais des lois « qui lui ont été prescrites ; elle n'altère « rien aux plans qui lui ont été tracés , et m dans toutes ses œuvres elle présente le t sceau de l'Etemel, etc, etc. »
§ II; — M. D. S'il est vrai que la nature ne viole pas le plan du Créateur,. et qu'elle n'est autre chose que le système de «Tes lois, pourquoi produit-eUe des monstres de toute cspècet
K. n n*y a point de violation de règles ou Il n'y a point de règles , point de monstres où il n'j a point de figures déterminées et dessinées Sur un jplan général. Je n'examine pas pourquoi Dieu permet ces écarts passagers, aux principes exécuteurs de ses décrets i ni si ces écarts mêmes ne relèvent pas le mérite d'une op^atton régulière et parfaite dans toutes ses parties, égale dans son âge à la durée des siècles entassés, dans son âendile k tontes les espèces des êtres existants ; ni si les monstres, 'au moins ceux de la race humaine, ne flont pas la stilte de quelc^ue trouble étranger et postérieur à la création ; ni si l'attention et les soins de l'homme ne peuvent point prévenir la plupart des monstruosités de son espèce (1); ni si un système de physique, où les monstruosités seraient impossibles, ne renverserait pas l'état actuel de la QftlHre et toutes les lois établies pour la reproduction des êtres et la conservation
(1) TnfQK la Théologie phjrsiqie, de Derham.— he% E8s:ins, Traité de Peduc. corp. des enfants p p^têH ««v. — ^Ifuîs, In9est^, faèriac, qua in parti' hu muieutoê eomponentibus extat. Prurfal*
- Catécb. PniLOS. L
t'IliLÔSOMliQUÈ.
des espèces (1); il suffit que les monstres supposent l'existence d'un type tracé avec dessein, et donné pour modèle à toutes les productions de la nature selon l'exigence des espèces et le maintien de Tétat actuel du monde... Dans les monstres mêmes, les traces du plan générai et du modèle des espèces sont sensioles ; ce sont, dit un physicien «célèbre, des morceaux d'une architecture admirable, quoique détachés du corps de l'édifice, et privés des rapports de Tensemble (â).
41. D. Des géants de trois à quatre cents pieds occupent-ils quelque place dans le plan du Créateur?
K. S*il y avait eu des individus de celte taille, ce serait des écarts qui entrenaient dans la réflexion que je viens de faire; mais tous ces géants de 400, de 140, de 120 pieds» sont des exagérations puériles. On peut s'en convaincre par les observations d'un faamiuc qui n'a peut êtl-e eu çue trop de goût pour les traditions populaires (3). L'Ecriture rapporte que Goliath était haut de six coudées et un palme; ce qui, suivant Tévaluation la plus raisonnable et la plus générale, fait neuf pieds trois pouces. Og pouvait en avoir à peu
(1) On peut voir là-dessus S. Aug, de Cî«l/. Dei^ t. 12, c. S. el 5. — Stengetius, de MonstHt, — Schott, Phns. cur. 1. 1, pari. 2, 1. 5. — Bonnet , Oonicm p. de la naL t. 1, p. 477, etc. Voici comme un IMiilosoplie sage ei profond s'exprinnesureesujm : Natura aulem mutabitis, Deo obtempéra» , eln juxta iiiferioris mundi seriem a $olita lege de/leclat, rapitur tamcn di' tint spirjius vt, jam teipsa prope divimier (açta; quippe qnœ, legi antiquiori el saiictiori Dei pwrigent manum , loti se subjicit totam^ et vet deerrando ad desiiimtum a Deo coUimat finem. Corn. Gemma Cosmo criiice . 1.1,0.6.
(2) Les niousiruosttés sont des résoltafs parfaitenKmt eonformes aux lois de la nature , en ce sens qu'iki
f procèdent de Taciion régulière des forces naturelles* Is dilTèrcni des protluiis normaux, ea ce que ceuo action s'est trouvée dérangée par quelque circonstance accidentelle , et 'a dû se combiner avec d*;iuire& actions qui ne 8*eiercent pas ordinaircmeni en concours avec la tMremiêf e. Ce n'est là qu'un désordre relatif ; les ktwitudes de la nature sont interrompues un moment ; mais ses t^s ne souffrent pour cela aucune violation.
Quant à la cause morale à laquelle il faut ritpporter ces écarts de Tordre habituel de la nature, u e&t facile de la reconnafure dans on principe qui est le niot de bien des énigmes de ee monde. Une regniarîië sans exception est précisément le sceau d*nne aciiuii néeesuàre; et si aucune déviation ne se manifestait Jamais dans le cours habituel de la nature, les Athées ne manqueraient pas de s'en prévaloir. En dérangeant Oà et la celte série de faits toujours seinbtaliles qui constitue Tordre, Dieu prouve sa liberté, et Tinuépendance parfaite de son action.
Enfin il faut remarquer de plus que ces a1téralion<i, d*ailleurs si rares, du type régulier rappellent à Tliomme les merveilles dé Torgauisme , dont l'habitude énioosse en lui TImpression, comme les maladies nous font sentir Tavantagcdc la samé. Faire briller ainsi à nos yeux sa providence et son |iouvoir , tel est le but que Dieu s'est proposé, en semant çà et là par le monde ces moosiruosités que TAthée ne comprend pas. (L. D.)
(5) Mund. subi. part. % page 58. On peut consulter aussi Scliott. Phys,ewr., u I, p. 512. Dlciion. encyc. art. Géant. Calmct« dissert, sur les Géants, Gommeiitr T.l,p. aîjédit. 1734. .
(I^eisx.)
près autant (1). Ce sont apparemment les plus illustres et les plus vrais de tous les géants. TheUtobochus est encore un monstre imaginaire (2). Les ossements que Ton nous montre comme des restes de géants, sont des os de baleines, d'élépbants, de rhinocéros, de chameaux, etc. Turner a montré i Londres un prétendu os de géant : c'était celui d*un taureau du Brésil. Souvent les sculpteurs ont déflffuré ces os ; on a sculpté à Vienne, en 1678, une dent du géant Og, qu'on disait envoyée de Constanlinople. Ënnn, deppis que M. Hans Sloane a publié sa Gyganthologie, aucun charlatan n'a osé paraître avec des dépouilles supposées de géants. — Les 6gures des géants qu*on promené processionnellement dans quelques villes, désignent des inondations, des pestes, des guerres, dont on a voulu conserver la mémoire par ce symbole monstrueux. — Les Anciens avaient la frivole ambition de vouloir passer pour géants, et laissaient à la postérité des monuments trompeurs. Alexandre fil allonger les Mts de ses soldats, pour faire croire, dans les siècles suivants, qu'ils avaient été géants {Q. dur. l. 9. cA. 3). —Si la nature a produit autrefois tant d'horribles colosses, pourquoi n'en produit-elle plus? La Sicile était-elle sous un autre climat lorqu'elle était habilée par des hommes de trois à quatre cents
Kieds (3)? Lucrèce {De Nat. rerum, /. 2) a eau aire que fa fécondité de. la terre est épuisée, les monuments incontestables qui nous restent des hommes qui nous ont précédés de trois mille ans déposent contre celte imagination du poète épicurien. Les n>omies dÉgypte sont-elles des corps de géants? Si, depuis ce temps-là, la nature ét^iit allée en décroissant, elle ne produirait aujourd'hui que des pygmées de trois pouces. Accordez avec ce beau raisonnement les nations de Pygmées qu'on prétend avoir existé dans )e même temps. D. Calmet observe que cette idée de Lucrèce est très-propre à détruire tout ce qu'il dit en faveur des géants. La persuasion qu'autrefois les hommes étaient plus grands [k) est un effet de la disposition générale où nous sommes de croire les temps passés beaucoup au-dessus du temps présent.
i\) Son lit éuil de 15 pieds et demi : ssds doiKe qu'il y était à son aisie ; les rois ne se gônenl pas. t'es lits étaient quelquefois une mesure trompeuse , comme on va le voir ici nar l'histoire d'Alexandre.
(2) Les os du prétenau roi Jeutobochus ont été reconnus pour un squeleUe de Mastodonte : Tout ce qifon a raconté du tombeau et de répiianhc de ce guerrier n'est qu'une imposture. Il est fôcneux que 1). Calmet ait donné son suffrage et peut être quelque crédit à cette mystification. (L. D.)
(3) Si enim fn in Sidlia nati et edncati fuerant^ rur hodie èo$dem non produài ? Neque tufictt inflwcnm fianuim d\cer€^ cum idem hodie qw>d olim cHma^ idem fiderum aepeetus int ; cicm hodie eosdem fruetut, eadem tmimalia , qum p/im, ejusdem moUi producai, Mnnd. sub. part. 2, page 60. Cette réflexion est très-propre à réfuter beaucoup d*autres imaginations de la même
espèce.
(i) PixUbtdleclibusexcermesulnrenl, ijfimlia nune homintim producU eorpora teUus.
(Aitieid, i%{
— Concluons : il est certain qu'il y a eu des géants; mais il est certain aussi qu'il n*y a pas eu de nation entière composée de géants, et plus certain encore que jamais géant n'a atteint la monstrueuse grandeur que Bocacc et d'autres romanciers leur ont attribuée.
42, D. Est-il en effet bien certain qu'il n'y a pas de nation entière de géants î l'Écriture et les relations de la terre magellanique semblent persuader le contraire.
R. L'espèce gigantesque dont parle l'Ecriture n'est, selon la remarque de FI. Josèphe, de Philon, de S. Cyrille d'Alexandrie, de S. Cbrysostôme, etc., qu'une race d'hom* mes qui joignaient à uûe fotce et à une audace extraordinaires tous les vices qui font lés monstres (1). La postérité de Seth, peu a peu séduite par les femmes, porta Tempreinte de sa rébellion contre le ciel, cl rabomination d'une alliance condamnée de Dieu. On peut croire «ue les bommes d'une grandeur extraordinaire étaient communs parmi eux. — Les géants des terres australes sont rangés aujourd'hui parmi les lions ailés et les aigles à deux tètes. Deux relationsi^ postérieures à tous les contes qu'on en a débités , ne leur donnent que six pieds de hauteur. Une fille Patngone , amenée en Hollande en 1599 par Sebald de Wert, n'atteignit pas quatre pieds après avoir achevé de croître. M. de Bougamville écrivait , en 1765 , dans le pays même des Patagons : « Nous « avons fait ^alliance avec ces Patagons si « décriés , que nous n'avons trouvés ni plus « grands , ni même aussi méchants que les « autres hommes. » M., de Commef çon , ce savant qui , dans le dessein de présenter au public un corps complet d'histoire naturelle, aurait été enchanté de pouvoir Térifier ce phénomène de la nature , l'expliquer, disséquer mémo un de ces énormes mortels, et en faire l'anatomie comparée, conyient que ces Titans dii détroit magellanique n'ont lamai» existé que dans l'imagination échauffée de quelques marins (2). Ce peuple si étonnant a été, pour quelques observateurs modernes , ce que sont les perspectives: de loin elles représentent un temple superbe, des ruines , un jardin immense ; mais lorsqu'on s'approche des objets, on ne voit plus que des uessins tracés grossièrement sur un mur. — Enfin, quand il y aurait des nations colossales, il s'ensuivrait précisément que le Créateur a donné au genre humain une certaine latitude, mesurée sur l'inflUenee des climats, et sur différents concours des causes secondes, subordonnées aux vues de sa providence et à l'exécution de ses décrets éternels. Mais la vérité exige qu'on nie absolumen t des faits qui l'offensent, et dont les mauvais raisonneurs ont abusé pour étayer des systèmes aussi fcivoles qu'irréligieux (3).
(1) Le mol hébreu que Ton traduit par gimU^ signl« fie proprement un homme fort et violêht.
(2) V. sa Lettre à M. de la Lande, dans VEhleire det nouvelles déanwertes faiies dans la mer du Snc/, par M. de Fréville,
celte
(5) Il y a plusieurs observations à faire au sajet (&«. itc théorie de Tauteur.
nilLOSOPUlQUE.
It
43. D. Tonte ra«Uqiiité n'a -t- elle pas conne la nation des Pygmées , qui a si laboriensement combaUu celle des grues? Voili une espèce d'hommes fort différents d'Adam et d'Eve.
R. Ces Pygmèes étaient des singes qui se battaient avec les gmes pour conserver leurs petits y qu'elles voulaient leur enlever. Cette observation de H. Pluche est adoptée par ll.de Buffon, Hist. nat., t. ik, p. 3. «Aussi 9 ce singe (le PiUucos des Grecs, le Simia « des Latins) eût-il encore été plus ressem- « ManI à l'homme , les anciens auraient en « raison de ne le -regarder que comme un « Homôncule, un nain manqué , un Pygmée « capable tout au plus de combattre contre « les grues , tandis que l'homme sait dompter c Vél^bant et vaincre le lion » (Spect, de la Nai., tam. 1, p. à25 ). Les poètes plaçaient les Pygmées dans la Thrace « où les hommes sont très-bien faits. Pline les met laniM dans la thrace , tantôt dans l'Ethiopie, près des lacs d'où sort le Nil ; Aristote et Pùmponlus Mêla leur assignent aussi cette dernière région. Aulu-Gelle les porte sur les frontières des Indes. Tant d'incertitudes et de contradictions suffisent pour nous convaincre que ce menu peuple est imaginaire.
D*abord il n*esl pas prouvé que les hommes dont prie la Genèse ne soieut pas reellemeiil dés géanls. Llnierprétaticin que donneni à ce mot quelques cornmrnlatears o^esi qu'une opinion plus on moins fon>dée; mais on peut souienir aussi Topinion contraire : et celle des Septante, qui savaient rbëbrcu, et qui eoi traduit le mot nephiUm^ par giganlei^ n*est pas sai»qiieli|ue poids. Or on doit remarquer qu'il n'est pas pliis dîfUclle et nM>ins naturel d'admettre dans les lemus anti.diluYiens des hommes de trois à quatre métrés de haut que de leur donner des vies de huit à neuf siècle, comme l'Ëcriture le suppose. Enfin « on voit plus urd dans la Bible la race gigantesque <k» EiiacJni , dont le roi Og était un des derniers représentants ; et CCS Cliaiiaiiëcns , auprès desquels les espions envoyés par Moyse éimetu comme dea mkleretlcs.
On ne voit pas trop dans quel intérêt l'auteur s'éduiufle k eOBbaitre l'existence des géants. Les suppositions des incrédules en ce genre sont sans aucun poids, tl, personne ne les prenaiU au sérieux, ce n^est vraiment pas la peine de les réfuter. Au contraire , il y a lieu de défendre Texistence des géants proclamée par nos libres saints , et qu'ils croient pouvoir attaquer avec plus d'avantage. Or, pour cela , Il faut les mettre au déO d'administrer la preuve de nmpossibîlité da fait qu'ils attaquent. Cette ]»enve manque absolument ; car tout ce qu'on peut dire à Tappui de la prétendue impossibilité , c'est que depuis long-temps on ue voit rien de semblable ; or, de ce qu'une cbose n'est pas, il ne s'ensuit pas qti'ellen'aii jamais été. D'ailleurs, dans le système biblique, cfr fiiit s'accorde avec d'autres circonstances qui n'ont pfus lieu aujourd'hui , savoir une constitution phy- . 8k|ne de Tespèce humaine incomparablement plus vigomeose • {wlsque la vie durait plusieurs siècles. fit celte constitution plus puissante peut trouver elleméme sa raison d'être daus des conditions de tmiku beauGoop plus favorables que les conditions actuelles; par exemple, un état d'atmosphère beaucoup plus riche en oiîgène. — Voir sur ce suûBt , les annotations a la Cenèse , ttmie 5 , du Cours d^Bcrttnre salute ; et' les Smrieê de Monilhén, i* édition.
Ifc DO
Aujourd'hui qu'on a parcouru toute la lerre, on H*a trouvé des Pygmées nulle part. Les Lapons et les Samoïedes, déjà bien supérieurs aux prétondus Pygmées , transplantés dans les climats méridionaux , atteignent à la taille ordinaire de Thomme. — Nous ne pouvons mieux terminer cette matière que par les paroles d'un homme qui a vu la nature en vrai philosophe. « Il n^y a point de races de nains ni de géants. Ceux que Ton ' montre aux foires sont de petits hommes jac* courcis, ou de grands hommes efflanqués, sans proportion et sans vigueur. Ils ne se re-
I>roduisent ni dans leur petitesse ni dans eur grandeur , quelques tentatives quo plusieurs princes aient faites pour y réussir, entre autres le feu roi de Prusse , Frédéric I. D'ailleurs sortent-ils assez des proportions de Fespèce humaine pour être appelés des nains ou des géants. Y a-t-il seidement entre eux la ràéme différence qu'entre un petit cheval de Sardaigne et un grand cheval do Brabançon , qu'entre un épagnenl et un de ces grands chiens danois qui courent devant nos carrosses 7 Toutes les nations ont été et sont encore de la même taille , à peu de différence prèâ. J'ai vu des momies d'Eaypte et des corps de Guanges des lies Canaries , enveloppés dans leurs peaux. J'ai vu tirer, à •Malte, d^'un tombeau creusé dans le roc vif le squelette d*nn Carthaginois , dont tous les os étaient violets, et qui reposait là peutêtre depuis le règne de Didon. Tous ces corps étaient de la grandeur commune » ( Etudes de la Nat. par M. B. de S. Pierre ). La raison que l'auteur donne de cette égalité dans la mesure du corps humain , est très-^* solide et parfaitement conforme î la sagesso de la Providence ordonnatrice et conserva-* tricedc deur eussent les proportions lité de ses ouvrages, et eussent entraîné, dans l'ordre moral, des conséquences encore plus dangereuses , en asservissant sans retour les plus petites espèces d'hommes aux plus grandes » (!}*
Il ) n y a plusieurs remarques à faire sur cet article. >*abord, pour ce qui est de Thistoire des Pygmées, on peut et Ton doit %implement la mettre au rang des fables ; car il n*y a pas le moindre témoignage sérieux k Tappui de cette histoire. La lutte des grues avec des singes qu^on aurait pris pour des hommes , ne semble pas rigoureusement impossible ; mais elle est en tout cas fort invraisemblable ; car les grues n*ont aucune raison pour faire la guerre à respéce humahie , ni k celle des singes. On ne voit pas pour quoi elles voudraient enlever les petits singes ; car la grue n^est certes pas un oiseau de proie , et jamaisi on quadrumane n'a tenté Tappétit de cet innoceni; volatile.
Pour ce qui est des nains, il est incontestable qu'il y a eu des .individus àsses nombreux pour que lofir existence soit.de' notoriété publique. Le célèbre Bébé , mort de décrépitude à 2!( ans , n*avait atteint qu'une taille de quatrevingt-huit centimètres , c'està-dire , celle d'un enfant de trois ans à peine ; on le voit moulé en cire au cabinet anatomique do TEcole de médecine de Paris. Les nains ce sont pas iHis -tares., e| ces ai^omalics dans Torganlme nu*
CATÉGilbMli;
I m!— kh. D. Les nègres ne fonUils pas, scion quelques auleurs, une espèce d'hommes à pari? , , . ,
R. l Beaucoup de Philosophes et de saTants ont prétendu et soutiennent encore que Tespèce des nègres est toul-à-fait distincte tic celle des blancs , et que ces deux espèces ne sauraient avoir une origine commune. Il existe même quelques physiologistes aventureux qui multiplient singulièrement les espèces qu'ils imaginent distincte^ dans leur origine. . -
Mais la plupart des savants , ceux-là surtout dont raulorité est la plus grave , soulicnnent, après Buffon,que les diverses races humaines, la blanche, la jaune, la noire, la rouge , et tontes leurs variétés , constituent une espèce unique , et ont pu avoir une origine commune. Voici Texposé sommaire des principales considérations qui viennent à lappuî du principe de l'unitc
d'espèce*
!• Les différences qui existent entre toutes te» variétés humaines ne portent que sur des raractères qui ne sont pas essentiels , et qui, daas chaque variété en particulier, présentent une roule de modifications et de dissemblances. Tels sont la couleur de la peau , la qualité des cheveux , la forme plus ou moins saillante, plus ou moins aplatie des diverses* parties de la tète : mais la structure anatomique du nègre et du blanc est rigoureusement la même. ^, , ^ .
2- Le nègre nait blanc d'abord , et la coloration de sa peau né commence à se manifester qu'après quelques iours. Celle coloration est due à la membrane très-légère connue sous le nom de réseau muqutiMx de Mcdphegi ,' située entre le derme et lépidermc , et provient d'une sécrétion particulière à cette membrane. Or rien n'est plus variable et plus altérable que les sécrétions. Dans l'espèce blanche , la couleur de 1 iris et celle des cheveux sont dues à des «prêtions analogues ; ces couleurs sont différentes d'un homme à un autre , et dans le même individu elles varient avec le temps; ainsi les cheveux noirs blanchissent par l'effet de l'âffc , c'est-JHdire que la sécrétion est înipiTompae ou donne des produits de qualité différente. On sait même que dans çCTtains cas celle sécrétion s'arrête ou se mod^e subitement ; dés personnes frappées par de vives émotions! morales otil vu leurs cheveux blanchir dans l'espace de quelques heures. On sait aussi que certains animaux chanffent rtoïKèrement de couleur avec la saison.
8- Le chanKement de couleur due à une modification de la sécrétloia muqueuse se produit dans certains cas d'une manière complète sur des individus entiers. Dans la maladie nommée métanoH , des blancs demain ont leurs analogues dans d'auu^cs' espèces ani- K?ei ijrmi les vlgëiaui. Mais <ie sunl de swnjpjes fnifwiu; quant aux races de nains, il n> en a nulle MTl ^ il n« parait pas qu'il en aîi Jamais cxisié. SSiiiSni on hW paVen droii de ;préM5ndre que cela sdi absolumeoi hnpossiWe. (i-. «•;
viennent compfètfement noirs. D'un outre cMé , il existe des hommes entièrement blancs, nés de parents nègres; on les con^ naft sous le nom A' Albinos , et ces individus ne sont pas rares. 11 ex^iste donc , même dam les circonstances actuelles , des causes qui peuvent modifier ces caractères extérieurs non essentiels , qu'on prétend être le cachet d'une diversité fondamentale dans l'e^ce et l'origine des hommes qui présentent dé grandes différences, si Ton envisage ces ca-^ raclères.
4* Si Ton considère , oulre cette variélé dans la couleur, les différences du système piteux et celles des formes tie la tête , les variétés animales qui proviennent , de l'aveu do tout le monde , d'une origine commune ^ offrent des analogies puissantes en faveur de l'unité de l'espèce humaine. Ainsi toutes les yariélés de chiens prOvienneut d'une es-^ pèce primitive; et si Ton révoque ce fait en doute , il en est du moins plusieurs qui procèdent d'une souche commune, et qui par rextérieur diffèrent infiniment plus entre elles sous tous les rapports que les individus humains les plus dissemblables. Il est donc très-naturel de croire que ceux-ci procèdent également d*une même souche.
5*^ La génération, a lieu entre toutes los variétés de l'espèce humaine, et les produits qui en résultent sont aussi féconds que les parents. Or, dans les races animales, la même chose a lieu parmi les variétés de chaque espèce ; mais parmi celles-là seulement ; ou bien si la génération a lien quelquefois entre des espèces très-voisines, comme l'âne et le cheval , le loup et le chien , les individus qui en résultent sont inféconds , et ne sauraient former une nouvelle race. Aussi tel est le caractère véritablement distinctif de V espèce: c'est une série d'êtres semblables GUI se continuent dans le temps et l'espace. On comprend la puissance de cette analogie appliquée aux races humaines.
0° Enfin il existe entre le type parfait du blanc et le type éthiopien qui s'en éloigne le plus une foule de nuances intermédiaires
3 ni établissent une chaîne continue entre les eux extrêmes. Or U est extrêmement facile de rendre compte du passage d'un anneau au suivant par des inffuences physiques qu'r agissent encore, et dont les animaux noufi offrent des exemples encore plus remarquablés. Les Juifs noirs du Malabar ont une origine portugaise; les Abyssins n'ont du nègre que la couleur ; et certains nègres (résdécidés sont fort différents de certains autres quant aux traits et la qualité des cheveux ; mais il n'est aucune de ces races qui ne serve de transition à d'autres. On connaît les influences*pliysiquea , morales, sociales, qui ont pu proonire chacun de ces degrés ; mais l'ont conçoit aussi que chaque yadété secondaire ait pu se perpétuer indé(>endamment delà cause qui lui a donné naissance, comme les animaux et les végétaux en of* Crent des exemples frappants.
De ces diverses corjsidérations , il résulta
rniLosopiiiQOE.
qne la diversité apparente des races humaines n'est pas essentiellement un fait primîUf ; qu'elles onê pu dériver d'une souche
unique , et se différencier par Teffet de causes qui n'existent plus ou n'existent qu'à un moindre degré, mais qui trouvent leurs ana- In^es dans une foule d'actions naturelles qui se produisent encore aujourd'hui. Ainsi uiéme «tt point de vue purement rationnel et pbjsicjue, l'unité d'espèce et la communauté d'oriinne, est tout au moins vraisemblable (1).]
45. D. N'avez-vous par lu dans les Ques^ fions sur VEncyctop., tes Mélanges d'histoire de Voltaire, etc.» que les Américains sont une production du pays , comme les herbes des champs et la mousse qui couvre les rochers ?
U. Il est humiliant pour l'esprit humain, dît M. de Bufton {Histoire des oiseaux) ^ en rapportant des contes pareils à celui-ci, qu'il* y stit de telles erreurs à réfuter. Ceux qui les ont. combattues sérieusement leur ont fait en vérité trop d'honneur. « Ces impertinences , dit Voltaire , dignes de l'hôpital des fous , ont été quelque temps à la mode , comme des singes qu'on fait danser dans des foires » [Histoire de Louis XY, p. 233). C'est ainsi que ce philosophe singulier caractérise ses propres opinions.
46. D. Si les Américains sont descendus du premier homme, lequel fut créé dans l'ancien continent, comment expliquer la population d(^ ce pajs si éloigné de nos côtes, et si inconnu à toute l'antiquité^? N'est-il pas Ui^turel de supposer, avec Paracelse , un premier homnie créé dans les deux hémisphères?
R.i* Quand il n'y aurait aujourd'hui aucune communication entre les deux Continents, il ne s'ensuit pas qu'il n'y en ait pas. eu autrefois. Les changements que le globe a soufferts par des révolutions subites et violentes, ou par rédacité du temps , sont une cïïose incontestable. Si depuis le déluge ils ne sont pas aussi considérables que certains physiciens le croient , il a pu au moins se former quelques isthmes et quelques détroits.
2*[Le3 côtes des deux Continents sont peu éloignées, et le détroit qui les sépare n'a que â5 li^^f s die large. De plus la chaîne des lies Aléoptiemies formç autant dç petits, détroits de médiocre largeur qui sont faciles à franchir.'Enfin ces détroits eux-mêmes sont parfois comblés par les glaces qui forment un pont au moyen duquel les ours passent d'un continent à l'autre. Ce dernier fait a pu indiquer depuis longtemps aux hommes du Nord l'existence du nouveau Continent, et leur fournir môcne le^ moyens de Toccuper.
Or à l'appui de celte hypothèse on peut produire le témoignage de Buffoiii, Cook\ l'allas, Robertson et dé plusieurs autres, atr- (cstant une remarquable similitude rntre les (habitants du Nord oes deux Continents. Non
(1) Voiriez dévelo)*peinents de ceUe théorie dans |c9 Annpt. à t^ (îerj^se, toïiie 9, et les Soirées de ilotil'
4« seulement les traits physiques, maïs les mœurs, le langage et une foule de caractères doivent les faire considérer comme des tribus iiyant une même origine.]
3» Pourquoi ne supposerait-on pas que des tempêtes ont fait, échouer sur ces côtes des vaisseaux destinés pour d'autres plages ? Les Carthaçinois et les Phéniciens étaient assez versés dans la navigation pour entreprendre de grands voyages par mer, quoique céfto gcience n ait pas été aussi parfaite dàn^ les siècles reculés qu'elle l'est aujourd'hui. Lés livres chinois parlent de plusieurs naviga» lions en Amérique dès Id cinquième et le sixième siècle de l'ère cl^rétrenne iJoum. des savants, fév. 1762}. Un fameux passage de Senèque le tragique (1) semble persuader que les Romains avaiei^t quelque connaissance d'un autre continent. Le P. Lombard r a trouvé une médaille de saint Pierre, qui paraissait être des premiers siècles du christianisme [Lettres édif. 21. Rec. p. 476). Quelques figures, et surtout la fameuse statue de la Vierffe au Pérou dont parle le P. Kircher ( Jf . Suot.part, 2, p. 44) sont des preuves assez fortes que le christianisme y était ancieiinement connu. La résurrection et d'autres articles de la religion se sont trouvés établis chez les Péruviens lors de l'arrivée des Espagnols {Hist. du Pérou, par Aug. de Zarata). On a trouvé des reistes bien sensibles du christianisme au Paraguai [Lettres édif., t. 25 , p. 132). — De tout cela il est naturel . de conclure que l'Amérique a été peupléo par plus d'une voie et par plus d'utie ha-* lion (2). *
(1) venHenlamm Tempora ser», Quando oceanus p^inévla rerum îMXet ; cl ittgens Paieal telius ; Typinsqiie no(;o$ Detegat orbes ; .
Nec sit terris vUtma Thute.
(2) Les idées ei les faiis cités par Taulcur donneni lieua plusieurs observations.
1 La qiiaiion de Sënèquc ne pixruve rien. Ce n^esl
Su'unc conjecture pliilosophjqtio, et rien de plu^; es notions de fait, si elles eussent ei^isic, se se* raieivi produites en termes for( difiC^rents.
2° Nous ne garantissons pas raiitiquiuî de la ïwé daiile de S. Pierre, ni celle de la Vierge du Pérou. Ces faits ne sont |^s impossibles; mais o^ connatt trop bien les complaisances de rimaginalion, poitr accéder h de pareils témoignages, si ce D*e8t avec W plus extrême réserve.
3* Il est connu aujourd'hui que , dès' le dix\iii\)^ siècle, les (slsfidais avaient pénétré en Amérique e^ colonisé le Groenland. Ce qui a été fait à^ cette époque a pu être fait plus tôt ; et il n'est pas n^^saire dé remonter nien haut dans Tantiquilé pour y placer la première émigration de Tancien coiiiineiit : car la faible population de l'Amérique peut être le produit d'un petit nombre de siècles.
4* Beaucoup de savants sont portée à croire aujourd'hui que rhomme et sa civilisation ont pénétré en Amérique autrement que par le nord. Qn ^ trouvé au Mexique une foule de monuments e| d'habitudes qui semblent dériver de la clviii^tion égyptienne. Ce ^tii est certain, c'est que dans lés traditions des ïuài^
4* L*opinion de Pâracelse est aussi contraire à la raison qu*à l'autorité des livres saints ; car comment, seion lui, les lies éloignées du continent se sont-elles peuplées? Il a Callu sans doute autant d*Adam que dlles ; il a fallu doubler les souches des animaux comme «elles de Thomme, il faudra les multiplier encore selon le nombre des lies. De pareils écarts suffisent pour montrer combien une ardente imagination est peu propre à expliquer la nature : Pâracelse Tavait brûlante au suprême degré; ses ouvrages ne sont €|u*un recueil de paradoxes chimiques, physiques, géographiques, etc. ; on peut évaluer ceux qu il a débites sur la matière présente
Ïiar la lecture des observations de M. de Buf- 6u sur la population de TAmérique {Hist» nat., t, 3, j>. 515, t, 9. Discours prélimi-naire) (1).
§ IV. <^7.— D. Qaé direz-vous des Acéphales dont parle saint Augustin .après Pline et Elien?Des hommes sans tête ne peuvent faire une même espèce avec ceux qui en ont une.
H. Ces Acéphales sont les anciens Blemmiens, subjugués par Florus, général de l'empereur Marcien, vers l'an fôO. Aucun des soldats de Floitis n'a prétendu avoir combattu des hommes sans tête. Ces peuples avaient le cou très^^ourt ; La tête presôuc appuyée sur les épaules, de fort longs cheveux qui achevaient de rendre leur figure méconnaissable.—Les sermons ad fratrts in erenio dont le Vt* parle des Acéphales, ne sont point de saint Augustin (2) ; et quand ils aéraient de lui , il en résulterait précisément qu'il a prêché A des peuples parmi lesquels on disait
3u'il y avait aes hommes sans tête ; car il ne it pas en avoir vu. — On ne saurait trop se défier de tout ce que quelques Anciens ont raconté des difformités de Tespèce humaine. On a dit que certains peuples étaient entièrement couverts de leurs oreilles. Strabon les appelle Enotocetes, et regarde comme des fables tout ce qu'Onésicrîte en rapporte. Ces oreilles étaient apparemment des nabits attachés à la tête. Le P. Schott ( Phys. curiosa, t.%p. 231), qui nous dit des merveilles de ces Enotocetes, nous apprend lui-même le fonds qu'il faut faire sur ces histoires, quand il débite gravement que les chevaux, les Ixeufs, les
Î;ènes de cette contrée, se trouve une histoire du déuge laquelle a de tels rapporu avec le récit de la Genèse qu'il est impossible de ne ms considérer ce dernier eoaime la source de la tradition mexicaine. Il est donc bien évident qu^une communication B*cst établie entre les deux continenu k une époque quelconque, et que le nouvean a pu être peuplé par Cancien qui y a transf^orté ses traditions avec ses colonies. (L. D.)
(1) L'auteur csi bien bon, vraiment , de s'occuper des folies d'un Pâracelse. Et néanmoins il existe encore aujourd'hui des savants et des philosophes qui oe semblent pas éloignés de considérer conm^e Auiochiônes , les diverses tribus des lies de TOcéanle ?
(L. D.) (S) Cest un ouvrage stupide , et une œuvre de faussaire ; car il y est fait souvent mention de faits postérieurs à S. Augustin ; et parfois ces faits sont d'une inexactitude qui térAoigne d'une Krossiére igno* Muce de la part de l'auteur. (L. D.)
loups, etc., ont été transportés en Amérique par les esprits célestes. Il se met A la torture
Êour expliquer de& contes de Jordan, d'Olaûg [agnus, etc. Un peu plus de philosophie lui aurait épargné ce» pénibles commentaires.
48. D. Quoiqu'il soit certain qu'il n'y a qu'une seule espèce dans la race humaine , peut-on s'empêcher de reconnaître dans cette espèce des diSérences considérables? N'y a-l*-il pas eu des hommes à cornes , de& Cyclopes, etc.?
R. 1** La plupart de ces monstruosités n'ont été qu'individuelles (1); très-peu ont passé durant quelque temps d'une génération à l'autre. Quand les lois communes de la nature recontrent qaelqu'écart, elles' travaillent fortement à rétablir l'ordre, et à remettre chaque chose à sa place.
2* Les voyageurs n'ont vu ni Cyclopes, ni hommes à cornes, dans les pays ^u on croyait peuplés de ces hommes disgraciés de la nature. La Circassie, où l'on plaçait upe partie de Ces étranges figures , est habitée par des hommes très-bien constitués (â).
3" En reconnaissant quelque chose de réel dans le tableau qu'on nous lait de certaines monstruosilés dans Vespèce humaine, il faut bien se persuader aue rexagération a défiguré le vrai, et exalté le merveilleux. Yoicl comme s'exprime le P. Charlevoix, dans Y Histoire delà Nouvelle France, 1. 2, p. 20 ; « n est naturel de croire qu'il y a en cela de « l'exagération ; mais il est plus aisé de nier « les faits extraordinaires, que de les expli^ « quer. D'ailleurs, est-il permisi de rejeter « tout ce dont on ne saurait rendre raison? a Qui peut s'assurer de connaître tous les ca- « prices et tous les mystères de la nature? «i On sait combien l'imagination des mères a « de pouvoir sur le fruit qu'elles portent (3). « L'expérience et le témoignage même de 8 rÉcriture en sont des preuves sans replia que. Ajoutona à cela les figures bizarres , « où certaines nations trouvent une beauté « dont elles sont si jalouses, qu'on y met le a corps des entants à la torture, pour achever a ce que l'imagination des mères n'a pu finir ; « et Ton comprendra sans peine qu'il peut y a avoir des hommes assez dijRik'enls dçs ati-
(1) Vide Bartliol. de nomimbut cormifts. Schench'zcr , Phy$ica sacra , t. 7, p. i4B§ ; Bullba , HisU naU,, tom. 5, p. 405, 506, ete*
(2) Voyez Touvrage de Micbow, ehaaolne de Cracovie, de Sarmatia Anatica et Ewropea^ I. !• Il avait bien ezaminé les choses, et conclut ainsi son rapport : Hœc vera sunt, et ^ui scripmt^ vtra scripsit , et scwius quia verum est testimonium ejus.
(5) Il n'est oas croyable que M. de Buffon {lliët. Nat» 1. 2, p. 400 ) ait nié sérieusement une chose ai évidemment constaiéc par Texpérience la plus longue, la mienz suivie : s'il Ta fait, c*est qu'il n'a pas eu le courage de reconnaître Texistence d'une chose dont rexplication passait ses lumières, comme elle passe celles de tous les hommes. Le célèbre BoeriMiave donne ici un avertissement dont d'autres encore c|ue M. de Buflim pourront profiler : Erfo ^eit me aliqmd , quod ctlm naturœ lef^bus ttoéit noli» minime conveiiU ; neque tamea ne^ian polest » mit ab eo Qui has Uges omnes perfecte noveritf praelect. Acad. t. 5, pai't. t, p. 53%.
PITILOSOlilIQOE.
se
« très, pour donner lien à certaines gens qui € saisissent vivement les objets, et ne se c donnent pas le temps d*exammer les choses, c de faire des contes absurdes qui ne sont « pourtant pas sans quelque réalité. »
«9. D. C*est en ce sens sans doute aue quelques Anciens ont paru reconnaître (lans Tespèce humaine des monstruosités nationales? R. Oui ; et c*est ainsi qu*il faut entendre saint AugusUo (1) et Pline Te naturaliste, si ]*on veut prendre la peine de justifier ce dcrbier (2) ; mais ce genre de variété ne préjudtcie en rien à Tunité de l^spèce. Dans les animaux la différence est souvent très-grande, soit par Tinfluence du climat, soit par le concours d'autres causes; mais la nature a paru respecter particulièrement le plan tracé pour la figure oe son maître et de son roi; c'est la judicieuse remarque de M. de BuSan.
« Dans l'espèce humaineJ'influence du climat « ne se marque que par des variétés assez a légères, parce que cette espèce est une, et «qu'elle est très -distinctement séparée de « toutes les autres espèces. L'homme, blanc « en Eorope, noir en Afrique, et rouge en « Amérique, n'est que ce même homme teint « de la couleur du climat : comme il est fait « pour régner sur la terre, le globe entier est «son domaine; il semble que sa nature se
< soit prêtée i toutes les situations. Sous les c leux du midi, dans les glaces du nord, il vit, « il multiplie j il se trouve partout si ancienc nement répandu , qu'il ne naralt affecter « aucun climat particulier » (3) [Hist. Nai.,
< Autant la nature , dit un Philosophe , a c aSectéde variétédans les espèces d'animaux m du même genre , quoiqu'ils habitassent le « même sol et qu'ils vécussent des mêmes ali- « ments, autant elle a observé d'uniformité « dajis l'espèce humaine, malgré la différence « des climats et des nourritures. On a pris c dans quelques individus humains un proie longunent accidentel du coccix pour un ca- « ractère naturel, et on n'a pas manqué d'en € conclure une nouvelle espèce d'hommes à m queues. Les passions des bétes peuvent dé-
< grader l'homme; maisjamais leurs queues, « fours pieds fourchus et leurs cornes n'ont « désibonoré sa noble figure* On essaie en « vain de le rapprocher de la classe des ani- « maux par des passades insensibles. S'il y « avait quelque race d'hommes avec des for- « mes d'animal , ou quelque animal doué de « la raison humaine , on les montrerait en « public. On en verrait en Europe, surtout « aujomrd'hul que la terre est parcourue par
(I) Non iiaime nobii videri absurdum débet, ut quemûûmidÊun in smgutii qmbutque gentibut monUra sunt Aoimaam, ita in wnwr$o génère numano quœdam mon- Ura dnt gentîwm. L. i6 de Civil. Dei, c. 8.
(S) Bœe atque atia ix hùnnnwn génère tudibria sibi , nobis miraada ingemoêa feàt natwra^ et tingula qméem tput facit in diet ac prope horoê, qwê enumererevaliait Ad deiegendam em potentiam tatis'mt mter jtrodigla po9nt$êe génies, ifisl. nat., 1. 7, c. ^,
(l) Toyez là-dessus le savaol ouvrage de 11. Blumcn^KKli» De genmt hwnani vwrietate^ à GoCUngaè ,
« tant de voyageurs éclairés, et que, je nedrs « pas des princes, mais des joueurs de ma- « rionettes , font apporter vivants dans nos « foires les zèbres si sauvages, les éléphants « si lourds , les tigres , les lions , les ours « blancs, et jusqu'à des crocodiles qu'on a « montrés publiquement à Londres » (Iftudr» « de la nature par M. de B. de S. P.).
§ V. — 50. D. Les Sirènes , les Satyres , les Hippocentaures n'appartiennent-ils pas à l'espèce humaine? D'où peut venir une différence si énorme, sinon d*une matière active et capricieuse?
R. Tout ce que les anciens ont raconté des . Sirènes est évidemment un tissu de fables,. ^ qu'on n'oserait pas conter aujourd'hui aux vieilles femmes. Il est vrai qu'il y a des cétacés qui,par latéte et la poitrine, ont auelque faible ressemblance avec l'homme (1 j ; mais ce sont de véritables brutes, qui par là n'ap-
f»artiennent pas plus à la race humaine quo *ours par les yeujL, les oreilles et d'autres sens qui lui sont communs avec l'homme (2/. « Le créateur, dit sagement M. de Buffon, « n'a pas voulufairepourlecorpsdel'hommo « un modèle absolument différent de celui de « l'animal...; mais il a pénétré ce corps ani-> » mal *dc son souffle divin : s'il eût fait la « même faveur, je ne dis pas au singe, mais^ « à l'espèce la plus vile, a l'animal qui nous « parait le plus mal organisé, cette espèce « serait bientôt devenue la rivale de l'homme ; a vivifiée par l'esprit, elle eût primée sur les « autres, elle eût pensé, elle eût parlé » (Histoire Nùt.^ t. 11^,p. 32.— Au sentiment ae M. de Buffon et de presque tous les Naturalistes modernes (3), le Satyre des anciens est To^ rang-outang, espèce de singeasses semblable à l'homme, dont il digère néanmoins à l'extérieur par le nez, qui n'est pas proéminent ;
(I) Voy. Sacch. Hist. Soc. Jes. part. 2, anno ioGO, n. ^76. — Szcntivani Miscell., décade 2, p. 329. — Dîrt. de Trév. art. Homme marin, — Valmonl, Dicl. d'Hist. nat. art. Homme marin, édit. de 17()9, etc. — Robinet, Vue phîl. de la nat. grad. de Tétro, cli. 76 (écrivain d'ailleurs cnédiile et exagérateur, qui a très-mal saisi le réstillaldcs observations quelconques) : U faut bien se persuader que la ressemblance de ces poissons avec rhonune se réduit à très-peu de chose. J'ai été bien surpris de voir im jour deux prétendues Sirènes dont on m^avait corilé des merveilles, qui avaient moins la ligure humaine qn'une grenouille élevée sur ses pieds de derrière. — M. de Luc, dans ses Lettres phynques et morales, n vicioriensement réfuté Thistoire de ces hommespoissons qu'on a essayé d'agréger & notre espèce. (Voy. le Journ, hist. et tilt. 1 juin 1786, p. 197.)— On dirait que cette idée d^horames marins lient à la supposition que tous les animaux terrestres se trouvent dans la mer; système si bien réfuté par Thomas Brown dans ses Erreurs popuUùres. Ce qu'on appelle Uon marin, cheval martn, chien marin, veau . marin, etc., n'a aucun rapport, quant à la figure, avec les quadrupèdes qui portent ce nom.
(î) Non homines , sed humam animalis imitamenta, dit le P« Schoit , t. 1 , p. 573. Ce ne sont pas des liommes, mais des êtres ressemblant à ranimatité dQ rhomme.
(3) Hist. nal., t. 9, p. 93. — Phys. sac. t. I , lab. 84. — Lynnseus, Syst. nat. versus finenl, — Dieu d'Uist. nat , édit. 1769, arU Satgre, etc.
GATËCHISSIB
par le firont qai est trop court; par le menton qui n*est pas relevé à la base: il a les oreilles proporiionnellement trop grandes, les xeux trop yoisins Tua de Tautre ; Tinter* vaile entre le nez et la bouche est trop'éten^ du. Il y a d'autres différences encore dans le reste du corps... L*homme conserve toujours un air exelusif de mi^esté et de grandeur qui porte rempreinte de sa ro^rainté et de son domaine sur tousles êtres viya«ld» même sur ceux qui lui ressemblent le plttSi.et qui marchent droit comme lui (1). Tout marque dans 1 homme sa supériorité, même à Vextérieur. S6n attitude est celle du commandement, sa tète regarde le ciel et présente une faee au-
Susle, sur laquelle est imprimé le caractère e sa dignité ; rimase de 1 Ame est peinte sur sa physionomie ; 1 excellence de sa nature perce A travers les organes matériels , et anime d*un feu divin les traits de son visage; sa démarché ferme et hardie annonce sa noblesse et son rang. L'hippocentaure est une ligure symbolique qui désigne un homme à cheval. Palœphates nous a donné là-dessus une dissertation curieuse dans son traité De rthus incredibilibus (2).
S Vl. — 51. D. Un consul de France n'a*t'il pas prouvé que les hommes d'abord ont été poissons, et que VOcéau avait peuplé la terre (3)?
H, Le chef de nos incrédules dit, en parlant de cette opinion, qu'elle semble partir tout droit des petites-maisons; on lui ferait tort si on la croyait neuve : M. de Maillet n'a pas le prii^ de l'invention. Les Athéniens reconnaisiraient pour leurs aïeux les fourmis de la forêt d'Egine. Les Thessaliens se croyaient des^pendants de quelques autres insectes. Toutes
(1) Quoique quelques singes, et surtout le chirnpatizé, marchent souvent droits, ils marcbenl également sur quatre pattes; c«Ues de derrière sont semblables à celle de devant , comme dans les autres brutes, et ne marquent point une destination diuérenie. L*hommc marche loujoùrs droit, et dédaigne nbsotument la marche des quadrupèdes, c Le pied de rhomme , dit M. de fiuffon, est très- différent de cekii de quelque animal que ce soit, et même de celui du siose ; le pied du singe est plutôt une main qu*un pied, les doigts en sont ion^s et disposés comme ceux de la main, celui du milieu est plus grand que les autres, comme dans la main : ce pied du singe n*a d'ailleurs point de talon àemblable à celui de l'homme : Tassietie du pied est aussi plus grande dans Thomme çiue dans tous les animaux quadrupèdes, et les doigts du pied servent beaucoup à maintenir réauilihre du corps et assurer ses mouvements dans la démarche, la course, etc. » (Hi$t, naturelle^ l. 2, p. 545 ). M. Brown, Erreur$ populai' rM, t. i , p lui , a traité ceUe question. Si de toui te$ aniaiaux Chomme ieul marche droite avec plus de raillerie que de raison. M. filuinenbacb en a parlé avec sagesse et selon les vrais principes, dans son traité De §enerù kumaui varieMe^ où il réfute victorieusement les imaginations de Moscatri.
(S) Quelques aoteurs ont cru que le satyre, le centaure, etc., pouvaient être des monuments de rborri« ble dérèglement des mœurs où le Paganisme était nlongé, eique le Christianisme a si heureusement réformé : mais une teHe opinioa ne saurait soutenir un examen sérieux.
(3) Tetliamed, ou entretien d*on philosophe indien lyec un missionnaire français. Amstevdam, i74l}«
ces imaginations se valent, et sont paiement dignes de la physique de nos Matérialistes. « On n'étudie plus, on n^obserre plus, dit )». tréS'bien M. Rousseau ; on rêve, et on nous » donne gravement pour de la philosophie V les rêves de qnelffues mauvaises nuits, » — Tandis que de Maillet fait descendre les liommes des poissons, l'auteur des Mélangea d^hisiidre naturelle, et celui de la philosophie de la nature, font descendre les poissons {i) des hommes. H est lieurcux pour ceux qui étudient les Philosophes de pouvoir choisir ton jours entre deux assertions contradictoires.
52. D. Le Philosophe français, qui raisonnait si mal en Egypte ^ ne s'appuyait-il pas sur un principe certain, savoir, que la mer décroît Insensiblement.
R. 1* De ce principe il y a bien loin aux merveilleuses métamorphoses dont il a com-* posé rhistoire des hommes et des poissons.
â". La fanssetéde ce principe est démontrée par Vétat de la Géographie ancienne, co«w parée avec la moderne. Depuis trois milleans Marseille, Toulon, Cadix» Gènes, Tyr, 8myrne, Sidon, Rysance, Alexandrie, etc., sont des ports de mer. Si quelques rivages se sont afiEaissés, si d'autres se sontéierés par le con« cours de différents agents physiques, la mer a dû s'avancer ou reculer sans croître ni décroître : Quand l'Eternel a dit, Tu viendras jusqu'ici, ausquehuc venies» {Job. 38), il lui a marqué non seulement le terme au delà duquel elle ne devait pas aller, mais encore celui en deçiduiiuel elle ne.devait pas rester.
S VII.— S3. D. La prodigieusevanété des es* pèces sous un même genre, lesdéffénérations, les substances mélangées, ne déinôntrentelles pas évidemment que la matière a le pouvoir de multiplier les natures et de produire de nouveaux êtres ?
R. Tout cela ne prouve pas plus en faveur d'une matière aveugle qu'une horloge qui sonne différentes heures. Il en résulte préci*sément que le Créateur a donné au germe des êtres vivants et végétants, soit dans son développement plus ou moins parfait, soit dans sa combinaison avec différentes causes étranffères, un principe de diversité, proportionné a l'industrie et aux besoins de l'homme (2), ainsi qu'à l'étendue de ses regards et de ses recherches; diversité qui unit à la simplicité du dessin la magniffcence de l'exécution.' C'est ainsi que l'homme peut diversifier les fruits, adoucir les sucs ,sauvaffes, corriger l'austère simplicité de la nature (3), soumettre
(I) Les monstres marins dont nous avons parlé , n. 50.
{%) Les animaux les plus variés, les plus sônmis à rinfluence du climat, de réducaiton, etc., sont ceux dont les services sont le plus mulitpUés ; le cheval • par exemple, mais plus encore le ciiien ; Imwrianee du chien dans fordre de la nature^ Htst. nai. oe M. de Buf. t. 5, p. 187.
(5) Sans doute que cela ne Va pas jusqu'à changer Tivraie en blé. M. de Buffon adopte sur ce point une physique vraiment originale. Le blé a existé avant rhomme. S'il est vrai quil ne se trouve nulle part en plante agreste (oe eue des vovagcurs ont nié tr(»p légeremeut , comme le Pai prouvé dans le Journ. bist. et lût. de Lusemb.| IS iuiu i777| p. Wi, et
BS PHILOSOmUQUE.
les aniuiaaxt différencier leurs usages et Tears inclinations, rarier mémo leur Cgureà un certain point, et perpétuer les races avec Tempreinte bite sur les individus (1). Mais 2 tout cela il n*a rien mis que son industrie et son travail ; c'est une simple découverte des richesses de la nature : aussi le succès de ses tentatives a*t-il ses bornes, et seresserre- Uil dans Tespace que Dieu a marqué.... Les substances mélangées nesont qu^en petit' nombre : en vain voudrait-on les< multiplier au choix du caprice (2] ; elles ne se propagent pas (3), ou rentrent bientôt dans une des es*
si «I ronservaiien exiee la ciiiUure de la terre, c*est iiii effet sensible -de rarrét prononcé au chapitre irviisième de la Genèse : Maleaicia terra in opère tuo : tu lakeribu» comedeê ex ea eunetis diebm titœ iuœ.,.. Iniuéore nUiw lut veueri» pane...,. Les praines des fniiia CHlUTés, adoucis* abJklardis ou perfôciionnés , ite produisent dès la première semailleque des Cniiis .^restes : le blé produit toujours du ble. Exam, deê époq. n. 186, Ou p. 190, selon les div. édit.
(1} Les ouvrages de l'homme nous conduisent à Dieu comme ceux de Dieu même , les villes, les palais , les flottes, tous les fruits des sciences ei des arts, annoncent peut-être Dieu avec plus de fonce et d'éloauence que Taspect de la nature. Il est plus^ liOQorahie à uu ouvrier de foire une machine qui produit de grands effets que de les produire Immédlafemen.t par lui-même, c Par Tesprit humain tel <|u*il est , dit Cicérou, nous devons juger qu*il est quclqu*antre intelligence qui a plus de vivacité et (ini est divine. De Nul Deor, 7/ , 6. — Excellence des ouvniges de la simple nature sur ceux que Tindostrie d'e Fliomme a mo<liriës et assortis à ses besoins on à ses goûts.» E^m. deê époq. p. 230, éilit. de 1780 ; n. 180, ë«l. de 1781. — /ourn. Mu. et b'itér. 1 iuinl780, p. 191.
(â) f II y a bien ici une certaine latitude , mais (ceue latitude a ses bornes. Il en est de ceci comme de Tanalogîe des greffes avec leurs sujets. Trop de disparité entre les espèces en met trop entre les liqueurs et les germes. L*évolulion complète des or* g:incs générateurs exigent sans doute plus de préci* sion que celle des autres organes. Telles sont les barrières éternelles que TAuteur de la nature a mises à raiigmeniaUon du nombre de certaines espèces. 11 semble donc que nous pouvons regarder comme animaux de même espèce tous ceux du commerce desquels naissent des individus mitoyens qui se propagent. » Bonnet, Conlempl, de la nat,, t. 1, part. 7, ch. 11. S.ins celte loi si st^e et si nécessaire, qui maintient chaque espèce d*animal dans un état permanent , tout serait confondu dans le règne animal. Il mV aurait depuis long-temps qu'une seule espèce iraitimaux : ce serait celle des monstres , dont les fonnes se combinant pèr|jétuellement de la manière la plus bixarre et la plus vicieuse, parviendraient enfin à rendre même leur existence impossible.
(3) Un mulet qu'ort dit avoir été lecoud du temps d^Arâtote, un autre en 1703, un troisième en 17G9, quand même le fait serait bien constaté, sont insuflisante pour déruger à Tidée d*une stérilité générale. IL de Buffon [Supp, à Cliitt. de$ quadrup.) convient que la siérilUé du mulet doit être regardée comme poiiiiee, puisque m production est $i rare. S*il est vrni quo les cniens-lonps se propagent, c'est vraisemblable • nient parce que les ctiiens et les loups , et peut-être les renards, ne forment qu'une seule espèce prinii<^ tÎTe. (Tov.. le Journ. Mit. et Hit. de Luxembourg^ IS avril 1777, pag. 585). Mais supposons que le mulet, supposons que tout autre être mixte puisse engendrer, ce ne serait jamais que des races épliémères et pas^agèreii, puisque rexperience de 5090 anspro«t« que les anciennes esiièces ne périssent et ne i»'aUi«
pèces primitives (Ij.a Toutes les touches ac- « cessoires varient, aucun individu ne res- « semble parfaitement à un autre. Aucune " espèce n'existe sans un grand nombre de variétés... mais l'empreinte de cliaque espèce est un type, dont les principaux traits « sont gravés en caractères^ ineffaçables et « permanents à jamais... et comme Tordon- « nance est fixe pour le nombre, le maintien « et réquilibre des espèces, la nature se préa sente toujours sous la même forme ,' et « serait dans tous les climats absolument et « relativement la même,, si son babitude no K variait pas autant qu*il est possible toutes les formes individuelles... ( Buffon hist. Nat., foi». 13>^.9J. La nature n'altère rien aux plans, qui lui ont été tracés, et dans « toutes ses œuvres elle présente le sceau de l'Eternel (2) ( Buffon Hist. Nat., tom. 12. p.k).
6i. D. La nature ne doit~e11c pas épuiser toi^es^ les combinaisons possibles, comme Ta enseigné un Physicien moderne (3)?
R. La nature n'épuise que les combinaisons renfermées dans le plan du Créateur, et celles qui en sont une suite nécessaire. 11 y a des millions de milliards de combinaisons possibles que la nature ne s'avise pas d'exécoter, parce que ces combinaisons, quoiau'absolument possibles, sortent de la marche qu'elle doit tenir : ses bornes lui sont marquées d'une manière précise, elle ne les méconnaîtra jamais. Ses productions, commo dit excellemment M. de Buffon, dans le pas-« sage que nous venons de citer, sont dessinées dans le plan général de la création : les siècles s'accumuleront et le temps opérera les plus grandes révolutions, sans voir écloro une seule espèce nouvelle. Dieu formera de nouveaux jours et de nouvelles années; mais ces jours et ces années ne cbangecont rien à son ouvrage (4).
§ VllI.— 55. D, Toute l'antiquité n'a4elle pas cru que les plantes et les animaux naissaient sans germe ; que la seule pourrie
rent pas, et qu*il n*cn vient pas de nouvelles : observation dont la physique, en admettant la fécondité du métiSf ne peut remlre aucune raison, et nous oblige de revenir a la sagesse du Créateur, qui a établi des lois sûres pour maintenir les espèces priml-* tives (Benedixitque illis Deus, et ait : Cretcite et mui^ tipiicamim. Gen. 1), m empêchant des anim:)ui( étrangers d'en prendre la place, et de déOgnrer soii plan eu usurpant une fécondité à laquelle ils n*onl |>ii participer, lorsiprellc fut partagée entre les iTeniierf êtres, piiisqn\ilors ils n'existaient pas.
(i) \uyey. THist. nat. de M. do BuCfon , t. H , p.
(2) Ce langage, si vrai et si sage, n*est pas ju«(o« nient d accord avec d*aulres idées \ie ce naturaliste. N<His aimons à le citer, lorsqu'il rjisouiie bien... Dès qu^à beaucoup de connaissances on joint une imagl-p nation impéricdse, il n'est pas possible d\ivoir des ' principes bien fermes.... Le passage que nous venons do citer rcfure admirablement ce que cet homme célèbre dit, d*une manière trop générale et indéfinie , de la fécondité des animaux métie, dans le Supplém. à t'Mitoire des quairupèdês.
(3) Essai sur le croisement des espèces, 1T79. \h) In libro tuo omnts uribcntur ; dics formabunitur,
et nemo in etc. Piilrl38«
aTÉCillSUE
tare produisait des iiisoctes merveilleux; que la corruption était le seul principe de la ( énération (1) t
n. La découverte des germes, qui est une chose incontestable, a détruit ces systèmes absurdes, et en même temps une des plus fortes objections de TAlhéisme, suivant Texpression d'un homme qui n^a jamais fait grand effort contre les opinions impies. Voltaire, qu'on peut citer hardiment aux partisantde rirréiigion, ajoute : « Il y a moins d'Athées aujourd'hui que jamais, depuis que les Philosophes ont reconnu qu'il n'y a aucun, être végétant sans germe, aucun germe s<ins dessein » (Pensées phiL, p. 11, édit. 1765).
56. D. il est donc faux que le Union du Nil produise des grenouilles, que les abeilles sortent du corps ou de la fiente d*un bœuf, que le fromage engendre des mites, qu'avec de la farine ^on puisse faire des anguilles, etc.?
H. [Tout cela est parfaitement faux avec beaucoup d'autres assertions du même genre. Mais beaucoup de ces contes ont un fondement réel; il ne s'agit que de bien interpréter les faits. Des germes nombreux et souvent imperceptibles sont déposés dans des matières où on ne les remarque pas; et» comme on voit de petits animaux naître là où Ton n'a pas remarqué la présence de ceux qui ont déposé ces germes, on est porté à croire. qu'us procèdent immédiatement des substances où s'était fait le dépôt.
' Il n'est personne qui soit surpris de voir des grenouiUefl sortir en masse dé la boue que le Nil laisse sur les terres qu'il arrose ; mais il n'en serait pas de même ues rats qui, atidire des anciens Égyptiens, naissaient de ce même limon. Le fait des abeilles naissant dans le corps d'un bœuf n'a d'autre garant ique l'histoire d'ArisIée ; ce <]ui est l'équivalent de rien. Quant aux mites du fromage, aux acarns des animaux, aux anguilles de la colle de farine, aux vers de la viande, tout cela n'est que le résultat du dépôt de germes imperceptibles ; et il est à remarquer du reste que chaque mère de ces petits insectes dépose ses œufs dans les substances qui conviennent pour former la nourriture de la larve : c'est ce qui explique pourquoi les mêmes insectes se trouvent exclusivement sur les' mêmes matières. L'extrême petitesse des infusoires, de ces atomes vivants que le microscope nous a révélés, et que nous trouvons pour ainsi dire partout, doit nous faire comprendre aussi comment peuvent pénétrer partout d'imjperceptibles germes.
Il n'existe aucune preuve tirée de Texpérience qui autorise ou du moins oblige à • croire au système des générations spontanées; et, au point de vue théprique, il est dépourvu de toute vraisemblance. Toutefois^ son impossibilité n'est pas démontrée non plus., Peut-être aux derniers échelons de la série animalCt la réprodoclion peut-elle se faire autrement, que par Ijss voies communeSf ainsi que Dieii était libre de l'établir.
(t) Gormptio unius est gcoeratio alterius.
l^Iais, encore une fois, ce n^cst là aucune possibilité que n'appuient ni rexperience , ni aucun argument sérieux.]
§ IX. — 57. D. Si Lucrèce extravague, cii disant que les hommes sont sortis de la terre comme les grenouilles du sédiment du NrU que penser ae ceux qui prétendent produire une nouvelle race humaine par des opérations chimiques, comme Paracelse, Corneille, Agrippa, et plusieurs chimistes mqdernes se sont glorifiés de pouvoir le faire (ij?
R. Les deux imaginations sont également ridicules, et il serait difficile de décider laquelle l'emporte en extravagance. Quand à la vertu créatrice de l'alambic, nous romar- . querohs seulement que l'auteur du Système ae la nature Va regardée lui-même comme un délire, puisqu'il n'a osé donner place à celte belle idée entre les siennes, ^ui cependant ne lui cèdent en rien, ni pour la richesse de riuvention, ni pour la merveille de Texécution ; il Ta même réfutéQ en termes exprès, en convenant que le genre humain ne pouvait se développer que dans le sein d'une femme {Tom. %pag. 162).— Fût-il vrai que Thomme
Ï>ût absolument être formé ailleurs que dans e lieu que lui a toujours marqué la nature^ on n'en pourrait conclure autre chose, sinon que le Créateur aurait donné au germe une efQcace plus étendue, et un développement moins exclusivement déterminé que les physiciens ne l'ont enseigné jusqu'ici. — Peuton s'empêcher d'admirer des hommes qui avouent, ou qui doivent avouer une ignorance parfaite en ce qui regarde la génération des êtres, et qui maleré cela étatlisscnt définitivement de nouvelles origines, et de nouveaux moyens de perpétuer les espèces? C'est raisonner sur une cnosCt et avouer en même temps qu^on n'y entend rien. On n'a vu encore aucun système sur ce sujet qui ait pu se soutenir contre les objections qu'il a fait naître, et cependant l'on dispose de tout selon ces systèn'ies : c'est-à-dire, que l'on veut créer, et qu'on n'a pas même l'idée de ce qui est crée. '
58. D; Ce nue vous dites là si généralement de la nullité des systèmes inventés pour expliquer lasuccession des êtres, est-il bien
avéré? .
R. Jamais Voltaire n'a rien écrit de si vrai que lorsqu'il assure que lesplus savants philosophes n'en savent pas plus sur cette ma-» tiire que les plus ignorants des hommes (Penséesae Y oit. ^ p. 3). •
« L'on n^ présumera pas, dit M, Bonnet, que j'aie prétendu découvrir ce mystère ; il reste encore voilé aux yeux. des plus grands physiciens » {Consid. sur les corps organ., préf. p< 1 )• Guillaume Muys, observateur appliqué et très-^ndicieux, convient également de cette obscurité et de l'impossibilité
(I) Voyez reiplicaliou et la réfulalion de celle iii&iistrueuse idée, dans le Mundus subu V part., p. 379. On peut apprendre, dans te même auteur, h connaître les fanfaronades de ces clùinisles créateurs , qui n'oni pu nous montrer encore une mouche de leur composition. P. 279 et seq.
SI
PilILOSOPUlQtE.
de la dissiper : Id unum hie mhi suffUH, qutmodi koe $emini$ ariificium esse, ut minime ofoUfigam jfuin tu, si quando ad perspieiendum vXud %ne%mhei, de wnnem mentis vim aiquê atiem intendes, quo magis ingénia rolea$, quow^ altius in idipsum descendas, eo slarius, divino a4 hoc inveniendum ingénia, ditina ad hoc efficiendum manu apus esse dîdeas ( Investigat. tab. quœ in pdriîb. musc, compon. extat Lngduni Batay. 17M. Priefat.}. Zanchi , célèbre jésaite et professeur de physique A Vienne, s'exprime de la mauière suivante : Faieri caoimur, viventium origine abscurius esse nihil, et si in cœteris omnibus infinitam ditini Àrtificis sapientiam odmiramur, in hoe certe opère meliort quœdam arcana et inexplicabiti tege aperantem illum veneremur aportet. Phys. partie, p. d&5... M. Richter, uimeux médecin de Saxe, dît la même chose dans un excellent ouvrage aU lemand, intitulé : Erkenntniss des Menschen; c. SO, D. 40. cr La merveille est impénétrable, dît un physicien français, et porte le sceau de la puissance de Dieu. Toutes les recherches des savants y ont échoué C*est
ce que nous ne savons pas, et nous osons assurer qu'on ne le saura jamais, i» Des E»^ sorts. Traité de F éducation des enfants, j9. 2... Le savant Analais, M. M'ard, après avoir refusé répigenèse, convient qu'il serait inu-^ tlle de lui substituer un autre système, parce que, dit-il, les efforts de l'homme ne oéchireront jamais le voile qui couvre ce mystère, a modem System of naiwral Historyj etc. — ' II y a trois mille ans que l'Ecriture sainte nous apprend tout ce que ees messieurs viennent de dire. 2\i formasti me, etpasuisti super me manum tuam. Mirabilis faeta est sctentia tua ex me : confortata est, et nofi potera adeam. Psal. 138..... Ignoras quaratione compingantur ossa in ventre prœgnantis ; sic nesds opéra Dei, qui fabricator est omnium ïccl. 11... Secundum altitudinem tuam mti/aplicasti fUios hominum. Psal. 11... Nescio qualiter m utero meo apparuistis. Neque enim ego spiritunf et animam aonavi vobis, et vitam, et sin^orum membre non ego ipsa eompegi; sed enim mundi Creator^ qui formavit hominis nativitatem, quique omnium invenit originem, etc. 9. Mach. 7... Vocans generationes
ab initia, ego Dominus, Is. hi De là saînt
JéWVme concluait, au quatrième siècle, qu'on ■'en saurait pas davantage au dix-huitième, et l'évéoement a vérifié son raisonnement : Causasque kujus rei, quomodo deparvulo semine et fasdissinUs initiis, tanta tel hominum fd diversarum rerum ptUchritudo nasecUur, esse obvolutas, et humanis oeulis non patercé Epbt. 4, L3,adFabiolam. -— Jfu/^tpftcomtfiî et replète terram... Cujus semen in semetipso sit sup.er terram* Gen. 1. VoilA le vrai système de la génération, et l'explication la plus claire que nous puissions en donner.
Abtigle VI. V Attraction.
59. p. L^s Nevrtoniens n^ont-ils pas prouvé «(ue la seule attraction sufBsait à la forma- !ton du monde, et qu'effectivement l'univers li*é(ait que l'effet et le résultat de l'attractien?
R. 1* Du moins làudra-t^il supposer uo Dieu qui a créé la matière atiraclive, ou bieu admettre une matière éternelle et toutes les absurdités qu'elle renferme. ^ L'attraction a-t-elle formé le monde de toute éternité , on bien depuis un oerlaii> nombre de siècles? Si vous adoptez la première de ces proposi-^ tioni , vous adoptez une succession infinie, et par conséquent une absurdité. Si vous admettez la seconde, je demande pourquoi cette attraction a été oisive durairt toute une éternité et consment elle a pu naître (1). U en faudra nécessairement reveaîr A un pre^ mier moteur et directeur de cette attraction» créatrice.
60. D. Ne peut-on pas dire que, supposé la matière et l'attraction , il n'est plus^ nécessaire de recourir à une intelligence supréms* pour expliquer les merveilles de la nature ? R. [G est absolument comme si l'on disait qu'étant donnée une horloge avec ses poid» et ses ressorts, et cette horloge étant montée,, elle peut fort bien aller toute seule, et qu'il n';^ a pas besoin d'admettre un artiste comme principe de son mouvement. Avant que cettenorioge marche toute seule, comme on dît, if faut que l'existence lui soit donnée» que ses rouages , que ses ressoHs, que tou<tcs ses pièces soient ajustées convenablement. Ainsi en est-il de la matière et de Tattraction : il faut un Dieu uni ait créé l'une , et qui ait produit et réglé Taction de l'autre.
On observera , en second lieu, oue l'existence de la matière et de toiites les forces naturelles , telles que l'attraction , suppose une action continue de la part de l'auteur et du régulateur de tontes choses. L'existence d'un être quelconque pendant un instant n'entraîne pas comme conséquence nécessaire son existence dans l'instant suivant ; autrement aucun être ne pourrait périr. De même , de ce qu'un corps marche dans une certaine direction à un certain moment de son existence , il n'en résulte pas que, dans le moment qui suit celui-lA , il doive continuer à marcher dans cette direction, ou même à marcher d'une manière quelconque. L'existence de la matière, celle de l'attraction et de toutes les lois naturelles, sont donc le fait d'une création positive et continue, le résultat d'une action permanente de la part de Dieu. Si les planètes se meuvent en vertu de raltraction, c'est qu'à chaque insUnt Dieu leur communique une impulsion dans le sens convenable. Elles marchent comme tournent les roues d'une voiture; mais il faut un moteur pour produire sans cesse cette rotation, qui s'arrêterait si le moteur cessait
de tirer
En troisième lieu , il est absurde de dire que l'attraction serait capable de construire Vunivers. Cette force est apte A produire des aeclomérations de corps ou de molécules ; mais elle est absolument impropre a donner lieu à la moindre organisation. Si , par imr-
(I) Voyw Tartlcle suivant.
|x>ssib}e, rattraction existait dans Funivérs sans Dl«u qui la gouvernât, efed^une manière tottt-à-MI indépendaBte, elte* amènerait toutes les portions de la matière à se grouper, à se toucher, A se presser et rien de plus ; c'est-à-dire qu'elle produirail précisément le chaos. Il faut qu^elle soit équilibrée on modifiée dans bien des cas par une force de projection ; celle-«t doit avoir une direction déterminée, et une direction telle, qu'il en résulte les phénomènes réguliers du monde. On voit donc ici que, lors même que l'alr^ traction serait essentielle à la matière, il faudrait bien faire la part de Dieu dans l'arrangement de l'univers. Dans d'autres cas, et même dans tous , l'attraction réciproque des molécules des corps, est balancée et modiOée par un autre principe , qui est la force expansive de la chaleur ; et ce principe n'est pas moins nécessaire au système du monde que Pallinité moléculaire elle-môme.
Enfin, quand l'attraction serait capable de produire seule les phénomènes de la nature inorganique , elle sérail absolument incompétente pour donner lieu aux corps organisés ; car les organes de ces corps sont consti-* tuésdemanièreàcxéeuter certaines fonctions; ces fonctions sont subordonnées les unes aux antres; Il y a un but, un plan , un art qui président a ce svstème , et on ne voit pas comment tout cela pourrait résulter de la simple tendance des molécules matérielles A se porter les unes vers les autres , en raison directe des masses, et inverse du quarré de la distance. Sans doute , dans l'organisation matérielle qui consiste dans telle ou telle disposition des molécules organiques, suivant le but à atteindre, l'attraction moléculaire est toujours enjeu; mais elle l'est d'une manière subordonnée; elle l'est comme instrument, et cet instrument est gouverné par l'intelligence qui le manie. L'attraction est à l'univers ce que sont à une machine les leviers et les rouages qui la composent, ou ce que fut le marteau aux mains de l'ouvrier qui Texccuta. Mais ce n'est pas le marteau qui a créé la machine; seul, le marteau ne saurait que faire ; seuls , les rouages et les che-, villes ne sauraient comment se placer-. Ainsi l'attraction n'est qu'un instrument aveugle , et l'action de cet instrument serait tout-àfait incompréfiensible, si elle n'était dirigée par la main de l'intelligence suprême.
61. D. Mais les physiciens ne considèrentfis pas l'attraction comme essentielle à la matière?
R. Il y a des physiciens qui le supposent , mais sans une ombre de raison. Leur seul motif» en effet, se tire de l'universalité de l'attraction dans l'univers ; or, de ce qu'un fait a lieu partout et toujours, il ne s'ensuit pas qu'il existe nécessairement £t il en est de toutes les lois naturelles comme de l'atitraction. Les Philosophes qui croient à l'éternité et à la nécessité de ces lois naturelles, font un acte de foi ; mais eette foi est absurde, parce qu'elle est sans fondement. Ils croient parce que cela leur plaît à croire ; et voilà tout. Au contraire, les esprits raisonnables i
qui voient dans les lois çaturellos une institution divine , comprennent la raison d'être et la généralité de ces lois ; si elles rèenent
, , ^.. ^«„„,.,.„u» v»uv%Buc M eue»
en particulier, on reconnaît aisément le rôlcj qu'elle joue dans l'œuvre générale.
Enfin , quand bien même les philosophes qui défendent la nécessité de l'attraction parviendraient à rendre soutenable leur absurde système , on ne voit vraiment pas ce qu'ils y gagneraient. Car nous avons montré que l'attraction seule produirait le chaos; qu'elle est incapable d'organiser Tunivers, et que son rôle dans l'ensemble s'exerce concurremment avec d'autres principes dont il faudrait également prouver la nécessité.
Mais , dans aucun cas , ni l'attraction ni ces autres principes qui coopèrent avec elles, ne sauraient rendre raison des phénomènes de la nature organique. C'est là surtout qu'il est impossible de se passer d'une inteuigence pour qui toutes les lois de la nature ne sont que des instruments, et des instruments quelle a faits.]
Article VII. Eternité du monde;
62. D. Ne serait-il pas expédient de substituer à tous ces systèmes ruineux une suppo- ^Tilion simple, savoir, réternité du monde, et une succession infinie d'êtres qui se sont produits les uns les autres?
H. Cette succession infinie serait d'une très-grande simplicité, mais d*une^ absurdité plus grande encore.
63. D. Ne s'cst-il pas trouvé des Théologiens qui l'ont cru possible , et qui ont soutenu que Dieu pouvait créer un monde de toute éternité ?
U. Ces Théologiens avec de fort bonnes intentions faisaient de fort mauvais raisonnements. S'ils avaient considéré, 1*" que tout ce qui est créé passe essentiellement du néant à l'être, ils auraient conclu que tout ce qui est créé n'a point été toujours. 2" S'ils avaient bien conçu la nature d'une succession éternelle , ils n'en auraient jamais affirme la possibilité. Au reste ces .messieurs ne raisonnaient ainsi qu'en professant l'existence d'un Etre créateur, et U ur sentiment ne peut favoriser les Athées (1).
64 D. Si une succession (éternelle de générations futures n'est point impossible , pourquoi une succession de générations passées le serait-elle?
K. H n'y a point de comparaison à faire entre les générations passés et les générations futures, (.a succession future ne finirait jamais , et les honimes qui doivent la
(1) Nous .ivons déjà dll plus h:iul noire senliinenl sur celte opinion. Ce qu*en dit ici |*auteur est assez inirilelligible , et ne détruit pas les considëraiions décisives que * nous avons données en faveur de la création du monde ab œterno. Au reste rautéiir a raison de faire remarquer que cette opinion, bien comprise, ne donne absolument aucun avantage aux Alliées. (L. D.)
Cl t»lilLOSOPRIQUfi.
composer n*aiiroiit jamais existé loi» : sans qaoi cette sncc^sioii fiairait et ne fiolraii pas. Mais si cette snccession est passée, tous les hommes qui la composent ont existé : je les suppose donc rassemblés. Yoîii un nombre qui tic peut croître^ ni décroître y puisqu'il est irifini : cependant on pourrait y ajouter les hommes de Tannée actuelle , cl
ijouter
par Util y aurait quelque augmentation, sans doute. D*aiileurâ , chaque homme ayant deux yeux et deux bras, le nombre infini d^yenx et de bras serait plus grand que le nombre infini d*hommes. Il eu est de même d une succession infinie d^années ; le nombre des mois , des jours , des heures , surpasserait le nombre infini des années , ce qui est ftbsurde et chimérique (ij. Aussi les Philosophes les oins égarés aans le système du monde ne Vont jamais cru étemel (2] ; ils ont senti les contradictions que celte opinion renfermait , et les ont rejetées pour en subslituer d^aulres. Il n*y a ^ne Spmosa et quelques antres Athées qui se soient arrêtes au galimatias des éternités et des infinités.
65. D. Ne peut-on pas faire sur cette suc-* cession étemelle une réflexion plus* simple et plus à portée de ceux qui n'aiment pas à raHojnnersur Tinfini?
R. 'Kn Toici une qui parait devoir contenter tous les esprits dans cette succession prétendue éternelle de générations passées , et que je suppose aujourd'hui assemblées (car tout ce qui a existé peut être supposé exister rncore) : Tous les hommes ont eu un père ou non : si fous ont eu un père , il faut qu'un 9oil père de lui-même, ou que deux soient pèreTun de Fantre. S'il y en a un qui n'ait point de père, c'est lui évidemment qui* a commencé la snccession ; où il y a un commencement déterminé , il n'y a point d'éternité.
66. D. Cette réflexion, qui est victorieuse à l'égard des générations éternelles , ne peutelle pas s'étendre à tous les êtres qui existent?
R. Sans doute. Comme il ne se* peut faire que fous les hommes aient un père , ou qu'il n*y ait pas'nn homme qui soit père sans être fils, de même ilest^bsolument impossibleque toutes les causes , sans exception , aient une cause, on qu'il n'y ait point au moins un être qoi soi! cause , sans être l'effet d'une cause ultérieure ; car, dans l'un et l'autre cas, c'est
(I) Ce raisonnemeril semblera pca concluant ans maihérnaiicfens qtf) sont familiarisés avec les infinis nraliiples. 11 est d^ailleors évîdenl qu'on pourrait argunenter de la sorte et sans changer qii seul mot « eoiiUe réternité elle-même. Le raispnnemeni du n* qai SQîl, esc préférable de tous points. ih, D.)
{%) Lucrèce regardait rëlernilë du monde comme mo chiifière gni ne pouvait même se soutenir coutre les preaves hislpriques :
Prœlerea^ d mdla fuù genitaSs orvfo Terranan et cœfi, nemperque œtérna fuere, Cwr VKffu Mhan Thebanvmeî funera Troîœ iVOR abn M qwoque re$ eeàmre poetœ !
La fin da monde lui paraissait également inconies* bille :
waàHmm qmtim unançr. codkf» fiuufum.
la mémo raison : il y a une connexion, une relation aussi essentielle entre ia cause et l'effet, qu'entre le père et le Cls. Cela est évident D'où je conclus que, quelque longue que l'on suppose la chaîne de ces causes successives, il f^dra toujours en revenir à une cause qui n'ait point de cause; autrement il faudrait que dans cette succession de causes il s'en trouvât une qui fn< cause d'elle-même, ou deux qui fusscnl causes l'une de l'autre, ou du moins une oui fût l'effet du néant. ^ ;
Article VIII. Causes finales.
§ I. — 67- D. Si des Newtoniens ont abus^ de l'attraction et de quelques opinions à la mode, pour insulter la religion, peut-ôn dirj la même chose de NcTvtpn leur maître?
U. Ce célèbre Physicien a toujours conservé le plus grand respect pour la Divinité, que l'étude de la nature lui découvrait partout.
68. D. Quel argument croyait-il le plus propre à démontrer invinciblement l'existence d'un Créateur sage et tout-puissant ?
R. Celui des causes Cnaies qu'il puisait dans les moindres détails de la nature. 11 ne croyait pas qu'il fût possible qu'un homme sensé n'y découvrit le dessein de l'ouvrier, et ne fût persuadé de la destination de tant de choses qui portent si clairement Tem^ preinte de leur Usage et de leur On... Mais si toutes les opérations de la nature ont un but, la nature entière et la totalité des êtres ne seront-elles destinées à rien? L'âme de l'homme , le chef-d'œuvre et la maîtresse de l'univers, n'aura-t-elle d'autre destination que le néant (1) ? Cette seule réflexion , bien approfondie^ suffit pour faire évanouir tdts les fantômes de l'Athéisme.
69. D. N'y a t-il pas eu des philosophes qui ont nié les causes Anales , qui ont regardé comme un esprit faible l'Auteur du 5pec^ttc/e (ftf /a nature , qui les a si bien démontrées (2) ? N'a-t-on pas nommé Causes-^ finaliers ceux qui*, pensent que la nature n'agit point en aveugle (3) ?
K. Nous rapporterons les paroles d'un homme qui n'est pas ami de lenteur dont vous parlez, et que les Philosophes modernes écoutent volontiers : « Des géomètres non « Philosophes ont rejeté les causes finales ; « mais les vrais Philosophes les adhieltenl; « et, comme l'a dit un auteur connu, un « catéchisme annonce Dieu aux enfants, et « Newton le démontre aux sages... Le des** a sein , ou plutôt les desseins variés A rin«* a fini, -qui éclatent dans les plus vastes et « dans les plus petites parties de l'univers , « sont une démonstration, qui , à force d'être
(1) Numquid emm vane consiiiuM omnes film hominum î Ps. 88.
(2) On peut voir encore la Théotogie phygique de Derliam. La Haye, 1740.
(5) On conviendra sans doute que celte question de (^auteur est au moins singulière. — On a sippctlé causer- finalien les partisans des causes tlnates l A quoi revient cette remarque qui semble ndse là eo manière d'ob«cction ? (L. D.)
IQ
CÀTÊCIIISMfi
« sensible , en est presone méprisée par « .quelques Philosophes. Mais enn Newton « pensait que cesrapportsinfinis , au*il aper« « cevait plus çu*un autre, était Vouvragcf c d'un artisan infiniment habile... Il parait € quMl faut être forcené pour nier que les es- K tomacs sont faits pour digérer, les yeux «pourvoir, les oreilles pour entendre (1). « D'un autre cAté, il faut avoir un étrange « amour des causes Ihiales, pour assurer « que la pierre a été formée pour bâtir des k maisons (2) , et que les vers à soie sont « nés à la Chine, pour aue nous ayons du m satin en Europe. Quana les effets sont in- « varîablement les mêmes en tous temps, « quand ces effets uniformes sont indépen- « dants des êtres auxquels ils appartiennent, « il y a visiblement une cause finale » (P«n^ sées de Voltaire, ipari.,p. 8, 11. 21). -Bayle
(1) Ce serait une injiisiice révoltante de compter parmi ces forcent le célèbre M. de Biiiïon. L*éluigneroentqu^il témoigne guelquefois des observations fondées sur les causes finales , est plutôt une espèce de distraction qu*ufl système bien aifermî et b(en conséquent. C'est peut-être, pour mieux distinguer son ouvrage de celui de Tabbé P. qu'il a cru devoir n'envisager pas toujours lebul du Créateur. 11 y a cent endroits clans vRttime uatvetU^ où Tauteur aban« domie en qtielque sorte les matériaux et le mécanisme des choses, pour n'en considérer aue le résultat et rusage. Il ûécomre les causes finales dans les vues méflMS qui semblent les plus propres à les affaiblir, telles que les irrégularité de la surface et do Tintérieur du globe : c ne nous pressons pas de prononcer c sur l'irrégularité que nous voyons sur la surface de 'c la terre, et sur le désordre apparent qui se trouve c dans son int^ienr; car nou« en reconnaîtrons bien- I tôt ruiiliié, et méuie la nécessité, i
(i) L^amour des causes finales poussé à ce point ne serait pas si étrange. Les Philosophes, qui veulent bien croire que Dieu a dimné à Thomme des yeux pour voir et des dents pour manger , pourraient admettre également, sans trop compromettre leur philosophie, que Dieu n*a pas fait Thomme uniquement pour manger et voir ce qui Tentoure , sans se mettre en rapport avec tous les êtres environnants, et parti* ciilièrement avec les autres hommes. En un mot, il a voulu qu*îl existât une société humaine et non de sioM pies individiis isolés et sauvages ; il a voulu par consé<|uent le développiement de toutes les facultés et de rindusirie de Thomme ; et ce développement serait même nécessaire au moins en partie à rexi!»tence matérielle. Donc Dieu a dft lui fournir les moyens de pourvoir h tous ses besoins; il a dû lui mettre sous la main, en Iiii laissant le soin de les exploiter, tous les tnstroments, tous les matériaux qui lui étaient nécessaires pour se vêtir, se couvrir, se mettre à Tabri des injures de Tair, et bien d'autres choses encore. Donc, puisque Tbommen^a pas la puissance de créer. Il a bien fallu que Dieu dépos&t à la surface ou dans le sein de la terre, le bois, les métaux, la pierre, la briqiue... en lui en laissant la préparation. Comme il n*est pas donné Si Thomine de tirer du néant les habits dont il a besoin, Dieu a dû mettre quelque part de là laine, du chanvre, du coton, et mémcde la soie; et si Ton veut bien lui -permettre de faire croître la laine sur le dos de nos brebis , il n*y a pas de raison suffisante pour lui interdire de confier à un insecte la fabrication d'une matière propre aussi à faire des tissus. Enfin il est une foule de choses qu'il est permis de croire destinées à Pusage que Thommc en fait, toutes les fois que cet usage est raisonnable, ou qn*eUes ne trouvent pas ua emploi d'im onlre plus ImporUut ou plus élevé. (L. D.)
iTom. 3, Çanti»* de$ ptn»ie$ dtv., p. 340 ) isait que les causes finales et révidence d'un dessein étaient métapèjrsiquement parlant, Tendroit le plus faible de 1* Athéisme, un écueil dont il ne pouvait se tirer. — Ego 8wi\ alpha et oméga, principium et finis [Apoc.i). Voilà la cause eAicieiite et la cause finale de tous les êtres et le tombeau de toute philosophie insensée.
70. D. Pour démontrer une cause finale et un dessein marqué dans Texécution d'un ouvrage, n'est-il point nécessaire de prouver que, relativement à telle fin, la chose n*eiit pu s'exécuter d'une manière plus heureuse f et que tout autre moyen eût mal réussit
R. 1* 11 suffit que ce moyen soit bien conduit, cxLécuté avec sagesse , etc[ue ses effets nous marquent des vues multipliées , pour ne pas douter qu'il ne soit le choix d'une in» telligence opératrice. Ainsi, quoique Dieu eût pu produire, dans les hommes, le sens de la vue par différentes voies . il n'en est pas moins évident que l'oeil est fait pour voir.
2* Dans bien des ouvrages de la création , il n'y appoint d'alternative Cfui aurait rempli le but que Djcu envisageait. Par exemple , entre toutes les distances possibles ou la terre pouvait être fixée relativement an so* leil, elle se trouve placée dans le degré d'éloignement le mieux calculé pour assortir aux besoins des êtres qui l'habitent les in«fluenccs favorables de l'astre lumineux et échauffant : son aspect , par rapport au so— leil, pouvait être varié à Tinfini; et cependant la terre se trouve avoir reçu le plus convenable , pour que , par le cnang emeût des saisons , le plus grand nombre des climats pût être habité (l). — De tous les cours possibles , la lune tient celui qui est le plus avantaeeux à la terre (2) ; sa distance est « entre plusieurs mesures également possibles, fixée précisément à celle qui fait que , par sa
Ï>ression sur les mers , les eaux qu'elles renérment sont maintenues dans ce mouvement perpétuel d'abaissement et d'élévation invariablement limité, et reconnu si utile pour prévenir leur corruption. Même proportion convenable est observée entre la surface des eaux et celle des terres, pour que les vapeurs qui s'élèvent produisent, dans la quantité nécessaire , les pluies , les fontaines et les fleuves dont la terre a besoin pour fertiliser ses campagnes , sans les exposer à des inoadations destructives , ou à des sécheresses funestes aux êtres vivants. — Le monde ne subsisterait pas sans le feu , sans les vents , les eaux, la salure et l'agitation de la mer, etc. — La société serait anéantie par Tu* niformité des physionomies humaines (S)^ etc.
(1) Voyez Th. Brown, Erreurs pop.^ U % p* lii. — Kirch. M. su6f., i pirt. l. 2, cap. 6« — Derham, TheoL astron,^ p. 148.
(2) Voyez les notes de Godsched, sur la dissert, de Fontciielle : Lexislence de Dieu démontrée par /ea brutes. Note dernière.
(3) On trouvera cette réflexion exposée avec autant <le solidité que d*élégance, dans les opuscules du P. Lessins. De Prov. Num. Raîio.l, — Mahomet Ta en* \ is:igée comme une preuve palpsbie de rexisteace de
PIHLOSOPIUQUK.
On ne flairait pas à faire Ténamération dos cas où Ton ne voit ni on mieux ni un éguivaleni. En voici deux, dans une matière moins essentielle , mais peut-Atre plus sen^ sible. Entre loutes les couleurs , la ycrte est échue aux arbres et à presque loutes les plantes. Qu^on suppose un moment les plantes rouges, jaunes, blanches, etc., on trouvera que. ces couleurs ne leur conviennent pas, qu'elles altéreraient la beauté de la terre, qu*ellesôteraienttouiragrémentde la nature véffétante , que les leurs perdraient leurs grâces » etc. ; la seule couleur verte parait propre à exprimer la reviviscence de la nature , à contraster heureusement avec les fleurs et les- fruits , à flatter et à réjouir l'œil de rhommc« à ne point faire sentir Tuniformité qu'une couleur répandue partout ne peut manquer de faire naître, comme nous ne le sentons que trop quand la terre est longtemps couverte de neige (I). — Il en est de même de l'azur des cieux. Dieu aurait pu rembrunir ou noircir cette voûte; mais le noir est une couleur lugubre qui eût attristé toute la nature. Le rouge et le blanc n'y convenaient pas davantage, l'éclat en aurait offensé tous les yeux. Le jaune est réservé pour l'aurore : d'ailleurs une voûte entière de cette couleur n'aurait pas été assez détachée des astres qu'on devait y voir rouler. Le vert ^ avec beaucoup de sympathie et d*agrément pour nos yeux, aurait à la vérité
Îirâoit tout le relief nécessaire : mdis c'est ^aimable couleur dont Dieu a paré notre demeure, c'est le tapis qu'il a étendu sous nos pieds. Le bleu, sans tristesse et sans rudesse, a encore le mérite de trancher heureusement sur la couleur des astres, et de les relever tous. 3r En faisant des suppositions contraires à l'état actuel de la nature , il n'est pas possible que nous découvrions tous les inconvénients qui en résulteraient. Il en naîtrait sans nombre dans ce que nous regardons
Emt-étre comme une amélioration désirable, ans les arts qpue nous ne connaissons pas parfartement , il nous arrive tous les jours de donner des avis dont Texécution aurait les suites les plus fâcheuses. C'est la fable du Gland et de la Ciirouille ( La Fontaine, I. 9, fab. h). Il y a mille choses que nous regardons comme indifl'érentes , dont nous sentirions l'importance et la nécessité si elles cessaient d'être. 11 faut donc convenir que les causes finales sont bien marquées- dans la création et la conservation du monde ; dans plusieurs cas , nous voyons évidemment qu'on ne pion vailles exprimer avec plus de sagesse; et dans aucun cas nous ne voyons le moyen de les exprimer mieux. ' \ f 11.-- 71. D. Les défenseurs des causies fi-
Dieii. Sara, de Grœd$, p. 270, trad. de da Rier, 1611. — Incrédule dés-nbciFé, par Glrardin, L 2» p. 144. (1) La eonleur verte est fomnellemeiU exprimée dans Tordre donné à la lerre de produire des vëgélanz : Germinet terra herbam tirentem* Gen. i . Celle rooleor esi tellement attachée aux plantes, qu'elle ne tient k aueone autre espèce d'êtres qui soit fort étendue. I«e8 antres couleurs s'attachent à mille objets diffirents.
nales ne semblent-ils pas établir que tout est fait pour l'homme , quoiqu'il paraisse certain que bien des êtres n'ont aucun rapport à nous?
K. !•. De ce qu'il y a des choses qui se rapportcntévidemment à l'homme il ne s'ensuit pas que tout soit uniquement destiné à ses besoins ou à ses plaisirs. Le Créateur a pu sans doute pour sa gloire (1), et pour étaler la fécondité de sa sagesse et de sa puissance , faire de grands et de beaux ouvraffes, sans aucun rapport direct à l'homme ni a aucune créature raisonnable. C'est le sentiment de saint Augustin , de saint Thomas, dePétau,de Lelbnitz-; etc. Un Philosophe, qui a cherché d'autres mondes et d'autres hommes pour remplir le but de la création, a lui-même reconnu ses torts , et désavoué les recherches d'une imagination égarée «Dieu, dit-il, est lui- « même le spectateur des ouvrages qu'il a c( créés (2J. £t qui peut douter que celui « qui a lait les yeux ne voie fort clair, et « qu'il n'y prenne plaisir? Qu'on ne de- « mande rien de plus. N'est-ce pas pour « cela qu'il a créé les hommes et tout ce qui « est contenu dans l'univers (3) ? » — Avant la création de l'homme , Dieu se plaisait dans ses ouvrages : VidU Deus lucem, quod etset bona. Gen. 1 , vers. 3. VidU Deus, quod es^ setbonum. Vers. 10, 12, 18, âl, 25. Vidit Deus cuncta quœ fecerat , et erant talde bona. Vers. 31. Cette répétition est remarquable. Les créatures dénuées de raison rendent à Dieu un hommage qu'il ne méconnaît pas (&}, et qu'il envisage avec complaisance.
â**. Il est certain, par le fait, que Dieu a voulu rendre notre intelligeuce spectatrice de ses merveilles , et rendre ses ouvrages tributaires du besoin , du génie et du plaisir de rhomme. De tous les êtres que nous connaissons , y en art-il quelqu'un avec lequel la nature semble avoir une relation plus marquée qu'avec les besoins de Thommc ? En est-il un seul qui possède , aussi parfaitement que l'homme, le talent de s'en approprier toutes les (parties? Puisque le Créateur n'a point agi au hasard, mais avec intelliffence et avec dessein, il a donc voulu que Tes choses fussent telles qu'elles sont en effet. C'est lui qui a donné cette pro-^ priété à l'homme ; et il est vrai de dire qu^il a destiné à l'usage de Thomme les cf^oses que celui-ci fait réellement servir à son usage , sur lesquelles il exerce une espèce
(fl) Vtâvena oropUr semetipsum operaïusett Domi» nairProv. 16, 4.
(^) Lœtabitur Dominui in eperibm êuit, Ps. 103.
(3) Huygens, PluraUté des mondes^ chap. 8.
(4) Benedieiu suIUb eœli Donùno.,. Benedieite rotucres cœli Domino,., omnia animmnHa... mêmes et colles. Dan. 5.— S(eto aalcm dederunt Uunen in ewto^ dits suis, et lœlatœ ssmt; vœatœ nmi, et dixerunt : Adsumus ; et luxertmt d cum jueundUate. Banicb. 3* -^Êf onmem creaturam quas in ecslo est, et supm' ter» ram, et sut terra; et qwB sant in mari^ et tuk eo; omnee audivi dicentes : Sedentî in throno et Agno^ benedietiOf et honor, et gloria^ et potestas in sœcula sœcuiorufiu Apoc. 5. . "
CATËCtlISMfc
es
de domaine; cl Von ne peut disconvenir (|ae ce domaine ne soit fort étendu. Doué d un entendement capable des plus grandes découvertes, d^une volonté libre qui me met en état de diriger à mon gré mes actions, sans obéir servilement à un ^aveugle instinct, je domine sur toutes choses, je rapporte tout â mon usage; et tout eneffc^, depuis le cèdre jusqu'à l'herbe des prés , depuis réléphant jusqu'au ver à soie, parait n'avoir été fait que pour moi. Le cep ressent-il le plaisir d'etislcr? La fleur s'applandil-ellc des couleurs qui la parent? Le ver à soie trouve-t-il dans son flocon autre chose que sa prison? Le diamant, sans moi, reste confondu dans le sable; les métaux ne font que grossir la masse des montagnes ; et , dans cette miûtitude d'êtres vivants , la beauté de Tunivers serait sans témoin, si. mon âme, qui la sent , ne lui payait pas l'hommage de son admiration. Quel animal, en fait de jouissance , a été plus favorisé que Thomme? Quel autre que lui admire le firmament , distingue le coloris et la forme agréable des corps , sent les fleurs , respire les parfums , connaît les différentes inflexions de la voix, s*émeut au son de la musique, est profondément touché des moindres nuances de la Ïioésie, de l'éloquence et de la peinture, suit es calculs de l'algèbre ,- et s'enibnce dans les profondeurs de la géométrie, etc. ? Celui qui a dit que l'homme est un abrégé de Tunivers, a dit une grande et belle chose. L'homme parait lié à tout ce qui existe. m L'homrne, fait pour adorer le Créateur, dit « M. de Buffon ( T. 12 , pag. 11), commande « i toutes les créatures. Vassal du ciel, roi « de U terre , il l'ennoblit [ la peuple et l*enc richit. Il embellit la nature même; il la m cultive , rétend et la polit , en élague le « chardon et la ronce , y multiplie le raisin « et la rose. » A ce beau passage , on peut en ajouter un autre du philosophe de Genève : « Quel être ici-bas , hors l'homme , sait ob^ « server ions les autres , mesurer, calculer, « phivoir leurs mouvements , leurs effets , et « loindre, pour ainsi dire, le sentiment de « l'existence commune à celui de son exis- « tence individuelle (Emile, 1. 3, p. 64) ? qu j « a-t-il de si ridicule à penser que tout est fait m pour moi , si je suis le seul qui sache tout « rapporter A' lui? Il est donc vrai ^ue « l'homme est le roi de U terre qu'il habite; « car, non seulement il dompte tous les «animaux, non seulement il dispose des « éléments par son industrie , mais lui seul « sur la terre en sait disposer ; et il s'appro- « prie encore , par la contemplation , les as* « ,tres mêmes dont Une peut approcher. »
ST. La chaîne indissoluble des êtres atta-» ehe les choses les plus viles aux plus prc-^ cieuses , les plus indifférentes ( s'il y ^n a ). aux plus nécessaires. Le p^bfpe au fond de$ tquXp dit un physicien célèbre «(i^onfiel), iieni àSyrius au plus haut des deux (1).
(i) En rendant justice aux talents de M. Bonnei, el ta cilani avec âoge sa Contemplation de la nature , ei SCS ConsidérfUioni sur les corps organlêés^ iiuitô
Bien des êtres qui ne semblent pas faits pour rhomme, tiennent i ceux qui paraissent évidemment faits pour sOn servi-ce , et ceux-ci ne sauraient subsister sans ceux-là.
72. D. A auoi sert ce nombre prodigieux d'insectes , aont plusieurs ne paraissent qu'à l'aide du nlicroscope (I)? Pourquoi ces globes immenses, que le télescope ne nous montre que comme des points?
R. « N'en doutons pas (poursuit l'auteur « aue je viens de citer, et qui en cela est « d*accordavec tous les Philosophes sensés), « rintelligcnce suprême a lié si étroitement « toutes Tes parties de son ouvrage, qu'il c( n'en est aucune qui. n'ait des rapports a avec tout le système. Dn champignon, une « mite, y entrent aussi essentieHement que « le cèdre et l'éléphant. Ainsi ces petites « productions ne sont pas des grains âë « poussière sur les roues de la machine du » monde , ce sont de petites roues qui s'en- « gèinent dans les autres. Chaque être a « son activité propre, dont la sphère a été « déterminée par le rang qu'il devait tenir « dans l'univers. Une mite est un très-petit « mobile , qui conspire . avec des mobiles « dont l'activité s'étend à de plus' grandes » distances : les sphères s'élargissant ainsi « de plus en plus , cette merveilleuse pro- « grcssion s'élève de la sphère de la mite à « celle du soleil ^l Bonnet , Contemplât, dé la nature, t, 1, ch, 7 )• L'univers, dit un au-^ tre, résulte indi visiblement de tous les êtres qu*il renferme; les petits comme 1rs grands tienpcnt leur place dans le plan du Créateur; tout y est lié par des anneaux sans nombre, et par des nuances imperceptibles en elles-» mêmes , mais très-sensibles dans leurs pro-»
Srès, et très-importantes par leur dépen-^ ance mutuelle (2).
73 D. Cette observation , quoique très-' juste i pourrait n'être point du goût de tous les esprits : n'en avex-rous pas une plus simple sur ces insectes que le vulgaire croit inutiles au monde?
R. Les petits insectes en nourrissent de plus grands , ceux-ci nourrissent des poissons , des oiseaux , etc. , qui nourrissent l'homme. — « Les animaux qui multiplient « prodigieusement, comme certains insectes, « ont peut-être pour principal but de meta-
ne prétendoospas adopter ses opinions sîngiiUères, ni approuver renihouslasine qui recne dans sa Palingé" ném et quelques autres de ses to-iis. S*il est demi* Bonnable d*estîmer tout dans un auiear, parce quSl aura dit d*6xoellentes choses, il ne IVst ^tas moins de n'y estimer rien, parce que tout n*y est pas estimable.
(1) Il n'y a pas jusqu'aux microscopîsles qui n'aient prétendu tirer de leurs dëaïuverles des principes d^aibéisme. Ccstnsecics fHVf<i6/et leur semblaient former un argiimcHl redoutable ; il y a plus de dix«hmt cents ans que saint Paul y a répondu : Non est uUa creatura învisifnlii imconspectit ejvs. Heb. 4,15.
(2) ineontpnehentibiti dhlnœ saptenths ordlnafhns factuin est , ut nullum^ qnOniumtis e^le eorpusculum sit, quod non in totius umtutem cenftua, atque in uni" versant mundi eonsehmthnem con$ptrei/K^ llin. cxuu in lunam.
• morphoser one quantité considérable de o matière à Tasàge de dilTérenls composés. » C'est par là qac les matières les pins viles
• donnent naissance aux plus riclies pro*o ducUons» du sein de la ponrritare sort la
• plus belle fleur on le fruit le plus exquis , « etc. » Contentât, de la nature., t. 1 , p^ 123. — <t L -homme est conduit à Tauteur 9 de I^univers par le Gl de la chenille, et 9 il admire, dans la Tariélé des moyens 9 et dans leur tendance an même but , la fé- 9 condité et la sagesse de rintelligence 9 ordonnatrice. » Ibtd., t. 2, p. 169. De là ces deux yers si connus :
tMdit in e^àgvis Affina poumiaretiu :
Maximuê in tnuikmi cemlur esse Deus.
H, D. La plupart de ces réflexions se vérifient sans doute à regard des plantes?
[R. Cela est vrai : et il ii*en est aucune peutêtre qui n'ait un tAIc spécial dans le mécanisme de ^univers, n'eût-elle pour destination que d'être la nourriture ^e ^fuelque insecte. Mais indépendanfment des services très-directs que nous rendent une foule de plantes , les végétaux remplissent une fonction du plus haut intérêt, à laquelle concourent les herbes en apparence les plus inutiles. Les parties vertes des plantes, décomposent sous l'influence des rayons solaires, l'acide carbonique que Tathmosphère contient dans les régions basses. Ce gaz qui est le produit constant de toutes les décompositions et combustions végétales , et celui de la respiration de tous les animaux, est Tersé dans l'atmosphère ' par torrents : et oorame il est par lui-même irrespirable, et duMI se forme aux dépens de Toxigène de ratr, il s'ensuit que Pair deviendrait luimême en peu de temps impropre à entretenir , la vie. Les plantes décomposeront donc le gaz acide carbonique , s'assimileront son carbone» et restitueront A l'air l'oxigène qu!U avait perdu. Alors même que l'hiver suspend toute végétation dans nos climats, les vents entraînent l'acide carboniaue dans des contrées, ou le sol est couvert de végétaux en plein feuillage; et c'est laque la décomposition s'opère. Ainsi» à ne considérer que cette fonction des végétaux, Il n'est pas une seule feuille d*herbe dont on puisse aire qu'elle est inutile.]
i UL —76. D. D'où vient que, dans cette multitude d'êtres utiles à l'homme , il s'en trouve qui lui nuisent , ou qui l'incommodent . -
R. La force et le génie de l'homme ont plus d'étendue que tous les êtres qui semblent combattre son domaine. C'est à tort qu'il se plaindrait de la nécessité d'être actif et laborieux. Ce serait renoncer à ses plus beaux titres et aux qualités les plus nécessaires à son état actuel. Due vie molle et oiseuse anéantirait sa dignité j et ferait germer dans son flme des viceà monstrueux. Des poètes païens ont reconnu cette vérité (1) ; il n'y a
(1 )..••.• cym acuene merialia corthy
liée lorpere gravi poÊOU sw re§iiateiemû.^,
Catéch. Philos. L
que des hommes amollis, et déjà corrompus par une vie oisive, qui poissent la contester (1).
76. D. Les saints Pères et les Théologiens n'ont-ils pas fait d'autres réflf>xions sur ce sujet?
11. Ils en ont fait un très-grand nombre ; mais comme la plupart sont fondées sur le dogme du péché origmcl et sur la révolution arrivée dans toute la nature, nous n'anticiperons pas sur une matière dont la discussion se présentera plus tard. S. Augustin observait que la vexation que Thommc éprouvait de la part des créatures l'empêchait de fixer ses désirs sur la terre, et de perdre do vue la patrie qui l'attend pour oénouiller son bonheur de tout mélange. — • Voici la pensée d'un auteur connu, sur les vers qui ont alarmé, il y a quelques années, une puissante républiçiue : a Ainsi ces vaisseaux « formidables qui portent des armées en- « tières, qui vomissent le feu de toutes parts, d et qui paraissent être la gloire et la sûref té de rétat, redoutent eux-mêmes la mor- « sure d'un faible animal. Dieu n'emploir
^ déjà remarqué qui de l'homme tirait le bien du mal, qu'elle changeait le poison en antidote , et que les choses regardées comme pernicieuses devenaient des richesses sous la main du génie.
§ IV. —77. D. Ce que vous avez dit de la chaîne des êtres etdnrésultat indivisible de la création n'a-t-il pas lien particulièrement à l'égard des astres?
H. Presque tous les philosophes ont en-soigné que l'univers ne pouvait subsister un moment si une seule planète venait A se perdre (2). Dans le sentiment des Nevtoniens,qui font dépendre le monde d'un équilibre parfait, entretenu par des attractions mesurées et compensées avec une Justesse admirable, la chose est évidente. « Tant que les mouvements des planètes et des comètes,
3 ni pèsent sur le soleil en circulant autour u ciel , dureront , il brillera et remplira de sa splendeur toutes les sphères du monde... Cette source féconde de lumière et de vienne tarira, ne s'épuisera jamais, parce que dans, un système où tout s'attire rien ne peut se perdre ni s'éloigner sans retour » (Éuffon, ni$i. nai., t, 12, p. 6, 7). « C'est du sein même du mouvement aue naît réquilibro des mondes et le repos Je l'univers » (Ibid., 1. 12, p. 5). « Ces secousses de la nature, l'absence de la lune, la présence d'une nou-^ velle planète , dont le moindre eflfet serait la
lUê mahm virus serpenHH» addklU atèis, Prœdarique hrpM jiiifil, pontumaue nuniei »../.. vt varias ueus meéiumdo exUmàeret artes,
(/ Ceorg),
li) i Bénissons, dit iia,pliilosoplie, la n^cessiië f d*ètre vigilani, aciif, indaslrieux; bénissons le c travail pour lequel rhomme est né, qui est le con- I servateur'de nnnooence comme le consolateur cia c la vie. >
(3) Tôiie UHU3U , mundum in nUnam duteris. ltin« eUat. C.8» .y
(Trois.)
CATÉCIIISNE
çalatirophe dn momie «(/biV., (om. i, />. 98). Mais, îndépcndnmiYiont dti Ncwtonianfsme , il est naturel de regarder le monde comme un cofps qui ne peut subsister sans toutes fies parties; on Ta regardé comme tel dans 'tous les temps. L'antiquité disait que Tassi'mblagc des corps célestes était un tout aus- ^i lié, aussi simple, aussi indirisible dans le ^^setn dû Créateur, que les parties du corps dé Vhomme (I). Un idiot ne connaît pas la fin de toutes les roues et des poids d'une horloge t rhorloge pedWelIc subsister sans la collection la plus entière, Tarrangemcnt le plus juste de ses parties (2)?
78. D. Outre le concours de tous ces globes à rorganîsation de la machine du monde, n'ont-ils pas quelque destination partiruilère?
R. Les planètes , de concert avec les étoiles, sont la mesure du temps (3). La navigatlea ne peut subsister sans les étoiles : quelle obligation n'a-t-elle pas à la seule étoile polaire T^ans les rapports de la terre avec les astres la géo^rapVie serait anéantie, la terre no serait qu'une grande plage en* trecoupée de montagnes, de vallées et de rivière» t c'est tout ce qu'on en pourrait «ire {k).
l*ir ail ordre ooDStant Ils marqueut les ctimais, Le règno des téphira, l'ompire des firhnâU; Du voyageur Us soai la guides *.
(i) caitim ac terrai^ eampouiue tkfMmàa,
Luemtemquê globun ftour, TUiadaque attra Spiritui ôiUff alit ; Mmique infma per anus iiem agitai tnoUm, el magno te corpore nuscet.
(i£itdii.60
. ()) Cette idée, très-pliilosopbiqne d^ailleurs, n*est fependani pas démontrée, et cllepourraiiéirc faus^. Il y a des planètes, telles qu'Uranus par exemple^ • et sortout ses satellites, dont il ne semble pas que fexistence importe au système général de l*univers : les comètes paraissent encore moins indispensables. 6r sait que de temps à autre, il nall des étoiles ; si elles ne se forment pas subitement toujours est-il 4|u*ellcs apparaissent subiiemciit, et au^elles se dissipent ou semblent se dissiper en peu de temps ; d^oil < il résulte que leurs rapports avec les autres étoiles sont grandement changes, sans que Pnnivers se détraque pour cela. J)e plus 11 esc ccrlaîn que beauconp d*etolles sont douées d'un mouvement trôs-raplJe que leur immense éloigneiuent rend d'ailleurs peu sensible. Or , si tant de millions, tant de mil-, llards de ces cor|>s ciiangent contliiuellcmeiu de po- •ilion les uns à régnrd des autres, sanii que Punivers semble en éprouver la moindre aliéraiion, il est ]ieu vraisemblable, que Tun des satellites de Saturne venant à manquer , runivers doive pour cela rentrer 4lans le chaos.
La vérHaffalie destination de tous ces corps, et par- CicttHéreoienlde ceux-là qtil ne semblent pas eiTrir à rhorome une utilité matérielle, est d*appeler ses regards ei d^élevor sa pensée vers leur ameur — (Voir pour le dévclotipementde cette thèse, VBomme «C la création, ou tliéorie des Causes finales dans runivers, par II. Df^silouit, chapitre 46 , page 409, et TUuiwarmtéeaikalMHê, n* de décembre, iSll, la dernière leçon du Cours il'astroiiomie, par le même auteur.
(3) Vi dm in rigna ai umjpora , el die* et annoê* Ceu. I.
(4) Onuàa attra mkIî.... qum ereamt DonùttUê Dtue ftnrf in minitterimn çunelii gentihu guœ tubcœioêUiU* llcdt. 4.
£o I oursoi\iant leur ooivs d*im regard attentif.
Sur le dos des plaines liquides Le nocher hasardeux tiiittolersou esquif.
Il n'y a pas jusqu'aux Satellites de Jupiter qui ne soient d'une utilité reconnue dans la détermination des longitudes (Ij.Les éclipses mémet que le vulgaire regarde comme une. espèce de désordre, présentent les plus grands avantages (2). Qui n admirera ce spectacle que le ciel , pare de ses planètes et de ses étoiles , présente à Thomme dont resprit est droit et le cœur pur. Un astro- . nome célèbre ne le regardait jamais sans le * saluer avec respect en l'appelant, dans une admiration ravissante, La cité du grand Roi (3). « Ces lustres éclatants, dit un physicien , dont la voûte du ciel est ornée, ver-^ sent dans l'âme les Teux du 2èie et de la religion. Oui, ce temple prêche le Dieu qu'il recèle : avec quelle éloquence la nuit le démontre à mon cœur! (k) v L'aspect de ces
régions sublimes et profondes , qui sans les
tude de flambeaux, un spectacle plein de majesté r de puissance et de gloire (&}
(1) < Ces qiialre petites planètes, dit M. delà a Lande, ont été si utiles à la géomphie , qu'elle a c été plus perfeclionnnée par elles que par deux c mille ans de voyases faiu jusqu'à cette époque, c Leurs éclipses fréquentes ont été pendant plus ' d*un siècle le seul moyen qu'en ail employé pour
déterminer les longitudes. Ce n'est que depuis quelques années qu'on préfère la lune pour coc usage. I lettre insérée uans le Journal de Paris 7 janvier 1787.
(2) c L'Astronome s'en sert , dans sa profession et dans ses reélierches, pour des usages fort importants; le Géographe n'en tire pas moins d'utilité pour perfectionner s«'i science ; elles fournissent au Chronologisle les moyens de réformer les supputations du temps , tant des siècles les plus reculés que de tous les siècles suivants ; le Marin en peut aussi tirer de grands secours pour ses desseins et ses projets , |)our connaître à quelle longitude il est, pour corriger ses calculs et redresser son es* time sur mer ; et par ce moyen il est ulos sûr et moins en danger d.ins les routes de la mer par lesquelles il n'a point encore passé. > Derkam ,
Théoi» ailron,^ pag* 158.
Î3) CÏMlos régi» magni, Ps. 47.
4) Si la pensée de Dieu et de notre iumiortalité anime loute la nature ; si sans elle tout y serait dans le silence , dans la désolnute perspective de la mort et du néant ; c'est surtout sur la région sublime des étoiles qu'elle déploie ce vivillant pouvoir : c'est elle , brillaoïs el paisibles flambeaux , qui relève et ennoblit vos feux ; c'est par elle que vous dissipes riiorreur d'une iiull profonde , que vous pares les cieux en charmant la terre : taudis que vous étia« cliex mes yeux par l'éclat et la pureté de vos rayons b vivacilé de ma fol , tes douceurs de mon espé rance produisent dans mon âme un sentiment délicieux ... Triste philosophie I où tu ne vois que des étincelles disfksrsées par le hasard dans le vaste espace, Je vois , j'entends», pour me servir de Texpressiou d'un père, les prédicateurs les plus éloquents et les plus constants de la Divinité. Prœdieatione perpétua sut loquuntur majestalem auctorii. ChrysoFt.
(5) Vas eastrarum in excetûs , in prmamentp cœli rcsplendens gloriou. Speàes eœli gloria mteilamm, vmndum illuminam in exceliis Dominut. In wrOis
PIULOSÔPIIIQUE.
Fontenelle a rateon de douler si la plus belle joamée ne doit point céder A une nuit sereine ie prix de la beauté. Tai vu , dit Maupertuis » de ces nuits plus belles que les jours , qui faisaient oublier fa douceur de V aurore et t éclat du midi. Si demain , dit un autre Plii« iosophe, le doigt de rEtèrnel gravait ces mots sur une nue , en caractères de feu : Mortels, adorez on Dieu, qui doute que tout homme ne tombât à genoux et n'adôrAtf £b quoi I avons*nous besoin que Dieu nous parle (rançais , chinois , arabe? Que sont les étoiles , semées dans Tcspace , sinon des caractères lisibleë et intelligibles A tous , qui annoncent , dans le calme et le silence d'une nuit paisible, la force et l'étendue de la main qui les a produites t
79. D. N'y a-t-il pas une infinité d'étoiles qu^on ne yoit pas~m6me par le télescope, et qui ne contribuent en rien Ala beauté du ciel ?
À. 1* Les grands globes ^ue nous ne voyons pas sont des liens de l'univers comme ceux que nous voyons. Nous l'avons déjà dit.
S* Quoique lliomme ne voie pas ces étoiles, là connaissance qu'il a de leur existence et de leur, nombre, au'il sait être de plusieurs milliards, et véritaDlement innombrables, le porte également A louer et A adorer l'auteur d*an ouvrage si magnifique et si vaste (2).
[Le télescope en nous révélant tant d'étoilcfs
3 ni sont imperceptibles A Vœil nu, nous a onné lieu de croire qu'il y en avait bien d^autres qui défiaient sa propre puissance; les nébuleuses qu'il n^ peut résoudre, sont sans doute des amas d'étpiles ibcomparàblement plus éloignées que les étoiles résolubles; enfin nous ne doutons pas c|[ue même ao-delA de ces nébuleuses , il n'y ait beaucoup d*autres amas analogues. Ainsi nous connaissons, sanâ les voiri beaucoup de ces choses que Dieu a taites, et qui pour être hors de la portée de nos sens, n'en sont pas moins pour BOUS un objet d'admiration (2).
80. D. I9e peut-on pas croire que les planètes sont habitées, et que les étoiles sont les r<*ntfes d'autant de systèmes analogues ad n6tre?
R. On peut le croire assurément; mais c^est une idée dépourvue de fondements solides. La planète la plus accessible A nos in^vesttgations , la lune, semble même inhabitable pour des êtres organisés. Les motifs produits en faveur des autres planètes, ne > soutiennent pas un examen sérieux ; et quant aux étoiles, on ne peut alléguer en faveur de TopiniOn qui les peuple qu Une possibilité purement métaphysique. L'homme étant une raison suffisante de la création de tous ces corpi^ ; il est inutile de faire de Tio^agination pour leur assigner un autre rMe dans l'univers (3J. ]
sncfi fHaèmf ad judieiMm ^ et non déficient in vigitiiê s»dê. Ecdi. 43.
<t) Qm facU areturum, et oriona , el hyàdai^ el tnterimra main , el mirabilia quorum non eu numerui, J«»b. 9.
(%) Voir sur ce sajeti r Homme et la création, peiu-e 419.
(3j Ibid., pb 4li et 416.
^ S V.--81 ,D. Si la nature doil servir l'homme/ d'où vient que ses richesses ne se découvrent que par succession ? On Jouit aujourd'hui des choses qu'on a regardées avec iodiOéirence, durant un grand nombre de siècles, ou que. Ton a même absolument ignorées. i
R. Ces découvertes mêmes , la nouveauté des connaissances et des usages, sont un ali-* ment nécessaire A la curiosité, A Tintelligence et A l'industrie de l'homme : il ne lui serait point avantageux de connaître tous les secrets et toutes les richesses de la nature; mais il lui est avanUgeux de les étudier, et ractivilé. de sa raison lui en fait une tAcbe indispensable (i|. L'économique dispensation de la nature 1 empêche de s'épuiser même dans \€» siècles de la plus grande lumière ; elle garde, toujours quelque étonnant secret pour les générations suivantes, et prépare de nouveaux tributs d'admiration a la grandeur cl A rintarissal)le puissance de son auteur (2). On ne peut mieux exprimer cette vérité, que n'a (Sait un historien aussi élégant que judicieux. Hœc atque alia kis similia suoinae ran'ont nùracula effector mundi ostendit » ut homines quantumnis in hoc rerum univtrsttato tam multu quotidie sunma admirations di- <7na con^rptcian^, tamen intelliqant pluraesse, quœ de infinita illa vi sapienttaque ignorant ; et saitem ex inusitatis hisee, quoniam aêsue^ tudo cœteris auetoritatem ademit, in admira^ tionem ejus et venerationem excittntur, Saccli. Hist. soc. part, â, anno 1560, n^ 276.
82. D. Pourquoi quelques pays sont-ils comblés de toutes les faveurs de la nature , tandis que d'autres sont dévoués aux places de l'hiver et A toutes les rigueurs de rindigence? Si la terre n'est belle et féconde que pour les plaisirs et les besoins de Thomme, pourauoi l'homme ne jouirait-il point par- • tout de ses bienfaits?
R. Il n'v a pas de pays au monde qui jouisfio A la fois de tous les avantages du climat, du sol, du commerce, etc.; mais aussi n'y en a-t-il pas qui en soit absolument dépouillé. Ceux qui paraissent le moins bien partagés dans les aistributions de la nature ont do
grandes ressources (|ui leur sont propres (3)t a Norwége , par exemple, et les provinces soumises aux irimats du pôle trouvent dans leur situation même une ressource de ri-« chesses que des régions plus fortunées pour« raient envier, et que nous allons effective-* ment chercher chez eux [k). C'est ce quo
( t ) Cuncta feeh bona in tenipore suo , et mundam Iradidii dlsptttaiiohi eorum , «/ non inoeniat homo vpus quod operatus est Deus ab miiio usque in finemi Ecole; 5.
{%) Dies diei eruclat verbum , el no» nocti tfii/tc*' sdentiam, Ps. 118. Oif$neê opus hora sua iiéminiiira bit. Eccli. 39. Ut èognoicat jeusratio altéra , filii qui naiéentur el exargent. Ps. 77. Multa abscpndita suni majora Idê, paucaenim uidimus operum eJus. Ecdi. 46.
(3) Sed Deus tempetasil corpus ^ et, eut deemt , ttbundantiorem iribûendo honorem , ul non stt ichivna in eorpore. 1. Cor. 12.
(4) Voici comme ou ancien poêle a [tarlé sur et sujet :
ié.... ifonv. rides crœect ul rnwlivi odarcs^
CATficniSME
M. de Poncopioan,èvéqurlulhéi ion de Ttcrgcn roNorwégc, faisait observera SCS diocésains, dans une belle lettre pastorale qu'il leur a adressée , et qui a paru dans les journaux
du temps (1) La mer, subjuguée par
rhomme, a rcuni en quelque sorte toutes les régions, et enriclii chaque province des productions de tous les climats.... La fertilité variée et inégale de la terre est devenue le lien des nations, et a réduit le monde en une société formée par des besoins el des secours. . . Si dans quelques plages les poisons sont multipliés, les antidotes le sont aussi. Chaque mal trouve partout le remède qui le combat.... Les solitudes môme les plus hérissées, les landes sauvages et brutes , ont leur usage : elles servent dans la nature comme les ombres dans un tableau; elles donnent aux autres parties plus de relief et d'éclat ; elles en font sentir toute la beauté. Dans un pays fertile et riant, Thabitude de voir les merveilles qui nous environnent et se succèdent sans interruption nous y rend insensibles. L'assiduité du spectacle en émoussc Tagréinent, et ralentit l'impression i)rofonde qu'il . devrait faire sur les esprits aussi bien que sur les yeux. Nous réservons toute notre admiration pour ce qui est étranger ou extraordinaire. La nouveauté plutôt que la merveille de la chose même est ce qui réveille notre attention. Nous denieurons distraits au milieu de tant de sujets de réflexions , et nous sommes conduits par cette distraction à Tingratitude. Mais la vue des montagnes arides et des landes brûlées montre à quelle demeure nous pourrions être réduits, et que c'est pour nous une faveur insigne d'habiter une contrée délicieuse à laquelle nous n'avions aucun droit.
§ VI. — 83. D. Quand on ne pourrait assigner la cause finale de quelques êtres, s'ensuivrait-il qu'effectivement ils n'en ont pas T
R. Les roues et les ressorts d'une montre ne cessent pas d'être nécessaires pour la direction des aiguilles, parce que bien des personnes ignorent la manière dont ils concourent à produire cet effet.. La destination de bien des choses nous est encore inconnue. Notre corps renferme des énigmes que l'anatomie n'a pas encore expliquées. Bien des choses qu'autrefois on croyait inutiles sont tnaintenunt reconnues pour des anneaux indispensables dans la chaîne des êtres.
CHAPITRE IIL Consentement de tous les hommes dans la profession d'un Dieu. Question sur Quelques (Utributs de Dieu. Digression surttxistence du mal. Optimisme.
I I. — 34. D. Le consentement de toutes les nations dans la croyance d'un Dieu est-il une preuve bien solide de son existence ?
iwHa mUUt ebwr, molles wa thura Sabeif MChalyte8nudifeman,tÂra$aquePimtus castorea, EUadum paUnas Epirus eqtaurum ! canânuo has leges œlemaqne foulera cerHs imposuit natura locis (' Geor§.)
{\) Elle a été imprimas à Paris , chez Nvon , en
R. Le movcn d'en douter, puisque ce consentement démontre la force des preuves métaphyçiaues et morales, qui établissent la nécessité d un Êlro souverain? D'une extrémité du monde à l'autre, tous les hommes ont acquiescé de concert à la vérité des principes qui renversent l'Athéisme: tous ont senti que la matière étiait incapable de se mouvoir; partout ou ils supposaient du mouvement ils supposaient un esprit moteur:
tous ont reconnu que Tordre qui règne dans l'univers est l'ouvrage d'un Créateur intelligent^t sage : tous ont compris la nécessité d'un ordre moral, la distinction du bien et du mal, du vice et de la vertu : toivs ont cédé au sentiment invincible de leur dépendance et à l'essor de l'âme vers son auteur.
85. D. N'j a-t-il pas des opinions regardées aujourd'hui comme fausses, telle que la croyance des revenants, de la magie, etc., qui ont gagne également le suffrage des nations ?
R. l' Ces opinions ont été moins unanimes, moins constantes, moins universelles. Car, chez toutes les nations et dans tous les siècles, combien de personnes, reconnaissant un Dieu, ne.croient pas à la magie : tandis qu'an contraire tous ceux qui croient à la magie, croient à plus forte raison et par une nouvelle conséquence inévitable à l'existence de Dieu. 2** Quelques-unes de ces opmions sont fondées sur le témoignage des sens, qui sont trompeurs ; celle des revenants, par exemple, n'a pour garant que le rapport des yeux : mais Dieu, ne tombant pas sous les sens, ne peut être connu chez toutes les nations de la terre que par un témoignage général , uniforme et évident de la raison. 3* Quoique fausses ou supposées telles ^ce que nous n'examinerons pas ici), ces opmions sont la suite et la conséquence de quelque principe incontestable. On n'a cru aux revenants que parce qu'on a cru l'immortalité de Tâme qui est une vérité du premier ordre. L'opinion de la magie (1) , tient à l'existence des esprits, que les saffes n'ont jamais niée.
86. D. N est-ce pas peut-être l'ignorance , ou bien la crainte, qui a établi dans le monde la foi d'un Dieu?
R. Ce n'estpoint l'ignorance, puisque celle croyance est, comme je -viens de le dire, la conséquence des raisonnements les plus évidents , les plus incontestables. — Ce n'est fas la crainte, 1<* puisque là crainte n'a pu touffer toutes les lumières de la raison , et rejeter toutes les démonstrations pour se faire écouter seule. 2* Il n'est pas plus possible de craindre raisonnablement une chose avant d'en croire l'existence, que de l'aimer ou de la haïr. 3* Qtf^nd est-ce que la crainte a opéré cette puissante persuasion? Avancer des propos historiques sans date, sans monument, sans auteur, est une chose aisée*, mais qui ne contente personne. Toutes les histoires du monde parlent d'un Dieu connu par la voix de la nature et de la raison ; au-
(i) Ci'dessuus, II. 31U et siiivauies.
rone ne nous apprend que la croyance d*nn Diea a été produite par la crainte. Un philosophe qu^on ne peut suspecter assure au contraire que c'est l'idée d'un Dieu qui a
Îroduit la crainte de ses châtiments (i). ' Celui qui a le premier avancé ce paradoxe était un libertin trop intéressé à combattre tine Térilé redoutable aux méchants, et par conséquent un témoin récosable : c'est l'infâme Pétrone, appelé à juste titre auctor purUsimœ immuritatis {Saty'ricon, p. SSh^éd, Anutel. 1669). C'est d'après lui que Raynal déGnît la religion re/fet du sentiment de nos maux et de la crainte des puissances invisibles (2}. 5*1^ crainte si naturelle à l'homme, effet inéquitable de sa. faiblesse et de sa dépendance, n'a pas enfanté la croyance d'un Dieu, mais a démontré la nécessité et l'intérêt de son cxistonco.
8rT. D.Ne peut-on pas croireque l'idée d*un Dieu prend son origine dans la politique dos législateurs, qui ont voulu cimenter l'autorité suprême par la foi d'un juge invisible et ^iternel?
R. Pour le croire, il Caïut , 1^ détruire toutes les preuves de l'existence de Dieu ; 2" prouver cette assertion par des faits, dos dates, des témoignages liistoriques; 3" concilier cette â5$crtiou des Athées avec la doctrine d'un de Irurs chefs, qui nous apprend que la Divinité €ftieplus grand ennemi des souverains, et que ses ministres sont leurs rivaux {Essai sur les préjugéSy p. 367). L'idée d'un Dieu et d'une religion est antérieure à toute société et à ^ute législation ; elle est même le principe de Vune et de l'autre.
« L'établissement du culte public el solennel, dit le savant auteur de VOrigine des lois, est sans contredit ce qui a le plus contribué ^ humaniser les peuples, à maintenir et à af- &rmii les sociétés. L'existence d'un Etre suprême, arbitre souverain de toutes choses, et maître absolu de tous les événements, est une des premières vérités donl. toute créature îfitelligcnlc et qui veut faire usage de sa raison se sent saisie et affectée. C'est de ce seii- If ment intime qu'est venuç l'idée naturelle de recourir, dans les calamités, à cet Être toutpuissant, de l'invoquer dans les dangers pressants, et de chercher à s'attirer sa bienr-^ lieillance et sa protection, par des actes extérieurs de soumission et de respect. La re-
(t) Ceuc obsetvaiion de Bayle est biftn remarqualile dans on auteur de sa irempe. < Nous pouvons t dire tool le coniraire de ce que disaii ce pliilo»<)pti.c impie ei libcrlin, qui assurait , plutôt par le plaisir de dire un bon mot qne par une véritable Conviction, que c'était la crainle qui avait éinl>Ii la créance de la Divinité ; car c'est au contraire la icule crainle des ciiÀiiuimitsqui fait ouequfslqueÀ* nns ebercbcnt à se persuader qu*il n'y a point de Dieu. > Pensées di«., t. 2.
(S) llisi. philos, et polil., liv. 7, p. L Ea conséqfMeace de cette odieuse définition , 1 auteur se livre h. liMii remhdusiasme de la haine. Les tableaux riu'll trace de la religion sont tous peints en noir> etpren* nent leurs couleurs dans celle imagination fausse et Membre. Cesl la maiche ortiinaire des attaques plUbiSApfaiqncs. Ces messieum fomient des fanldmcs, et S5 aci{iiciit à.lescombatirc»
PHiLOSOPHIOtJK. 7a
ligion est 4onc antérieure à rétablissement' des sociétés civiles et indépendante de toute convention humaine » ( Origine des lois, des arts et de^s sciences, 1 part., 1. 1, ch. i, a. 1).
88. D. Quoique toutes les nations adorent un Dieu, cette connaissance n'est-eile pas très-différente d*une contrée à Tautrc : et dès lors n'est-ce pas une métaphvsication, comme dit Tautcur de la Philosophie du bon sens, d^employer en faveur de ce dogme le con** sentcment général des hommes?
R. Cent conséquences, bonnes ou mauvaises, déduites, d'un même principe démontrent que ce principe est généralement reçu, qu1l a réuni tons les suffrages, et opéré une conviction générale. Quelles que soient lesl idées qu'on s'est faites de la Divinité, on est convenu qu'elle existait, et qu'on no pouvait se refuser à cette croyance sans insulter toutes les. lumières de la raison. Ce n*est
8 oint là une métapliysication, mais une réexion très-simple et très-intelligible. On peut se tromper en désignant Tôuvrier d'une^. montre, mais l'on ne peut douter qu'il n*y en ait un. On se fait de fausses idées de la Divi-, nité, dit Cicéron , mais Ton n'en professe pas moins son existence (1). — Toutes les connaissantes dégénèrent à la longue ; pures ctsimpics dans leurs sources, elles se mêlent, à proportion qu'elles ^*en éloignent , au torrent des erreurs. Il est certain que le Polythéisme n'a succédé qu'à la croyance universelle d'un seul Dieu (2). — Toutes les fois que la raison
(1) (^nes de Diis prava sentiuni, omnes tamen este tim el naluram divinam censenl.
(2) tJn philosophe , loifjours occupé à se réfiK^ soi-même et à contredire ses collègues , reconnatt cette vérité, et Texprime à sa manière, f En faix de c religion , on a tenu une conduile direclenienl con-> c Iraire à celle qiron a tenue en fnit de vêlements, f de logements et de nourriture. Nous avons cunif mencé pnr des cavernes, des buttes , des babits de f peau de bêles et du gland ; nous avons eu ensuite f du pain , des mets salutaires , des babils de laine f et de soie filées, des maisons propres et commodes, f Mais dans ce qui concerne la religion , nous soui* c mes revenus aux glands , aux peaux de bêles et c aux cavernes > {Dtner de Boulainvilliers , p. M).- — Vauteiir du Système de Içl nature ajoute : c Le I Théisme s*est paf tout corrompu , et a formé peu i% » peu les supersti lions , les sectes extravagantes ci » nuisibles dont le genre liomain s'est infecté » (7. 2, p. 219). Voyez THistoire des causes premières, par M. Batteux, p 114, 185, 599. -— Réfulation do. l'examen crit. des Apol.» I. part ,p. 190. — Examen du inatér., t. 3, p. 9, 10. — Origine des dieux du pHgahisme, dise, prélim. Dictionnaire des berésies , t. 1, dise, prélim., p. i81. — Histoire des dieux infernaux , par M. Delandine. — Mémoire pour servir à la religion secrète des anciens peuples , par M. le D. de Sainte-Croix. — Journ bist et littér., 15 uoV. 1735, p. 416, etc., etc. Mais, indépendamment des raisonnements, des autorités et des faits qui éiablissent celte assertion , ou peut dire qu'elle est fondée sur la marcbe générale des choses humaines , qui finissent toujours par la dégénéraiion et la corruption, à moins que des efforts soutenus n*empéchent ou ue retardent l'effet de cette pente fatale :
ridi leeta dm, et mnUo spertatalakoie.
CATEaiiSMf;
adéplôvéses droits, du Japon à l*E8pagne« du noraaamidiy ona parle de Dieu comme les Juifs et les Chrétiens (1). Les Grecs, les Romains, les Turcs, les Cl^inois, etc., 8^exi>riiiient en termes dignes de sa souveraine grandeur (3), « Rien au monde, dit un des plus anciens poètes de la Grèce, n*6chappe aux yeux de Pieu. Sa providence s*étend sur toi|t. C'est lui qui nous ^claire; il est tout-puissant, rien en un mot n'est fait que, MX lui (Pind. Qd. Olymp. 1, 2, 7, 10, Pyi. 5). Un des plus beaux génies de Rome exprime la Divinité en ces termes :
Qid njareei terra» tariisque mmdum
Teniperat horU.
tndemlntajitsgeneratttripto, fiec viget qtndquam simUe oui seemdum.
(Hor. Li.od. 12.)
Nous avons vu de très-anciens monuments romains (3J qui portaient les inscriptions, •oivantes :
Jati sununOf
, Exsuperaniimm^
ni.inftrum humanarumque rerrnii
Heciori,
Fotçrum. arlfUrio,.**
jqH optimû imuclma,
Servatorif
ÇùnterwUon,,..
D^ magno œUmo,.
L^emperenr de la Ghine^ Kang-hi, après avoir protesté que sous le nom de TieH et de CAon-lt les Chinois avaient adoré le vrai Dieu (fc), écrivit de sa main l'inscription suivante sur le frontispice de l'église chrétienne 4e f^kin^
Begmerare tamen^ m m humana quoiank Maxima quœque manu legeret : rie wmm faiU in p^fus ruere, ae rétro tubiapta referri.
(f Gearg.) (i) Audivimus eo» loquenîa uourit lingvi» magnat iiaUn.Aci.%, il.
(3) Discours sur la mythologie, par Ramsai , 4'* part. — Réfutation de TLiamen cril. V part., p. 6&. «^ Existence de Dieu , par M. Btillet, 2' part., p. 7. — Le liberiiitage combaUu par les auteurs profanes, liv. i, chap. iotsuiv. . .
!5) A Aiba Julîa en TransQvanie.
4) H. Paw prétend que ces mots ne peuvent siffnifier le vrai Dieu , parce que le P. Martini dit que Ses Chinois n^ont pas de .termes pour exprimer le nom de Dieu, Dans ses principes, II. Paw devait raisonner. d*une manière tout - opposée. Les Chinois reconnaissent un Dleu^ selon M. Paw (Hecker» phUù$, tur Ut EgtfpL et (et Chin., t, 2, $ect. 8, ^dt^ de Bert. p. 260. p. 200). L*Athéisme qu'On leur impute est une chimère ; cependant ils A*onl pas de terme pour dire Dtni ; ils entendant donc; la DWinilé par les mots Tien , ciel ; Chanti^ vertu du ciel. Ou bien que M. Paw nous apprenne un autre mot chinois , qui exprime le Créateur qn^ils reconnaissent , et dont quetqnes-unt parlent à peu près comme le» Mahométan». 6\ nous n*avions pas dans notre langue le nom de Dieu , ceux ^Etemel , de Tottl-putiMiif , de Bot du çirl% etc., y suppléeraient