‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 8 sur 235 · SUR LA FRISE · texte numérisé non relu

SUR LA FRISE

AU VRAI PRIlfCIPEDB TOU1ES CHOSES»

. Sur la première coloime.

n est inSoiment bon, et InOuiment ]usle; il éclaire, il soulient, il règle tout avec une suprême autorité et avec une aouveraioe justice.

Sur la teeonde colmme

Il n*a point eu de çommen* cemeot, et il n*aura point de in ; il a produit toutes choses dès le comméacemeut * c*est lui qui les gouvems; û qut en est le véritable seigneur.

Saadi, poète bactrien , parle de cette sorte :

Il sait distinctement ce qui ne Ait jamalsl

De ce qu^on n^entend pomt son oreille' est remplie,

De l^éternel burin de sa prévision

Il a tracé nos traits dans le sein de nos. mères.

De Paurore an couchant if porte le soleil.

11 sème de rubis les masses des montagnes.

Il prend deux gouttes d*eau : oe Vune il li^it un bonune.

De l*autre il arrondit la perle au fond des mers.

Vètre au son de sa voix liit tiré du néant.

QuMl parle, et dans Tinsiant Tunivers va rentrer

Dans les Unmensités de l*ei>pace et.du vide :

QuM parle et Tunivers repasse, en un instant^

De Tablme du rien dans les plaines de Tèire.

Voici la prière que les brames ou prélreai des Indiens font à Dieu : a Ji'adore cet être qui n*est sujet ni au changement ni à Tinquiétude; cet être dont la nature est indivisible; cet être dont la spiritualité n'admet aucune composition de qualités ; cet être qui est Torigine et la cause de tous les êtres, et qui les surpasse en excellence ; cet être qui est lé soutien de Funivers, et qui est la source de la triple puissance » {,LeU. édi(., ^ 10, pag. 15|. — Les sauvages de Madagascar ont une prière moins concise, mais qui, dépouillée de ses circonlocutions , exprime le sens suivant : % O Eternel! ayez pitié de moi, parce que je suis passager; ô InGnil parce «{ue je ne suis qu'-un point ; êFort l parce que je suis (aible ; o Source de la vie! parce que je touche à la mort ; 6 Intelligent I parce que je suis dans Terreur ; 6 Bienfaisant ! parce que je suis pauvre ; ô Tont-rpuissantl parce que je no puis rien » {Flaccouri, Hist.de Madagascar^ pag. 132}.

Enfin les ap&tres de TAihéisme, qui prétendent ne pouvoir se faire aucune idée de Dieu, qui abjurent son essence, qui accusent ses attriouts de contradiction , ont parlé comme les autres hommes toutes les fois ne le délire les a quittés et qu'ils ont joui e la raison.

89. D. La croyance d'un Dieu, quoiaue gé-i néralement répandue, ne souffre-t-eile pas quelaue exception? L'homme ne saurait-il pas oevenir barbare et sauvage au point de n'avoir plus Tidée de son auteu r ?

R. l"* Une exception de cette nature ne conclut rien contre le consentement général des honunes. S'il est vrai que des corps mal organisés et plusieurs siècles de brutalité peuvent dégrader une àme immortelle au point de ne connaître plus ni la nature, ni son auteur, c'est une chose insensée de re-r cueillir le témoiffnage de ces sauvages mal*? heureux, et de le taire contraster avec les lumières que la raison répand partout où elle iouit de ses droits.

i2. Il est bien difficile de croire qu'il y stW des hommes abrutis a ce point. Tai vu» dit

SI

nilLOSOPIIIQUE.

on Toragcnr appliqua et aUonlif, j*a tu à pen près moi-même en différents pays jusqu'où la stupidité de Thomme pouvait aller. Quoiqu'elle aille fort loin, et plus loin qu'on ne le pense ordinairement, surtout chez des cations flétries par des mœurs monstrueuses pt par un long y sage de tous les crim/es (1)« jfl ne crois pas néanmoins, qu'elle puisse aller jasque^Ii. Rousseau a beau nous dire qu'il fxt a'un^ imfiotsibilité démontrée qu'un êath' vnge, éloigné du commerce des hommes^ puisse jamais élever ses réflexions jusqu'à la connais^ sance de Dieu ( Lttt. à Varch. de Paris, p^ 341; on nie une assertion sans preuve aussi aisément qu'on la fait. Il est vrai ^ue les sau,« vages 0.0 sjonl pas grands raisonneurs et qu lis oe s'inquiètent pas beaucoup des causes efficientes ni des causes finales ; mais cela ne suffit nas pour assurer que, dans une longue suite d'années, le ^rand spectacle du çîcl et delà terre n'a jamais attiré leur pensée vers }e Créateur. On peut citer ici Rousseau lui- même. « Où voye^^-vous exister cet fetrc si puissant^ ce Qieu,, m'alle^-vou^ dîret Non seulement dansjes cîisux qui roulent suit nos têtes, dans l'astre qni nous éclaire ; non seulement dans moi-même; mais dans la brebis qui patt, dans l'oiseau uni vole, dan^ la pierre qui tombe, dans la feuille ou'em-

Krte le vent » (flmile, r.3,p.57}.» Je n ai pas loin qu'on m'enseigne son culte, il m est djcté par la nature elle-même » {l/^tdf..p,66j; A la vue d'une biçUe chose, nous demandons: Qui en est rauieur? Qui Va faite? A quoi cela sert-ilT Ces questions sont inséparables d^ la nature de l%sprit humain : elles sont dan^ la bouche. des enfants comme dans celle des |diilosophés,de8 idiots comme des savants ; et pourquoi auraient-elles lieu dans les plus petites occasions plutôt que dans la chose du monde la plus frappante et la plus propre à fixer les regards de la raison ? « Si ces hommes aveueles ont pu connaître le monde, dit l'auteur du iiyre dé la Sagesse, ils ont pu connaître plus aisément encore le Maître du

inonde car ils font différentes questions

sur les ouvrages de Dieu, et ils sont persuadés de leur excellence et de leur bonté 9 (2). — «Quelle est la maison , dit saint Paul, qui n'ait pas eu son architecte. Or rarchitecte du monde c'est Dieu « (3). Un poète profane raisonnait à peu près de la même sorte :

yuUa dùnms domino candi : vos hanccme tantœn NttUitts ^lini (Ucms esse domum !

90. D. Des voyageurs n'09t-ils pas rapporté qu'il 7 avait effectivement guelçiucs nations sans aucune connaissance ae Dieu ?

R. D'autres qui ont mieux examiné les '

(I) Immania contra nflturam sceUra , muharumge'. nermtlomam m« radiçaia^ dum corpus çorrumpunl^ mnimam ffrodigiaUtir excœcant , atque ad unsiu a va'tkms detorquent. Auct. anon.

(i) Si enim tanlwn poitterunt scire^ ici passent œsli- , msTê stéaUunt , quomoio hujus donUnum non facilius , iMtenerunt? S.ip. 15* Eleniiucum in operibus illius comersentur, inquirunt ; et versiuuam hobtnl quoniam êona sttnt quœ ûdentwr. Ibia.

(3) Omtâs nainqua domus (abricatur ab aliquo ; qui, i^tetH ommn ereu9it » Deus ^r. llebr. 5^ *4* .

choses ont contredit ces rapports. Il faut du. temps, de l'application et une grande connaissance des usages et' des opinions d'un peuple, pour assurer qu'il n*a ancune religion, ni aucune idée de Dieu et des principes de Téquité naturelle (1)... Quand des hommes n'auraient pas assez réfléchi pour faire un. code de religion reçu par le corps de la nation, et pour exprimer leur créance par des cérémonies et des usages sacrés, il ne s'ensuit pas qu'ils n'aient aucune idée, aucun sentiment de la Divinité , aucun mouvement qui porte de temps en temps leurs âmes vers leur principe.

9t-D- Mai3 si ces sauvages eux-m^mesr^ ont appuyé le témoignage des voyageurs,

i>eut-on le récuser ? Ne dit-on pa» que le hmeux sourd de Chartres, a aussi déclaré qu'ayant sa guérison il n'avait aucune connaissance de Dieu?

R. Quand ces sauvages auraient dit tout ce

a ne l'on suppose, il y 'aurait encore des réexions à faire. 1* Pour rendre compte d'onii pensée, d'un sentiment, il faut que l'âme, en ait été fortement occupée, sans quoi il né s'imprime guère dans la mémoire /comme il ' conste parles songes et i>ar mille choses qui ^ occupent un moment l'âme de l'homme, sans laisser le moindre Testrge dans le cerveau. — 2*. Cne nouvelle mÀ^nière de connaître une chpse fait souTeut oublier la manière dont on la connaissait auparavant, et cause uuq altération notable dans la notion même de la chose. C'est ainsi que les somnambule^ perdent l'idée des objets qui paraissent les occuper dans leurs opération^ et-dans burjsk promenades dès le.moment qu'ils T.ovent-cc^ objets avec réflexion. C'est encore ainsi <|ue les aveugles, après leur guérison, ne distin^ guent plus certains objets par l'ouYe ou par le tact. J'ai connu une personne qui,* étant sourde, jugeait des paroles des autres, en leur appliquant la main â la gorge, et qui

f>erdit ce talent après (ju'elle eût recouvré *ouïe (2), — 3" La manière de répondre des sauvages tient à la manière de les questionner. On a vu des voyageurs leur den^ander siiuplement s'ils croyaientun Dieu, et se contenter de la négative. Peut-être n'était-ce que le nom qu'on manquait, ou peut-être n'exprimait-on pas la notion de la* chose d*une manière proportionnée à la capacité de ces sauvages. On pourrait, par exemple, leur demander si c'est nieh faire de tuer son père, de noyer ses bienfaiteurs, de ravir le bien d'autrui, etc. On demanderait ensuite si ces actions, quand elles sont faites en secret, restent sans châtiment ; et les actions con-

(1) Tandis que quelques philosophes cherchcnl des peuples a^sez barbares pour n'avoir aucune religion , d*aulres,.avec Taulcur du Système de ta nature (T. ^, p. 6 ) , assurent que plus rhomme est barbare , plus il est superstitieux et porte à se faire une religion. Assertions arbitraires, contradictions philosophiques.

(2) Une fille aveugle , guérie à Vienne en 1776, qui jouait excellemment du clavecin, ei qui désignait toute chose i>ar son nom , perdit ces connaissances * après sa guérison : il fallut recommence^ i noureaui (ràis,

ai

traîrcft sans récompense. On démêlerait A là fin quelque idée d'une Providence, d*un Dieu rémunérateur et rengenr. — Ces mêmes réflexions subsistent vis-à-vis du sourd de Chartres ; et n'oserait-on pas douter si le mal qui rendait cet homme sourd et muet n'avait pas aussi affecté les organes de sa raison ? — Encore un coup, ni les sauvages, ni les imbécilies, ni les sourds-nés ne font exception dans les persuasions générales des hommes qui raisonnent, qui louissent de leurs sens, de leurs organes et de leur intei^ ligence.

Page 1