DE LA
Les clôtures en pierre, qui font l'objet de cette notice, sont celles des deux premières travées du chœur que remplissent les stalles elles-mêmes à droite et à gauche. C'est dans les nefs latérales qu'il faut s'arrêter pour embrasser d'un coup d'œil l'ensem^ble de tous ces sujets sculptés et peints, et juger de leur effet.
Ils se divisent en deux parties étagées. La première est le soubassement ou stylobate relevé par des médaillons en menu relief, ou revêtu de peintures à plat, et percé, au côté méridional seulement, de deux niches tombales. La seconde partie, qui est l'étage supérieur, consiste en une série d'arcades profondément creusées, et remplies de personnages en ronde-bosse sur le premier plan, en demi-relief sur les plans intermédiaires^ en simple peinture appliquée sur les murs
du fond. Il va sans dire que la peinture revêt également toutes
les parties de l'ouvrage, et parois du soubassement, et scènes animées du haut en bas , de telle sorte que le nom d'enluminure convient tout aussi bien à cette œuvre , que celui de bas-relief qu'on lui donne habituellement. L'a)'cature qui encadre les niches, et qui forme la partie architecturale de l'œuvre, n'a pas été peinte. Elle se recommande par l'élégance de sa coupe, la grâce de sa frange dentelée, et la richesse de son couronnement à jour qui le dispute pour la finesse et la légèreté au couronnement des stalles.
Il n'existe aucune incertitude ni sur l'époque à laquelle ces riches murailles ont été élevées, ni sur les noms de ceux qui en ont fait les frais.
La date de 1531 est inscrite au-dessous de la première arcade du côté de l'évangile; il n'est pas douteux qu'elle ne soit commune à tous les sujets du même côté, évidemment conçus et exécutés d'un jet, quoi(|u'émanant des libéralités de deux familles différentes. La famille de Louvencourt a fait don de la première travée ; la famille Coquerel, de la seconde. Les blasons de ces familles ont été effacés ou détruits en 1793.
Du côté de Tépitre, l'œuvre entière est due à la générosité du chanoine Adrien de Hénencourt, doyen du chapitre. Ce riche et libéral bienfaiteur termina de son vivant la première partie du monument dont il voulait faire les honneurs aux restes de son oncle Ferry de Beauvoir, qu il y fit en effet transférer de Montreuil en f année 1489. Il lit faire la seconde dans le dessein d'honorer sa propre sépulture, suivant une
disposition de son testameni par laqueile il « donne son corps à estre inhumé au plus près de l'histoire de Tlnvention M»\ S. Fremin. )) Cette travée élail en œuvre pendant qu'Adrien de Hénencourt faisait son testament en 1527.
La main vandale et impie de 1793 a fait ce qu'elle a pu pour anéantir ces monuments glorieux de l'histoire d'Amiens. H y a peu d'années encore que l'œil de l'ami des arts, aussi bien que le cœur de Thomme religieux, était attristé par des mutilations qui auraient pu aller jusqu'à une destruction complète, sans le zèle, qui ne fut pas alors exempt de péril, du citoyen Lécouvé, maire de la commune, et de Fabbé Lejeune, depuis chanoine de la cathédrale. Au fond de la chapelle St-Eloi, sur une porte en lambris qui masquait la porte ancienne et qui a été supprimée en même temps que le reste des boiseries derrière lesquelles avaient disparu depuis un siècle les sybilles et toutes les murailles de pierre, on lisait encore, il y a peu d'années, un Iriste mais précieux témoignage des excès dont les auteurs semblent se désigner eux-mêmes. L'inscription était tracée en lettres cursives aux maigres jambages à l'aide d'un menu poinçon ou d'une simple pointe de canif; la voici: (( Les républiquains (sic) Lihois ont trouvé de toute indignité de laisser dans un temple de la Raison tant de hochet (sic) du fanatisme. » Signé « Dubois. » La partie de l'œuvre où figurent des évêques est celle qui avait choqué le plus cesfougueuxLillois, depassage à Amiens, et qui a été le principal objet de leur brutale fureur. Pour l'archéologie, ces mutilations sont irréparables; pour la décoration du lieu saint, il y a la ressource d'une restau-
ration intelligente. Le vœu des fidèles^ en présence de débris ruineux dont l'aspect attristait également la religion et les arts , appelait cette restauration : elle fut généreusement entreprise en 1847, sur Tinitiative de Févêque d'Amiens, par le Conseil général du département qui voulut en supporter tous les frais.
Le côté méridional, ou de Fépitre, est consacré à l'histoire de la vie et du culte de saint Firmin, premier évêque d'Amiens, et aux sépultures de Ferry de Beauvoir et d'Adrien de Hénencourt.
Le côté septentrional, ou de l'évangile, est consacré à l'histoire de la vie et du culte de saint Jean-Baptiste. C'est l'ordre que nous allons suivre.
COTÉ DE KEPITRE,