SUJETS DIVERS
Les accoudoirs des sièges sont en plus grand nombre que les miséricordes, parce que les stalles qui sont placées en tête des lignes en comptent deux, Tun à droite, l'autre à gauche. Le nombre total est de cent vingt-deux pour les cent-dix sièges. Dix-huit ne ressortent qu'en demi-relief des panneaux d'encadrement^ au commencement et à la fin des rangées et des passages. Les cent-quatre autres se dressent entièrement détachés sur la rampe de la parclose. Nous suivrons, pour la description, l'ordre de numérotation des stalles, attribuant le chiffre de chacune d'elles à l'accoudoir qui lui est attenant à droite du spectateur, et à gauche de celui qui est assis.
CÔTÉ DE l'ÉPITRE.
li'^. — Le sujet des deux accoudoirs de la première stalle est tiré de la Bible, comme nous l'avons dit page 21.
2«. — La Méditation représentée par un personnage encapuchonné, les yeux baissés^ les mains croisées l'une sur l'autre.
3**. — Homme caressant un chien.
4^ — Homme de joyeuse mine déployant un lambel muet.
A gauche de ce quatrième siège, un second accoudoir se marie à l'accoudoir du cinquième dans l'angle formé par le retour d'équerre des stalles; mais les deux personnages ne forment qu'un même sujet, savoir :
5^. — Les chanoines au chœur. En surplis et aumusse, ils chantent à l'envi sur un livre qu'ils tiennent devant eux.
6e. — Le suicide. Chose étrange, c'est une jeune coquette qui figure ce crime en se perçant le sein d'un glaive. L'histoire d'Amiens nous apprend qu^une femme, nommée Marquette Ghavate, s'étant volontairement donné la mort, le maire et les échevins rendirent, le 42 avril 1491, la sentence qui suit : (( Considéré que laditte Marquette a été omicide de soi-mesme, nous avons condempné et condempnons le corps d'icelle Marquette defîuncte a être mis en un sac et pendu à une fourche ou potence aux champs, auprez de la justice de la ville. »
7^. — Le renard qui prêche les poules. Il en a déjà converti plusieurs que Ton voit entassées dans le capuchon de sa robe : censure évidente des hérésiarques et des prédicants sans mission qui corrompent la foi des faibles ou extorquent l'argent des simples (Pl. XV. fig. 1). G^est ainsi qu'on voit à St.-Sernin de Toulouse, sur une miséricorde de stalle, un porc assis dans une chaire, avec cette inscription : (( Calvin le porc prêchant. » C'est ainsi encore qu'à St.-Martial de Limoges, un vitrail représentait la protestante Jeanne d'Albret dogmatisant en chaire^ sous cette légende :
Mal sont les L^ens endoctriiit^s Quanti par femme sont sermonés.
8e. — L'apothicaire. Il broie des drogues dans un mortier. A son costume, on reconnaît un homme important et honoré.
9**. — Le boulanger. En costume fort léger, comme il convient à sa profession, il tient devant lui une corbeille pleine de pains.
10''. — Le colporteur. Le chapeau à larges bords sur la tête, la hotte sur le dos, il chemine appuyé sur son bâton.
11''. — L'homme sans gêne. Sa main glisse sous son vêtement, comme s'il faisait la chasse ou la guerre à de trèsmenu gibier ou à de très-menus ennemis.
12e. - Le joueur de cornemuse,
13e. — La conteuse de nouvelles. Assise, les coudes appuyés sur les genoux, elle pefrle, parle, parle.
14^ — Le mendiant. Vieillard barbu, jambes et bras croisés, dont la physionomie, Tattitude et la nudité excitent la compassion. <
Joe. — Personnage ailé présentant un cartouche vide.
16e. — La folle. Le capuchon à longues oreilles de sa robe, les grelots de sa ceinture, sa figure épanouie, son gros rire, la manière dont elle plonge une énorme cuiller de bois dans un chaudron plein d'on ne sait quoi, lui donnent un air comique et bouffon.
17e. ^ Le niais. En lui donnant ce nom , nous ne le jugeons, bien entendu, que sur la mine.
18e. — Le boucher. Il égorge un veau (Pl. XIV. fig. 1).
19'*. — La vieille et Toiseau. Heureux oiseau qui reçoit de la main même de sa dame la nourriture qu'elle tire d'un sachet pendu à la ceinture! Heureuse châtelaine que ce doux passe-temps ramène aux jours de sa jeunesse, alors que, le faucon sur le poing, elle suivait à la chasse son ardent cavalier!
%)\ — La maîtresse d'école. Elle enseigne à prier Dieu, en priant elle-même, à sa gentille petite élève.
SI''. — Le maître d'école. Il fait lire un jeune garçon. Les miséricordes de Rouen nous offrent deux fois un sujet pareil, mais le pédagogue normand n'est pas d'humeur aussi endurante que le picard : sur la 45^ sellette^ il menace de son trousseau de verges l'écolier tout terabiant; sur la 28e, il le fouette sans plus de façon.
22e. — La mondaine au lapin. Sa gorge nue, sa tête à
peine couverte de la petite coiffe d'Anne de Bretagne, sa tenue prétentieuse, son caprice pour le lapin qu'elle caresse, dénotent en elle des goûts peu solides.
23'". — La marchande de légumes. Elle lave dans un baquet les herbes qu'elle tire d'une corbeille placée derrière elle. Elle représente, dans notre galerie, les hortillons d'Amiens, hortulani, depuis longtemps célèbres.
24e — La porteuse d'eau. Deux seaux pendent devant et derrière elle à l'extrémité d'un bâton arqué qui repose sur l'épaule.
25'\ — La mendiante et ses enfants. C'est grand' pitié de la voir demi-nue, tramant après elle un malheureux enfant, tandis qu'elle en porte un plus jeune dans une simple serpiUière accrochée par un nœud sur l'épaule gauche (Pl. XIV. fig.2).
26'". — Vieillard inoftensif, malgré le bâton qu'il tient d'une main et l'écu ou bouclier armorié d'une tête humaine en caricature qu'il tient de l'autre main.
27e. Le fou et sa famille. Le vieux fou en costume traditionnel, marotte^, grelots, capuchon â oreilles d'âne, etc., porte sur son dos^ dans une hotte, ses deux enfants dont l'un l'agace et le force à détourner en arrière sa figure grotesque. Ces représentations de fous dans les hvres et dans l'imagerie, qui sont fréquentes^ pourraient bien avoir été inspirées par cette maxime sortie la bouche du sage et vérifiée dans tous les temps : a Le nombre des fous est infini. »
28e. Un fou gourmand. Dans un accoutrement aussi
56 LES STALLES DU CHŒUR. i
ridicule que celui que nous venons de décrire, il avale, en \
penchant sa tête en arrière, une ration de pois^ en même !
temps qu'il en puise une nouvelle cuillerée dans une i
écuelle. \
29^. — Un Samson. Il dompte des deux mains un chien \
de haute taille. \
30''. — Le huchier. Il façonne à l'aide du ciseau et du I
maillet un ouvrage fixé sur l'établi par Tinstrument de fer
appelé valet. Personnage soigné ; costume élégant : Pentail- \
leur ne pouvait moins faire pour l'honneur de son métier^ j
pour sa propre image peut-être. . \
3^. - A droite : La femme dévote (Pl. XIV. fig. 3). Dans i
le costume de cette bonne vieilie^ qui a besoin de lunettes j
pour lire, notre dessin n'a pas pu montrer le côté par où le \
voile pend et se partage, à la hauteur des épaules, en trois i
longues bandes descendant jusqu'à terre. |
A gauche : Le singe. Il est assis , les deux pattes de \
devant appuyées sur un bâton. |
Ici nous passons aux stalles basses. ^ , \
32e. — A gauche : Une femme tenant un hvre ouvert, et |
regardant par dessus. ;
A droite : Un ange montrant un écusson vide. i
33^ — La mère. Elle joue, assise, avec son joli petit \
garçon, debout, qui lui sourit j
34«. — Le chanoine. Comme ses deux confrères du n» 5, |
il est en costume et au chœur (Pl. XIV. fig. 4). j
35e. — Le vieux buveur. De la main droite il tient un |
pot à boire, et de la gauche un verre ; sa figure annonce qu'il a plus d'une fois vidé le verre et peut-être le pot.
36e. — Le tailleur d'images. Il achève une statuette couchée sur l'établi; son costume est celui d'un ouvrier plutôt que d'un maître.
37^. — L'architecte. Muni de Téquefre et du compas, il trace un plan sur le papier.
38e. — L'écrivain. Sur une table à un seul pied est placé le livre dans lequel il écrit, et près du livre Técritoire. On reconnaît, au costume, un personnage de profession libérale.
39e. — Le financier. Alors, comme aujourd'hui, la finance donnait de la considération, sinon de l'estime. Nous en jugeons ainsi à la belle robe à capuchon que revêt notre homme attablé devant un comptoir chargé de pièces de monnaie aux armes de France. ,
40^ — Un monstre à face d'homme et à corps de cheval, moitié nu, moitié vêtu de feuillage.
41e. — A gauche: Le musicien. Chevelure bouclée, longue robe; il pince les cordes d'une guitare.
A droite : Le sagittaire, moitié homme, moitié cheval.
42<'. — Un Samson. On peut croire que sa chevelure abondante est la source de sa force ; le lion dompté en est le signe.
43e. — Le cartouche. Il est historié d'une face humaine et présenté par un personnage fantastique.
44'*. — Le joueur de longue trompe. Chapeau à plumet, robe à longues manches fendues rejetées en arrière.
45^ — Le joueur de harpe. C'est un vieillard à longue barbe , couvert d'un ample manteau ; il pince des deux mains l'instrument qu'il tient entre les jambes.
46e — Le porte-livre. Ce sujet et les accoudoirs-musiciens des nos 41^ 44 et 45 n'ont peut-être pas été choisis sans dessein pour cette place occupée de tout temps par les chantres.
47e. — L'écu de la maison d'Abbeville , d'argent à trois écussons de gueule, 2 et 1. Un évêque d'Amiens de cette illustre famille a donné la grande vitre du rond-point de notre cathédrale, où l'on voit son image et une inscription avec la date de 1269.
48'*. - L'hippogriffe, à tête d'homme, corps de cheval, grandes ailes, épais collier de barbe.
49e. — La coquette à l'épagneul. Pour le coup, le titre est bon : voyez plutôt la planche XIV, fig. 5, et dites si la mine, la coiffure, le costume et l'occupation de ce soigné personnage ne caractérisent pas une de ces dames ou damoiselles dont toute l'affaire en ce monde est de s'occuper d'elles-mêmes et puis de leur chien, ou bien de leur chien
et puis d'elles-mêmes, ou mieux encore de tous deux à la fois et aussi sérieusement! -
50^ - Le lecteur. Attitude, visage, costume, tout révèle un très-grave personnage. , ■
51e. — L'ange musicien, jouant de la harpe.
52<*. — A gauche : Le monstre et le singe. Le quadrupède, sorte de satyre, se détourne en ricanant vers le singe assis sur sa croupe.
A droite : L'homme à longue barbe. Parmi les nombreux représentants des professions et des métiers que nous amènent les accoudoirs, il n'en est aucun qui n'ait le menton rasé; on ne voit de barbus que les individus excentriques^ fous, comiques, baladins^ pauvres ladres ou pèlerins. On sait que la barbe ne fut remise à la mode que sous François pr.
53^ — Deux têtes dans un bonnet. Ces vieux amis, dont un même capuchon enveloppe la tête, se tiennent embrassés et lisent ensemble sur un livre.
54e Personnage de fantaisie, barbe en collier, ceinture en forme d'écaillés, bâton noueux à la main.
55^. — Le joueur de harpe. C'est le sixième musicien que nous rencontrons dans notre galerie, et le troisième de son instrument.
CÔTÉ DE l'évangile.
56e. — A gauche : Monstre aux formes du lion et du chien.
A droite : Le donneur d'eau bénite (Pl. XIV. fig. 6). Remarquez son surplis, sa coiffure, le seau et le goupillon.
57^. — A gauche : L'étonnement ou Fadmiration se révèle dans les traits et le geste du personnage. '
A droite : La mère. Son enfant emmailloté repose sur son bras, mais elle se dispose sans doute à l'allaiter, car l'espèce de chlamyde dans laquelle elle se drape s'ouvre à dessein sur le devant.
58^ — Le bon vieux. Visage décharné et rugueux, air de bonhomie et de contentement. Ami du passé, il n'a pas dépouillé, pour le chapeau de mode nouvelle, le lourd chaperon de ses aïeux.
59^ — L'heureux ménage. Qui ne serait édifié de ces deux excellents vieux causant tranquillement d'un temps déjà loin d'eux avec un air et des gestes qui prouvent la constance de leur vertueux amour ? L'épouse ne reste pas en arrière des témoignages d'affection qu'elle reçoit de son aimable conjoint, et lui caresse familièrement le menton. C'est, bien entendu, une scène d'intérieur : on le voit au négligé de leur costume, à la simplicité de la coiffe qui est pour l'homme le bonnet à oreillettes, et pour la femme le serre-tête.
60^ — Le bourrelier. Une torche est en œuvre sur la forme ou cheval de bois qu'il tient entre les jambes.
61e. — La pieuse jeune fille. L'objet de piété, livre ou chapelet, qu'elle tenait de ses deux mains, a disparu.
62e. — Le damoiseau. Il ajuste du bout des doigts les gracieux enroulements de sa chevelure non moins artistement peignée que sa barbe. On disait au moyen-âge ce les damoisels d'Amiens » : faut-il nous étonner d'en rencontrer
ici le type? Il reçoit, du reste, de son voisin, que nous allons voir, une terrible leçon.
63e. — La leçon de la mort. Un individu dont la tenue négligée fait contraste avec celle du petit-maître, lui montre une tête de mort en fort relief dans le champ d'un écu, et lui dit sans doute, comme la mort de la Danse macabre :
Toi qui contemples ce tableau, Reconnais la laideur de la faible nature,
Telle un jour sera la figure, ' Fusses-tu des mortels aujourd'hui le plus beau.
Nous retrouverons le même sujet dans le pendentif qui a été dessiné planche XVI. fig. 6. v .
64«. — Personnage très-maigre de corps, difficile à nommer par suite de la mutilation qu'ont subie ses deux mains et un objet dont il ne reste que des vestiges méconnaissables.
65^ — L'hydre terrassée. Malgré ses deux ailes, les dents acérées de ses deux mâchoires, les griffes de ses quatre membres^ le monstre ne paraît pas lutter avec avantage contre le bâton vigoureux de l'homme qui Fassomme.
66^. — Un Samson aux prises avec un lion. Sujet gravement mutilé.
67^. — La marchande de poires. Elle tire d'un sac de beaux échantillons de sa marchandise qu'elle paraît offrir aux passants.
68*^. — Le fou bouffon. C'est un joyeux bossu, de figure
comique et en costume de fou^ qui ouvre avec d'horribles efforts une bouche de grandeur exagérée. . ■ ^
iî2 LES STALLES DU CHŒUR.
GQe. — Le pileiir. Nous ravons fait dessiner (Pi. XV. fig. 2).
70'\ — La laveuse. Les bras nus, le tablier aux reins, un simple mouchoir noué autour de la tete, elle plonge les mains dans le baquet dressé sur un trépied.
71^. — Le moine. On lo reconnaît à son costume, à son chapelet, à son air modeste; le 'bâton à la main, il marche par les rues, mendiant et priant.
72''. — La religieuse. La guimpe, le bandeau et le voile couvrent le front, les épaules et le cou du personnage, et encadrent éléganmient son visage aux yeux baissés. Un livre ouvert est sur une table devant elle.
73«. — L'homme armé. Soldat, bourgeois de garde, caricature des anciens chevaliers, ou hallebardier posé au seuil du château?
1¥. — -Le porte-lambel. Comme d'ordinaire, le lambel n'a reçu aucune inscription.
17y\ — La femme galante. Nous la dénommons ainsi d'après le léger manteau qui couvre à peine ses épaules, sa rob(3 dessinant la taille, sa coiffure recherchée, sa boîte de parfums, l'agencement de ses cheveux et la minauderie de son sourire.
Le i)ersonnage de Faccoudoir qui suit nous apprendra quel cas 11 faut faire de cette fennrie
71)0. — Le mof{uour. D'un air narquois, il r(^garde la femme galante, et lui fait la nique.
77e L^ivi.Qnmj. Buveur sans souci, il a tout son véte-
ment en désordre; il eût même perdu son chapeau, sans le cordon de sûreté dont il Fa muni. Quoique déjà passablement aviné^ il ne lâche ni le pot à boire, ni Técuelle qu^il vient encore de remplir. Comparez-le au buveur du n» 35 ou au ménage en goguette dessiné sur la planche XVI. fig. 4.
78e. — Le gastronome. Sa bouche encore pleine, il vise du regard et du geste un énorme pâté (de canards d'Amiens sans doute) qui orne sa table. < ■
79^. — La courtisane. Ici la surveillance des conducteurs de l'œuvre est en défaut. C'est tout ce que nous avons à dire en présence de ce personnage qui ne nous offre pas de costume à décrire; et auprès duquel celui du n» 75 est une vertu.
80^. — Le huchier. Il promène le rabot sur une planche assujétie à une sorte de chevalet. Le costume est fort soigné.
81^. — La bourgeoise. Aisance, simplicité et modestie dans ce type intéressant de la classe moyenne.
82^. — Le pèlerin. Vous reconnaîtriez entre mille cet intrépide visiteur de Compostelle, de Rome ou de Jérusalem; il a la longue barbe, la moustache, le chapelet à dix grains, le large chapeau, l'escarcelle et le bourdon.
83<^. — La malicieuse. Les traits de son visage riant et malin, et le geste de sa main sont l'expression d'une moquerie pleine de gaîté. La tête et la main doivent être remarquées pour le fini de l'exécution ; le reste, simplement dégrossi,
laisse voir^ au chiquage ou coup de ciseau parfaitement marqué, la manière large et hardie de procéder des entailleurs.
84e. — L'obséquieux. Il salue d'un air aimable et empressé en ôtant son chapeau.
85*^. — Jehan T^-upin. On le voit entaillant une statuette à l'aide du ciseau et du maillet; et sous l'établi où il travaille si bien, on remarque avec plaisir, à côté de Fécuelle, le pot à boire près duquel il vient sans doute de temps en temps réchauffer son génie (Pl. XV. fig. 3).
86^ — Le gros rieur. Il est fâcheux qu'il n^ait pas plu à
l'artiste d'inscrire ce que nous dit son personnage sur la banderolle déployée qu'il indique d^une main.
C'est la fin des accoudoirs des hautes stalles du côté gauche : descendons.
87^ — Le monstre et le singe. Perché sur la croupe du monstre, le facétieux animal ronge un os.
88e. — Le bourgeois armé. Encore un trait qui fait allusion, sans doute, au privilège que les bourgeois avaient de de se garder eux-mêmes.
89^ — Gravement mutilé. Il ne reste qu'une main et deux jambes.
90^ — La brodeuse en bosse. Elle se sert de petits faisceaux de longues bobines chargées de fils pour composer des médaillons à portraits dont plusieurs sont déjà rangés sur une sorte de diptyque.
9V\ — L'homme à la besace. Il frappait avec une serpe un objet dont la présence n^est plus accusée que par un bout de corde entre ses mains : pauvre voyageur ou bûcheron, peut-êlre, qui défend sa vie contre les attaques d'un anim.al.
92<\ — Femme voilée et coiffée d'une toque. Ses deux mains ont été emportées avec Fobjet qui nous aurait permis de la nommer.
' 93e. — Un homme dont les mains sont aussi mutilées. '
94e. — Le ménage brouillé. La femme est maîtresse. Elle a terrassé son pauvre mari sous ses pieds et le bat encore, par dessus le marché, à coups de quenouille et de fuseau, circonstance qui ne doit qu'ajouter à Fignomininie de sa défaite. Le vaincu, qui n'est pas cinq fois gros comme le poing de sa dame, paraît prendre assez bien son parti, riant et se conformant à tout : c'est qu'il croit prudent, pour ne par avoir pis, de se faire petit, bien petit aux pieds de cette femme.
95e. — A. droite: Le vieux moine. Longues moustaches, calotte à grandes oreilles^ vêtement garni de fourrure. .
A gauche: Le dragon terrassé. Un homn7e lui ouvre la gueule avec de grands efforts et lui arrache la langue.
96«. — L^homme en prière. Mains jointes^ regard modeste, chevelure bouclée. ,
97''. — La sage-femme. En surcot, et les manches relevées, elle porte dans ses bras l'enfant qu'elle vient d'emmaiUoter.
98e. — Le porte-écu. Tout est grotesque dans ce personnage et fait contraste avec le noble écu qu'il porte. C'est celui de la maison d'Abbeville, comme au no 47.
99^, — Le monnayeur. Il va frapper, du maillet qu'il lève d'une main, le coin que de l'autre main il applique sur le métal. Sur le bloc massif où se fait le travail, plusieurs pièces déjà frappées. Précieux souvenir des anciens monnayeurs d'Amiens, précurseurs de ceux de notre hôtel des monnaies de 1577.
iOO^ — La toilette d une femme. Madame n'a plus qu'à passer la robe de cérémonie qu'elle vient de tirer d'un bahut. .
101^ — L'apprêteur d'étoffe. Dans une ville comme Amiens, on ne pouvait oublier un représentant de cette professsion. La pièce se déroule sur une petite table à mesure qu'avance le travail de l'ouvrier dont l'instrument est malheureusement brisé.
102^. — La femme à deux visages. Nous n'inventons rien: cette femme, mais c'est la seule, a réellement deux faces. Faut-il l'appeler la duplicité, Fhypocrisie ou la prudence?
d03e — Un fou. Tout en ajustant son capuchon, il vous fait une affreuse grimace. SouUers à la poulaine vieillis de quelque cent ans. -
104e. — Le pourfendeur grotesque. Il a l'épée, la cotte de mailles et le casque.
105^ — Le diable dompté par une femme. Impossible de ne pas reconnaître l'esprit malin dans le monstre en tout
semblable à celui qui frappe le saint homme Job à la rampe du bout des stalles basses de ce côté. La courageuse femme lui a fait une large entaille dans le dos au moyen d'un long coutelas : mais le diable en mourra-t-il ?
J06^ — A droite : Personnage relevant de ses deux mains son long manteau fermé sur la poitrine par une agrafe A gauche: L'homme armé d'un sabre.
107^. — Le monstre homme et cheval.
108e. — La chienne en parade. Dressée sur ses pattes, coiffée d'un chapeau, habillée d'un manteau, elle étale ses mamelles gonflées.
109^. — La confession. On ne"pouvait mieux tirer parti de la jonction des deux parcloses dans cet angle des stalles. Le confesseur a monté sa coule par dessus sa tonsure et croise les mains sur sa poitrine ; la pénitente joint pieusement les siennes en relevant sous ses coudes son long voile. (Pl. XV. fig. 4.)
HO''. — A droite: Le sabotier. Le personnage est mutilé, mois on voit encore le bloc sur lequel il travaillait, la pièce de bois qui est en œuvre, et des sabots par terre.
A gauche: Un oisif. Nonchalamment assis, les bras croisés, cet individu, le dernier de la galerie, semble annoncer à Tentailleur qu'il va trouver enfin l'heure du repos.
Pour vous^ lecteurS;, tout n'est pas fini: s'il vous plaît de faire plus ample connaissance avec les curieuses scènes que nous venons de parcourir ensemble, étudiez les mœurs du
moyen-âge dans ses historiens, ses théologiens, ses ascétiques, ses philosophes, ses romanciers; voyez les vieilles chartes et les archives des communes, des chapitres et des couvents : et nous vous laissons le soin d'approuver ou de rectifier nos jugements.
Mais, pour qu'il ne manque rien à Texposé de la cause, veuillez nous accompagner encore dans la visite de nos pendentifs ou culs-de-lampe dont les sujets ont été choisis dans le même ordre didées que ceux des accoudoirs.