LES QUATRE PYRAMIDES
l'ancienne et ta nouvelle loi. — LES JUIFS ET LES PAÏENS.
La personnification de l'Église couronne le dais pyramidal de la première stalle, à droite en entrant par la porte principale du chœur; la Synagogue couronne le dais pyramidal de la première stalle à gauche.
Il faut considérer (Pl. XIII. fig. 1.) le costume motivé de FEglise, sa robe étoffée et sans ceinture, son manteau l'enveloppant parfaitement, son voile lui couvrant entièrement le cou, mais surtout, ce qui la caractérise mieux encore, le riche diadème à fleurons tréflés qui ceint son front, le calice rempli du sang de Jésus-Christ qu'elle tient de la main gauche et près de son cœur^ et enfin le sceptre ou croix patriarchale que portait sa main droite avant qu^elle eût été brisée.
La Synagogue offre une opposition bien calculée (Id. fig. 2.).
Le voile d'honneur et de fidélité ne couvre plus sa tête, le royal manteau glisse de ses épaules et laisse voir toute la vanité d'une robe dessinant la taille et d'une ceinture large et ouvragée. De sa main droite, elle retient les débris d'un étendard brisé en plusieurs endroits de sa hampe; de sa gauche, elle va laisser échapper les tables de la loi; sur sa tête, demi-penchée, le diadème par lequel seulement elle paraît reine un instant encore; et sur ses yeux, l'épais bandeau qui indique le coupable aveuglement, cause de tout ce désordre et de tout ce malheur. ' "
Les pyramides des deux stalles du bout du coté du sanctuaire sont aussi couronnés de personnages.
Le premier qui trône du côté droit est saint Michel. L'archange, véritable guerrier du xvr^ siècle, avec la cotte de mailles, la cuirasse, les cuissards et le bouclier armorié des armes du Chapitre de la cathédrale, terrasse sous ses pieds le dragon ailé qui mord en vain Técu.
Au point culminant de la quatrième pyramide, on reconnaît saint Paul, le glaive d'une main^ le livre de l'autre, selon l'adage : Mucro fur or Sauli. liber est couver sio Pauli, (Le glaive figure la fureur de Saul; le livre, la conversion de Paul).
Les deux premières figures ont un sens qui n'échappera à personne. L'Eglise est là, dans sa gloire, pour montrer qu'elle seule est la fin de tout ce mouvement de quarante siècles révélé plus bas en mille faits divers; là aussi la Synagogue, à gauche de l'Eglise, pour montrer qu'elle est
l'ombre, le précurseur et le prophète, et que toutes les idées, tous les événements que sa personnification résume, sont de nobles figures qui ne s'effacent que devant la réalité. Ainsi, en parcourant l'histoire d'Adam et d'Eve, de Caïn et d'Abel, de Melchisedech, d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, de Joseph et de ses fils, de Moïse et d'Aaron, de Saùl et de David, nos pensées s'élèvent, avec celles des Pères, bien au-delà de ces personnages, jusqu'à cette grande et divine image du chef de la loi nouvelle dont chacun d'eux dessine tour à tour un trait, et justifie la parole de l'Apôtre: « La fin de la loi est le Christ. )>
La présence de saint Michel et de saint Paul a son explication dans le même ordre d'idées/
Saint Michel, autrefois prince de la Synagogue, et maintenant chef et patron de l'Eglise, est, entre les deux Testaments, le trait qui manifeste l'unité de leur principe et de leur fin. Il témoigne en même temps de la large part faite au peuple ancien dans la jouissance des biens nouveaux, selon la parole de l'Apôtre : a L'Evangile est la vertu de Dieu pour sauver ceux qui croient, premièrement les Juifs, puis les Gentils. »
Saint Paul se lève ici pour représenter les nations, au même titre que saint Michel les Juifs. En lui se personnifient toutes les contrées de la terre et toutes les familles des peuples que, sans distinction de race, de croyance, d'origine, sa parole retentissante convie aux sources de la vérité et de
la grâce. En lui se dessinent toutes les prédictions de la vo-
cation des païens que nous avons lues sur nos miséricordes, nos rampes et nos panneaux : le bélier substitué à Isaac, Jacob béni en place d^Esaù, Ephraïm préféré à Manassé, David à Saùl, Job adorateur du vrai Dieu au sein de l'idolâtrie, les mages à la crèche, Jésus-Christ en Egypte, la croix attirant tout à elle.
La Synagogue, l'Eglise, St.-Michel, St.-Paul, planant audessus de l'histoire de l'ancien et du nouveau Testament détaillée en bas, proclament l'universaUté du domaine de Jésus-Christ, en vertu duquel il ne doit plus y avoir qu' <r un seul troupeau et un seul pasteur. ))