CÔTÉ DE L'ÉPITRE
1^1*. — Le concert. Sous la main cle trois individus ailés et frisés, dont deux sont trop vieux et trop grotesques pour être des anges, résonnent la harpe, le rebec et la viole.
2^. — Un moine.
3«. — Une bataille. La lutte est engagée entre deux individus armés de glaives dont l'un tombe frappé de deux coups mortels. Un troisième, armé aussi, se tient coi par derrière. (Pl. XVL fig. L)
¥, — La farce grossière. Un vieux libertin, présenté par deux autres qui lui pressent les reins et le ventre, fait une horrible grimace en s'ouvrant la bouche avec les deux mains. Une femme de tenue fort suspecte occupe le revers du piher-pendant.
5^. — Les moines moniteurs. Ils tiennent devant eux un grand livre ouvert vis-à-vis le chœur comme pour y faire lire les chanoines ou leur rappeler le devoir de leur charge.
6e. — Le Chef de saint Jean dans un plat. On sait qu'une partie considérable de la face du saint précurseur fut apportée de Constantinople à Amnens en 1206. L'authenticité de cette relique a été soutenue par le prince des érudits français, notre célèbre Du Gange.
7^. — Les anges présentant un cartouche. La légèreté du costume des anges, la tête grotesque du cartouche^ et un homme entièrement nu, par derrière, qui semble faire une
niche aux anges, font bien voir que la renaissance païenne approche.
8e. — L'ivrognerie. Ce vice est représenté par un vieux buveur accompagné de deux compères dont l'un lui lève le coude, et l'autre lui baisse la tête pour rapprocher le pot de ses lèvres.
9^ — Le vice. Deux vieux libertins au visage flétri et dégradé, dont on ne peut du reste comprendre les vices infâmes qu'en voyant, au revers du pendentif, les deux personnages avec lesquels ils sont rapport, sont tenus embrassés par un individu de figure plus repoussante et qu'à ses formes hideuses on reconnaît pour le démon du vice. (Pl. XVL fig. 2.)
iO^. — La tête de bouc. Elle est saisie aux cornes par deux hommes entièrement nus. Est-ce encore une scène lubrique?
11^. — Le culte de la Volupté. Deux individus en adoration devant une femme. (Pl. XVL fig. 3.) Les liens de fleurs qui, des membres de l'idole, passent sur les leurs et les enchaînent, expriment l'asservissement et la faiblesse où les a réduits leur passion.
12^. - Deux anges présentent un cartouche nu.
13®. — Les gens du peuple. Trois personnages s'amusent d'un quatrième en le tirant aux cheveux, et riant des efforts qu'il fait pour se défendre de leur importunité.
14^. — Mauvais jeux. Un individu ailé, replet et sans vêtement, est montré par deux autres qui le tiennent à la fois sur leurs jambes et sur leurs mains.
15^. — La prière des anges. Rien de plus pieux ni de mieux agencé que ces deux petits anges agenouillés dans leurs longues et légères tuniques et tournant les mains jointes vers le chœur, comme pour servir d'exemple aux chanoines.
16e. Le lambel. Deux vénérables le tiennent gracieusement déployé'.
CÔTÉ DE l'évangile.
17^. — Jeux d'enfants. Mêlés à de légers feuillages, et leurs bras enlacés les uns dans les autres, ils prennent leurs ébats.
18^. — Jeux libres. Ce motif est presqu'une répétion de celui que nous avons rencontré au n^ 14.
19e. Trois jeunes gens tourmentent des oiseaux qu'ils tiennent par les ailes, un quatrième a été mutilé.
20^ — L'homme en chemise. Il est présenté au pubhc par deux indi vidus chaudement vêtus et coiffés. C'est encore une mauvaise farce.
21e. — Le cartouche fascé d'une tête mordant un anneau. Des individus bien costumés le présentent.
22e. — Les porte-lambel. Ils sont trois à tenir la banderolle, dont deux gros rieurs, l'un en moustache, l'autre en favoris.
23e. — Le miroir et la mort. Une jeune coquette demande au miroir la vérité sur le mérite de ses agréments. La réponse
lui vient d'un voisin importun qui lui montre une tête de mort. (Pl. XVI. fig. 6.) Nous avons déjà vu cette moralité traitée en deux accoudoirs n» 62 et 63.
2¥. — Deux jolis anges, supports à un cartouche.
25^ — Le combat singulier. Il va s'engager entre deux vieux mauvais sujets armés de gourdins et de boucliers.
26^ — Les brigands. Le premier tient au collet un individu qui cherche à se défendre; le second va le frapper d'un poignard; le troisième, par derrière, est au moins complice^ puisque nous le surprenons l'arme nue à la main.
21^. — Le vieil ivrogne. Il n'a plus la force de tenir le pot dans lequel il hume à pleine bouche la liqueur chérie ; deux jeunes coquettes lui prêtent secours en riant.
28^^. — Les religieux au chœur. L'un tient le livre ouvert, les deux autres chantent pieusement avec lui, le capuchon rabattu sur les épaules.
29^. — Les joueurs de longue trompe. Anges par leurs ailes et leur chevelure, génies païens par leur accoutrement peu modeste , ils mêlent les sons de leurs graves instruments à la grave mélodie de leurs voisins.
30^. — Ronde grotesque. Leurs bras enlacés les uns dans les autres, quatre petits hommes bouffis et replets, qui ont oublié de se vêtir , dansent gaiement autour du pilierpendant, -y
31 — Le ménage en goguette. On ne saurait imaginer de scène plus divertissante ni mieux rendue que celle-ci. La planche XVI fig. 4 nous dispense de la décrire.
32^ — Le revers de la médaille. Sur ]e devant une jeune coquette que mettent en avant deux femmes mal intentionnées: au revers, un homme usé et dégradé par le vice.
Une autre série de personnages retirés du monde, et faisant la plus rude et la plus comique pénitence, portent sur leurs mains, leurs épaules ou leur dos, et dans toutes les attitudes imaginables la poussée des petites voûtes des dais. Ils alternent de stalle en stalle, comme les motifs des piliers-pendants, avec des bouquets accrochés en nid d'hirondelle. Ces sujets sont d'un faire habile, et on ne peut que regretter le grand jour dont on les a forcément privés sur les revers de l'arcature.
Nous avons du côté de l'épitre : 1° deux individus qui portent la charge dos à dos ; 2o un homme qui la soutient sur les bras et sur le dos ; 3o un clerc en longue robe que sa pénible fonction n'empêche pas de chanter; 4o et 6© des femmes qui font preuve de force, de courage et de patience; 5o un manant assis àla manière des tailleurs ; 7" un vieillard écrasé sous le faix; 8*^ un homme plus jeune portant la main . à la tête comme pour se garantir; 9o un personnage entièrement replié sur lui-même; 10° un homme qui ne s'épargne pas pour bien s'acquitter de son emploi ; \ 1° un autre qui s'est mis à genoux pour mieux présenter le dos; 12^ un autre qui porte à son aise, le poing sur la hanche ; 13*^ un autre encore qui se serre les genoux des deux mains et lève la tête; 14» un farceur qui fait, en s'ouvrant la bouche de ses mains, une
horrible grimace ; 15'^ un ouvrier robuste entourant de ses bras la nervure; 16o enfin, un fou en robe à capuchon muni d'oreilles, la marotte à la main.
Du côté de l'évangile^ ce sont : 17o deux anges présentant un livre ouvert; 18» un personnage élégant^ qui ne paraît pas fait pour ce rude labeur; 19» un vieux grognard à longue barbe et moustaches ; 20» un individu en robe flottante, portant avec effort de ses deux mains tendues en arrière ; 21 o un joyeux buveur tenant en l'air sa bouteillle bien légère sans doute; 22» un homme obèse à qui cet exercice fera du bien; 23o un bon vieux moine qui remplit sa charge en conscience; 24o un vieillard que le poids écrase; 25'^ un vieillard tenant un lambel ; 26° un jeune ribaud qui pense à tout autre chose qu'à tendre son dos à l'arc-ogive. Mais la jeune fille qu'il poursuit n'est pas d^humeur à rire: elle le renvoie à son labeur avec un bon soufflet; 27^ un homme donnant à un oiseau perché sur son poing du grain qu'il puise dans un sac; 28o un tambourin ; il est reproduit Pl. XV fig. 5. ; 29** un ange chantant sur un livre; 30* un joueur de longue trompe; 31° un homme de bonne mine qui n'a pas cessé de rire depuis trois siècles malgré le poids qui l'écrase. .
Ces trente-et-un pendentifs intérieurs, que nous n'avons fait que nommer, forment avec les trente-deux de Fextérieur une série nombreuse non moins digne d^être étudiée que celle des accoudoirs. Il y a lieu de croire que ces intéressantes sculptures sont le fait d'artistes publiant leurs réminiscences de livres ou images de morale, croquant au sérieux, ou avec charge, les types des diverses professions, ou copiant les
scènes publiques et les plus communes que les passions du temps reproduisaient sous leurs yeux. Peut-être, avec de la bonne volonté et en suppléant les sujets brisés^ pourrait-on trouver la suite des péchés capitaux et toute leur filiation. Le fait est que les principaux y sont nettement caractérisés.
Par ce côté moral surtout, les motifs des accoudoirs et des pendentifs se rattachent à la série des sujets sacrés, et la complètent plutôt qu'ils ne la déparent. C'est la vie terrestre qui se montre, comme par une échappée, avec ses labeurs, ses passions, ses luttes et ses défaillances, dans le vaste champ où la vie céleste surabonde, prodigue d'enseignements, de consolations et de promesses.