DEO OPTIMO MAXIMO
SUR INVOCATIONE BEATjE MARIjE VIRGINIS DE1PARJ5 TEMPLUM SECULO XIII REjEDIFICATUM.
(1) On trouvera une description très-détaillée de toutes les sculptures extérieures ou intérieures de l'église de Reims, dans l'ouvrage publié à Reims en 1823 , par M. Povillon-Pierard, sous le titre de Description historique de l'église métropolitaine de Notre-Dame de Reims.
des instrumens de musique , complettent la décoration de ce riche avant portail.
A quelques pieds en retraite de la première partie que nous venons de décrire, commence la seconde ou si l'on veut le second étage du portail , partagé aussi dans son élévation en trois corps distincts par quatre grands contreforts d'un style peu commun et fort élégant , ornés de statues de saints personnages dans de grandes niches formées de colonnes isolées, élevées sur un piédestal et terminées par des clochetons octogones. Au centre , la grande rose travaillée avec tout le soin et la richesse de détails que les artistes mettaient alors à cet espèce de chef-d'œuvre, qui excitait souvent leur rivalité, occupe toute l'étendue d'une grande arcade ogive dans la voussure de laquelle on remarque dix figures, qui toutes, ainsi que celles sculptées sur le mur au-dessus, ont rapport à l'histoire du roi David. A droite et à gauche une double fenêtre très-élevée et sans vitreaux, laisse voir à travers ses divisions et ses découpures en pierre , l'intérieur de la tour et même au-delà dans le lointain, les sommités des contreforts des côtés latéraux de l'église, ce qui produit un effet piquant et semble donner encore plus de légèreté au portail.
Le troisième étage appelé la galerie de rois , consiste en une charmante colonnade qui règne sur les quatre faces du portail en suivant les parties saillantes des contreforts , et est formée d'une suite de petites arcades ogives ornées de découpures en trèfles, surmontées de pignons aïgus et soutenues sur des petits faisceaux de colonnes menues d'une extrême légèreté, on y compte quarante-deux statues des rois de France, depuis Clovis jusqu'à Charles VI (1). Quant aux sept figures du milieu, elles offrent le tableau du baptême de Clovis, le roi y est représenté nu dans une cuve jusqu'à mi-corps, près de lui saint Denis étend les mains vers une colombe qui lui apporte du ciel l'huile sainte, de l'autre
(i) Ces statues sont les plus anciennes et par conséquent les plus grossièrement sculptées, les rois sont dans l'attitude du repos , tenant leur robe d'une main et posant l'autre, pour la plupart , sur la poitrine, quatre ou cinq cependant ont le sceptre en main et un seul tient un livre; tous ont la couronne sur la tête.
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côté la reine Clotilde et quelques autres personnages, seigneurs ou religieux. Aux pieds de ces statues règne une petite galerie ou l'on avait coutume de venir chanter le Gloria Laus le dimanche des Rameaux et qu'on appelle pour cette raison la galerie du Gloria.
C'est immédiatement au-dessus de ce troisième étage , que s'isolent les deux tours régulières qui terminent et complettent le magnifique portail de la cathédrale de Reims. Elles ont des proportions sveltes et élégantes, sont évidées à jour par de grandes ouvertures dans toute leur hauteur , et sont flanqués de quatre tourelles octogones également évidées et d'une grande légèreté (1). Assurément il ne manquerait rien à ce portail pour être en effet le plus parfait si ces tours étaient surmontées de flèches ou pyramides en pierres , telles qu'elles ont peut-être existé ou qu'elles avaient du moins été projetées par l'architecte, ce qui paraît prouvé par les arrachemens d'attente que l'on trouve sous les toitures en ardoise qui les recouvrent. (2) Les dimensions de ce portail sont de cent quarante pieds de largeur, d'un angle à l'autre , et de deux cent cinquante-deux pieds jusqu'au sommet des tours.
Les façades latérales au nord et au midi, et le chevet offrent comme dans presque tous les édifices de ce genre , une suite de verrières aux intervalles desquelles viennent se ratacher des doubles arcs-boutants , appuyés sur autant de contreforts , qui en font en même temps la solidité et l'ornement : mais si dans la plupart des cathédrales nous remarquons dans ces accessoires un grand luxe de décoration, une hardiesse étudiée , une prodigalité extrême de clochetons de fleurons et de découpures, ici au contraire règne une noble simplicité qui n'exclut point cependant l'élégance. Les piliers butants du premier rang sont les seuls ornés et présentent le même style que ceux du grand portail auxquels
(1) Dans une de ces quatre tourelles on a pratiqué, avec beaucoup d'art, un escalier à jour en spirale, d'une construction aussi hardie qu'élégante. Pour parvenir au sommet des tours on compte 420 marches.
(2) Ces toits en ardoises qui remplacent les pyramides d'une manière beaucoup moins agréable., sont peu élevés , de forme octogone et terminés à leur sommet par une fleur de lys en plomb doré. Des petits toits semblables surmontent aussi les quatre petites tourelles des angles.
ils font suite; les statues, qui représentent des saints personnages, des rois et des anges, chacun avec des atributs particuliers, sont d'une exécution assez soignée et d'assez bon goût, et les somitées aiguës sont surmontées de grandes croix au lieu de fleurons ou de grouppes de chardons et d'acchantes. Au-dessus de la corniche des murs de la nef du cœur et des chapelles du rond-point , règne une galerie avec une balustrade à petites arcades ogives en pierre et à jour, à hauteur d'homme dont l'appui supporte de distance en distance des petites statues, et des figures d'animaux ou de chimères , et est un des plus agréables orneraens de l'extérieur de la cathédrale que nous décrivons.
Enfin, également au nord et au midi, les deux pignons de la croisée présentent deux beaux portails d'une structure à-peu-près semblables , flanqués l'un et l'autre de deux tours carrées , isolées sur trois faces et percées sur chacune de ces faces dans la partie supérieure , de grandes ouvertures sans vitreaux, subdivisées en double arcades et en rosaces. Des toitures en ardoises remplacent aussi sur ces tours les flèches qui existaient avant l'incendie de 1481 (1). Et qui avec celles du grand portail , le clocher de la croisée détruit aussi par le même événement , et celui du chevet auraient produit un effet admirable qui entrait sans doute dans le plan du plus grand nombre de ce genre d'édifices , et dont aucun ne nous fournit du moins aujourd'hui d'exemple complet.
Nous ne ferons qu'indiquer les ornemens et la distribution relalivc de ces deux portails , dont les sculptures sont expliquées très-au long et d'une manière fort ingénieuse dans la brochure de M. Povillon Pierard que nous avons déjà citée (2); tous deux offrent principalement au centre, une belle rose encadrée dans un arc ogive orné de figures, et plusieurs galeries et compartimens, dans la partie supérieure des pignons et des contreforts, également enrichis de statues, de dais, de trèfles et de fleurons (5). La partie inférieure du portail méridional n'a point de
(1) Voy. ci-dessus , p. 3.
(2) Ci-dessus, p. 1 et 7.
(3) Les figures du pignon du portail méridional, achevé en i5oi, représentent l'Assomption de la Vierge, il est surmonté d'un sagitaire qui termine la pointe. Celle du pignon du portail sep-
décorations ni d'entrées, tout ce côté de l'édifice environné des cours, bâtimens et dépendances du palais archiépiscopal, n'est point accessible au public (1). Le portail septentrional et tout l'édifice du même côté est a découvert , et longe une belle rue construite sur l'emplacement d'un ancien cimetière et de bâtimens claustraux destinés dans les premiers temps aux chanoines , et à la mense canoniale. On y trouve trois portes à profondes voussures dont deux seulement sont décorées dans le goût de celles du grand portail (2), une seule est ouverte, les autres sont anciennement murées.
Du centre de la croisée s'élevait primitivement un fort beau clocher qui fut consumé par l'incendie de 1481 , et n'a point été rétabli (3). La totalité de l'église est couverte en plomb , et le faîte était élégamment orné avant 179^ de fleurs de lys, et de trèfles en plomb doré, régulièrement espacées. Un seul des plus beaux ornemens de cette toiture a survécu aux outrages du temps ou des hommes , c'est le charmant clocher appelé le clocher à l'ange , parce que l'extrémité supporte un ange doré, élevé sur un globe et portant une croix. Placé à la pointe du chevet, ce clocher n'attire pas moins les regards par sa position pittoresque, dont on voit peu d'exemple, que par l'élégance de sa structure. Il est en charpente revêtu de plomb , et à cinquante-cinq pieds de hauteur au-dessus du toit de l'église. Sa base en encorbellement est supportée par huit figures courbées ou espèces de cariatides, dont l'expression , les attitudes et les attributs singuliers ont en vain exercé la sagacité des curieux qui n'ont pu encore expliquer d'une manière bien satisfaisante à quel sujet historique ou emblématique ces figures avaient rapport (1).
tentrional, représentent l'Annonciation, celles des contre-forts des galeries et des voussures de l'arcade, représentent pour le premier, des martyrs, des apôtres, des évangélistes et des prophètes, et pour le second des saints , des rois , des reines, des patriarches et l'histoire d'Adam et Éve.
(1) C'est-à-dire que comme au portail principal, les parois latéraux sont ornés de statues collossales. Elles représentent Saint-Nicaise, Saint-Rémi, Saint-Eutrope, un roi et des anges et les voussures des arcades , des groupes de diverses figures , aussi en rapport avec les deux sujets principaux , le jugement dernier et le martyr de Saint-Nicaise, sculptés ici sur les tympans, au-dessus des entrées,
(2) Voy. les diverses descriptions de la cathédrale de Reims.
L'intérieur de la cathédrale de Reims est vaste, d'un aspect imposant, et l'architecture n'a pas moins de noblesse et de simplicité qu'à l'extérieur. Le plan est en croix latine ; mais la croisée est beaucoup plus rapprochée de l'extrémité du chevet que dans la plupart des autres églises : cette disposition qui, jointe à la réserve assez inutile d'un emplacement nommé l'arrière-cœur et au besoin d'une vaste enceinte pour les décorations et les cérémonies du sacre , a sans doute nécessité d'agrandir le cœur aux dépens de la nef dont elle occupe trois arcades , nuit peut être à l'aspect général de l'intérieur et semble en rétrécir les proportions, surtout en interceptant le transept dont l'effet est toujours si pittoresque et contribue si puissamment à la beauté de ces édifices. La masse principale des piliers, est ronde cantonnée en forme de croix, de quatre autres piliers ronds d'un moindre diamètre à bases saillantes et couronnés l'un et l'autre de chapitaux à feuillage à la naissance des arcades des bas côtés. Au-dessus de ces chapitaux s'élève un faisceau de torres, ou piliers d'un très-petit diamètre également ornés de bases, de cordons et de chapitaux qui supportent la retombée des arcs et les nervures des voûtes. Entre les arcades des aîles latérales et les fenêtres de la nef, règne dans tout le pourtour de l'église, une galerie composée d'une suite de petites colonnes avec chapitaux , et d'arcades ogives de dix pieds d'élévation parfaitement en harmonie avec la gravité du style du reste de l'église.
Un ornement essentiel manque aux bas-côtés de la nef; c'est cette suite de chapelles qui les accompagne ordinairement , et qui , en rendant cette partie plus vaste , est souvent si intéressante par les orne-
(1) Beaucoup d'églises en Angleterre et quelques-unes en France, présentent cette même disposition , principalement celles qui remontent aux. douzième siècle ou qui sont antérieures.
mens de sculpture, les fermetures, les autels ou les mausolées qui les enrichissent. Il n'existe ici de chapelles isolées qu'autour du chevet ou rond-point ; elles sont au nombre de sept , sans compter les autels élevés dans la croisée, et ne présentent aujourd'hui aucune particularité remarquable dans leur structure (1).
Le cœur , qui occupe à lui seul près de la moitié de la longueur de l'église , est divisé en trois parties : le cœur proprement dit ; il s'étend depuis les deux gros pilliers du centre de la croisée jusqu'à ceux de la troisième travée de la nef inclusivement; il était anciennement entouré d'une clôture en pierre , et l'entrée fermée par un magnifique jubé , monument curieux du quinzième siècle, orné d'autels, de statues, de colonnes, d'escaliers en spirale, et de sculptures les plus délicates (2); il fut détruit, comme tant d'autres, à une époque où le mauvais goût faisait une guerre à outrance au gothique, ou, pour satisfaire la vanité de gens opulens qui croyaient bien mériter de la postérité , en substituant à grands frais, à ces respectables antiquités, de prétendus embellissemens de mode, que les motifs les plus puériles semblaient rendre nécessaires; on doit déplorer , dans l'église de Reims, plus d'un exemple de cette espèce d'attentat officieux. Cette partie est occupée par des stales assez belles , exécutées dans le dix-neuvième siècle , des pupitres, et un petit buffet d'orgue qui accompagne le chant et donne les intonations.
Le sanctuaire, placé au centre de la croisée et élevé sur plusieurs dégrés , est remarquable par son pavé en mosaïque d'un effet surprenant , et non moins curieux par le choix et l'arrangement des marbres
(1) Il paraît qu'elles étaient primitivement fermées par des clôtures en pierres, travaillées à jour, comme on en voit encore des vestiges dans beaucoup d'anciennes églises; quelque frivole motif sans doute aura déterminé leur destruction ainsi que celles des ornemens du même genre que l'on admirait particulièrement dans l'intérieur d'une de ces chapelles ( la chapelle du saint lait), ainsi appelée , parce qu'on avait la croyance que l'image de la Vierge que l'on y révérait, renfermait quelques particules du lait qui avait nourri Notre Seigneur.
(2) Il avait été construit en i420 et avait 29 pieds de hauteur , sur 42 de largeur et 1 3 de profondeur ; on le détruisit pour le remplacer par des grilles en fer , données par un chanoine nommé Jean Godinot ( voy. ci-après p. i5 , note 2. )
que pour sa parfaite exécution (1). L'autel, construit à la moderne en marbre de différentes couleurs, orné de bronzes ciselés et dorés, mériterait un titre de reconnaissance au riche chanoine qui en fit don, si cet acte de générosité n'avait pas occasionné la destruction de l'ancien autel , beaucoup plus précieux sous tous les rapports , et particulièrement sous celui de l'histoire de l'art, puisque, non-seulement, à la plus rare magnificence , il joignait le mérite d'offrir un exemple presque introuvable aujourd'hui du style de ce genre de monument usité dans les douzième , treizième et quatorzième siècles (2).
L'arrière-cœur , comme cette dénomination l'indique, est un lieu réservé derrière le cœur , dans cette partie du rond-point , qui , dans l'ordre naturel, devrait être occupé par le sanctuaire; c'est dans cet endroit, qui ne paraît point avoir aujourd'hui une destination utile et que l'on pourrait, peut-être sans inconvénient, restituer à son véritable emploi, que se trouvait placé le trésor, avant les changemens faits au cœur lors de la démolition de l'ancien autel, vers l'an 1747 (voyez ci-dessus, la note 2 page 16). Ce trésor, immense dépôt des présieuses offrandes de tant de prélats, de monarques, de princesses et de pieux personnages, était un des plus considérables et des plus
(1) Ce pavé n'existait point dans la cathédrale de Reims avant 1791 , il avait été donné à l'église de l'ancienne abbaye Sait-Nicaise , de la même ville, par le grand prieur de cette maison, dom Hubert , en 1 747 ; il est composé de morceaux de marbre d'échantillon , de quatre couleurs , formant des cubes qui produisent l'illusion du relief, et est l'ouvrage d'un nommé Thomas, marbrier à Baumont, en Hainault; lorsque l'église de Saint-Nicaise fut démolie, ce pavé fut transporté et placé dans le sanctuaire de la cathédrale, en 1791.
(2) Cet autel qui paraissait avoir été érigé lors de la construction de l'église actuelle, mais qui avait été augmenté et enrichi dans les siècles suivans , était au rapport des historiens , un des plus beaux morceaux du temps; l'or et l'argent massifs, les marbres et les pierres les plus précieuses, les statues, les colonnes, les nombreux ornemens de sculptures, les chasses, les reliquaires émerveillaient les regards et donnaient une haute idée de l'état des arts, dans ce temps là, malgré l'injuste mépris que leur avait voué le siècle dernier (Voy. la description de cet autel dans les divers historiens de la viHe et de l'église de Reims). L'autel actuel est un don de M. Godiuot , chanoine de l'église , en 1747, qui par son économie, sa frugalité et un talent particulier pour la culture des vignes; avait acquis une fortune considérable, qu'il employa toute entière avec plus de générosité que de discernement, à l'embellissement de l'église de Reims, aux soulagcmens des pauvres et aux besoins publics.
riches de France. II contenait une quantité immense de chefs-d'œuvre d'orfèvrerie, vases sacrés, châsses, reliquaires, images de la Sainte- Vierge et de diiférens saints, d'or et d'argent massif , et beaucoup d'autres pièces de fantaisie , la plupart remontant à des siècles très-reculés, et non moins admirables par la richesse des matières que par la beauté et le fini du travail (1). Tous ces objets, dont l'intérêt des arts au moins réclamait la conservation, ont été, avec tant d'autres, anéantis dans les creusets de l'hôtel des monnaies, par un décret de l'Assemblée nationale, en 1791 (2).
On voyait encore dans l' arrière-cœur , avant 179^* un siège formé d'une seule pierre , regardé comme le siège de Saint-Rigobert , évêque d'Amiens en 696. C'était dans cette chaise qu'on installait les archevêques de Reims à leur prise de possession , et que l'on déposait la crosse quand l'archevêché était vacant (3). Enfin, un autel curieux élevé en i545, appelé l'autel du Cardinal, ou l'autel de la Croix, parce qu'il avait été donné par le cardinal de Lorraine (4) , ainsi qu'une croix
( 1 ) On y trouverait le calice de l'évêque Hincmard, monument d'orfèvrerie de l'an 880. Ce vase si précieux avait été déposé dans le musée de la ville , et a dit-on été volé .... ! Un texte de l'évangile en langue esclavone, avec une couverture enrichie de diamans , cJestsur ce livre que les rois faisaient serment le jour de leur sacre; il est conservé dans la bibliothèque de la ville, un autre évangile en lettres bleues; une croix d'or de cinq pieds de hauteur, donnée en 1176; une statue d'or de la Sainte-Vierge, donnée par Blanche , comtesse de Troy es; une chapelle d'or composée de tout ce qui était nécessaire au service de l'autel, donné par Charles VII, en i42o,; un tombeau de vermeil, donné par Henri II, en i5bj; une image de Saint -François, d'or massif j donnée par François I" ; un soleil de vermeil , donné par Charles IX, en i56i; un vaisseau dont la calle était une agate dJune seule pièce, donné par Henri III , en 1 5 j5 ; un buste de Saint-Louis , en vermeil, donné par Louis XIII ; un buste de Saint-Remi , en vermeil , donné par Louis XIV, en i654 ; un magnifique soleil, en vermeil, exécuté par le fameux Germain, donné par Louis XV, en 1722; un ciboire d'or enrichi de bas-reliefs , donné par Louis XVI ; et beaucoup d'autres objets précieux dont on trouvera une description plus détaillée, dans les divers ouvrages sur la ville et la cathédrale de Reims.
(2) Il n'est resté à l'église que les présens de Henri II et Henri III, dont la matière était moins précieuse que le travail , ou du moins, moins propre à être monnoyée et une croix d'or ornée de pierreries, donnée par Guillaume de Champagne, laissée comme un objet nécessaire au culte.
(3) Elle fut brisée en 1 793.
(4) Derrière cet autel il existait un tombeau, soutenu par quatre colonnes de marbre noir, dans
de vermeil de quatre pieds de haut, du poids de cent marcs, et ornée de vingt-quatre figures en relief.
Les curieux qui visitent l'église de Reims, n'ont pas seulement à regretter la perte des monumens rares dont nous venons de parler , mais encore de quelques autres non moins intéressans, que les pieux dévastateurs de 1747» ou les barbares impies de 1793, n'ont pas plus respecté. Tels étaient un fragment du portail de la cathédrale qui existait dans le cinquième siècle , devant lequel Saint-Nicaise reçut le martyre, pieusement conservé en mémoire de cet événement, dans la nef de l'église actuelle, et que Jean Quinart, chanoine, avait enchâssé en i663, dans une espèce de mausolée en marbre, orné de bronzes (1).
Le labyrinthe, espèce de mosaïque du treizième siècle , formé de traits anguleux ou circulaires , exécutés en marbre noir sur le pavé au milieu de la nef, et qui offrait au centre et aux quatre coins les figures de l'architecte et des maîtres de maçonnerie auxquels on doit la construction de l'édifice, avec des inscriptions qui indiquaient leurs noms, l'époque de leur mort, et les travaux qu'ils avaient exécutés (2).
La chaire, morceau peu remarquable, mais fort ancien. On croyait que Saint-Bernard y avait prêché (3).
La plus grande partie des vîtreaux des fenêtres inférieures ; enfin , une immense quantité d'ornemens sacerdotaux , aussi remarquables
lequel reposaient les cendres de ce cardinal inhumé en i554 et celles de quelques membres de sa famille, tels que le cardinal de Guise et François de Lorraine. L'un et l'autre furent détruits en 94 , et remplacés depuis par un autel plus moderne, provenant de l'église de^l'ancienne abbaye Saint-Nicaise , il est en marbre fin, fut exécuté par Dropsi, marbrier de Paris, en 1764 et avait coûté 6,000 livres.
(1) Ce monument fut démoli en 1744, comme embarrassant la nef et gênant les processions...! on le remplaça par une simple inscription, incrustée dans le pavé, ainsi conçue : Hoc in loco sanctus Nicasius j Remensis archiprœsul j truncato capite j martyr occubuit } anno domini 4o6.
(2) On voyait dans beaucoup de cathédrales une mosaïque semblable, presque toutes ont été détruites, celles de Reims qui offrait le plus grand intérêt , le fut eu 1779, sur les représentations et aux frais d'un chanoine, nommé Jaquemart, qui était choqué des courses des enfans et des étrangers qui s'amusaient quelquefois à parcourir pied à pied toutes les sinuositées et les contours de ce labyrinthe.
(3) Détruite en 1793.
par le précieux des étoffes , le nombre des pierreries et la beauté des broderies, que par l'ancienneté de la plupart et la source auguste qui en avait enrichi l'église (1).
Nous terminerons cette description , en indiquant ce que la cathédrale de Reims a conservé, ou ce qu'un nouvel ordre de choses a pu lui faire acquérir , digne de l'attention de ceux qui visitent ce célèbre monument. Après avoir examiné les divers aspects plus ou moins pittoresques qu'offre de divers points l'intérieur de l'église , surtout celui de l'entrée de la nef, vu des degrés du sanctuaire, le dos tourné à l'autel, quand cette partie est éclairée des feux du soleil couchant : il faut s'approcher des portes et considérer les nombreuses statues placées par rangs dans de petites niches qui décorent toute la surface du mur, au-dessus et autour, tant de la porte principale que des portes latérales ; elles sont au nombre de cent vingt-deux, d'un assez bon style, et paraissent avoir été exécutées vers la lin du quinzième siècle (2). Les tambours de ces portes latérales, ouvrage de menuiserie et de sculpture, fait en 1764, méritent aussi d'être cités (5).
Près de là, on trouve, adossé au mur du bas-côté à droite, un mausolée d'un seul bloc de marbre blanc élevé sur deux colonnes de granit, et surmonté d'une urne funéraire, monument de sculpture du Bas-Empire, érigé dans le cinquième siècle, à Flav. Val. Jovin Rémois, préfet des Gaules, chef des armées et consul romain. Les sculptures, qui ont un peu souffert , paraissent représenter des chasses, maison n'a, sur leur véritable sujet, que des conjectures plus ou moins vraisemblables (4).
(1) Ils provenaient, en grande partie, des dons faits par les archevêques à leur prise de possession, et par les rois qui avaient coutume de laisser à l'église les vêtemens précieux dont ils s'étaient servis à leur sacre , et qui étaient pour l'ordinaire transformés en chappes, en chassubles et en tuniques , ou appropriés de toute autre manière pour le service divin.
(2) Elles représentent plusieurs personnages et faits historiques , de l'Ancien et du Nouveau-Testament; quelques allégories religieuses ainsi que des martyrs et des patrons honorés dans l'église de Reims.
(3) Ils proviennent de l'église de l'ancienne abbaye Saint-Nicaise et furent exécutés par un nommé Gaudry., menuisier de Reims , 1764.
(4) On peut consulter sur ce monument l'ouvrage du Comte de Caylus, les mémoires sur Reims,
Dans la nef, la tombe de Hugues le Berger (Hues Libergiers), architecte de l'église de l'ancienne abbaye de Saint-Nicaise (1).
La nouvelle chaire, d'une forme assez élégante, ornée d'un bas-relief estimé représentant la guérison du boiteux (2).
Dans la croisée méridionale, un autel du seizième siècle, en marbre noir , composé de plusieurs groupes de figures historiques dans des niches et encadremens dans le goût du temps, ouvrage d'un sculpteur de Reims nommé Jaques (3).
Dans la croisée septentrionale, le buffet d'orgues et une horloge à carrillon et à figures mouvantes , appelée l'horloge du cœur (4).
Quelques tableaux remarquables, tels que la cène, par le Mutian , estimé cent mille francs : il est placé au-dessus de la porte de la sacristie; la nativité de Jésus-Christ, par le Tintoret (dans la chapelle de la Vierge); l'apparition de Jésus-Christ à la Magdelaine , par le Titien; une descente de croix, par Thadea-Zucchero ; la manne recueillie par les Israélites, peint par le Poussin, placé sur le pilier à droite de la chapelle de la Vierge ; et Jésus-Christ sur la croix , peint en 181 3, par M. Germain, élève de M. Regnaud, placé vis-à-vis de la chaire. La plupart de ces tableaux sont dus à la munificence du cardinal de Lorraine.
Enfin , les vîtreaux peints des fenêtres supérieures de la nef et du cœur (5) et les roses du grand portail et de la croisée, non moins
par Lacourt, les histoires de Reims , par Bergier , Marlot , Gérusez, etc.; le dictionnaire de la Martinière, article Reims , etc.
(1) Cotte tombe assez curieuse et gravée en creux avec du plomb fondu dans les traits, offre l'image de cet liabile architecte, avec une inscript ion rjui commence ainsi : ci-gist maître Hues Libergiers qui cornm -aça ceîir JglLe en M. CC. et XXfX, etc. , etc. , et qui pourrait à l'avenir induire en erreur les étrangers , si l'on ne prenait pas le soin nécessaire d'instruire par une deuxième inscription du (li placement de celle pierre et de quelle église il est question.
(2) Celle cb tire provient de L'église de Saint-Pierre de Reims, et est l'ouvrage d'un sieur Blondel, habile menuisier de Reims , mort en 1812.
(3) Cet autel est appelé 1 autel de la résurrection à cause du sujet que les figures représentent.
(4) Dans le goût des horloges de Strasbourg, de Lyon , de Dijon, de Sens et d'Auxaire , mais moins curieuse et moins compliquée.
(5) Ces vitreaux paraissent dater du treizième siècle , ils représentent une suite des arche-
dignes de remarque par leur composition que par la légèreté de la sculpture et la vivacité des couleurs (1).
L'église de Reims tient un des premiers rangs dans les églises de France : douze princes ont été assis sur son siège , entre lesquels deux fils de France, Arnoult fils de Lothaire et Henri fils de Louis-le-Gros , et quatre princes du sang royal , Hugues de V ermandois , Henri de Dreux» J ean et Robert de Courtenay ; elle a fourni quatre papes , Sylvestre II , Urbain II, Adrien IV et Adrien V ; et elle joint à ces titres le titre plus glorieux d'être en quelque sorte le berceau de la catholicité en France.
Peu d'événemens mémorables se sont passés dans la cathédrale de Reims, si on en excepte le fameux concile de n48 (2); mais on sait que les archevêques jouissent du brillant privilège de sacrer les rois de France, qui semblent, dans cette circonstance, déposer la majesté du trône pour venir recevoir dans cette antique basilique l'onction sacrée qui sanctifie leur puissance, et jurer d'observer pendant leur règne les lois de justice et de paix du Dieu au nom duquel ils commandent.
vêques et des évêques sufFragans, dont on trouve en partie les noms inscrits au-dessus des figures.
(1) Les peintures des roses du portail représentent des prophètes, des patriarches, des papes, des rois, des martyrs, des évêques, des anges, etc.; celles de la rose méridionale représentent l'Éternel clans toute sa majesté, environné de toutes les puissances célestes et celles de la rose septentrionale , la création du monde, et la chute d'Adam et Eve.
(■2) Le concile fut présidé parle pape Eugène III, on y comptait plus de mille prélats, parmi lesquels étaient les primats dJEspagne et d'Angleterre ; on y traita de diflerens points de dogmes et de discipline-, on remarque entre les principaux canons, le sixième qui défend aux avoués des églises de rien prendre par eux ni par leurs inférieurs au-delà de leurs anciens droils, sous peine d'être privés de sépulture ; le septième qui défend le mariage aux évêques, diacres sous-diacres, moines et religieuses et le douzième qui défend les joutes, touiaois , etc.