‹ Cathedrales francʹaisesChapitre 14 sur 37 · ROUTE DE FISMES A REIMS : ENTREE DANS REIMS : RÉCEPTION DU ROI DANS · texte numérisé non relu

ROUTE DE FISMES A REIMS : ENTREE DANS REIMS : RÉCEPTION DU ROI DANS

L'ÉGLISE CATHÉDRALE

Le lendemain 28 , le même empressement , le même désir avait appellé de bonne heure, sur le chemin de Reims , la même afïluence de monde que la veille aux portes de Fismes , mais à peine avait-on salué le départ de Sa Majesté qu'un événement qui pouvait être funeste excite tout-à-coup un cri d'alarme : la vie du Roi a été en danger: les chevaux effrayés et que rien ne pouvait plus retenir, entrainaient dans un précipice inévitable les voitures de la cour, et sans la présence d'esprit de l'un des conducteurs et la protection du génie qui veille sur la France, un jour de bonheur et de triomphe allait être changé en un jour de douleur et d'effroi. Bientôt les coursiers se ralentissent : le Roi est sauvé! et la joie succède au plus sinistre abattement : mais Charles, seul ne paraît pas se souvenir du danger qu'il a couru : une seule pensée l'occupe : de braves compagnons , des serviteurs fidèles, ont reçu de graves blessures ;

j> qu'instruisait Saint-Remy, ils accourent avides de contempler, sur votre visage, l'empreinte de

j> vos royales vertus , ils élèvent leurs voix jusqu'au ciel , à la vue du monarque qu'ils attendaient

» si ardemment. Je ne peux être ici que l'organe de leur impatience et de celte ivresse d'un grand

» peuple, qui sont le seul langage qui ne soit point au-dessous d'un roi de la vieille France et de

» l'auguste cérémonie qui l'attire au milieu de nous. »

il leur prodigue les soins les plus louchants et ne consent à s'éloigner qu'après s'être assuré qu'il n'aura point de perte à déplorer (1).

A Tinqueux , village aux limites de l'arrondissement de Reims, s'élevait un nouvel arc de triomphe de style gothique , orné d'emblèmes et d'inscriptions. Le Roi y arriva à une heure, y fut complimenté par M . le souspréfet de Reims ( Voyez le discours ci-dessous) (2), et s'arrêta quelque temps dans une maison appartenant à l'archevêque. De là à Reims, quatre arcs en feuillage placés à distance égale, désignaient les quatre arrondissemens du département dont ils portaient les noms (3), on y trouvait à chacun, le sous-préfet, les maires et un détachement delà garde nationale à cheval. Cent quatre-vingt écussons suspendus à des pins d'Ecosse, ornés de draperies et de guirlandes, régulièrement espacés dans les intervalles de ces berceaux de verdure, indiquaient les communes du département, et aux pieds de ces espèces de trophées champêtres, des jeunes filles vêtues de blanc et couronnées de fleurs devaient agiter et

(1) A la descente de Fismes, leschevauxdes voitures du cortège, effrayés par Iebruit de l'artillerie placée dans un vallon près de la route, et que redoublait un écho très-fort, s'emportèrent tout à coup sans qu'il fut possible de les dompter : une des voitures renversée au fond d'un précipice fut entièrement brisée , et plusieurs personnes atteintes des blessures les plus graves qui pendant plusieurs jours ont mis leur vie en danger. Le Roi etles Princes ne durent leur salut qu'à la présence d'esprit du cocher et du postillon, qui surent avec beaucoup d'adresse et de force maintenir leurs coursiers sur le milieu de la route, jusqu'à ce qu'épuisés par la rapidité de leur course ils s'arrêtassent d'eux-mêmes. À cet instant le cocher s'évanouit et les nombreux témoins de ce cruel événement restèrent consternés jusqu'à ce qu'on eut acquis la certitude que personne n'avait péri.

» (2) C'est dans ces contrées où la France devient chrétienne, c'est au pied de l'autel où fut sacré » Clovis, où les aïeux de Votre Majesté ont reçu l'onction royale, que le Dieu de Saint-Louis )> semble se plaire à verser ses plus abondantes bénédictions sur les rois que sa bonté nous » donne.

» Du même autel aussi partent plus puissantes les inspirations d'amour , dont sont animés les » Français , pour votre auguste Majesté et pour son auguste dynastie, et ce sont surtout les babitans » de l'arrondissement de Reims qui, placés à la source même de ces inspirations sacrées, y puisent » les sentimensde fidélité, de dévouement sans bornes et de profond respect , qu'ils déposent par » mon organe, aux pieds de Votre Majesté; Sire, le ciel a entendu leur voix, Viveee Roi, Vive » Charles X. »

Le roi daigna exprimer avec la plus aimable affabilité, combien il appréciait les sentimens d'affection don!. M. le sous-préfet se rendait l'organe.

(3) Epernay , Chàlons-sur-Marne , Vitry-le-Français , Saiute-Ménéhould.

présenter des écharpes blanches pendant le passage de Sa Majesté. C'est au milieu de cette double haye d'emblèmes d'amour, de cœurs dévoués et fidèles ; au milieu de ce concours général d'hommages et de bénédictions, que s'avança lentement vers l'antique cité, le magnifique cortège qui accompagnait l'auguste Monarque (1). Le ciel que quelques sombres nuages avaient obscurci jusqu'à ce moment, s'éclaira tout-à-coup des vifs rayons du soleil, et un horisonpur, succédant à la brume, semblait présager, avec la fin de nos maux , des années futures de bonheur et de paix. Tous les yeux fixés sur le monarque ne pouvaient être distraits que par la beauté du spectacle qui se déployait sur une ligne immense , la belle tenue des troupes, l'élégance des costumes, des livrées , des équipages , et surtout la richesse et le bon gout de la voiture du sacre, un des chefs-d'œuvres le plus parfait en ce genre qui soit sorti des ateliers français (2).

A deux heures et demie le son des cloches , les cris mille fois répétés de vive le Roi! et cent et un coups de canon annoncent aux babitans de Reims qu'ils possèdent enfin ce prince bien aimé, qui vient, restituer à leur ville son antique privilège , récompenser leur amour , en recevant au milieu d'eux la sanction divine de sa puissance, et les rendre dépo-

(1) Le cortège était composé de l'état major de la division, l'état major de la garde royale, un détachement du 3.e de hussards, un détachement de lanciers de la garde, la garde nationale du 5.e arrondissement; un équipage à huit chevaux, à la livrée du duc de Bourhon, dans lequel étaient les aides-de-camp du prince; un second équipage à huit chevaux, à la livrée du duc d'Orléans, dans lequel étaient les aides-de-camp du prince; six autres équipages magnifiques, à huit chevaux, à la livrée du Roi, dans lesquels se trouvaient les grands officiers de la couronne, un détachement des gardes-du- corps, un officier des cérémonies, et les aides-de-camp du Roi; la voiture du sacre, dans laquelle était le Roi, à sa gauche le Dauphin, en face duRoi, le duc d'Orléans et le duc de Bourhon, après la voiture du sacre, des détachemens des gendarmes des chasses , des grenadiers à cheval , des cuirassiers et des hussards de la garde, la gendarmerie à cheval de Paris, des escadrons du 3.e régiment et un du 5.e des cuirassiers de ligne , un escadron des dragons de la ligne , deux des chasseurs à cheval de la ligne, plusieurs hatteries d'artillerie à cheval de la garde et plusieurs hataillons d'infanterie de la garde et de la ligne.

(2) L'exécution en est due à M. Delonne, élève de Girodet , pour les peintures , M. Persillé pour les ornemens, M. Roguez pour les sculptures : les hronzes sont de M. Denière et la dorure de M. Gautier.

sitaires de ses augustes sermens. Après avoir écouté avec une vive émotion la harangue prononcée par M. le maire et reçu les clefs (Voyez lediscours ci-dessous j (1). Sa Majesté fit son entrée dans la ville au milieu de l'ivresse générale et d'un concert unanime d'acclamations et d'actions de grâces. Tout le monde pouvait jouir sans obstacle de la présence du Roi ; tous les yeux pouvaient lire dans les siens : l'habile artiste (2) chargé des décorations de la ville avait su remplir le vœu d'un bon Prince (5) qui avait dit dans une circonstance semblable : je ne veux rien qui empêche le peuple et moi de nous voir, sans nuire à la pompe qui convenait à la fête. Des ceps de vigne entrelacés de feuillages et de guirlandes de fleurs remplaçaient d'une manière fort heureuse les anciennes tapisseries d'usage, et laissaient voir à travers leurs intervales les fenêtres des maisons et de nombreux amphithéâtres élégamment drapés, où se grouppait à l'envi une foule immense de spectateurs, également avides de contempler les traits de leur souverain.

Parvenue à l'entrée de la sainte basilique , où soixante rois furent sacrés , Sa Majesté y fut reçue par l'archevêque de Reims, vêtu pontifîcalement , et les évêques de Soissons, Beauvais , Châlons et Amiens ses sufFragans , accompagnés de leur clergé , sous un immense porche richement construit dans le style gothique, en avant du portail. De là

(1) « Sire, heureux de pouvoir être auprès de Votre Majesté , l'organe des sentiraens qui animent » la ville de Reims, mon cœur sent mieux qu'il ne peut exprimer, l'élan que votre auguste pré- » sence excite en ce moment dans cette grande cité; daignez, Sire, recevoir les clefs de votre » bonne ville; c'est l'amour, c'est la fidélité qui s'empressent aujourd'hui, comme dans tous les » temps, à vous en faire hommage. Tous nos cœurs sont à vous, Sire, ils le sont à jamais et dans » ce moment où nous avons le bonheur de contempler les traits de notre Roi bien aimé, il ne )> nous reste plus qu'à adresser des vœux au Tout-Puissant , pour qu'il répande ses bénédictions » sur Votre Majesté et qu'il lui accorde de longs jours pour le bonheur de la France. »

Le Roi a répondu :

(( Je suis touché des sentimens qui viennent de m'ètre exprimés , je désirerais avoir la voix assez » forte pour me faire entendre de tous les Rémois et de tous les Français et leur faire connaître la » vive émotion que j'éprouve en ce moment : je prierai le Tout-Puissant dans la cérémonie de mon » sacre , de doubler mes forces pour assurer le bonheur de mon peuple. »

(2) Le Ch. Isabey.

(3) Louis XVI.

( io )

conduite processionellement sous le dais jusque dans le sanctuaire, précédée des services de sa maison civile et militaire , et suivie des ducs d'Orléans et de Bourbon , elle fut après une courte prière complimentée par l'archevêque, f V oyez le discours ci-dessous J (1), qui ensuite entonna les vêpres, après quoi le cardinal Lafare (2) , prononça un sermon dans lequel l'habile orateur empruntant la mâle éloquence des Bossuet et des Fénélon , sut dicter avec énergie au nom de la religion , les devoirs réciproques du prince et des sujets, et peindre en caractères non moins vivement tracés, l'influence sacrée, de cette même religion, sur les vertus des rois et le bonheur des peuples (3). Ce discours écouté par Sa Majesté, par les princes, les princesses , et les nombreux assistans avec le plus profond recueillement , fut suivi du Te Deum , et de la

(1) <( Sire, aux vives acclamations de bonheur et d'amour qu'excite dans mon diocèse la pré- » sence d'un Roi cligne fils de Saint-Louis, et aux sincères expressions de la reconnaissance et de la » fidélité de cette bonne ville , si heureuse de se voir encore la ville du sacre , qu'il me soit per- « mis d'ajouter les hommages et les voeux d'un chapitre aussi recommandable par la pureté de » ses principes, que par la solidité de ses vertus et de tout un clergé qui connaît et qui aime )> à remplir ses devoirs.

» Quant à moi , Sire , j'ose me croire dispensé de manifester des sentimens qui ., invariables » comme mes principes, sont depuis long-tems connus de Votre Majesté."

» Mais après avoir , comme un serviteur fidèle , pris part pendant une si longue suite d'années, » à tous les événemens de la vie de Votre Majesté , je dois aujourd'hui bénir hautement la divine » Providence qui, dans une cérémonie si remarquable par toutes ses circonstances, m'a destiné » auprès de votre auguste personne , la plus belle et la plus consolante des fonctions de mon » saint ministère , et je rends grâce à Dieu, la sagesse éternelle, de vous avoir inspiré , Sire, la grande » et religieuse pensée de venir sanctifier la dignité royale, par un acte solennel de religion , au pied » du même autel où Clovis reçut l'onction sainte. Car dans tout, soumis à votre puissance, Sire, » tout vous fera assez entendre que vous êtes chrétien, tout vous dira que pour votre bonheur , » comme pour le bonheur de vos peuples , et afin d'accomplir les destins de Dieu , en marchant sur » les traces de tant de rois, dont par le droit de votre naissance , vous portez la couronne , oui, » Sire, tout vous dira que vous êtes le lils aîné de l'église et le roi très-chrétien. Daigne le Roi » agréer l'expression de nos sentimens, daigne le ciel exaucer tous nos vœux. »

(2) C'est le même qui, en 1789, étant alors évêque de Meaux , prononça un sermon devant les états généraux.

(3) Nous regrettons que l'étendue de cet ouvrage ne nous permette pas de transcrire ici ce discours, ni d'en donner même une courte analyse; on peut le trouver dans la plupart des journaux ou des ouvrages publiés lors du sacre.

présentation des dons offerts par le Roi qui furent successivement déposés sur l'autel par le Roi lui-même, et les chanoines.

A quatre heures le Roi se retira dans le palais qui lui avait été préparé dans l'archevêché (1) , et ou furent admis à lui faire la cour, le clergé et les autorités civiles et militaires du département qui furent ensuite reçus successivement chez les princes et princesses du sang. Le soir, des repas, des jeux, des illuminations brillantes et des fêtes de toutes espèces animaient sur tous les points, une immense population, livrée sans réserve à cette joie pure, à ces émotions douces, qu'inspire un heureux jour.

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