DE STRASBOURG
La façade de l'église cathédrale de Strasbourg est, après la plus grande des pyramides de l'Êgypte, l'édifice le plus élevé que l'on connaisse (1). Les proportions aussi sveltes que majestueuses du portail, l'élégance et la délicatesse des ornemens qui en couvrent les massifs et en distinguent les étages , la merveilleuse transparence, tant du corps de la tour, que des tourelles détachées où l'on voit monter les spirales déliées de ses quatre escaliers, enfin, l'habile disposition de la flèche, la légèreté de ses masses, la finesse de ses détails et la grâce de ses formes, tout concourt avec cette élévation prodigieuse pour porter au suprême degré l étonnement et l'admiration qu'inspire ce chef-d'œuvre de l'architecture sacrée du moyen âge. La nef de cette cathédrale , quoique fort belle et dune grandeur peu commune, ne répond pas entièrement à ces dimensions gigantesques : la croisée et le chœur, qui sont d'une époque plus ancienne, s'en écartent encore davantage. Mais, si ce défaut d'unité dans l'ensemble laisse aux yeux quelque chose à désirer, la diversité du style
(1) Des mesures qui variaient entre elles et la différence de l'ancien pied de Strasbourg à celui de France, auquel le premier se rapporte dans la proportion de 128,1667 à 1 44 7 jetaient autrefois quelque doute sur la véritable hauteur de cet édifice. Une opération trigonomélrique, exécutée avec la précision la plus rigoureuse, par M. le colonel Henry et les ingénieurs géographes employés sous ses ormes aux travaux préparatoires povrr une nouvelle carte de la France, l'a fixée à ^5jv'c,Xi,5o2 de Paris, ou 49i1'ie'i!,549 de Strasbourg. Les calculs faits d'après les observations des deux stations qui ont été employées, n'ont varié que de trois millimètres : l'une a donné i42mi,"s,i°9 > l'autre i42mar",n2. Quelques autres cathédrales n'ont été crues plus hautes que parce qu'on a pris pour des pieds de France des mesures locales d'une moindre dimension'.
de ses parties différentes offre au connaisseur un autre genre d'intérêt : il y trouve les matériaux d'une étude presque complète de l'histoire des variations qu'a subies ce genre d'architecture. Cette considération donnerait une haute importance à la fixation précise des dates de la construction de chacune de ces parties. Malheureusement il n'est pas toujours possible d'arriver sur ce point à une certitude entière; mais on peut du moins, en remontant aux autorités les plus anciennes et en faisant usage de la critique portée depuis quelque temps dans cette partie de l'histoire des arts, éviter les erreurs grossières que des traditions modernes, accueillies avec trop de facilité, ont répandues dans tous les ouvrages spéciaux qui ont paru jusqu'ici sur ce monument.
Nos auteurs commencent par illustrer l'emplacement même où est située cette cathédrale : ils assurent que déjà les anciens Celtes avaient établi en ce lieu un bois sacré , dont les autels étaient rougis par le culte sanguinaire d'Ésus(i). L'opinion que sous les Romains ce culte fut remplacé par celui de Mars, et une petite statue de ce dieu, qu'on voyait autrefois sur la plate-forme de cet édifice, sont les appuis les plus positifs de cette assertion ; mais la seule inspection de cette figure , qui a été transférée dans la bibliothèque publique de Strasbourg, convaincra tout connaisseur impartial qu'elle est moderne. Un Hercule d'une antiquité plus avérée est placé encore aujourd'hui derrière le portail, à l'endroit où celui-ci déborde le côté septentrional de la nef. Si, comme il est vraisemblable, cette statue fut trouvée lorsqu'on creusa les fondations de cette église , elle donne un peu plus de consistance à l'opinion que ce héros fut vénéré en ce lieu, soit par les Romains, soit par les peuples germaniques, par lesquels cette frontière fut occupée dès le temps de Jules-César; car, selon Tacite, ces peuples avaient également admis au nombre de leurs divinités un Hercule, soit grec, soit indigène. Une autre statue d'Hercule, exécutée en bronze, et revêtue d'un costume extraordinaire, est devenue célèbre sous le nom de Crutzmann} qu'on a consi-
(1) Voyez Summum Argentoratensium templum, par Osée Schad (SchacUeus) ; Strasbourg, 1617, in-4.8; et lissais historiques et topographiques sur l'église cathédrale de Strasbourg , par M. l'abbé Grandidier; Strasbourg, 1782, in-8.° Ces deux ouvrages, dont le second abonde en recberebes historiques d'un intérêt varié, ont servi de base à toutes les autres descriptions de cet édifice.
déré comme le nom germanique de ce héros, et que Specklin a traduit par dieu de la guerre: elle exista jusqu'en i525, dans une chapelle attenante à cette cathédrale; mais on ne la connaît que par des dessins faits par ce célèbre architecte, d'après les souvenirs qui s'en étaient conservés cinquante ans après que cette figure avait disparu.
Strasbourg, qui s'appelait alors Argentoratum, étant devenu, dès le milieu du 4-e siècle de l'ère chrétienne , le siège d'un évéque , on ne saurait douter qu'il n'y eut dès-lors dans ses murs une église cathédrale; mais toute trace de cet édifice a été effacée lors de l'invasion des barbares et sous la domination des Alemcmni. Ces peuples ramenèrent le paganisme sur cette frontière, et leur puissance ne fut brisée que par la victoire de Tolbiac, suivie de la conversion de Clovis à la religion chrétienne. On s'accorde à attribuer à ce roi la construction de la première cathédrale de Strasbourg dont nous avons une connaissance plus positive. On a lieu de croire qu'elle fut dès-lors dédiée à la Sainte- Vierge, sous le titre de son assomption. Quelques traditions ajoutent que cet édifice ne fut terminé que par le roi Dagobert I.er Selon le témoignage unanime des chroniques anciennes, cette église n'aurait été construite qu'en bois, et n'en aurait pas moins subsisté jusqu'au commencement du 1 1 .e siècle. Il est néanmoins très-probable que des agrandissemens, ou même une ou plusieurs reconstructions totales, eurent lieu dans cet intervalle; et peut-être la chapelle souterraine , située sous le chœur, nous a-t-elle conservé quelques restes de l'un ou de l'autre de ces renouvellemens ignorés. Mais ce n'est que sur une autorité bien peu sûre qu'on a attribué aux rois Pépin et Charlemagne la construction d'un chœur en pierre, dont l'on a été jusqu'à prétendre qu'il subsiste jusqu'à ce jour. Le premier auteur chez qui l'on trouve cette assertion est Specklin , qui n'a écrit que vers la fin du i6.e siècle (1). Indépendamment du style même de celte
(i) Cet homme distingué par plus d'un genre de mérites, nous a laissé deux volumes manuscrits, contenant un recueil de matériaux pour une histoire d'Alsace. Ce sont des notes et des extraits disposés par ordre chronologique. On y trouve heaucoup de faits curieux : mais aussi un grand nombre d'erreurs. Ces manuscrits autographes étaient en la possession de Schad, qui en a tiré la plupart de ses notices. Ils sont déposés aujourd'hui à la bibliothèque publique de la ville de Strasbourg , et m'ont éîé Tort utiles, en me faisant connaître la source et la rédaction primitive de beaucoup d'assertions répétées,
portion de l'édifice , un document du temps de Louis le Débonnaire démontre la fausseté de cette tradition. Le moine Ermoldus Nigellus, étant exilé à Strasbourg par ce roi, lui adressa, en 826, pour rentrer en grâce auprès de lui, un poème, où il fait de cette cathédrale une description assez détaillée (1). Loin de dire un mot de ce qu'une partie principale de cet édifice aurait été construite par les soins du père et du grand-père du monarque qu'il cherchait à flatter, il amène cette description par le récit d'une apparition merveilleuse de S. Boniface , qu'on disait avoir visité cette église à l'instant de sa mort, arrivée en 755, et il parle de l'état des choses à cette époque comme étant encore le même au temps où il écrit. On voit d'ailleurs par cette description que dès-lors le grand autel était consacré à la Sainte-Vierge; qu'il était accompagné, des deux côtés, des autels de Saint-Pierre et de Saint-Paul; que S. Michel, ou bien la croix, étaient vénérés au milieu de la nef, et que dans le fond il y avait un autel de Saint-Jean, honoré de ses reliques. Un incendie, arrivé en 873, consuma une partie des archives, et paraît avoir donné lieu à des réparations importantes. Cette cathédrale fut pillée, ou même incendiée, en 1002, par Hermann, duc de Souabe et d'Alsace, qui se vengea par cet attentat de ce que lévêque Wernher avait pris le parti de Henri, duc de Bavière, son compétiteur au trône impérial. Wernher descendait des anciens ducs d'Alsace, et il peut être considéré en quelque sorte comme le fondateur de la maison de Habsbourg, puisquil fit construire pour son frère le château de ce nom. Henri, devenu empereur, le combla de ses faveurs, et Hermann fut obligé de consentir à ce que, pour réparer les dommages causés par lui, la riche abbaye de Saint-Étienne fût mise à la disposition de l'évêque. Un malheur encore plus grave frappa cette église en 1 007 : elle fut réduite en cendres par le feu du ciel. Selon tous les auteurs anciens, cet incendie détruisit la totalité des constructions existantes; et Wernher commença, en 101 5, à rebâtir
et souvent dénaturées, par les auteurs postérieurs. C'est ainsi que Specklia ne parle que de la conservation de l'arrière-chœur à travers l'incendie de 1007, et que depuis ou a dit que tout le chœur actuel et les deux ailes transversales ont résisté à ce malheur.
(1) Ce poeme a été imprimé plusieurs fois, et entre autres dans Muratori Scriptores rerum ilalicarum, T. II, Pars II, p. 16 et suivantes. Le passage relatif à celle cathédrale se trouve à la page 77.
tout l'édifice sur des fondations nouvelles. Guillimann , qui a publié, en 1608, une histoire des évèques de Strasbourg, rapporte, j'ignore d'après quels documens, qu'on employa à jeter ces fondations dix années entières, et il ajoute que cent, ou, selon d'autres auteurs, deux cents ouvriers y travaillèrent. Kcenigshoven, auquel on doit une chronique fort estimée, écrite à Strasbourg en i386, est le seul de nos historiens anciens qui entre sur cette construction dans quelques détails, malheureusement très-incomplets : il se borne à dire que le chœur et la nef s'élevèrent de jour en jour; que ces parties de l'édifice furent ravagées par des incendies plus ou moins funestes , en 11 3o, 11 4° ? 1 1 5o et 1170, et que la construction des voûtes supérieures fut enfin achevée en 1275. D'autres chroniques parlent également de ces quatre incendies; et si l'on pouvait prendre leurs expressions à la lettre , l'église aurait été chaque fois totalement consumée. Un examen approfondi du chœur et de la croisée fait voir que du moins ces malheurs ont donné lieu dans ces parties de l'édifice à des réparations considérables, et même à des constructions nouvelles, exécutées à des époques très-différentes. Les pierres des angles des ailes ne s'engrènent point avec celles du chœur; les deux ailes diffèrent l'une de l'autre, et chacune encore se partage dans sa longueur en deux moitiés, dont celle qui touche au chœur et à la nef est d'un style plus ancien que la moitié extérieure : leurs voûtes sont d'ailleurs soutenues au milieu par des colonnes que l'on voit rarement dans cette position, et qui semblent confirmer la conjecture que ces ailes n'avaient d'abord que la moitié de leur longueur actuelle. Enfin, le style byzantin domine entièrement dans les constructions primitives du lias de ces parties, tandis que plus haut il se mêle de plus en plus à l'ogive et aux autres particularités du système gothique, ou du moins alterne avec elles. Tout ici est donc d'accord avec ces interruptions et cette construction prolongée à travers plusieurs siècles, qui résultent des expressions de Kcenigshoven : si ce nest que le milieu de la croisée et de l'aile septentrionale paraissent avoir été terminées dès la fin du i2.e ou le commencement du i3.e siècle, puisque l'on voit au haut de leurs étages supérieurs des galeries à arceaux ronds, soutenues par de petites colonnes simples, appartenant encore tout-à-fait à l'ancien style. La nef, au contraire, et les bas-côtés ne présentent que des arcs pointus : ces parties sont séparées les unes des autres par des piliers
gothiques, consistant en faisceaux de colonnes, et en général tout y porte le caractère du i3-e siècle. La nef, construite par Wernher, avait sans doute, comme celles des cathédrales de Spire, deWorms et de Mayence, bâties de son temps, des piliers carrés et des arceaux ronds. Il est probable qu'elle fut entièrement démolie, et que cette partie de l'édifice fut renouvelée dans le cours du même siècle, dans la seconde moitié duquel Kcenigshoven rapporte que les voûtes supérieures furent achevées. Aussi nous dit-on que les premières orgues de l'église actuelle furent posées en 1 260. Telles sont les observations et les probabilités que fournit l'examen de l'édifice, combiné avec les données historiques les plus avérées; et l'on ne peut que sourire de la légèreté avec laquelle les auteurs , d'ailleurs les plus respectables, des descriptions de cette cathédrale attribuent le chœur et les ailes, même dans leur état actuel, à Charlemagne, et assurent que, par les efforts de plus de cent mille ouvriers, la nef qui subsiste aujourd'hui s'éleva jusqu'au toit entre l'an 101 5 et l'an 1028, date de la mort de l'évèque Wernher.
On s'accorde à dire que la première pierre du portail fut posée en 1277, et que cette construction fut commencée par l'architecte Erwin, né à Steinbach, petite ville du grand-duché de Bade. Outre les traditions des siècles postérieurs , qui nous ont conservé le nom de cet habile maître, une inscription, que l'on voyait autrefois au-dessus de la grande porte, l'indiquait comme l'auteur de ce glorieux ouvrage. Depuis cette époque les données relatives à l'histoire de cet édifice se multiplient, sans cependant nous fournir des lumières suffisantes pour en suivre exactement tous les progrès. Voici ce qu'on rapporte de moins incertain à ce sujet.
Dès l'époque où Wernher s'était occupé du renouvellement de cette cathédrale , on avait accordé de grandes indulgences à ceux qui contribueraient à ce travail, soit par leur main-d'œuvre, soit par des donations quelconques. Celles-ci furent assez multipliées pour former de bonne heure un fonds considérable, destiné à l'achèvement et, depuis, à l'entretien de cet édifice. Ces revenus furent administrés d'abord par les évêques, de concert avec le grand-chapitre. Les fréquentes guerres des premiers, tant avec la ville de Strasbourg, qu'avec les princes et les seigneurs voisins, ou même avec les empereurs, avaient déterminé, en 1263, les
chanoines à retirer à eux seuls cette administration : de nouveaux abus la firent confier, en 1 290, aux magistrats de la ville. Dès l'année suivante le premier étage de la façade, ou du moins de ses deux parties latérales, fut achevé \ car l'on plaça , cette année , à l'endroit où la saillie des contre-forts diminue pour la première fois, dans des tourelles ouvertes, soutenues par des colonnes , les statues équestres des rois Clovis et Dagobert, anciens bienfaiteurs de cette église, et celle de l'empereur Rodolphe de Habsbourg, qui régnait alors : une quatrième place fut laissée vide jusqu'à nos jours, où l'on y posa la statue de Louis XIV. En 1298 un violent incendie consuma le toit de la nef, et causa, dans la partie supérieure de la maçonnerie, des dommages tellement considérables, qu'on fut obligé de rebâtir cette nef depuis la hauteur des galeries qui surmontent les arceaux par lesquels elle est séparée des bas-côtés : ces galeries elles-mêmes ne furent construites qu'à cette époque. Erwin dirigea ce travail, et renouvela aussi l'étage supérieur de l'aile méridionale de la croisée, pour la porte de laquelle sa fille Sabine exécuta quelques statues d'un mérite distingué : il mourut en i3i8, et fut remplacé par son fils Jean, qui décéda en i339- Ces dates sont constatées par les épitaphes encore existantes de ces deux architectes (1). Specklin dit, et l'on a répété d'après lui, que le père dressa le plan de toute cette façade; que le fils continua l'ouvrage jusqu'auprès de la maisonnette des gardes, et que le successeur de celui-ci commença les quatre escaliers tournans, expression dans laquelle il est en quelque sorte d usage, en parlant de cette cathédrale, de comprendre aussi le corps de la tour qu'environnent ces escaliers. Pour juger de l'exactitude de ces assertions, il faut examiner de plus près un passage de Kcenigshoven, qui, malgré ce qu'il laisse à désirer pour l'éclaircissement complet de cette partie de l'histoire du monument, est d'autant plus remarquable, qu'il constate que l'état actuel de celle façade résulte d'un changement important apporté au plan primitif, changement dont elle porte encore aujourd'hui des marques certaines, et par lequel s'expliquent la forme et les proportions toutes particulières
(1) On les voit au bas d'un mur appartenant à la chapelle où se trouve le monument de lVvèuue Conrad de Lichlenbcrg, dans une cour située derrière l'aile septentrionale de la croisée. Au-dessus des épitaphes d'Erwin et de son fils se trouve celle de Husa, femme du premier, morte en i5i6.
qu'elle présente. Cet auteur rapporte que la tour septentrionale, qu'on appelait la tour neuve, fut commencée en 1277, et qu'elle était avancée en i365 jusqu'à une plate-forme supérieure (1), sur laquelle devait être posée la flèche : il ajoute que pendant le même laps de temps l'autre tour, qu'on appelait l'ancienne, fut commencée, construite et complètement achevée. Il est facile de se convaincre par l'inspection de l'édifice que ces deux tours sont les deux parties latérales du portail actuel, distinguées de la partie mitoyenne par leurs contre-forts, et dont les troisièmes étages étaient alors parfaitement isolés. Ce n'est que depuis, qu'on a rempli l'espace vide qui les séparait à cette hauteur, par le troisième étage de la partie centrale, où sont maintenant les grandes cloches, et dont le dessus constitue la portion libre et principale de la plate-forme. Cette construction mitoyenne n'est qu'imparfaitement liée avec ces tours, et ceux-ci ont du côté qu'elle masque des fenêtres tout-à-fait semblables à celles des côtés extérieurs. On voit aussi qu'à l'une et à l'autre ce côté a été exposé pendant long-temps aux intempéries de l'air. Il y a cependant entre ces étages des deux tours cette différence, que dans l'ancienne ( celle du midi) les ornemens de la corniche supérieure sont de ce côté aussi achevés que des trois autres, et que les fenêtres sont garnies de leurs meneaux, tandis que ces objets manquent dans celle du nord. On peut conclure de cette circonstance que la construction du massif mitoyen , quoique exécutée beaucoup plus tard, fut résolue dès le temps où fut élevé le troisième étage de cette tour, et cette résolution semble indiquer qu'on projeta dès-lors un changement dans le plan des constructions ultérieures. La probabilité d'un tel changement résulte aussi des anciens dessins existant aux archives de la fabrique de cette église 5 car l'on n'y conserve point, comme l'a dit l'abbé Grandidier, un plan unique et de la main d'Erwin, duquel, joint au témoignage de Rcenigshoven , on peut conclure qu'il s'agissait d'élever deux tours , dont chacune devait avoir cinq cent
(1) C'est le manuscrit autographe latin de cet auteur {fol. 1 43 , verso) qui supplée ce détail, omis clans le texte allemand publié par Schiltcr en 1698. Ses termes sont : Turris aillent ejusdem monasterii quœ dicitur turris nova, versus prœdicatores , inchoaia fuit A. 1277. Cuj'us planifies superior, supra quant galea vel pinnaculum débet poni, expleta est A. i365. Turris autem illi collateralis , quœ dicitur aniiquior, intérim fuit ex toto extructa. La fin de la dernière phrase est plus complète dans le texte allemand. La table des matières du manuscrit lalin ajoute aux mois galea vel pinnaculum celui de conus.
quatre-vingt-quatorze pieds de hauteur; mais plusieurs plans et élévations ne présentant aucun indice certain de lenrs dates, ou même consistant en morceaux ajoutés les uns aux autres, et dessinés à des époques diverses. Aucun ne représente l'ensemble de cette façade, et le plus complet sous ce rapport ne joint qu'une ébauche non terminée de la tour supérieure à une portion septentrionale du portail, qui diffère considérablement de ce qui a été exécuté. D'ailleurs, selon les expressions de Rcenigshoven, on regardait, au contraire, de son temps la tour ancienne comme entièrement terminée. Néanmoins la solidité qu'on a donnée aux trois premiers étages de ces tours , et les analogies fournies par d'autres édifices du même genre, ne permettent point de douter qu'on ne fût dès le commencement dans l'intention de les élever l'une et l'autre à une plus grande hauteur; mais vraisemblablement avec d'autres proportions, et peut-être seulement au moyen de flèches posées immédiatement sur ces étages. Ce n'est qu'à l'époque où la tour du nord fut près d'être égale à celle du midi que cette conception primitive semble s'être agrandie. On résolut alors d'élever la tour neuve d'un ou de deux étages de plus : on songea à donner à cette partie supérieure une base plus large, et l'on appliqua à cette construction tous les moyens d'exécution disponibles , en abandonnant l'autre tour à la hauteur où elle avait été portée avant ce projet nouveau.
Ce n'est que conformément à ces dispositions primitives que l'on peut essayer de faire le partage des constructions existantes entre les différens architectes dont il a été parlé. Les expressions de Kcenigshoven rendent probable qu'Erwin le père commença d'abord par les deux tours, et que, quoique les fondations de celle du nord furent posées pins tôt et avec plus de solennité, il avança davantage celle du midi. C'est ainsi qu'à Cologne, où la construction d'une cathédrale, conçue sur le plan le plus vaste, n'a point été achevée, la tour qui se trouve dans cette dernière position a été élevée jusqu'au troisième étage, tandis que la tour septentrionale n'est que commencée, et que la partie centrale du portail projeté n'existe pas du tout. A Strasbourg le premier étage de cette partie centrale présente si bien les mêmes caractères que les étages inférieurs des deux tours, qu'il parait que le même architecte ne tarda pas à l'ajouter. Nous avons d'ailleurs déjà rapporté qu'autrefois son nom se trouvait inscrit au-dessus de la porte du milieu. Mais les occupations
multipliées qu'ont dû donner à Erwin les autres constructions qu'on lui attribue, et dont la principale avait été rendue nécessaire par l'incendie de 1298, ainsi que quelques légères différences dans le style, combinées avec les traditions que nous venons de rapporter, semblent devoir faire mettre sur le compte de son fils le troisième étage de la tour méridionale, au haut de laquelle se trouve cette maisonnette des gardes dont Specklin parle à son sujet; plus, le second étage de la tour du nord, qui paraît avoir été moins avancée par le père; la rose centrale, l'une des plus belles parties de tout l'édifice, qui n'a pu être posée qu'après l'élévation de cet étage, et, enfin, le troisième étage de cette tour, sur lequel reposent les escaliers tournans, qu'on attribue à son successeur. En même temps, si, comme on peut le croire d'après les raisons que nous venons d'en donner, le changement dans le projet primitif a eu lieu pendant l'élévation de ce troisième étage, il est vraisemblable que ce fils, appelé dans son épitaphe V émule de l'ouvrage de son phre, dressa aussi le plan de l'élévation nouvelle qu'on résolut de donner à cette tour. Ce plan fut suivi au moins jusqu'au haut du quatrième étage (le premier au-dessus de la plate-forme actuelle), où des commencemens d'une voûte, qui n'a point été exécutée, indiquent une nouvelle modification du projet. C'est là que je crois pouvoir placer cette interruption des travaux en 1 365 , qui résulte de ce que Kcenigshoven , écrivant en i386, parle au futur des constructions ultérieures. Car cette voûte aurait formé une véritable plate-forme supérieure, et l'on ne saurait appliquer cette expression ni au haut de l'étage suivant, qui paraît n'avoir été terminé que plus tard, ni à la hauteur de la plate-forme actuelle, que, selon toutes les autres traditions et toutes les probabilités, on avait dépassée long-temps avant l'an 1 365. D'ailleurs la phrase même de cet auteur semble indiquer que dès-lors la tour du nord avait été portée à une élévation bien plus grande que celle du midi. Ce plan, dressé par le fils d'Erwin, expliquerait aussi, jusqu'à un certain point, l'incertitude dans laquelle nous sommes sur les architectes auxquels on doit la construction de cet étage de la tour et des escaliers dont il est accompagné; tandis qu'ils auraient mérité une haute célébrité, s'ils avaient conçu euxr mêmes le projet de cette partie brillante de l'édifice. Il est vrai que Specklin indique comme l'auteur de cette portion Jean Hùltz , de Cologne, et que Schad attribue à la mort de cet architecte l'interruption
des travaux en i365; mais les preuves non équivoques que nous allons citer ont fait reconnaître depuis, que cet habile maître appartient à une époque bien postérieure, et je ne saurais admettre avec quelques auteurs récens (1), que deux architectes de ce nom ont été employés à cette cathédrale. Cette particularité eût été assez remarquable pour laisser des souvenirs positifs dans nos traditions, et cependant aucun de nos écrivains anciens n'en a fait mention. Heckler, architecte de ce monument dans la seconde moitié du 17/ siècle (2), et qui avait en conséquence à sa disposition toutes les archives de l'œuvre , dit expressément qu'il n'a pu trouver aucune donnée sur l'auteur ou les auteurs des quatre escaliers , et qu'il les croit construits peu à peu par différens maîtres. Schad, qui attribue ce travail à Jean Hùltz, ignore absolument qu'un architecte de ce nom avait terminé tout l'édifice. Enfin, Specklin, qui a entraîné dans cette erreur ses copistes, dit, dans un autre passage de ses manuscrits, auxquels ils n'ont pas fait attention, et qui se rapporte à l'an i384? que ce fut après cette époque que cette cathédrale fut terminée par les deux Junker de Prag et par Jean Hùltz de Cologne. Les deux Junker de Prag sont connus d'ailleurs comme les sculpteurs d'une Vierge représentée en mère des douleurs, qui fut donnée à cette cathédrale, en i4o4> Par Franckenburger, appareilleur de Hùltz. On a cru jusqu'ici qu'ils étaient de Prague en Bohème, et l'on a douté si le mot de Junker était leur nom propre , ou s'il désignait leur qualité de gentilshommes. Un document constatant qu'une famille noble du nom de Prag a existé en Alsace au i4-e siècle, me paraît favorable à cette dernière opinion, en y ajoutant la probabilité que ces artistes appartenaient à nos contrées.
(1) Dans ce nombre se trouve M. Boisserée, estimable auteur de l'Histoire et Description de la cathédrale de Cologne, etc.; Paris, 1823, à la page i5 de laquelle il est question de celle bypotlièse. C'est avec les regrets les plus sincères, et non sans une jusle défiance dans ma manière de voir, que je diffère en plusieurs points des opinions d'un connaisseur aussi habile, et qui a eu la bonlé de me faire part de beaucoup de notions très-précieuses sur l'objet que je traite ici. Mais je n'ai pu qu'indiquer les résultats auxquels m'a semblé conduire l'examen, bien souvent réitéré, tant du monument lui-même, que des différens témoignages, tant manuscrits qu'imprimés, qui peuvent en éolaircir l'histoire.
(2) Il a laissé un petit volume manuscrit, où il traite avec beaucoup de soin plusieurs questions relatives à l'histoire de ce monument, et surtout celle-ci. C'est lui qui le premier a appelé l'attention sur l'anachronisme qu'il ^ aurait à attribuer à un architecte mort en 1 449 une construction antérieure à l'an i365.
Le rang que Specklin leur assigne parmi les architectes de cet édifice, et un passage de Guillimann, où il est également question d'architectes de Prague, peuvent faire conjecturer qu'ils ont eu part au petit étage de la tour par lequel est surmonté celui dont nous venons de parler; d'autant plus qu'on voit au bas de cet étage plusieurs figures en ronde Losse (1), et qu'il est terminé en haut par une voûte ne consistant qu'en nervures ornées de sculptures fort élégantes.
G est à la naissance de cet étage que commencent à se montrer, sur trois des escaliers tournans , les armoiries de l'architecte Jean Hùltz , dont l'existence est constatée par des documens authentiques. Ce sont des écussons dans lesquels sont placés en triangle trois petits caractères semblables entre eux, qui, quoique les jambages latéraux soient recourbés, paraissent représenter trois H. Ces mêmes armoiries étaient figurées à côté de l'épitaphe de cet architecte, qu'on voyait sculptée sur l'un des murs de cette cathédrale jusqu'au milieu du dernier siècle, où elle a été cachée par les bâtimens du séminaire : elle attestait de plus qu'il était mort en 1 449? et qu'il avait achevé la haute tour de cet édifice. On ne saurait douter que, par cette expression, celui qui fit élever ce monument funèbre n'ait voulu désigner surtout la construction de la flèche, qui, selon les assertions unanimes de nos auteurs, fut terminée en il[3g. Malgré leur dégradation pendant les fureurs révolutionnaires, on voit encore aujourd'hui que les mêmes armoiries étaient sculptées sur plusieurs côtés du couronnement par lequel se termine le cinquième étage de la tour, et sur lequel repose cette flèche. Si on ne les retrouve point sur toute la hauteur de cette pointe, c'est que ses parties supérieures ont été renouvelées à plusieurs reprises. Leur apparition sur trois des escaliers, dès la naissance
(1) L'une de ces statues semble être, d'après les attributs dont elle est accompagnée, celle d'un arebiteele. On voit sur son piédestal un écusson renfermant une ligne doublement brisée, dans laquelle M. Boisscrée a cru reconnaître un H renversé, ce qui confirmerait son hypothèse d'un premier Hùltz ; mais 011 pourrait y trouver avec la même probabilité plusieurs autres lettres de l'alpbabel, et peut-être n'en représenle-t-elle aucune. Cet écusson, qu'on voit aussi un peu plus baut, sur l'un des piliers du cinquième étage de la tour, a déjà été remarqué parHcckler; mais il n'a point pu découvrir à qui il appartenait. Son fds, docteur en médecine, qui a écrit une bistoire de cette cathédrale, restée manuscrite, et dont je ne viens que d'a\oir connaissance, conjecture que ce pourraient être les armoiries de Nicolas de Lobre ou d'Ulrich d'Ensingeu, cités par d'anciens documens comme ayant eu la direction de l'édifice vers l'an i4oo; mais auxquels nul autre témoignage n'attribue des travaux imporlans.
de ce cinquième étage, prouve que le même architecte a aussi achevé ces escaliers autour de cet étage, et cette circonstance a pu contribuer à l'anachronisme commis à son sujet. Peut-être est-ce aussi au môme Hùltz que l'on doit les Ornemens actuels du haut des fenêtres du quatrième étage, dont les accolades, d'ailleurs très-élégantes, semblent appartenir plutôt au commencement du i5.e siècle qu'à la première moitié du i3.e Enfin, l'on voit par l'un des anciens plans dont il a été parlé, que les quatre escaliers tournans devaient être surmontés de pointes ou de flèches gothiques très- délicates, qui n'ont point été exécutées.
Une construction aussi étonnante, que des efforts prolongés pendant plus de quatre siècles avaient enfin terminée , environna d'une haute considération l'école des tailleurs de pierre de Strasbourg. Il paraît que dès auparavant ces ouvriers, des ateliers desquels sortaient les plus grands architectes, formaient dans l'empire germanique, ainsi qu'en France, des corporations distinctes de celles des maçons ordinaires. Dotzinger, qui succéda à Jean Hùltz dans la direction de l'œuvre de cette cathédrale ( dont il répara le chœur , et pour laquelle il sculpta un baptistère de l'élégance la plus parfaite), profita de la position favorable où il se trouvait pour réunir en une seule confrérie toutes ces corporations éparses. Cette association, qui comprenait la plus grande partie de l'Allemagne, se forma en i45 2, et fut consolidée, en 1 45g, par une assemblée générale des maîtres des ateliers ou loges, tenue à Ratisbonne : elle fixa des règles pour la réception des apprentis, des compagnons et des maîtres, établit des signes secrets par lesquels ses membres pouvaient se reconnaître , et adopta pour grands-maîtres de toute la confraternité les architectes de la cathédrale de Strasbourg. Cette association fut confirmée dans la suite par les empereurs d'Allemagne, et le magistrat de Strasbourg confia pendant quelque temps la décision de toutes les affaires litigieuses en fait de bâtimens aux chefs de son atelier des tailleurs de pierre. Le duc de Milan demanda, en 1481, à ce magistrat un architecte capable de diriger la construction de la superbe église métropolitaine de sa capitale. La suprématie du grand-maître de l'atelier de Strasbourg sur les loges dîme grande partie de l'Allemagne ne cessa quaprès la réunion de cette ville h la France, et les archives , ainsi que les règles particulières de son atelier, se maintinrent jusqu'à la révolution. Cette institution, et la sage administration
des fonds affectés à l'entretien de cet édifice, ne contribua pas peu à le maintenir jusqu'à ce jour, à peu de chose près, tel qu'il était sorti de la main des premiers architectes, malgré de fréquens dommages, causés surtout par les orages, que sa flèche semble vouloir braver dans les régions mêmes où ils se forment.
En ]4^9 on renouvela les voûtes de l'église et les toits. En 1 494 011 répara la chapelle de Saint-Laurent, qui servait de paroisse à une partie de la ville, et l'on plaça devant l'étage inférieur du portail de l'aile septentrionale, dans laquelle elle était située, une façade nouvelle, exécutée d'après les dessins de Jacques de Landshut : elle est très-riche en sculptures et en ornemens gothiques; mais les lignes brisées et les courbures inutiles dont elle est surchargée font voir que déjà ce système approchait de sa décadence. En 1 5 1 5 on construisit à neuf la chapelle de Saint-Martin, qui, depuis l'an 1698, remplaça l'ancienne chapelle de Saint-Laurent, et prit ce nom : c'est cette spacieuse chapelle qui sert aujourd'hui de paroisse; elle est placée dans l'angle que l'aile septentrionale forme avec la nef, et communique avec celle-ci par les ouvertures de quatre arceaux. La chapelle de Sainte-Catherine, qui occupe la même position du côté du midi, avait été construite dès l'an i33i : elle fut voûtée à neuf en îS^i. Le culte protestant, célébré dans cette église pendant une grande partie des i6.e et i-j.e siècles, fit disparaître plusieurs chapelles et un plus grand nombre d'autels, mais du reste il n'occasiona aucun changement important dans le matériel de l'édifice. En i565, en 1625 et en i654, des dommages considérables, causés par la foudre, forcèrent à de grandes réparations de la flèche : on fut obligé, en de l'abattre à vingt-huit pieds, et, en 1 654?
à cinquante-huit pieds de hauteur; mais elle fut rétablie chaque fois telle qu'elle avait été, et, en i654, on l'éleva même à un pied dix pouces et demi de plus qu'auparavant. Ces deux dernières opérations furent exécutées par les habiles architectes Heckler, père et fils.
En 1759 un coup de foudre, qui se glissa le long de la flèche, sans l'endommager essentiellement , mit le feu à la charpente du toit de la nef: celle-ci était couverte en plomb, et la fusion de ce métal rendait les secours d'autant plus difficiles à administrer. On ne préserva qu'avec peine de l'inflammation la boiserie des grandes cloches, qui sont suspendues dans l'étage supérieur du milieu du portail. Du côté opposé la
chaleur fit écrouler plusieurs petits frontons perces à jour dont était orné le haut de la tour octogone qui surmonte le centre de la croisée, et qu'on nomme la mitre. Leur chute écrasa la voûte d'une salle où l'on conservait le trésor de l'église, elle enfonça de plus celle de l'arc qui sépare la croisée de la nef: le plomb fondu coula aussi, à travers une ouverture delà voûte, sur le grand-autel, et l'endommagea considérablement. On remplaça cet autel par celui qu'on voit aujourd'hui; on pava le chœur en marbre; on répara à grands frais les autres portions de l'édifice qui avaient souffert, et l'on couvrit le toit de la nef de plaques de cuivre rouge. Mais au lieu de rétablir au haut de la croisée les frontons qui étaient tombés, ou dont l'action du feu avait calciné les pierres, on les démolit entièrement, et l'on priva ainsi cette tour d'un ornement dont l'élégance la mettait plus en rapport avec le style du reste de l'édifice. Je passe sous silence un grand nombre d'autres accidens, qui n'ont point laissé de traces sensibles.
Les tourmentes révolutionnaires , qui ont ravagé la plupart des autres édifices sacrés de la France, n'épargnèrent pas entièrement celui-ci : il fut même question de le démolir entièrement, par le motif que sa hauteur blessait l'égalité; on se borna cependant à le coiffer d'un bonnet rouge, et on le dépouilla de la plupart des statues et des sculptures qui en ornaient les portes et les façades. On est occupé depuis plusieurs années à les renouveler d'après les anciens dessins, et déjà ces dégradations sont réparées en grande partie.
Les cathédrales les plus célèbres de la France sont décorées, à l'occident, d'un portail proportionné au reste de l'édifice , et dont les dispositions générales sont toujours à peu près les mêmes. Au bas, une porte principale occupe le milieu entre deux autres plus petites : audessus de la première cette façade s'élève jusqu'au comble de la nef : les deux entrées latérales sont surmontées de tours plus hautes ; mais ayant rarement une élévation très -considérable. Dans les cathédrales les plus renommées de l'Allemagne ces arrangemens sont plus variés : tantôt une seule tour s'élance du milieu du portail , ou bien audessus d'une porte unique : tantôt les deux tours latérales sont isolées dans la plus grande partie de leur hauteur, et dominent dans une tout autre proportion les constructions inférieures. En général on a visé davantage à une hauteur extraordinaire de ces tours et des flèches transparentes qui les terminent. La cathédrale de Strasbourg , située sur les confins des deux pays, réunit, jusqu'à un certain point, dans sa façade principale, ces dispositions diverses; mais modifiées de manière à présenter un caractère tout particulier et des dimensions dépassant toutes les autres.
La moitié inférieure est disposée comme les façades des cathédrales de France, si ce n'est qu'on a élevé le portail du milieu jusqu'au niveau du couronnement des tours latérales (1). La hauteur de cette partie, couverte par une spacieuse plate -forme , a même une analogie remarquable avec celle des tours de l'église de Notre-Dame à Paris, dont elle ne diffère que d'un pied et demi (2); mais, pour rivaliser victorieusement avec l'élévation des tours les plus célèbres de l'Allemagne
(1) Il dépasse même le haut de la tour méridionale de deux pieds et quelques pouces; la tour septentrionale ajant été portée à cette élévation de plus, pendant que les étages supérieurs de l'une et de l'autre étaient encore isolés.
(2) Les tours de Notre-Dame de Paris ont deux cent quatre pieds de hauteur; la plate-forme de la cathédrale de Strasbourg en a deux cent deux et demi.
et du reste de l'Europe, ce portail gigantesque ne sert en quelque sorte que de piédestal à une tour supérieure , dont la flèche ne se termine qua deux cent trente -cinq pieds plus haut(i).
On ne saurait disconvenir que cette façade prodigieuse est hors de proportion avec la nef, dont elle déborde les bas cotés , et que la plate -forme elle-même dépasse de plus d'un tiers de sa hauteur. Il résulte aussi de la position de la tour supérieure, assise sur l'un des côtés du portail , un manque de symétrie choquant pour des yeux accoutumés à une disposition plus régulière. Mais il faut se souvenir que la disproportion des différentes parties de cette cathédrale provient de la différence des temps où elles ont été construites; et l'on ne saurait en vouloir aux architectes de la façade d'avoir déployé toutes les ressources que mettaient à leur disposition les progrès de l'art et l'augmentation de tous les autres moyens d'agrandir leur plan. S'ils ont fini par étendre celui-ci à une telle hauteur que l'énormité de l'entreprise n'a point permis de continuer l'autre tour, on le leur pardonnera, en se rappelant qu'ailleurs des travaux semblables ont éprouvé des interruptions bien plus fâcheuses , que peu de cathédrales présentent une symétrie parfaite, et qu'ici le défaut, s'il est plus grand, a pour cause l'immensité même de l'ouvrage. Ce défaut a du moins été considérablement diminué par le soin que l'on a pris de remplir l'espace vide entre la tour tronquée et la tour achevée ; il est aussi compensé en partie , tant par les avantages qu'offre la belle plate -forme à laquelle cet arrangement a donné lieu, que par la facilité de contempler librement, sous toutes ses faces, cette tour merveilleuse, et de dominer de son haut sans aucun obstacle tout l'horizon.
La partie de cette façade terminée par la plate-forme, joint à une grandeur imposante des proportions très-agréables ; elle est plus haute que large d'à peu près un tiers, et elle paraît encore plus élancée par la diminution successive des saillies de ses contre-forts, masquée à chaque retraite par des clochetons d'une légèreté extrême : ils ne consistent
(1) Tandis qu'ailleurs on étend souvent le nom de portail jusqu'au haut des tours, à Strasbourg l'élévation extraordinaire de l'une et de l'autre moitié de celte façade a fait prévaloir pour son ensemble le nom de tour, et on la distingue en tour inférieure et tour supérieure.
qu'en un ou plusieurs étages de colonnes très-minces , portant des dais, des faisceaux et des flèches. Les quatre contre-forts de la face antérieure partagent ce grand parallélogramme en trois bandes verticales, dont celle du milieu est plus large que les deux autres d'environ un quart. Les trois étages qui en forment les grandes divisions horizontales varient de hauteur dans une proportion différente, et cette distribution présente à l'œil des lignes de repos de la combinaison la plus heureuse (1). Les portes sont ornées, sur leurs faces latérales, de statues d'un style noble et sévère, dans les voussures, de petits groupes ou de figures isolées , sculptées avec beaucoup de finesse , et sur les tympans de bas-reliefs fort délicats. Les portions étroites de la façade , comprises entre les portes et les contre-forts, sont également garnies de statues (2).
(1) La largeur du corps de celte façade est de cent trente-quatre pieds; à sa base cette largeur est augmentée de vingt-quatre pieds par la saillie des contre-forts latéraux, qui est de douze pieds de chaque côté. Les intervalles de ceux de la façade occidentale donnent au portail du milieu quarantedeux, à celui de gauche vingt-neuf, et à celui de droite trente pieds de largeur. Cette dernière différence provient de ce que l'épaisseur des contre-forts n'est pas exactement la même : elle est dans la tour du nord d'un peu plus, et dans celle du midi d'un peu moins de huit pieds. Les faces latérales de ce portail sont larges de quarante-huit pieds et demi. A l'orient il déborde les bas-côtés de la nef de toute l'épaisseur de ses contre-forts, qui de ce côté est de dix pieds. La hauteur du premier étage est de soixajite-huit, celle du second de cinquante-sept pieds et demi, et celle du troisième de soixantedix-sept pieds. La planche 2.e fait voir l'effet de l'ensemble de cette disposition du côté de l'occident; la 7-e représente le côté méridional de l'étage inférieur, et les planches i.re et 6. e montrent le revers oriental de cette façade.
(2) Celles qu'on voit des deux côtés de la porte septentrionale représentent les quatre vertus cardinales : sur les pieds droits des faces rentrantes ce sont des vierges couronnées, qui écrasent sous leurs pieds les péchés mortels. Les bas-reliefs du tympan figurent la purification de la Vierge, l'adoration des mages, le massacre des innocens et la fuite en Egypte. Les quatre rangées de sculptures qui décorent les voussures représentent des anges, des saints, des évèques et d'autres personnages religieux.
Heckler le médecin (celui dont il a été parlé dans la note de la page î/j) assure, dans la partie historique de son ouvrage sur cette cathédrale, que l'inscription relative à Erwin (d. D. MCCLXXVII in Die heali Urbani hoc gloriosum opus inchoaçit Magister Erwin de Steinbach) se trouvait sur la porte du milieu, où la plaqcnt aussi la plupart des autres témoignages; niais^ dans la description de l'édifice, il affirme qu'elle existait au-dessus de cette porte septentrionale. L'exactitude qu'il met dans tout le reste de cette description, donne beaucoup de poids à cette assertion, et elle peut jeter un nouveau jour sur le passage de Kœnigshoven, dans lequel l'époque où l'on a commencé la construction de la tour septentrionale est indiquée avec précision, et exactement comme dans cette inscription, tandis qu'il ne parle que vaguement des commencemens de l'autre tour, et se tait sur le portail du milieu. C'est peut-être fort arbitrairement que cet auteur n'a appliqué cette date qu'à la tour, sur la porte de laquelle elle était inscrite, tandis qu'elle semble plutôt avoir dû se rapporter au portail tout entier. Dans ce cas rien n'empêcherait
Celles-ci sont encadrées, elles trois faces des contre-forts sont décorées de fausses arcades, sculptées en saillie sur le mur et portant des frontons dont la partie supérieure est percée à jour et se détache. Autrefois les pointes de ces triangles étaient de plus surmontées de petites statues. Sur la ligne où une première retraite du mur isole ces frontons , trente piliers engagés, qui , jusqu'à cette hauteur, renforcent les angles et les faces latérales des contre-forts, ou s'avancent à côté des portes, servent d'appui à autant de clochetons transparens , disposés comme ceux que nous venons de décrire ; mais plus sv elles et plus légers. Ceux du fond s'élèvent sur le même plan que les frontons des portes, qui sont entièrement détachés du mur et percés à jour par des découpures élégantes. Celui de la porte du milieu est double et décoré d'un grand nombre de figures, les deux autres sont ornés de rosaces, et les côtés extérieurs de tous les trois sont garnis de montans perpendiculaires terminés par des flèches élancées (1). Enfin, derrière tous ces corps détachés, mais encore
d'admettre, ce qui d'ailleurs est bien plus naturel, que les fondations de toute cette partie de l'édifice furent jetées en même temps.
On prétend que les statues des côtés et des faces rentrantes de la porte du milieu, dont quelques-unes tiennent des bandes de parchemin, représentent les grands-prêtres et les scribes qui ont condamné Jésus-Christ à mort ; mais je serais plutôt tenté d'y voir les auteurs sacrés qui ont prophétisé la venue du Messie. Une Vierge, tenant l'enfant Jésus sur les bras, est placée sur le trumeau. On voit sur le tympan les principales scènes de la passion et de la résurrection du Christ , et dans les voussures soixante-dix petits groupes figurent les principaux traits de l'histoire sacrée, depuis la création du inonde jusqu'aux actes des apôtres. On appelait autrefois cette porte celle des couronnes [porta sertorum, ou, en vieux allemand, Schapelthiire) , parce que l'on y vendait des couronnes de fleurs pour les noces. Les battans étaient couverts de plaques d'airain, ornées de ciselures fort curieuses : elles ont été fondues pendant la révolution.
Enfin, les statues des faces latérales de la porte de droite représentent la parabole des dix vierges avec leurs lampes : les chapiteaux de leurs soutiens sont ornés de bas-reliefs figurant les signes du zodiaque et les travaux des douze mois de l'année. On voit dans le tympan La résurrection des morts et le jugement dernier. Les creux des voussures, vides en ce moment, étaient remplis autrefois de petites figures d'anges et de saints. Les sculptures ornant les voussures et les tympans de ces trois portes avaient été détruites pendant la révolution; mais on a refait, d'après les anciennes gravures, et remis à leur place, celles des deux premières : on travaille encore à celles de la troisième. La plupart des grandes statues avaient été cachées et préservées de la destruction.
(1) On voit vers le haut du triangle intérieur du fronton du milieu le roi Salomon assis sous un dais. A ses côtés quatorze lions sont disposés par échelons et diversement groupés : les deux de dessus touchent aux pieds d'une Vierge assise, tenant d'une main l'enfant Jésus et de l'autre un globe. C'est ainsi qu'elle était représentée dans les anciennes armoiries de la ville de Strasbourg , auxquelles l'artiste a sans
en avant du massif du mur, une rangée de piliers effilés, entremêlés de colonnes plus minces encore, s'élève jusque vers la corniche de cet étage, auprès de laquelle ces piliers sont liés entre eux par des arcs décorés de rosaces, et subdivisés par des découpures en trèfle. Leurs longues lignes verticales sont coupées horizontalement par des festons en dentelle, qui masquent les planchers de deux galeries étroites (1). Ces dispositions ingénieuses, qui cachent presque entièrement le fond du mur, et d'autres arrangemens analogues, continués, quoiqu'avec moins de profusion, dans les étages supérieurs, onl fait comparer loule cette façade à un ouvrage en filigrane.
Les côtés du nord et du midi sont percés, au premier étage, par une très -grande fenêtre en ogive, dont le haut est rempli par une belle rose, sous laquelle d'autres plus petites occupent les sommités des arcs qui terminent les meneaux (2). Ces faces présentent, sous les corniches de cet étage, des frises décorées de sculptures. Celles du côté du midi sont fort singulières : on les appelle la danse des sorcières , et l'artiste y a donné cours à tout l'élan d'une imagination bizarre (3).
doute voulu faire allusion. Cette figure était d'ailleurs accompagnée d'une inscription relative en même temps à la gloire de cette ville et à celle de la Vierge. Une tète radiée, placée au-dessus de la sienne, indique la présence de Dieu le Père. D'autres personnages sacrés étaient représentés autrefois tant dans des niches placées au-dessus des lions, qu'entre les montans des flèches. On voit une partie de ces dispositions, ainsi que de celles dont il a été parlé plus haut, sur la planche 5.e, où l'on a dessiné, d'après une ancienne élévation, exécutée avec beaucoup de soin, les figures qui ont disparu pendant la révolution.
(1) On les appelle la grande et la petite montagne des oliviers, parce qu'elles ont plusieurs montées et descentes, cachées par le haut des ogives des portes et par les contre-forts. Aux deux portes latérales l'une de ces petites galeries surmonte immédiatement la première retraite du mur.
(2) Le côté du midi est dessiné sur la planche 7.% où l'on voit aussi la petite porte et la tourelle par laquelle on monte à cette tour. Cette tourelle a été rebâtie en grande partie il y qiielques années : elle ne s'élève que jusqu'à la hauteur du second étage ; et, pour aller à la plate-forme, on traverse la galerie qui passe au-dessus de la belle fenêtre représentée sur celte planche. On trouve alors un autre escalier, dont la tourelle est derrière le contre-fort oriental.
(3) C'est au-dessus de la galerie dont il vient d'être parlé que se trouvent ces sculptures, et on peut les examiner de près en montant à la plate-forme par l'escalier ordinaire : on y a vu une danse, parce que des femmes, terminées en monstres, y jouent de divers instrumens de musique. Mais d'autres personnages, soit fantasques, soit naturels, se battent ou se font des caresses : des monstres hideux insultent ou déchirent des hommes; un centaure combat un lion, etc. Au-dessus et sur la droite de cette frise, les flèches des tourelles placées devant les contre-forts, sont surmontées de petits diables, qui complètent celle scène infernale. Dans la corniche de la face opposée on a représente des trails de l'histoire sacrée, mêlés de figures allégoriques.
Observons encore qu'au bas de cet étage les corps détachés et les angles des contre-forts sont ornés de fleurons penchés et d'une grâce particulière, que nos anciens architectes ont appelés des violettes : c'est un des caractères du travail d'Erwin, le père, qu'on remarque aussi dans les ornemens de la nef auxquels il a pris part.
Au second étage le portail du milieu est occupé, dans la totalité de sa largeur et dans les trois quarts de sa hauteur, par une rose que distingue la simplicité, aussi noble qu'élégante, tant de sa distribution intérieure que de sa bordure (1). En avant de la rose vitrée, un grand cintre, isolé et festonné en dentelles , n'est soutenu que par ses tangentes et par des roses plus petites qui garnissent les angles du cadre dans lequel il est placé. Cette construction hardie fait l'admiration des connaisseurs, et ce double plan d'ornemens correspondans , qui se détachent en perspective , produit pour l'œil un effet dont il est difficile de se rendre compte avant d'avoir examiné de près les moyens par lesquels il est obtenu. Le haut de ce compartiment central est rempli par une galerie décorée de colonnes, entre lesquelles on voyait autrefois les statues des douze apôtres, rangés des deux côtés de la vierge : au-dessus de celle-ci était placé un Christ. C'est au niveau du bas de la rose que les quatre statues équestres , dont il a été parlé dans l'histoire du monument, occupent, sur la retraite des contre -forts, des niches, ne consistant qu'en un dais porté par des colonnes (2). Les faces des tours latérales présentent à cette hauteur des galeries ornées d'élégantes balustrades : ces tours sont percées, de chaque côté du second étage, d'une grande fenêtre: en avant de celles de la façade, des piliers effilés continuent l'ouvrage en filigrane de l'étage inférieur. Vers la naissance du troisième , ces piliers ou faux meneaux sont surmontés, ainsi que les colonnes entre lesquelles étaient placés les apôtres , de frontons découpés à jour; leurs ornemens se combinent avec la balustrade d'une galerie qui fait le tour de ce
(1) Ses compartimens ne sont formés que par des rajons, liés vers la périphérie par des arcs pointus, subdivisés chacun en deux arcs plus petits, et ornés de rosaces et de trèfles découpés à jour.
(2) Ces statues, abattues pendant la révolution, ont été successivement rétablies, et l'on y a joint en dernier lieu celle de Louis XIV. Les statues de quelques autres niches du même genre n'ont point encore été refaites, et plusieurs paraissent n'en avoir jamais été pourvues.
portail. Au troisième étage les tours latérales ont, de chaque coté, trois fenêtres très-élevées, garnies de meneaux multipliés et disposés sur deux plans (1). Déjà il a été parlé de la différence que présentent à cet égard celles de ces fenêtres qui s'ouvrent aujourd'hui dans le portail central. La face antérieure de celui-ci est liée aux deux tours par un mur disposé en retraite, qui cesse aux deux tiers de la hauteur de cet étage : plus haut on aperçoit un vide d'environ un pied de largeur , et sur la face orientale ce vide commence dès la naissance de cet étage. De ce côté la partie centrale n'est percée que d'une seule fenêtre, dépourvue de tout ornement. Sur le devant elle a deux fenêtres assez petites , surmontées de frontons très-alongés , appliqués au mur (2). C'est la partie la plus massive de toute cette façade, et l'on a d'autant plus lieu d'en être surpris, quelle n'a jamais été destinée à porter autre chose que la plateforme. On peut conclure de cette singularité, que, quoique le projet de remplir l'intervalle qui séparait les deux tours , paraisse avoir été conçu par Erwin le fils , le soin de l'exécution fut abandonné dans la suite à des architectes d'un mérite subalterne.
La plate-forme présente un espace libre , de plus de deux mille pieds carrés, sans compter les parties saillantes portées par les contre-forts, et les galeries qui environnent la tour et la maisonnette des gardes. Du côté de la tour les premières sont garnies de tables en pierre , sur lesquelles on voit souvent des sociétés choisies prendre un repas frugal, jouissant en même temps d'une vue magnifique ou bien de la fraîcheur du soir et des charmes du clair de lune. La maisonnette des gardes a été rebâtie à neuf en 1782 (3). Elle renferme plusieurs petits logemens:
(1) Sur la face orientale seulement la fenêtre extérieure de chaque tour est remplacée par un mur plein, en avant duquel montent des tourelles d'escaliers.
(2) À côté de ces fenêtres on voyait autrefois les statues des quatre évangélistes : leurs têtes étaient celles de l'ange et des trois animaux qu'on leur a donnés pour attributs symboliques. Déjà l'on a refait ces statues, qui rappellent la manière dont les anciens Egyptiens représentaient quelques-unes de leurs divinités ; mais elles ne sont pas encore replacées. Plus haut, un Christ assis, et présidant au jugement dernier, était environné de figures appartenant à celte scène auguste. Déjà il a été dit que ce milieu renferme les grandes cloches : la plus considérable a six pieds dix pouces de diamètre, et pèse cent quatre-vingts quintaux; elle a été fondue en \l\">.'].
(3) On démolit alors une vieille tour ronde, peu élevée et lout-à-fait accessoire, enclavée dans un angle de l'ancienne maisonnette : ses restes ont été pris, bien à tort, par quelques personnes pour le
les gardes y trouvent un refuge contre l'intempérie des saisons, et ils y passent la nuit : ils sont tenus à faire, de quart- d'heure en quartd'heure, la ronde de la plate -forme, et de donner des signaux lorsqu'ils voient éclater un incendie dans la ville. Pour s'assurer de leur vigilance, on leur a imposé le devoir de répéter, sur une cloche particulière, la sonnerie des heures , effectuée sur une autre cloche par l'horloge , et celle-ci est arrangée de manière à ne sonner les quarts - d'heures qu'au moyen de leur intervention (1).
La tour est octogone : devant chaque angle de petits contre-forts s'avancent en pointes : leurs retraites sont surmontées de clochetons en colonnes, analogues à ceux des contre-forts inférieurs. Ceux de la première retraite renferment chacun deux statues : on croit que l'une de celles qui font face à la plate-forme représente Erwin le père. Cette tour n'a de massif que les arêtes de ses angles : les côtés sont percés de fenêtres qui en occupent presque toute la largeur , et celles du premier étage ont plus de soixante- quinze pieds de hauteur. Un seul meneau les divise verticalement, et cette longue ouverture n'est interrompue qu'au milieu par quelques ornemens découpés à jour.
En avant des quatre côtés s'élèvent les tourelles des escaliers : celles-ci sont d'une légèreté encore plus admirable ; les arêtes de leurs angles ne séparent que par des trumeaux étroits une suite continue de fenêtres, qui montent en spirale entre les degrés. Jusqu'à la moitié de leur hauteur les angles extérieurs sont garnis de contre-forts non moins transparens : ils ne consistent qu'en une suite de clochetons à colonnes, superposés les uns aux autres. Ces tourelles , entièrement séparées de
commencement d'une tour correspondant à celle qui a été portée si haut. Au-dessous de cette maisonnette, ainsi qu'au-dessous de la tour supérieure, il y a des voûtes basses, dans les murs desquelles on remarque de très-grosses barres de fer, servant à lier les pierres. Le même mojen a été emplojé aussi dans d'autres parties de cet édifice, et ne contribue pas peu à sa grande solidité. Vis-à-vis de la maisonnette on voit, auprès de la porte de la tour, une inscription latine qui rappelle les effets extraordinaires d'un tremblement de terre arrivé en 1728.
(1) Cette horloge, renouvelée en 1786, est placée dans le bas de la tour supérieure, au niveau de la plate-forme. Trois cloches, suspendues un peu plus haut, sonnent les heures, et sont employées tant à d'autres services ordinaires qu'à sonner le tocsin. Sans qu'elles soient d'un volume considérable, leur position élevée les fait entendre non-seulement dans toute la ville, mais encore dans les campagnes environnantes.
la tour principale, ne communiquent avec elle que par des ponts en pierres plates , dont les premiers se trouvent à quatre-vingt-onze pieds d élévation (i). C'est à cette hauteur que les fenêtres du premier étage de la tour sont couronnées d'arcs en accolades et d'arcs renversés, qui encadrent, dans une sorte d'ellipse ,les fenêtres supérieures; les espaces intermédiaires sont ornés d'élégantes découpures en dentelles et en rosaces. Au même endroit Ton remarque, sur la balustrade d'une galerie étroite , les statues et les armoiries, et , dans l'intérieur de la tour, les naissances d'une voûte non exécutée, dont il a été fait mention dans l'histoire de l'édifice. De là cette tour s'élève encore à vingt-six pieds et demi : les fenêtres de ce second étage, hautes de vingt-un pieds, ne sont pas moins larges que celles du premier, et leurs ogives sont environnées d'ornemens du même genre. Les escaliers continuent jusqu'au haut de ces fenêtres : d'après l'un des anciens plans , les tourelles qui les renferment devaient être surmontées de petites flèches. On en voit la naissance sur les angles de la balustrade d'une galerie qui , à leur extrémité, environne et ces tourelles et la tour principale. Celle-ci se termine alors, à l'extérieur, par un massif de mur, d'où s'avance une corniche très -saillante , et à l'intérieur par une double voûte d'une construction fort ingénieuse. Celle de dessus est composée de pierres plates, rentrant et s'élevant par échelons : celle de dessous, liée à ces pierres par de petits piliers , ne consiste qu'en nervures et en tiercerons : elle forme une sorte de couronne, ornée de fleurons pendans, découpés avec une grande finesse.
Les jours divers et multipliés, ménagés à travers cette tour, produisent , surtout dans l'éloignement , une variété d'effets vraiment surprenans. A mesure qu'on change de position, on la voit présenter tantôt
(1) Vovez, pour les différentes dispositions dont il vient d'être parlé, le haut de la planche 4-e, où l'on a donné le plan d'une partie de la plate-forme comprenant celui de la tour supérieure et des escaliers qui l'environnent, et, outre les trois planches pittoresques qui représentent la tour, l'élévation d'architecture que fournit la planche 5.e On verra par le plan que les tourelles des escaliers ont chacune une forme différente. Celle où l'on aperçoit deux portes renferme un escalier douhle, c'est-à-dire que deux rampes à limaçon y sont disposées sur un seul novau : deux sociétés peuvent y monter en même temps, et se parler sans se voir; on ne se retrouve qu'à la moitié de la hauteur, où cet arrangement finit. Chaque côté de la tour octogone, mesuré jusqu'au centre des contre-forts qui garnissent les angles, a seize pieds de largeur.
un faisceau de colonnes élroitement unies, tantôt le même faisceau percé de mille ouvertures, disséminées comme au hasard, et puis trois ou quatre grandes colonnes détachées, qui ne sont liées que vers leur sommité, par des bandelettes élégamment festonnées , formées par le couronnement des fenêtres du premier étage. En même temps les tourelles des escaliers prennent une transparence plus ou moins grande , selon qu'on les voit se dessiner isolément ou bien se cacher l'une l'autre (1).
La flèche, assise sur la partie que nous venons de décrire, consiste d'abord en une pyramide octogone, qui n'a également d'autres massifs que les arêtes de ses angles. Ces corps inclinés sont liés par deux voûtes, d'abord à vingt- sept, puis à cinquante -trois pieds et demi d'élévation : la voûte inférieure est ornée de sculptures. Jusqu'à sa hauteur les côtés de cette pyramide sont décorés de rosaces découpées à jour et disposées sur un plan incliné. On aperçoit à leur sommité des inscriptions religieuses , taillées en relief en lettres gothiques : la moitié supérieure des côtés est entièrement évidée. Les arêtes sont surmontées de six étages de petites tourelles perpendiculaires , dans lesquelles montent huit escaliers très - étroits ; elles sont hexagones et non moins transparentes que les tourelles inférieures. L'angle extérieur de chacune pose sur le noyau de celle qui la précède , et les degrés continuent sans interruption. x\u- dessus de cette pyramide tronquée, un autre étage, d'environ dix-huit pieds de hauteur, semble de loin être disposé comme les précédens ; mais il est entièrement perpendiculaire et forme un carré, dont les angles sont renforcés par quatre tourelles, dans lesquelles continuent à monter les escaliers. On trouve alors ce qu'on appelle la lanterne : c'est un massif octogone, traversé par deux grandes ouvertures, se coupant à angle droit, de manière à présenter quatre faces transparentes. On y monte par des degrés, appuyés d'un côté contre le mur, mais n'offrant de l'autre aucune espèce de soutien. Cest le premier pas effrayant que l'on rencontre; car jusqu'ici les ouvertures des tourelles renfermant les escaliers sont toujours garanties, de distance en distance, par des barres de fer. Plus haut l'édifice s'évase en une sorte
(1) Quelques-uns de ces effets sont présentes par les planches i.re, 2.% 5/ et 6.'j mais ils sont encore plus frappans à une plus grande dislance de l'édifice.
de corbeille, de l'intérieur de laquelle s'élèvent huit colonnes portant un dais : on donne à cette partie le nom de couronne (1). Au-dessus d'un autre petit évasement orné de sculptures , qui la surmonte et qu'on appelle la rose , la flèche se resserre en une colonne octogone solide , à laquelle quatre branches horizontales, ornées de fleurons, donnent la forme d'une double croix. La manière dont se terminait la pointe a varié plusieurs fois : on y avait d'abord placé une statue de la Vierge; mais les dangers auxquels elle était exposée par les orages, la firent ôter dès l'an i488. Depuis on y plaça ordinairement de simples pierres octogones, et elles furent plusieurs fois renversées par la foudre (2).
Malgré les difficultés de parvenir au haut de cette pointe , on y voyait autrefois monter assez souvent de simples amateurs : quelques-uns, non contens de s'y tenir debout, y exécutaient des tours d'adresse. Mais depuis assez long-temps, autant pour ménager l'édifice que pour prévenir des accidens, on a fermé d'une grille le haut de la lanterne, et aujourd'hui l'on ne monte même à la flèche que par une permission spéciale de la Mairie.
L'extérieur de la nef n'offre que peu de particularités remarquables ; car des fenêtres dont la largeur ne laisse que peu de place au massif du mur, de robustes contre-forts, surmontés de clochetons décorés de flèches et de statues ; enfin des arcs-boutans percés de rosaces et garnis de gargouilles fantasques, appartiennent au caractère général de ce système d'architecture. Le mérite de quelques statues et le goût avec lequel sont disposés surtout ceux des clochetons qu'on n'a pas été forcé de renouveler, seront distingués par les connaisseurs. Le dessus des fenêtres est orné de belles rosaces, leurs ogives sont garnies de fleurons
(1) On n'y arrive que par de petits degrés disposés verticalement, et formant saillie sur les parois de la lanterne : au milieu de la couronne il y a encore un petit escalier; ensuite on ne monte plus qu'au moyen de crampons de fer.
(2) Le même accident arriva dès l'an 1754 à une poire de cuivre doré, qu'on avait eu l'imprudence de poser sur cette pointe en 1751 , et qui augmentait de trois pieds la hauteur de cette tour. La pierre d'aujourd'hui a vingt-un pouces de diamètre : elle est élevée de vingt-neuf pieds deux pouces et demi au-dessus de la base intérieure de la couronne. On verra sur la planche 5.° les détails de la disposition de cette flèche. A l'intérieur toutes les voûtes jusqu'à la couronne sont percées à leur centre d'ouvertures circulaires, destinées à faire monter les matériaux nécessaires aux réparations. Au haut de la couroni;3 on voit suspendue une énorme clef, dont la signification symbolique est une sorte d'énigme.
délicats, les corniches du haut de la nef et des latéraux sont décorées de baguettes à feuillages : celles-ci sont les mêmes dans toutes ces parties de l'édifice, si ce n'est dans la petite portion du latéral septentrional caché aujourd'hui par la chapelle de Saint-Laurent. Là, ce feuillage est mêlé d'animaux bizarres et de têtes humaines ; différence qui semble indiquer un renouvellement du reste de ces corniches , dont aucune histoire de cette cathédrale ne fait mention. La chapelle de Saint-Laurent, ainsi que celle de Sainte-Catherine , ornent l'édifice en diminuant la longueur de la ligne uniforme des bas-côtés. L'architecture de la première est d'un gothique un peu plus moderne que celui de la nef; ses fenêtres sont surmontées d'arceaux en accolades, ornés de fleurons; celles de la chapelle de Sainte-Catherine sont en forme de lancettes, et couronnées de petits frontons fort élégans.
Le bas des faces latérales de cette cathédrale et même celui de la façade principale était défiguré, jusqu'en 1772, par un grand nombre de petites boutiques. A l'occasion de l'assassinat d'un garde de l'église et d'un vol commis dans la chapelle de Sainte-Catherine , elles furent démolies et remplacées, sur les faces latérales, par d'élégans portiques, d'un style analogue à celui de l'édifice ( 1 ). La façade principale resta libre et fut garnie du parvis qui la décore maintenant.
Déjà nous avons averti que la croisée présente un mélange remarquable du style byzantin et de l'ogive , ainsi que d'autres indices de renouvellemens et d'agrandissemens , paraissant avoir été entrepris, pour la plupart , à la suite des incendies par lesquels cet édifice fut ravagé au i2.e siècle. Le mélange des deux styles est un caractère assez fréquent des églises de cette époque , où s'est préparée la transition de l'un à l'autre. Mais dans les constructions qui ont été élevées d'après un même plan , ils alternent avec symétrie. Cest ainsi qu'on les voit paraître dans les deux portails de cette croisée : dans sa longueur, au contraire , ils se succèdent de manière à indiquer plutôt des temps et
(1) Voyez les planches 1." et 7.% où l'on verra aussi l'arrangement des contre-forts et des arcs-lxuitans avec leurs clochetons, et, sur la i.r% la chapelle de Sainte-Catherine. Les portiques qui enveloppent cette dernière, servent d'atelier aux tailleurs de pierre et au statuaire de l'œuvre : les autres sont loués à departiculiers.
des architectes différens. La moitié de l'aile septentrionale qui domine le bas-côté de la nef est percée d'une fenêtre à plein cintre , surmontée d'un ornement à damier ; celle qui dépasse ce latéral, a une fenêtre disposée sur une autre ligne , terminée en pointe et couronnée de feuillages : les pieds droits de l'une et de l'autre sont décorés de colonnes. La moitié intérieure de l'aile méridionale a deux petites fenêtres à plein cintre accouplées : on voit à l'autre une grande fenêtre légèrement pointue ; toutes les trois sont dépourvues d'ornemens. Chacune de ces moitiés diffère aussi des autres par les décorations des corniches , et celles de chaque aile sont séparées par des plate-bandes à moulures ( 1 ).
La partie inférieure du portail septentrional est, comme nous l'avons dit, masquée par l'avant-portail de Saint-Laurent : les connaisseurs blâment le goût de cette construction de la fin du 1 5.e siècle; mais on admire les dispositions aussi ingénieuses que hardies de sa décoration principale. C'est une sorte de dais en partie découpé à jour, et saillant en demi-cercle au-dessus d'une porte carrée. Il consiste en quatre arcs en accolades, dont l'un est renversé, et croise celui qui s'élève au milieu: il couronnait autrefois un groupe de petites statues représentant le martyre de S. Laurent. A côté des montans de la porte , deux autres groupes figurent l'un l'adoration des mages , et l'autre plusieurs personnages religieux , parmi lesquels on distingue le pape Sixte II , dont S. Laurent était archidiacre. Les mouvemens de ces statues , et les plis de leurs vêtemens, ont toute la roideur de l'école allemande de ce temps , et celles d'Erwin leur sont bien préférables sous ce rapport. Ces deux groupes sont surmontés de dais alongés, ressemblant à des candélabres. De chaque côté, deux fenêtres, l'une ouverte l'autre fausse, sont couronnées d'arceaux en accolades, et tous ces ornemens se terminent par des flèches chargées de larges fleurons : le dessus des fenêtres est rempli par des courbes bizarrement entrelacées , et dont les extrémités sont coupées à angle vif. Derrière cet avant-portail on voit la porte de l'ancienne façade; elle est à plein cintre, et accompagnée de colonnes dont les chapiteaux et l'entablement sont ornés de larges
(i) Les faces orientales de chacune de ces ailes sont plus uniformes : de ce côté l'aile du nord a deux fenêtres en ogive, et chaque moitié de celle du midi, deux fenêtres accouplées, également en ogive.
feuilles. Le second étage est percé de deux fenêtres décorées de petites colonnes et se terminant en ogives : on les voit dépasser la balustrade qui termine l'avant-portail. Le troisième présente deux roses, disposées conformément au style byzantin. Cet étage est surmonté d une colonnade du même style , auquel appartiennent aussi les ornemens du fronton ; mais sur les côtés de celui-ci s'élèvent deux clochetons gothiques (î).
La tour octogone dans laquelle se prolonge le centre de la croisée, n'offre , dans la petite portion qui paraît à l'extérieur, aucun mélange de l'arc pointu ; mais les trompes et les arceaux de ce système, qui la soutiennent à l'intérieur, attestent suffisamment qu'elle a été renouvelée, aussi bien que les ailes, depuis la construction de Wernher. Elle est d'ailleurs environnée vers le haut d'une galerie à petites colonnes, dont plusieurs présentent des traces de moulures retranchées , qui semblent prouver qu'elles ont été employées à une colonnade semblable plus ancienne et plus ornée. Cette tour se terminait autrefois par une petite flèche assez mesquine , environnée des huit frontons qu'a fait crouler et démolir l'incendie de 17 5g. Elle est couverte aujourd'hui d'un toit formant une pyramide octogone tronquée , au haut de laquelle on a établi un télégraphe (2).
Le portail de l'aile méridionale présente , dans l'ensemble de ses dispositions, beaucoup d'analogie avec celui de l'aile opposée; mais il en diffère considérablement dans les détails. Il a deux portes accouplées , terminées par des arcs à plein cintre , que couronne une large archivolte. Les tympans sont ornés de bas-reliefs, les côtés et le trumeau sont décorés de statues : d'autres statues, détruites par les ravages de la révolution , étaient placées sur des saillies en forme de chapiteaux , à la moitié de la hauteur des colonnes qui garnissaient les faces rentrantes de ces portes, et auxquelles on a substitué depuis des colonnes unies (3).
(1) Voyez le dessin de ce portail fourni par la planche 8.e
(2) Les planches 1 .re et 8.e font voir ce télégraphe et une partie de la petite colonnade. La planche G.* place le spectateur sur la galerie qui environne le toit. Le clocheton qui parait au premier plan surmonte l'un des escaliers par lequel on y arrive.
(3) Les deux statues qu'on voit à l'extérieur des portes ont été préservées de la destruction : elles représentent, l'une, l'église chrétienne, et l'autre la synagogue. Un roi Salomon, qui ornait le trumeau, a été renouvelé; il était surmonté d'un Christ, paraissant à mi-corps et tenant un glohe : on est occupé
Elles représentaient les douze apôtres : celle de S. Jean portait un écriteau indiquant , par un distique latin , qu'elle avait été sculptée par Sabine, fille d'Erwin. Quelques auteurs ont prétendu que la porte ellemême était l'ouvrage de son pèrè 5 mais, d'après le style, elle lui est antérieure au moins d'un demi-siècle. En disant dans l'histoire du monument que l'étage supérieur de cette aile a été renouvelé par cet architecte, nous avons suivi une tradition moins dénuée de vraisemblance, mais que cependant il faut peut-être restreindre encore davantage : nous y reviendrons en parlant de l'intérieur. Le second étage de ce portail a des fenêtres en ogive, semblables à celles de la face septentrionale, mais plus alongées : le troisième est décoré de deux roses, disposées d'après le système gothique, et encadrées par des arceaux en ogive. Ces deux étages sont surmontés de galeries dont les balustrades présentent une ingénieuse variété. Au haut, un fronton, percé de trois fenêtres pointues, est accompagné, comme celui du portail du nord, par deux clochetons, mais plus sveltes et plus transparens.
La saillie orientale du chœur n'est que de quarante pieds ( 1 ). Cette partie ne se termine, ni comme la plupart des chœurs du système byzantin, par une abside demi-circulaire, ni comme les chœurs gothiques, par un octogone, mais carrément et par une façade droite : dans les
à le rétablir. Les bas-reliefs du haut des tympans figurent, l'un, la Vierge mourante, entourée des apôtres, et l'autre son couronnement. Ces sculptures anciennes sont d'un grand mérite : celles du dessous ont été refaites; elles représentent, l'une, l'enterrement de la Vierge, et l'autre son assomption. On avait placé à quelque distance au-dessus de la porte l'image de la Vierge qui se trouvait depuis 1 439 à 1 488 au haut de la flèche; elle a été renouvelée de nos jours pour la seconde fois : elle est surmontée d'un cadran astronomique, que mettait en mouvement la célèbre horloge placée dans l'intérieur de cette aile. Enfin, l'on aperçoit, vers le haut de ce portail, la statue de l'évêque Arbogaste. La planche i.re fait voir les dispositions principales de cette façade dans son état actuel.
(î) Tandis que, dans les cathédrales construites en entier d'après le système qui s'est développe au i3.e siècle, le chœur a souvent la même longueur que la nef, la proportion de ces deux parties est ici de deux à neuf; car la longueur de la nef est de cent quatre-vingt-un pieds. La largeur des ailes varie de cinquante-six à cinquante-huit pieds; elles dépassent les bas-côtés de trente-trois à trente-quatre pieds, et la nef centrale, ainsi que la partie extérieure du chœur, de soixante-cinq à soixante-six pieds. La longueur totale de l'édifice, depuis les angles des contre-foi ts de la façade occidentale jusqu'à l'extrémité extérieure du chœur, est de trois cent quarante-deux pieds. La largeur de la face orientale du chœur est de cinquante-six pieds, et elle a soixante-un pieds de hauteur. On ne l'aperçoit que dans la cour du Séminaire, et sa partie inférieure est masquée par le toit d'une sorte de portique, construit pour mettre à couvert la communication extérieure entre deux chapelles qui s'ouvrent à ses côtés.
parties supérieures seulement les angles latéraux sont un peu émoussés. Sur chacune des trois faces on voit une grande fenêtre dépourvue d'ornemens, et terminée par un arc légèrement pointu. Celle du côté de l'orient est plus large que les deux autres, et la manière dont le mur est évidé, tant autour de sa partie supérieure qu'au-dessous de sa base, semble indiquer qu'elle a été agrandie depuis la construction primitive : peut-être en a-t-il été de même des deux autres. Au milieu de la ligne de terre de la face orientale, une fenêtre basse s'ouvre dans la chapelle souterraine : cette fenêtre se termine également par une ogive aplatie ; mais elle est couronnée par des moulures de l'ancien style, et notamment par un gros tore surmonté d'un zigzag, qu'environnent deux filets arrondis, liés aux moulures du socle de cette façade. Du reste, ce chœur se distingue par une construction tellement massive, qu'aux deux angles, des escaliers montent dans l'épaisseur du mur : l'on remarque aussi que jusqu'en haut les pierres n'ont été taillées qu'avec des instrumens peu raffinés. Ces indices d'une haute antiquité sont en opposition avec l'époque que semblerait indiquer la forme ogive de la fenêtre dont il vient d'être parlé; il serait difficile cependant de croire qu'elle a été disposée ainsi par un changement partiel (1). En même temps, la difficulté de fixer l'époque de la construction de cette partie de l'édifice, s'augmente encore par des contradictions qui existent entre les témoignages historiques. C'est là cet arrière -chœur (2) auquel Specklin restreint l'assertion (étendue depuis avec tant de légèreté à toute la croisée ) qu'il a résisté à l'incendie de 1007, et qu'il nous présente un reste du chœur bâti par Charlemagne. Nous avons fait voir qu'un document contemporain ne permet guère d'admettre que ce monarque ait eu une part tant soit peu importante à la construction de cette cathédrale, et même au i3.e siècle l'on ne plaça point sa statue parmi celles des rois qui passaient alors pour y avoir contribué. Toute tradition de ce genre est donc nécessairement récente et de nulle autorité : d'ailleurs les édifices religieux appartenant
(1) On voit aussi deux niches pointues au bas de la fenêtre supérieure; mais elles peuvent avoir été évidécs lorsqu'on a agrandi cette fenêtre.
(2) On l'appelle ainsi, parce qu'à l'intérieur sa petitesse a fait comprendre dans le chœur nonseulement tout le centre de la croisée, mais encore une travée de la nef.
le plus certainement à l'époque de ce souverain , se distinguent , au contraire, par une grande élégance et par l'imitation des formes gracieuses de l'architecture des Romains, ou même par l'emploi d'ornemens dérobés à leurs monumens. Mais la reconstruction totale de cette église par Wernher n'étant attestée que par des auteurs qui ont vécu plus de deux siècles après lui, il serait permis de supposer, malgré la précision de leurs textes, que cette partie fait exception à ce renouvellement, et qu'elle pourrait être un reste d'une construction du g.e ou du io.e siècle. Dans ce cas, comme dans l'hypothèse plus simple qu'elle serait l'ouvrage de ce célèbre évêque, cette fenêtre basse, terminée en ogive, ajouterait un exemple de plus au petit nombre de ceux que l'on connaît de l'emploi de cet arc antérieur au i2.° siècle; mais il faut avouer que, malgré les raisons contraires, on ne saurait assurer avec une certitude complète que cette saillie orientale n'ait pas été renouvelée tout entière après l'un ou l'autre des incendies de ce siècle : on pourrait même citer en faveur de cette opinion sa liaison parfaite avec le centre de la croisée et la ressemblance des modillons de sa corniche avec ceux qu'on voit audessous de la colonnade dont celle-ci est surmontée. Nous parlerons, en faisant la description de l'intérieur, et de la chapelle souterraine et de deux autres chapelles basses, qui s'avancent des deux côtés de l'arrièrechœur : on n'en aperçoit à l'extérieur que les portes, l'une à plein cintre et d'un style très-ancien, l'autre en ogive.
La façade occidentale de cette église est sans contredit l'édifice le plus étonnant en son genre, autant par l'élégance et la hardiesse de son architecture , que par sa hauteur extraordinaire ; mais plusieurs autres cathédrales présentent à l'intérieur des dispositions beaucoup plus avantageuses. Des nefs plus vastes, et accompagnées d'un plus grand nombre de latéraux, viennent aboutir à l'espace libre de la croisée, et derrière celle-ci recommence la perspective majestueuse des voûtes en ogive et des piliers gothiques d'un double chœur, dont l'œil a de la peine à mesurer la profondeur. Ici, au contraire, le chœur primitif est petit et d'une simplicité extrême : il a fallu, pour l'agrandir, y ajouter non-seulement tout le milieu de la croisée, mais encore une travée de la nef; et ces défauts, rendus encore plus sensibles par la grande fenêtre percée au fond du chevet, frappent dès l'entrée d'une manière peu agréable. Mais en arrêtant ses regards sur la nef et les bas-côtés, on rendra justice à la noblesse des proportions de ces parties de l'édifice, à la coupe ingénieuse des piliers, à l'élévation de la voûte centrale et à la beauté des vitraux coloriés, qui jettent dans ce temple auguste un clair-obscur magique (1).
Après avoir franchi l'une des portes occidentales, on se trouve d'abord dans le vestibule gigantesque construit par Erwin. Ses voûtes sont plus hautes que celles des nefs, et la grande arche du milieu laisse apercevoir dans son entier cette belle rose qui occupe les trois quarts du second étage du portail central. L'heureuse disposition de ses compartimens et de ses couleurs produit à l'intérieur, et surtout vers le soir, quand elle est éclairée en face par les rayons du soleil, un effet non moins admirable que celui qui résulte à l'extérieur de l'ingénieux artifice de son double encadrement. Entre cette rose et la porte, le massif du mur est interrompu par une galerie transparente et masqué par des sculptures variées, parmi lesquelles on distingue une autre rose plus petite, mais
(1) C'est par ces considérations qu'à la planche n.e on a représente l'intérieur de celte cathédrale par une vue prise de côté, et qui n'en montre que les parties les plus belles.
non moins habilement disposée (1). Le bas des mnrs des latéraux étant décoré d'arcades dont les arcs sont découpés en forme de trèfles ou d'ogives trilobées, un arrangement analogue a été continué autour de ce vestibule; mais le style de cet ornement a été rapproché de celui de l'extérieur de la façade , et le haut de chaque arc est surmonté d'un petit fronton, terminé en flèche et garni de fleurons. Des côtés du nord et du midi les grandes et belles fenêtres du premier étage des tours s'ouvrent au-dessus de cet ornement. Leurs rosaces et leurs compartimens sont garnis de vitraux de couleur d'une grande beauté : ceux du nord représentent la création de l'homme, sa chute et le déluge; ceux du côté méridional, le Christ au milieu de la Jérusalem céleste.
Pour supporter le poids énorme des tours, les deux premiers piliers de la nef ont été renforcés par des massifs, dont la grande solidité est en partie cachée par des colonnes engagées, semblables à celles de ces piliers eux-mêmes , mais plus épaisses et plus multipliées (2). Les six autres piliers, qui de chaque côté séparent la nef centrale des latéraux, forment , quant à la disposition de leurs bases , des carrés dont les diagonales font face aux arcs qu'ils ont à soutenir : ils sont garnis sur chaque angle d'une grande colonne engagée, et sur chaque côté de trois petites colonnes du même genre. Sur les trois faces où ces colonnes portent les arcs qui lient entre eux les piliers de chaque côté de la nef et les nervures des voûtes des latéraux, elles se terminent, à vingt-cinq pieds et demi au-dessus du pavé, par des chapiteaux ornés d'un feuillage très-varié, disposé tantôt sur deux, tantôt sur trois rangées, et toujours d'un travail très-remarquable (3). Dans l'intérieur de la nef, les grandes colonnes des angles , accompagnées de chaque côté de deux autres plus petites, se prolongent (d'abord sur le massif du mur compris entre les arcs, et puis en avant d'une galerie qui règne au-dessus de ces
(1) Ces ornemens sont représentés au milieu de la planche i4-e
(2) Vojcz le plan de l'édifice fourni par la planche io.e, et qui pourra servir d'éclaircissement à tonte celle description.
(3) La planche i4-c, où les chapiteaux les plus remarquahles de l'intérieur de cet édifice sont rangés, autant que possible, selon leur ordre chronologique, représente, figure 9. le chapiteau de l'une des colonnes engagées du premier pilier septentrional de la nef du côlé du chœur, et figure îo.1", celui d'une colonne du troisième pilier, à partir de l'entrée occidentale.
arcs) jusqu'à la hauteur de soixante-cinq pieds : là elles se terminent par des chapiteaux semblables à ceux du bas, et portent les nervures de la voûte supérieure , dont la hauteur totale est de quatre-vingt-seize pieds (1).
La galerie dont il vient d'être parlé est divisée, par le prolongement des piliers principaux, en sept travées : chacune de celles-ci comprend quatre petits arceaux , terminés par une rosace en forme de trèfle à quatre feuilles, qui est portée par un meneau central. De chaque côté la travée qui touche au vestibule occidental présente ( apparemment pour donner plus de solidité à cette partie de l'édifice) un mur plein, décoré de fausses arcades : du côté du nord, la seconde est occupée par les orgues, qui s'élèvent de là jusqu'à la naissance de la voûte supérieure, et dont on admire autant la belle disposition que la perfection intrinsèque (2). Les huit compartimens de chacune des autres travées correspondent à autant de fenêtres, en forme de lancettes, s'ouvrant derrière les toits des bas-côtés : leurs vitraux étaient autrefois brillamment décorés des figures en pied des soixante-quinze ancêtres de Jésus- Christ nommés dans l'évangile de S. Luc. Il paraît que depuis long-temps, pour donner plus de jour à la nef, les parties inférieures de ces figures ont été remplacées par du verre blanc; mais on voit encore, du côté du nord , trente-neuf têtes avec leur légende : du côté du midi il n'en existe plus que trois, et l'on a mis à la place des autres des verres coloriés d'une combinaison arbitraire (3).
(1) La diagonale de la base de ces piliers est de huit pieds et quelques pouces : leur distance varie de seize à dix-neuf pieds, ceux du côté de la croisée étant plus écartés les uns des autres que ceux du côté de l'occident. La largeur de la nef centrale, mesurée entre les centres des piliers correspondans, est de cinquante pieds; celle des latéraux, mesurée entre le même centre et le massif du mur, de trente-un pieds et demi : la hauteur de la voûte de ceux-ci est de quarante pieds quatre pouces.
(2) Ces orgues ont été plusieurs fois renouvelées, et l'on trouve à ce sujet d'amples détails dans les Essais de Grandidier. Celles qui subsistent aujourd'hui ont été faites, entre les années 1710 et 1716, par André Silbermann, père de Jean-André, qui a joint au talent de son père le mérite de nous avoir conservé plusieurs notices utiles sur l'état ancien de celte cathédrale et de beaucoup d'autres monumens de ces contrées.
(3) Ces figures commencent du côté du nord, près du chœur, par S. Jean-Baptiste et Jésus-Christ : on voit ensuite S. Joseph et les cinq premières générations dans leur ordre légitime; mais plus loin il y a plusieurs erreurs dans les noms et une grande confusion dans l'ordre des personnes. Pour remplir les quatre-vingt-huit fenêtres on avait sans doute ajouté ù cette généalogie d'autres personnages
Au-dessus de cette galerie, les grandes fenêtres de la nef occupent tout l'intervalle que le prolongement des piliers, les arcs-doubleaux et les nervures de la voûte supérieure ont laissé disponible : leurs meneaux, surmontés de rosaces, les divisent chacune en quatre panneaux, et leurs vitraux, non moins ingénieusement décorés que ceux de la galerie, représentent, sur plusieurs bandes horizontales, un grand nombre de saints et de saintes, quelques figures allégoriques et des traits de l'histoire sacrée. Ces vitraux subsistent encore dans toute leur beauté, et la plupart des figures sont accompagnées de légendes, dont quelques-unes sont conçues en vers allemands (i).
La partie inférieure du cinquième pilier de la nef sert d'appui à la chaire. Celle qui subsiste aujourd'hui fut érigée, en i486, pour le célèbre prédicateur Geyler de Kaisersberg : c'est un chef-d'œuvre de sculpture en pierre, exécuté sur les dessins de Jean Hammerer, architecte de la cathédrale à cette époque (2). C'est en 1732 que la dernière travée de
sacrés. L'on voit encore d'autres tableaux , tirés de l'histoire sainte , dans de petites fenêtres rondes placées entre les ogives des fenêtres à lancettes ; mais je n'ai point pu reconnaître s'ils forment une suite régulière. Les huit fenêtres de la travée qui suit celle des orgues, sont en partie cachées par une tribune destinée autrefois aux musiciens.
(1) On rapporte que beaucoup de ces vitraux furent donnés à cette cathédrale par des personnes pieuses, qui, pour ajouter au mérite de cette générosité, les ont apportés sur leurs épaules. Selon Grandidier ils furent peints, pour la plupart, aux i4.e et i5.e siècles; et cet auteur cite une charte de l'an i348, où un maître, Jean de Kirchheim, est appelé pictor vitrorum in ecclesia Argentinensi. La moitié des fenêtres des deux travées qui touchent au vestibule occidental a été remplacée par un mur plein, derrière lequel s'élèvent les contre-forts des tours. Les vitraux de la demi-fenêtre du côté méridional se distinguent des autres en ce qu'ils représentent, en quatorze compartimens , des vertus combattant des vices.
(2) Le beau dessin de cette chaire, fourni par la planche 9.% dispense d'en faire une description détaillée. Le couvercle ou abat-voix représenté sur celte planche est sculpté en bois et a été placé il y a peu d'années : celui qu'on vojait avant la révolution avait été fait en 1618, et s'accordait beaucoup moins avec le style de la chaire. Il existait autrefois vis-à-vis de celle-ci, au-dessous des chapiteaux de deux piliers, des figures grotesques, auxquelles l'ignorance des usages anciens, des vers satiriques et des gravures vendues avec affectation pendant l'octave de la Fête-Dieu, ont donné une fâcheuse célébrité : elles représentaient plusieurs animaux exerçant des fonctions sacerdotales. Quelques personnes ont prétendu qu'elles avaient été sculptées pendant que ce temple servait au culte prolestant : elles ne pouvaient, au contraire, avoir été exécutées que par le caprice des architectes mêmes par lesquels ces piliers avaient été élevés ou renouvelés, et sous ce rapport la date de 1298, que leur attribue Schad, n'est pas sans importance pour l'histoire de cet édifice; car elle parait indiquer que les réparations auxquelles a donné lieu l'incendie de celte année se sont étendues beaucoup plus loin qu'on ne le pense
la nef a été rehaussée pour être jointe à l'avant-chœur : le milieu de la croisée y avait été compris bien plus anciennement.
La décoration régnant le long des murs des latéraux, que nous avons dit avoir été continuée avec quelques modifications sous les tours, mérite une attention particulière. Ses arcs sont soutenus par des colonnes simples, dont les chapiteaux sont ornés de feuillages plus variés encore que ceux des chapiteaux de la nef (1) : ils sont aussi disposés pour la plupart d'après un style plus ancien, et qui forme une sorte de transition de l'architecture byzantine à celle à laquelle on a donné le nom impropre de gothique. Il en est de même des tores arrondis qui terminent et les découpures en trèfle et les arcs en ogive par lesquels celles-ci sont surmontées. Entre ces arcs l'on voit, tant dans des médaillons circulaires et très-profondément entaillées, que dans le reste de l'espace laissé disponible entre ces arcs et la corniche qui les domine, des sculptures d'une grande délicatesse. Plusieurs de celles des médaillons représentent des scènes capricieuses , parmi lesquelles on distingue un diable portant une femme sur ses épaules, un aigle s'abattant sur un cadavre, une cigogne tirant un os de la gueule d'un loup et d'autres figures encore plus singulières (2). Ces sculptures continuent des deux côtés le long des quatre premières travées, à partir du vestibule. Les arcades de la cinquième en sont dépourvues, et sont elles-mêmes d'un travail plus grossier. Dans la sixième et la septième, le mur latéral a été remplacé par de grandes arcades, s'ouvrant d'un côté dans la chapelle de Saint-Laurent et de l'autre dans celle de Sainte-Catherine. Dans les cinq autres la corniche qui domine les petites arcades est surmontée de fenêtres égales en largeur à celles du haut de la nef, et d'une disposition analogue. Leurs vitraux se distinguent non moins par une grande beauté de couleurs que par l'intérêt
ordinairement. L'on voit encore clans plusieurs églises anciennes des bizarreries semblables ou même plus singulières : celles-ci ont été détruites et grattées en 1 G85.
(1) On a représenté deux de ces cbapiteaux à la plancbe i4-% figures 1 1/ et ia."
(2) La petitesse des dimensions de ces figures, et le peu de jour qu'elles reçoivent, les rend difficiles à reconnaître. Celles que je viens d'indiquer se trouvent dans les premières travées du latéral septentrional. On remarque dans la même série, et en dehors des médaillons, la représentation d'un édifice que la tradition appelle la petite cathédrale , et qui pourrait bien nous montrer celte église telle qu'elle était à une époque au sujet de laquelle nous n'avons d'ailleurs aucune donnée historique : on y voit trois tours surmontant la façade occidentale, et d'autres tours au-dessus de la croisée et du chœur.
des sujets qu'ils représentent : on voit dans ceux du côté du nord une suite d'empereurs et de rois, bienfaiteurs de cette cathédrale, à la tête desquels ( dans la fenêtre contigué à la chapelle de Saint-Laurent ) les trois rois mages présentent leurs offrandes à l'enfant Jésus. Le côté méridional est décoré des scènes miraculeuses de l'histoire du Christ, depuis sa naissance jusqu'à son ascension; et dans la dernière fenêtre, du côté du vestibule , le jugement dernier précède la Jérusalem céleste , dont nous avons parlé plus haut. On voyait autrefois dans ce collatéral un puits qu'on disait avoir existé dès le temps où l'emplacement de cette église servait encore au culte du paganisme, et avoir été béni du temps de Clovis par S. Rémi. Son eau était employée aux baptêmes de la ville et des environs jusqu'au i6.e siècle : il fut fermé en 1766, et la source qui le fournissait sert aujourd'hui à la pompe de l'atelier des tailleurs de pierres, dans la cour duquel conduit une porte pratiquée dans la cinquième travée. Les deux dernières travées de ce collatéral, qui s'ouvrent dans la chapelle de Sainte-Catherine, sont subdivisées chacune en trois arcades par des piliers intermédiaires, ornés de statues de grandeur naturelle, mais d'un travail médiocre (1 ). Les vitraux de cette chapelle sont en couleur, et leurs compartimens inférieurs (cachés en partie par les encadremens de deux autels) représentent les douze apôtres. Les deux travées opposées, s'ouvrant dans la chapelle de Saint-Laurent, ne sont subdivisées chacune qu'en deux arcades : on voit encore aux piliers qui les supportent des piédestaux et des dais très-artistement sculptés; mais les statues auxquelles ils étaient destinés ont été enlevées. Les fenêtres de cette chapelle ne sont garnies que de verres blancs.
Les arches du milieu de la croisée portent, du côté de la nef, sur deux piliers très-massifs et d'une disposition remarquable. Au-dessus d'un socle d'environ douze pieds de hauteur et de dix-sept pieds de diamètre, ils forment une sorte de croix grecque, garnie à l'extrémité de chaque branche et dans les angles rentrans de colonnes engagées (2). En face des piliers
(1) Elles représentent S." Catherine, S.lc Elisabeth , S. Florent, S. Paul et S. Jean : une sixième statue a été enlevée, et n'est point encore remplacée.
(2) Une partie de ces dispositions est masquée par des escaliers en pierre adossés à ces piliers, et construits, en 1743, pour conduire à des tribunes destinées à la musique, qui furent établies à la morne
de la nef et de l'extrémité des latéraux, ces colonnes, n'ayant que l'élévation nécessaire pour porter les retombées des premiers arceaux de ces parties de l'édifice , sont d'une proportion très-lourde : des deux autres côtés elles se prolongent à la hauteur de trente-sept pieds. Aux angles de l'arrière-chœur, des pilastres, ou demi-piliers, sont pourvus de colonnes engagées, correspondant à celles-ci, et ne commençant également qu'au haut d'un socle brut, qui s'élève à près de douze pieds au-dessus du pavé des ailes. Au haut de ces colonnes, un second étage de soutiens, consistant en pilastres de douze pieds d'élévation, porte les arches latérales : ces arches sont subdivisées de chaque côté en deux arcs pointus, soutenus à l'endroit de leur jonction par des colonnes simples, dont le socle est moins élevé que celui des colonnes engagées, et qui se prolongent jusqu'au niveau de l'entablement des pilastres superposés à celles-ci. Ces piliers monostyles, de cinquante-cinq pieds de hauteur sur six pieds et demi de diamètre, sont d'un très-bel effet, et il serait encore plus imposant si derrière leur partie inférieure le milieu de la croisée, servant d'avantchceur, n'était pas fermé des deux côtés par un mur haut de vingt-un pieds et demi (1). Mais, outre l'usage ordinaire, et dont l'on ne s'est écarté que rarement, de faire communiquer ce milieu avec chacune des ailes par une grande arche unique, les dispositions mêmes dont il vient d'être parlé, et par suite desquelles ces colonnes intermédiaires sont plus hautes que celles des piliers des angles, prouvent que, loin de faire partie du plan primitif, elles n'ont été insérées entre ces appuis principaux qu'après plusieurs autres changemens. En général, le renouvellement de cette partie centrale de la croisée, que nous croyons avoir été exécuté à plusieurs reprises, à l'occasion des quatre incendies du i2.e siècle, est prouvé nonseulement par la forme ogive des voûtes et des arcs de la coupole et des côtés de cette portion de l'édifice, mais encore par tous les autres détails
époque entre ces soutiens et les premiers piliers de la nef. On vojait autrefois à l'entrée du chœur (terminé alors par les deux piliers de la croisée) un ambon en pierre d'un travail distingué : il fut abattu en 1682 , et remplacé, quatre-vingts ans plus tard, par une grille en fer, chef-d'œuvre de serrurerie. Celte grille a été enlevée pendant la révolution : aujourd'hui le chœur n'est fermé que par une balustrade à hauteur d'appui.
(1) La planche 1 2. e représente la plus grande partie des dispositions dont il vient d'être parlé : on en reconnaîtra aussi les principales sur le plan fourni par la planche 10/
de son architecture (1). C'est au même siècle que paraissent appartenir les colonnes engagées dans les piliers et leurs chapiteaux, qui sont ornés de larges feuilles, accompagnées de rinceaux et de guirlandes garnies de points relevés en diamans (2). Les ornemens moins compliqués, mais analogues à ceux-ci, qu'on voit au haut des colonnes intermédiaires, paraissent avoir été disposés à leur imitation (3). En même temps la hauteur singulière à laquelle prennent naissance les colonnes engagées, semble indiquer qu'elles ont été en quelque sorte greffées sur des bases plus anciennes, et les socles carrés, d'une hauteur disproportionnée, qu'on voit adossés aux angles de l'arrière- chœur, sont vraisemblablement un reste des piliers primitifs. L'élévation de ces socles, ou piédestaux, dépasse de beaucoup celle de l'exhaussement du pavé, par lequel le milieu de la croisée a été porté au niveau de l'arrière-chœur, et qui n'est que de quatre pieds neuf pouces ; mais la naissance des colonnes intermédiaires correspond exactement à cette hauteur. Il paraît en conséquence que l'on modifia d'abord les piliers angulaires, sans penser encore à diviser les grandes arches et à rehausser ce pavé. Probablement ces dispositions ultérieures ne furent prises qu'après un nouvel accident, à la suite duquel les progrès du siècle et de la prospérité du diocèse et de la ville firent concevoir le projet d'un agrandissement du chœur, destiné à préparer celui du reste de l'église. Ajoutons que cet exhaussement ne saurait être contemporain de la première construction , tandis que d'un autre côté il remonte évidemment à une époque reculée, et fut accompagné de changemens notables; car il a été exécuté au moyen d'un prolongement de la chapelle souterraine, et les voûtes de la partie ajoutée à celle-ci sont d'un caractère moins antique que celles du fond, mais pourtant encore à plein cintre et appuyées sur des colonnes simples à chapiteaux cubiques :
(1) Voyez ce que nous avons dit sur ces incendies à la page 7 de cette notice. Il est fâcheux que nous n'ayons sur les renouvellemens, qui nécessairement ont dû en être la suite, aucune donnée historique de quelque précision : on se borne à vanter les soins et les dépenses que l'évèque Burchard em^oya aux réparations de l'édifice après l'incendie de l'an n5o.
(2) Voyez figure 4-e de la planche i4-e Plusieurs autres églises de nos contrées, qui bien certainement ne sont point antérieures au 12/ siècle, présentent des chapiteaux analogues à ceux-ci.
(3) Voyez la figure 8.' de la même planche, qui représente la moitié de l'un de ces chapiteaux : ils sont couronnés par un entablement octogone.
d'ailleurs, clans les églises de cette forme, restées intactes, le milieu de la croisée est ordinairement au même niveau que les ailes.
Il n'est pas moins intéressant pour l'histoire de cet édifice de faire observer qu'à l'époque de ces changemens l'on ne pensait point encore à donner à la nef la hauteur à laquelle elle a été portée depuis, sous la direction d'Erwin. Non-seulement l'arc qui termine le milieu de la croisée du côté de la nef principale, se ferme à vingt-deux pieds au-dessous de la voûte supérieure de celle-ci ; mais on voit paraître , au haut du mur plein qui remplit cet espace, trois modillons appartenant aux décorations extérieures de la tour octogone.
Le grand autel actuel , placé un peu en arrière du centre de l'avantchœur, est en marbre de diverses couleurs ; mais du reste d'une noble simplicité. Celui qu'il remplaça après l'incendie de 1759 était surmonté d'un baldaquin , dont les colonnes de marbre étaient ornées de bases et de chapiteaux de bronze doré : il avait été élevé en i685 par l'évêque Guillaume Égon de Furstemberg(i). L'arrière-chœur se termine à l'intérieur en demi-cercle, et il est fermé au haut par une voûte en plein cintre. Anciennement cette voûte était peinte et l'on y avait représenté le jugement dernier (2). Il est reconnu depuis long-temps que les décorations en boiserie, dont la partie inférieure de tout ce chœur a été garnie en 1692, sont peu conformes au style de l'édifice, et déjà plusieurs fois il a été question de les changer. Mais il est d'autant plus difficile de satisfaire à ce sujet toutes les convenances, que l'architecture du chœur diffère elle-même de celle de la nef, et qu'il faudrait un style de transition bien habilement choisi pour se rapprocher à la fois de l'une et de l'autre.
On descend aujourd'hui à la chapelle souterraine dont il vient d'être parlé par deux grands escaliers, établis l'un vis-à-vis de l'autre, derrière les deux premiers piliers de la croisée (3). Le passage qui résulte de cet
(1) Un autel plus ancien était décoré de célèbres sculptures en bois, exécutées, en i5oi, par Kicolas de Haguenau.
(2) Cette peinture avait été exécutée en i486, à l'occasion d'une réparation, dont il ne s'est conservé que des notices incomplètes : il en est de même d'autres réparations faites au chœur entre les années 1 455 à i46o.
(3) Avant le dernier agrandissement du cliceur on y descendait du côté de la nef.
arrangement sert de communication habituelle entre les deux ailes : des grilles en séparent d'un côté la chapelle elle-même et de l'autre un espace carré où l'on a disposé en i683 un groupe de statues représentant Jésus-Christ et ses disciples sur la montagne des oliviers. Ce groupe, placé auparavant dans la chapelle de Sainte -Catherine, dans laquelle était autrefois le saint sépulcre , provient originairement d une chapelle construite en 1378 et appartenant à un ancien couvent de religieux augustins. Du côté méridional de l'enclos où. il est placé aujourd'hui, on peut descendre par un petit escalier dans une excavation faite en 1666 pour examiner les fondations de cette partie de l'édifice. On creusa alors à côté du grand pilier de la croisée, et l'on poussa sous ce pilier même une galerie étroite, qui est restée ouverte jusqu'à ce jour. On trouva la base des fondations en pierres de taille à seize pieds huit pouces et demi (ancienne mesure de Strasbourg) au-dessous du niveau du sol, et on les vit reposer sur de la terre glaise, qui jusqu'à la profondeur d'environ deux pieds était fortement battue : plus bas on rencontra l'argile naturelle de quatre pieds et demi d'épaisseur, et au-dessous de celle-ci du gravier, dans lequel on vit paraître, à quatre pieds sept pouces et demi plus bas , de l'eau provenant vraisemblablement de sources souterraines. Celles-ci sont très-abondantes à cette profondeur de notre sol , et elles communiquent ordinairement tant entre elles qu'avec la rivière. Une tradition , consignée dans l'ouvrage de Schad , portait que les fondations jetées sous la direction de l'évêque Wernher posaient sur un pilotis de bois d'aune, enfoncé dans l'eau : mais, au lieu de ce pilotis, on ne trouva que des pieux de quatre à cinq pieds de longueur et de cinq pouces sur trois d'épaisseur, n'allant point jusqu'à l'eau, mais simplement destinés à raffermir la terre glaise ; encore n'y avait-il plus que les trous qu'ils avaient laissés, le bois étant pourri et réduit en poussière. L'année précédente on avait sondé, de la même manière, les fondations des tours, et l'on en avait rencontré la base à vingt-un pieds trois pouces sous terre, posant sur une couche de deux pieds de terre glaise, battue et mêlée de charbons, mais sans être traversée par des pieux : sous cette couche l'argile naturelle n'avait plus qu'un pied d'épaisseur et reposait également sur du gravier, dans lequel on vit aussi paraître de l'eau. En trouvant sous le pilier de la croisée les pieux dans
l'état que nous venons de décrire, on reconnut la supériorité qu'avaient sur ce procédé ancien les précautions prises par Erwin , qui, sans employer ce moyen, avait creusé des fondations plus profondes et avait évidé davantage l'argile naturelle ( 1 ). L'excavation faite sous l'une des tours ne resta ouverte que pendant peu de temps : dans celle opérée sous la croisée, on voit, outre la galerie dont nous avons parlé, un petit bassin carré, assez profond pour que l'eau s'y maintienne presque toujours (2). Ce bassin, où le vulgaire raconte qu'on peut aller en bateau et naviguer sous une partie de la ville, n'a que quatre pieds de longueur sur deux et demi de largeur.
La chapelle basse est divisée en une nef centrale et en deux latéraux, par deux rangées de colonnes et de piliers. Sous le centre de la croisée trois colonnes simples, à chapiteaux cubiques, dépourvus dornemens, placées de chaque côté, portent des voûtes d'arête sans nervures : sous l'arrière-chœur deux colonnes simples, plus petites, alternent de chaque côté avec deux piliers, et ces appuis soutiennent des arcs surmontés de voûtes en berceau. Les chapiteaux des colonnes ont la forme d'une pyramide tronquée et renversée : ils sont ornés, sur les côtés, de rinceaux singulièrement entrelacés , et aux angles , de figures bizarres , paraissant représenter des diables (3). Vers le fond on remarque, le long
(1) Ces détails sont tirés d'un manuscrit laissé par l'architecte Heckler, qui avait assisté aux deux opérations : et la relation de cette fouille fournit une preuve de plus de ce qu'à l'époque où elle fut entreprise, la tradition fabuleuse, d'après laquelle tout le cliocur actuel aurait était construit par Charlemagne, n'avait point encore prévalu; car ce ne furent point les fondations jetées par ordre de ce monarque, mais celles posées par l'évèque Wernher, qu'on chercha et qu'on trouva sous l'un des piliers principaux de cette partie de l'édifice.
(2) Quelquefois elle déborde et monte jusqu'aux degrés de l'escalier; mais elle ne tarit que dans les grandes sécheresses. D'après des mesures exactes qui viennent d'être prises, la base des fondations du pilier est à quinze pieds de France quatre pouces et deux lignes au-dessous du pavé de la nef et des ailes; la galerie ouverte sous ces fondations a cinq pieds et un pouce de hauteur, et le fond du bassin est à vingt-cinq pieds deux pouces au-dessous du pavé.
(3) L'un de ces chapiteaux a été représenté à la figure i.re de la planche i<J.e La figure 2.e fait voir la forme plus simple des chapiteaux de la partie antérieure. Cette chapelle a sous l'arrière-chœur vingt-neuf pieds de longueur (sans compter l'enfoncement aboutissant à la fenêtre dans lequel se trouve l'autel) et trente-six pieds de largeur; sous le centre de la croisée, quarante pieds de largeur et trentequatre de longueur : la hauteur des voûtes est d'environ quinze pieds. Deux piliers, d'une forme grossièrement arrondie, qu'on remarque vers le devant, derrière les colonnes, n'appartiennent point à la
du mur, des restes d'une corniche ou plate-bande élégamment décorée de rinceaux recourbés sur eux-mêmes en une suite de spirales. Depuis l'an 1682 cette chapelle est employée pour le saint sépulcre, et les jeudi et vendredi saints on la voit richement décorée et éclairée d'un grand nombre de cierges. Il parait qu'auparavant on avait oublié sa destination religieuse et qu'on ne la regardait que comme un caveau ; aussi ne trouve-t-on nulle part la moindre indication historique sur son origine. Le caractère antique des voûtes du fond et des chapiteaux des colonnes qui les soutiennent a fait penser à plusieurs connaisseurs que cette partie pourrait être un reste d'une construction antérieure à celle de Wernher, ou du moins que ces colonnes ont été transportées d'une chapelle plus ancienne dans celle-ci : il serait difficile de porter à ce sujet un jugement décisif.
Déjà nous avons parlé de la porte antique de l'aile septentrionale , autrefois extérieure, mais masquée aujourd'hui par le portail de Saint- Laurent. A l'intérieur de cette porte, un arc en ogive, adossé au mur, est appuyé sur des pilastres dont les chapiteaux représentent des figures humaines bizarrement accroupies. Plus loin, de petites colonnes simples portent une petite arcade analogue à celles des bas-côtés, mais à plein cintre : les chapiteaux de ces colonnes sont très-variés et ornés soit de simples feuillages , soit de feuillages combinés avec des têtes humaines (1). Dans l'angle nord-est de cette aile, et à côté de la porte d'une sacristie octogone fort élégante, construite, en 1 744 > pour l'usage du grand- chapitre , on remarque une décoration d'architecture d'un caractère tout- à -fait singulier : elle ressemble à un portail du style byzantin, richement orné; le haut est surmonté d'un fronton sur lequel serpente une ligne ondulée en forme de grecque. Au-dessous de ce fronton , une suite rentrante de tores arrondis et recourbés en plein cintre est portée par autant de colonnes engagées, dont les chapiteaux, liés entre eux, sont décorés de sculptures aussi délicates qu'ingénieuses : elles représentent d'un côté une série d'oiseaux entrelacés par leurs cols
construction primitive, mais n'ont été posés qu'en 1681 , pour supporter l'autel, surmonté d'un baldaquin en marbre, qu'on s'occupait dcs-lors à placer dans l'avant-cbœur.
(1) La figure 5.' de la planche i/(.e représente l'un de ces chapiteaux.
et leurs queues, à la tête desquels une sirène allaite son petit (1); de l'autre côté c'est une suite de nœuds formés par des rubans garnis de perles ou de diamans , et enveloppant des fleurs de lis; aux deux extrémités, des figures penchées à terre tiennent les bouts des rubans et semblent avoir tressé ces nœuds. Il paraît que cette niche somptueuse recouvrait autrefois l'autel de Saint-Laurent, et formait une sorte de chœur de la chapelle de ce nom, établie dans cette aile jusqu'en 1698. Quelque divergence dans les traditions jette cependant un peu d'incertitude sur cette conjecture (2). Aujourd'hui ce beau portail ne sert que d'entrée à une sacristie accessoire et à la petite cour ou se trouvent les épitaphes de la famille d'Erwin (3).
Entre cette décoration et l'angle de l'arrière-chœur, une porte en ogive et quelques degrés conduisent à une chapelle basse, anciennement dédiée à S. Jean-Baptiste, et particulièrement consacrée à la sépulture des évêques et des chanoines ; elle a servi depuis de sacristie au grandchœur (4), et encore aujourd'hui elle porte ce nom. On y voit plusieurs monumens funèbres, parmi lesquels se distingue celui de l'évêque Conrad III de Lichtenberg, mort en 129g, et sous lequel avait été commencée la construction de la façade occidentale. L'architecture de cette chapelle est en général du style gothique ; cependant plusieurs des colonnes, servant d'appui aux nervures des voûtes, sont monostyles, et les
(1) Voyez la figure 6.e de la planche i4-e
(2) Grandidier dit que l'autel de Saint-Laurent fut remplacé par un autel du Christ. On prétend aujourd'hui que cette niche renfermait un autel du Saint-Esprit : cependant les indications données par cet auteur conviennent parfaitement à cet endroit ; mais on est surpris de ce que ni lui ni aucun autre écrivain plus ancien n'ait parlé de cet encadrement si remarquable. L'ancienne chapelle de Saint- Laurent a été abandonnée à cause de l'incommodité de sa position, auprès d'un lieu servant de passage.
(3) Elles sont sculptées l'une à la suite de l'autre, au bas de l'un des contre-forts extérieurs de la chapelle dont il va être parlé. Le dernier mot de celle du fils, par laquelle elles se terminent, est aujourd'hui à demi effacé, et l'avant-dernier est rendu difficile à reconnaître par l'omission d'une lettre essentielle : ces deux mots ne sont d'ailleurs écrits qu'en abréviations. Cette fin a été lue par plusieurs auteurs filius Erwini Magistri , operis sui œmulus; et je me suis moi-même laissé tromper par cette fausse leçon , que j'ai traduite (à la page 12) par émule de l'ouvrage de son père. Le pronom sui mis pour ejus n'aurait rien d'extraordinaire, cette faute étant très-fréquente dans la latinité du moyeu âge; mais un examen plus attentif, secondé par le manuscrit de Heckler le fils, dont je n'ai eu connaissance que depuis le commencement de l'impression de cette description, m'a convaincu qu'il faut lire operis hujus ecclesiœ.
(4) On appelait grand-chœur, les prébendicrs, ou chanoines non nobles, qui faisaient habituellement le service du chœur.
chapiteaux des demi-colonnes engagées dans le mur de lanière-chœur appartiennent au style byzantin : ils ont beaucoup de ressemblance avec ceux des colonnes engagées dans les piliers angulaires de la croisée (1).
Entre le même angle de cette aile et l'un des escaliers par lesquels on monte à l'avant- chœur, on remarque le baptistère, chef-d'œuvre de sculpture en pierre, exécuté, en 1 4^3 , sur les dessins de l'architecte Jodoque Dotzinger. Il est à regretter que sa partie inférieure soit entièrement cachée par l'espèce d'estrade en pierres dans laquelle il est enfoncé.
Le pilier placé au centre de cette aile, pour soutenir les nervures des voûtes supérieures, est monostyle et dépourvu d'ornemens ; mais ses proportions svêltes et sa grande élévation lui attirent une juste admiration. Dans l'aperçu de l'histoire de celte cathédrale nous avons fait la remarque que ces piliers, placés au milieu des deux ailes, se joignent à d'autres raisons pour faire penser que ces ailes n'avaient d'abord que la moitié de leur longueur actuelle : on peut ajouter qu'ils correspondent aux piliers intermédiaires des grandes arches du centre de la croisée ; et comme on vient de le faire voir, ces piliers n'appartiennent pas non plus à la construction primitive. D'ailleurs, quoique cette aile septentrionale porte un caractère plus ancien que celle du midi, le renouvellement de sa façade est prouvé par les arcs pointus des fenêtres de son second étage, et le style des ornemens intérieurs du premier ne semble pas non plus appartenir à une époque antérieure au 1 2.e siècle.
Le pilier central de l'aile méridionale est garni de quatre grandes colonnes engagées , entre lesquelles quatre autres plus petites sont interrompues par trois étages de statues de grandeur naturelle. Celles du bas représentent les quatre évangélistes, caractérisés par leurs attributs symboliques, sculptés sur les piédestaux; plus haut l'on voit quatre anges embouchant des trompettes, et au-dessus de ceux-ci un Christ, et trois autres anges portant les instrumens de la passion (5) Ces figures sont
(1) La partie de celte chapelle qui renferme le monument de Conrad fait l'objet de la planche i3.% et les détails de l'un des chapiteaux des colonnes engagées sont représentés par la figure3.ede la planche i4-e La ressemblance de ces chapiteaux avec ceux des piliers de la croisée fournit peut-cire un appui de plus à la conjecture que les premiers renouvellemens du 12.'' siècle pourraient s'être étendus jusqu'il l arrièrechœur.
(2) Ce pilier forme le sujet principal de la planche i2.c
un peu maigres; mais elles sont sculptées avec soin, et les têtes sont d'une expression très-noble : elles ont, sous le rapport du style, beaucoup de ressemblance avec d'autres statues de l'époque d'Erwin, et notamment avec celles que l'on voit à l'extérieur du portail de cette aile, et dont quelques-unes étaient l'ouvrage de sa fille. En même temps les fenêtres du côté oriental de cette partie de l'édifice (1), et surtout les moulures de la corniche extérieure de ce côté, présentent des dispositions tout-à-fait semblables à celles que l'on remarque dans les parties qui bien certainement ont été construites par ce grand architecte. Enfin, l'on a reconnu depuis peu de temps, dans une figure fixant ses regards sur le pilier central, et qui est placée auprès de l'angle de l'arrière-chœur, derrière la balustrade d'une galerie qui règne au-dessous de deux de ces fenêtres, un portrait de ce maître ressemblant à celui qu'on voit au bas de la tour supérieure, mais sculpté avec plus de finesse et d'une expression pleine de profondeur et de génie (2). Toutes ces circonstances se réunissent pour prouver que cet habile homme s'est occupé soit de l'achèvement, soit du renouvellement de cette aile : c'était peut-être par là qu'il avait commencé ses illustres travaux dans cette cathédrale. Il paraît cependant que dans cette partie il s'est borné à décorer de statues le portail et le pilier central , et à renouveler le haut du côté oriental; car il est à croire que le pilier lui-même et la façade méridionale existaient avant lui , et le renouvellement d'une partie de cette façade, ainsi que du mur occidental de cette aile, indiqué par l'interruption de plusieurs colonnes engagées dans le mur, paraît également avoir été antérieur à son époque. Les décorations en arcades, portées par de petites colonnes simples, qui accompagnent l'intérieur de la porte et correspondent à celles de l'autre aile, appartiennent aussi au style ancien.
(1) Malgré quelques dégradations, les vitraux de ces fenêtres sont encore fort beaux; mais Ton ne voit plus que les pieds d'un grand S. Christophe vanté dans toutes les descriptions de celte cathédrale. Les vitraux de l'aile septentrionale ont souffert des altérations plus considérables : on reconnaît cependant encore dans ceux du côté de l'orient, au milieu de verres coloriés modernes, les figures anciennes du Christ et de S. Laurent, de la S.le Vierge et de S. Jean.
(2) On débitait autrefois sur celte figure plusieurs fables puériles, et il ne s'j rattachait aucune tradition historique : mais déjà Silbermann avait reconnu qu'elle portait le costume dans lequel les architectes de l1 œuyre avaient coutume de se présenter devant le magistral de la ville.
II en est de même de deux arcs à plein cintre, soutenus également par de petites colonnes simples, qu'on voit au-dessous de la galerie où est placée la statue d'Erwin (1) : ils paraissent avoir ouvert autrefois une libre communication avec l'ancienne chapelle de Saint -André qui correspond à celle de Saint-Jean-Baptiste : ils sont murés aujourd'hui, et l'on entre dans cette chapelle, devenue dans la suite la sacristie du séminaire, par une porte en ogive percée un peu plus à droite. Cette chapelle est d'un style bien plus antique que celle avec laquelle elle forme symétrie : toutes ses voûtes sont à plein cintre, et les chapiteaux des pilastres et des colonnes qui les supportent ressemblent tous plus ou moins à ceux qu'on ne voit dans l'autre qu'aux demi-colonnes engagées dans le mur de l'arrière-chceur (2). C'est aussi la porte orientale de cette chapelle basse au sujet de laquelle nous avons remarqué, dans la description de l'extérieur, qu'elle est d'un style très-ancien : elle ne consiste qu'en tores recourbés en plein cintre et garnis, sur la ligne de terre, d'éperons ou de pattes d'une grandeur peu commune et d'une forme bizarre (3). A côté de la porte qui s'ouvre dans l'aile, une colonne engagée, qui porte les nervures de la voûte supérieure de celle-ci, pose sur un culde-lampe d'un dessin fort ingénieux : cette colonne a l'air d'être soutenue par un jeune homme penché, dans une attitude aussi hardie que gracieuse, entre des pampres et des grappes de raisin.
Enfin, l'autre moitié du même côté de cette aile est occupée par une horloge astronomique, qui a été comptée parmi les sept merveilles de l'Allemagne : dans leur énumération l'on mettait la tour de cette cathédrale au premier rang, le chœur de celle de Cologne au second, et cette horloge au troisième. Une première horloge du même genre avait été construite dès l'an i352 dans l'angle opposé : celle qui n'a cessé de marcher que de nos jours, et dont les principales décorations et la plupart des rouages existent encore, a été exécutée, entre les années 1571 et 1574? par les habiles horlogers Isaac et Josias Habrecht et par
(1) Le chapiteau d'une de ces colonnes est représente à la planche i4-% figure j.e
La figure 5.c de la planche i4.e a paru suffisante pour donner une idée des uns et des autres. (5) Celte chapelle renferme, ainsi que ceHc de Saint- Jean-Baptiste, quelques anciennes sépultures : la première en date est de l'an 1190.
l'estimable peintre Tobie Stimmer, sous la direction du savant professeur de mathématiques Conrad Dasypodius. Elle représentait les révolutions du ciel et les mouvemens des planètes d'après le système de Ptolémée. On y voyait les phases de la lune, la marche du soleil et un calendrier perpétuel de l'année julienne , disposé de manière à indiquer non-seulement les jours du mois avec leurs saints, mais encore pendant cent ans les dates des années, les fêtes mobiles et tout le comput ecclésiastique. Les jours de la semaine venaient se montrer sous la forme des divinités planétaires qui président à cette révolution ; les heures étaient sonnées par un Christ repoussant la mort, et les quarts d'heure par des automates figurant les quatre âges de l'homme. Le tout était surmonté d'un carillon, après la sonnerie duquel un coq chantait en battant des ailes. Ce coq était un reste de l'horloge du i4-e siècle; mais sa mécanique fut dérangée dès les années iÔ25 et 1640, où il fut frappé par la foudre. Il était placé sur la tourelle particulière qu'on voit à la gauche de l'horloge et dans laquelle se trouvaient aussi les poids de celle-ci. On monte aux divers étages de cette machine compliquée par un escalier taillé en pierres, placé dans l'angle sud -est de cette aile(i) et remarquable par la transparence de ses tournans et de sa cage, qui ne consiste qu'en colonnes fort élancées.
Vis-à-vis de cette horloge on a marqué sur le mur la circonférence d'une cloche d'une grandeur extraordinaire, fondue en 1 5 1 7 et montée au clocher de cette cathédrale en i52i ; mais qui au bout de quelques mois s'est fendue pour avoir été sonnée, le jour de Noël, pendant un froid d'une rigueur excessive : elle avait onze pieds de diamètre et pesait quatre cent vingt quintaux.
Nous avons parlé, dans l'introduction historique, des riches dotations dont jouit cette église et de la sagesse avec laquelle on emploie à son entretien ces fonds considérables, qu'un décret spécial a empêchés d'être
(1) C'est de cet angle qu'a été pris le dessin de la planche 12. e, et l'on voit au premier plan quelquesunes des décorations de cette horloge. M. Schwilgué, habile mécanicien de Schlestadt, vient de proposer à l'Administration de rétablir ce célèbre ouvrage, soit en se bornant à réparer le mécanisme et les figures d'autrefois, soit en y ajoutant les améliorations les plus essentielles exigées par les progrès des connaissances astronomiques, soit enfin en reconstruisant le tout à neuf d'après l'état actuel de ces connaissances et la perfection où ont été portés les arts mécaniques.
aliénés pendant la révolution. Une maison appartenant a l'œuvre , et située vis-à-vis de la tour méridionale, est destinée à la recette. Construite pour la première fois en 1247, elle a été renouvelée au i4-e et au i5.e siècle, et en dernier lieu en 1 58 1 . Son architecture est remarquable sous plus d'un rapport, et l'on y admire surtout un escalier tournant dont les rampes et les décorations sont taillées avec beaucoup de soin , et dont le noyau transparent est soutenu par des colonnes trèsdélicates et ornées dans un goût parfait (1).
Rappelons encore les principaux souvenirs historiques qui se rattachent à cette église. On a vu qu'ils remontent aux siècles les plus reculés, et avec plus d'éclat aux premiers temps de la monarchie française. La cathédrale construite par Clovis fut vraisemblablement agrandie par la munificence des rois d'Austrasie , ses descendans. Si nous avons été forcés de reconnaître pour fabuleux le renouvellement de son chœur par Charlemagne, il n'en est pas de même des présens magnifiques dont elle fut honorée par ce souverain : on cite parmi ces dons un riche reliquaire, une croix toute d'or et un pseautier sur lequel son nom était écrit de sa propre main. Entre les empereurs germaniques, Henri JI lui voua une attention particulière : on rapporte que, l'ayant visitée pendant que l'évèque Wernher était occupé à la reconstruire , il conçut le dessein de se faire recevoir au nombre de ses chanoines. On dit que ce ne fut qu'après l'avoir reçu sous son obédience, que l'évèque, joignant à ses exhortations l'autorité qu'il venait d'acquérir sur le monarque, parvint à lui faire reprendre la couronne et les soins de l'Empire. On ajoute que ce fut en mémoire de cet événement que le saint empereur fonda un canonicat, doté d'une riche prébende, dont le titulaire a porté jusqu'à nos jours le nom de roi du chœur. On a conservé le souvenir des riches présens que fit à cette cathédrale l'empereur Frédéric Barberousse. Il est à croire que ce souverain et les princes de sa famille, qui réunissaient à la dignité impériale la qualité de ducs de la Souabe et de l'Alsace , et auxquels cette province a d'ailleurs de si grandes obligations, secondèrent puissamment les travaux exécutés dans cette église vers la fin du 1 2.° et au commencement du 1 3.° siècle. La construction
f i) La planche 1 5.c représente une partie de cet escalier et deux des portes qui s'ouvrent sur ses paliers.
de la façade occidentale se rattache à la grande époque de Rodolphe de Habsbourg, dont la statue y fut placée en mémoire de ses bienfaits. Les successeurs de cet empereur visitèrent souvent cette basilique, et c'est sur les degrés de la porte de son aile méridionale qu'ils avaient coutume de recevoir les hommages des habitans de la ville et de la province. Dans ces temps l'intérieur du chœur était décoré des drapeaux et des autres trophées conquis par les citoyens de Strasbourg dans les combats où avait brillé leur bannière victorieuse. Cest devant le portail occidental que les magistrats et les tribus de la bourgeoisie prêtaient, au renouvellement de chaque année , un serment solennel. Ce temple ayant servi tour à tour à deux cultes divers , ses voûtes ont retenti des voix éloquentes des prédicateurs de l'un et de l'autre. Son grand-chapitre était l'un des plus illustres de toute l'Allemagne , et ses évêques étaient des princes puissans , ayant voix et séance aux diètes de l'Empire. Cette prérogative leur fut conservée depuis la réunion de l'Alsace à la France, en considération de la partie de leur évêché située sur la rive droite du Rhin (1), et ils jouirent en même temps d'un rang non moins distingué parmi les prélats de France.
Louis XIV, accompagné de toute sa cour, visita cette église dès le lendemain du jour où il vint prendre possession de Strasbourg, et l'on estime à plusieurs millions la valeur des ornemens dont il fit présent à ses chanoines. C'est dans cette cathédrale que fut célébré, en 1723, le mariage de Louis XV (représenté par Louis, duc d'Orléans, premier prince du sang) avec la fille du roi de Pologne. Louis XV lui-même vint y faire ses dévotions en 1 744- L'infortunée reine Marie- Antoinette la visita à son entrée en France en 1770, et cinq ans plus tard Louis XVI accorda à son grand-chapitre une décoration particulière, en reconnaissant formellement que ce chapitre tenait le premier rang parmi tous les corps ecclésiastiques affectés à la haute noblesse.
A côté de ces hommages où l'éclat du rang se confond avec la majesté
(1) Elle leur avait été ôtée en 1674; mais elle leur fut rendue par la paix de Rjswick : ils ne recommencèrent cependant à en faire usage que depuis l'an 1723. A la suite d'une négociation conduite par le célèbre Scliœpflin, le cardinal de Rohan reçut alors de l'empereur Charles VI l'investiture formelle de la principauté au-delà du Rhin. ( Vojcz les Essais de Grandidier, page i63.)
de la religion , les beautés de l'édifice lui-même et le génie d'Erwin, son principal architecte , furent appréciés par des suffrages de plus en plus éclairés. Le célèbre Gcethe lui consacra quelques-unes de ses pages éloquentes; d'autres écrivains distingués rivalisèrent d'efforts pour en faire connaître et sentir le mérite : un goût moins rétréci cessa de dédaigner le style de l'architecture qu'on y voit briller, et l'on rendit autant de justice à ses ingénieux détails qu'à l'effet imposant de son étonnante élévation. Dans les temps même où les ravages de la guerre désunissaient les peuples, où la flèche de cette cathédrale célébrait par les mille flambeaux de ses brillantes illuminations des événemens qui pesaient douloureusement sur une partie de l'Europe, ce monument, auquel deux nations rivales se plaisent à rattacher une grande part de leur antique illustration dans les arts, ne cessa de réunir tous les sentimens dans une commune admiration. Puisse-t-il, préservé à jamais de tout accident funeste, être toujours environné de paix, d'union et de prospérité.