HELENA CONSTANT. MATER HIEROSOLIMA PETIIT CRUCIS INVENIEND. CAUSA
Dans un autre tableau , peint à côté du précédent , sainte Hélène est représentée assise sur un trône , interrogeant les vieillards et les autres habitans de Jérusalem , pour apprendre en quel lieu elle peut espérer de retrouver la croix de J.-C. Une inscription explique cette scène (1) :
PRECIPIT SENIORIBUS POPULT SIBI DEMONS- TRARE LOCUM UBI ERAT CRUX SANCTA.
La nature et les bornes de cet ouvrage nous empêchent de parler ici d'une foule d'autres tableaux à fresque, que contiennent encore les chapelles du chœur de la métropole d'Albi. Ces objets ne sont pas d'ailleurs les seuls que l'on considère avec intérêt dans cette partie de l'église. Trente statues placées dans les niches des piliers pyramidaux de l'enceinte de ce chœur , méritent aussi toute l'attention. Sculptées en pierre , peintes et dorées , elles sont d'une conservation parfaite. Les noms, tracés, en caractères du i5me siècle, sur les rouleaux qu'elles tiennent , nous apprennent que ces figures représentent des Prophètes et des Saints; les têtes ont de l'expression; quelques draperies sont bien jetées ; le travail est facile, mais les proportions n'ont pas toujours été observées et ces statues sont trop courtes. On a dit, il y a long-temps, qu'en ne leur donnant point la hauteur qu'elles devaient avoir, l'artiste avait voulu flatter l'archevêque Louis d'Amboise , dont la taille était peu élevée; mais il est plus naturel de n'attribuer ce défaut qu'au style propre à ce sculpteur.
On doit considérer comme un ouvrage immense et qui honorera toujours les arts , les peintures des voûtes de cette église , ornemens de la plus grande richesse , du plus étonnant effet, et où le goût du i6me
siècle paraît avec tant d'avantages (1). Pour en faire sentir tout le ; mérite, il faudrait les décrire en détail , et nous ne pouvons leur consacrer ici que quelques lignes (2). Mais que l'on se représente les voûtes en ogives d'un temple qui a plus de 323 pieds de longueur; qu'on en calcule les courbes et leurs développemens ; qu'on étende sur le tout une teinte d'azur; que sur ce fonds , dont la couleur éthérée paraît doubler la hauteur dé l'édifice , on retrace , par la pensée , ces tortueux rinceaux de l'Acanthe , ces enroulemens gracieux que l'on a admirés dans les palais de la belle Italie ; que ces arabesques délicats empruntent à l'albâtre sa blancheur, et que l'or seul en rehausse les élégans contours ; que des êtres célestes se jouent dans les feuillages ; que les Prophètes, les Vierges , les Saints, les Martyrs y soient représentés ; que la pureté du dessin, la simplicité des poses, annoncent l'école de Raphaël et rappellent les fresques du Vatican; que l'or brille partout; qu'il étincelle sur l'azur; qu'il forme les nervures des voûtes et les principales lignes architecturales , et l'on aura une idée , imparfaite encore , de l'ensemble magique que présentent les somptueuses voûtes de Sainte-Cécile.
L'un des objets qui attire aussi les regards du voyageur dans l'église métropolitaine d'Albi , c'est le pavé, formé de larges dalles couvertes d'inscriptions. Semblable au rouleau d'Ézechiel, qui était écrit d'un bout à l'autre, il offre de toutes parts des caractères gravés avec soin. Au milieu du Chœur est une tombe plate sur laquelle on a représenté Bernard de Camiat, évêque , mort le 4 des calendes de décembre de l'an 1337. Ce prélat porte une mitre enrichie de pierreries; ses mains sont jointes; la pointe de sa crosse entre dans la gueule du lion placé sous ses pieds ; l'inscription suivante occupe le pourtour de la pierre sépulcrale.
AlYNO AB INCARMATIONE DOMINI NoSTRI IHY XP. M. CCC. XXX. VII. QUARTO KL. MENSIS DECEMBRIS OBIIT ReVENDISSIMUS PaTER DpS. BeRNADUS DE CoiIATIO , DlVINA
(1) Ces peintures portent les dates de i5o2, i5o5, i5io , i5n eti5i2.
(2) L'auteur de cette notice termine un ouvrage complet sur la cathédrale d'Albi. Les planches représentant les peintures des voûtes , et les plus curieux tableaux des chapelles seront coloriées et dorées.
Clementia Eps. Albiensis. Cuius anima et omnium fidelium defunctorum miam. Dei sine fine requiescat in pace. Amen.
Des lames de bronze , mises dans le pavé du chœur , couvraient les sépulcres de quelques prélats qui avaient aussi gouverné l'église d' Albi ; mais, pendant les premières années de la révolution , rien ne fut respecté par les agens de l'autorité. Ces lames de bronze sur lesquelles on avait inscrit les noms et les éloges de ceux dont elles ornaient les tombeaux, ont été brisées et vendues. Des mains, déjà exercées à mutiler tout ce qui consacrait les souvenirs des temps passés et des actions des hommes célèbres , ont détruit ces monumens funéraires.
Jean Jofredi qui seconda si bien la sombre politique de Louis XI et qui , tour à tour prêtre et soldat , servit également l'église et le trône , fut chassé du mausolée où il reposait près de son frère Hélie. Les statues qui faisaient partie de ce monument placé dans la chapelle de la Croix, n'existent plus et la fureur des iconoclastes modernes s'est assouvie sur des marbres insensibles.
Le corps de d'Amboise , le premier de ce nom qui ait occupé le siège d'Albi , gît , mais sans monument, dans la chapelle de Sainte Marie- Majeure, derrière le maître-autel. Le cardinal Louis d'Amboise, neveu du précédent , étant appelé à Rome , mourut en chemin ; son cœur seul fut porté à Albi et déposé dans le tombeau de son oncle. Gaspard de Lude, dernier évêque de cette ville, y mourut en 1628 et fut inhumé près du sanctuaire. Hyacinthe de Sarroni , qui ouvre la liste des archevêques , cessa de vivre à Paris, le 7 de janvier 1687 ; son cœur a été mis dans la chapelle de Saint-Amant. On voit , dans une autre , un obélisque , en marbre noir , élevé à la mémoire de l'évêque Charles- Joseph de Quiqueran de Beaujeu, par l'archévêque Armand-Pierre de Lacroix de Castries (1).
(0 Voici 1'inscriplion gravée sur ce monument :
Hic
Ouiexcit , expectans resurectionem , liiui"' ac ?-ei)''""" in Christo pater ,
Les plus anciennes inscriptions sépulcrales qui existent dans la nef et dans les chapelles, ne remontent qu'au i5c siècle ; elles appartiennent presque toutes à des membres du chapitre diocésain. Des encadremens, des écussons en forment les ornemens. Le style de ces épitaphes est pur, les idées sont religieuses et touchantes, mais elles ne peuvent en général inspirer qu'un médiocre intérêt. On y retrouve cependant celles de quelques ecclésiastiques qui appartenaient à des familles honorablement connues : le monument du chanoine Jean-Baptiste Galaup , rappelle le célèbre navigateur Galaup de Lapérouse, né à Albi, en 1 74 1 - On lit encore, parmi ces nombreux moniteurs funéraires, l'inscription, trop laconique, d'Etienne Trapas, qui , amateur éclairé des sciences et des lettres, et profond érudit; avait formé à Albi, pendant le 17e siècle, une bibliothèque nombreuse et choisie qui renfermait des manuscrits précieux.
A l'époque où nous avons visité pour la première fois l'église métropolitaine d'Albi , des murs noircis par le temps et qui renferment un ancien cimetière , en dérobaient d'un côté l'aspect , tandis que, près des marches qui conduisent sur la plate-forme , un étroit et obscur édifice servant de prison , empêchait d'apercevoir le majestueux péristile que nous avons décrit : mais suivant un projet présenté à M. le vicomte de Gazes, préfet du département du Tarn , et adopté en partie, cette enceinte doit être abattue, et une place sera tracée sur l'espace qu'elle environne. Une rampe demi-circulaire entourera la plate-forme, qui
Carolus Josephus de Quinqueran de Beau 'Jeu , Episcopus Ehcsinus Mirapicensis designalus , Génère clarus, pietate , doctrina , coeterisque clarior. Virtutibus. Obiit VIII ca/endas Augusti anno Dni M. DCC. XXXVII, oetalis suoe , XXXVII , pont acceptant Hoc in templo consecrationem mense XXIII. Viator , Sic transit (jloria mundi.
Ad œternam suœ in dej unctum bencvolent Memoriam hune lapidem potière jussit Consecrator pienlissimus Armandus Petrus De lacroix de Castries , Archl)m Albiensis , Reyn. ordinis Su Spirilus commendulor 1\. I. P. A.
conservera toujours une grande élévation. Le portail, bâti par Dominique de Florence , mis en monument au pied de la tour , formera l'entrée d'un ossuaire où seront déposés les tristes restes de ceux qui furent ensevelis dans l'enceinte qu'il faut renverser. Ainsi , en déga~ géant du côté du midi , la belle église de Sainte-Cécile , des vieilles constructions qui pressent ses murs , en créant près d'elle une place remarquable, les habitans d'Albi prouveront qu'ils connaissent toute l'importance , toute la majesté de leur cathérale. Déjà les prisons n'existent plus et , du côté de la tour , les masures qui formaient une ceinture de ruines, ont été abattues; on a nivelé les terrains, et une promenade agréable remplace les inutiles remparts et les fossés qui séparaient la ville d'Albi de l'ancien Bourg de Castelviel. Ainsi on peut espérer que bientôt l'énorme masse de l'église de Sainte-Cécile sera vue de toutes parts , et que l'on ne sera plus obligé de chercher en quelque sorte son élégant portail , au milieu des bâtimens informes et hideux dont on l'avait environnée.
VUES PITTORESQUES
DE LA