‹ Cathedrales francʹaisesChapitre 32 sur 37 · DE DIJON · texte numérisé non relu

DE DIJON

L'établissement d'un siège épiscopal à Dijon ne remonte pas au-delà de l'année 1731. Il fut érigé par une bulle du pape Clément XII, malgré les vives réclamations et les oppositions de certaines parties mécontentes, notamment des religieux de Saint-Bénigne, dont les intérêts et les prérogatives étaient lézés. L'église Saint-Étienne, la plus ancienne de la ville, après avoir été successivement chapelle dans le 4e siècle , église abbatiale dans le 1 2e, puis collégiale en 1 6 1 3, fut choisie à cette époque pour église cathédrale, non à cause de sa grandeur ou de sa beauté , car plusieurs fois rebâtie et d'une construction tout-à-fait moderne, cette église n'offrait rien de remarquable; et sans doute , auprès de tant d'autres édifices beaucoup plus magnifiques en assez grand nombre dans la ville, celui-ci avait plutôt l'air d'un modeste oratoire que d'une cathédrale, mais probablement parce qu'alors ce monument était le seul dont on pût disposer sans inconvénient et sans exciter de clameurs.

L'église Saint-Etienne resta donc en possession du titre d'église épiscopale jusqu'à ces temps de désastreuse mémoire où l'exercice public de la religion fut suspendu dans toute la France, et où l'on confondit momentanément, dans la même proscription, les églises abbatiales, les cathédrales, les paroisses et les simples chapelles, et, par une de ces singularités dont l'histoire offre d'assez fréquens exemples, lorsqu'un temps plus calme et plus sage eut succédé aux orages révolutionnaires et rendu aux Français le culte de leurs pères, l'église Saint-Étienne, déchue de sa splendeur, est aujourd'hui métamorphosée en halle aux grains! et l'église de l'abbaye Saint-Bénigne, dont les moines puissans n'avaient supporté naguères qu'avec jalousie le voisinage d'un évêché, supprimée sans retour comme abbaye, est devenue

la cathédrale de Dijon , et l'autorité épiscopale s'est enfin affermie sur les ruines de l'ambitieux monastère.

L'église et l'abbaye Saint-Bénigne furent fondées en 535 par saint Grégoire évêque de Langres, et le roi Gontran enrichit cette pieuse fondation de plusieurs terres de son domaine. A la fin du 1 ie siècle le saint abbé Guillaume entreprit de construire une nouvelle église, qui fut terminée à peu près en quinze ans et consacrée par le pape Pascal II seulement en 1106. Au rapport des historiens, rien n'égalait la magnificence de ce monument, où l'on comptait, dit l'un d'eux, trois cent soixante-et-onze colonnes , cent vingt fenêtres , huit tours , trois grandes portes, etc. Mais en 1271, environ après deux cent cinquante-six ans d'existence, la chute d'une des tours principales écrasa ce superbe édifice, qui fut remplacé par l'église actuelle, beaucoup moins vaste et moins somptueuse selon toute apparence ; elle est due au zèle et aux soins de l'abbé Hugues d'Arc sur Tille, qui l'acheva en 1288.

L'abbaye Saint-Bénigne , regardée comme un chef d'ordre dont dépendaient d'autres abbayes et beaucoup de prieurés, avait acquis pendant près de douze cents ans une grande célébrité tant à raison de ses richesses, de ses privilèges, de la régularité de sa discipline, que par la quantité de personnages d'un mérite éminent que l'on compte parmi ses religieux (1). Elle fut gouvernée pendant cette longue série de siè-

(i) Parmi ceux qui se distinguèrent dans les sciences et la littérature, nous devons citer l'abbé Guillaume, célèbre réformateur de ce monastère au 11e siècle, homme fort érudit, et dont la bienfaisance et les vertus méritèrent la canonisation. — Odo-Louis Mathion , savant mathématicien, inventeur d'un nouveau mécanisme de montre et du compas graduateur. — Claude David, commentateur des livres attribués à S. Dénis l'Aréopagiste. — Claude Guesnié, collaborateur du glossaire de Ducange , et co-éditeur de la belle édition de S. Augustin. — Hugues Mathou, éditeur des œuvres de Robert Pulius, et auteur de l'histoire ecclésiastique de l'évèché de Sens. — Urbain Plancher , auteur de l'histoire générale du duché de bourgogne, ouvrage fort important et fort estimé, enrichi de gravures curieuses, de pièces justificatives très-précieuses et dissertations fort savantes. — Edmond Martene dont les travaux littéraires sur l'histoire et autres matières forment i4 volumes in-folio. — Charles ClÉmenset, auteur de l'histoire de Port-Royal , collaborateur de l'histoire littéraire de France, de l'Art de vérifier les dates, etc. — François Clément, qui se livra à une étude approfondie de l'histoire, composa le 12e vol. de l'histoire litléraire de France, les 1 2e et 1 3e volumes du recueil des historiens de France , et publia la 3e édition de l'Art de vérifier 1rs dates, 3 vol. in-folio, qu'il mit treize ans à composer, se levant au milieu des nuits pour perfectionner ce monument , le plus précieux qu'on ail pu consacrer à l'histoire.

promus à l'épiscopat et plusieurs décorés de la pourpre romaine (i).

cloître, savaient allier à la pratique des devoirs religieux qu'ils s'étaient

bilement dirigés par l'architecte chargé récemment de la restauration n'eussent prévenu à temps ce funeste événement (2) , et n'eussent heu-

(1) Tels queODET de Coligni, cardinal deChâtillon ; Charles-Maurice le Tellier, archevêque de Reims ; Frédéric Frégose , évêque d'Eugube et cardinal ; IIalinard , archevêque de Lyon ; le cardinal Gyvri , évêque de Metz, etc.

(2) En 1740 les murs latéraux au nord éprouvèrent un tassement considérable, causé, selon toutes les apparences, par la mauvaise construction des fondations , qui, de ce côté, ne sont établies qu'à cinq mètres cinquante-six centimètres de profondeur, sur un sol de différentes natures et de terres rapportées. On crut, à cette époque, arrêter le foulement et rétablir la solidité en renforçant les piliers-butants ou contre-forts depuis leur fondation jusqu'à la moitié de leur hauteur; mais cette surépaisseur agrava le mal en ajoutant un nouveau poids sur un fond peu solide, et en entraînant les arcs-boutants , il en résulta un déchirement dans le bas côté et la partie supérieure du mur, ce qui insensiblement eût amené l'écroulement des voûtes.

Dans les années 1820, 1821 et 1828, M. Saint père, architecte du département , fit fouiller et enlever les terres entre les piliers jusqu'au bon sol , et y établit un massif de pierre détaille servant d'appui à des arcs de maçonnerie renversés, dont les extrémités butaient la base des piliers. Ces travaux, plus ingénieux qu'utiles), ne produisirent aucun bon effet; mais en 182J, sur l avis du conseil des bâtimens civils, M. Maquet, architecte des travaux publics , fit un rapport et présenta un projet de restauration , dont l'exécution hardie, confiée à ses soins, a eu le plus heureux résultat et fait honneur à ses talens.

M. Maquet, élève de l'école royale et spéciale d'architecture, s'y fit remarquer pendant huit années par des succès de diverses natures, y reçut une récompense particulière de M. le Préfet de la Seine, et fut bientôt successivement chargé de plusieurs travaux importons, soit pour le gouvernement^ soit pour les particuliers : tels que l'hôtel de la jj/'efeclure de la ville de Puy , le palais de justice de Privas (Ardèche) , Tévêchè et le séminaire de Viviers (id.), la restauration de la cathédrale

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reusement conservé un édifice que nous ne rangeons point au nombre des plus importans de la France, mais dont les arts et l'histoire auraient eu à regretter la perte.

Le 24 février 1626, à sept heures du soir, un éclair sans tonnerre , dit l'historien Courtepée, uo plutôt un météore igné s'attacha à la pointe de l'aiguille ou flèche , et y causa un incendie qui la réduisit en cendres et fondit les cloches.

En 1659, cette église fut encore frappée de la foudre , mais sans qu'il en résultât des dégâts aussi fâcheux.

Une des tours servit en janvier 1775 aux commissaires de l'académie pour répéter les expériences du père Berthier , oratorien , savant distingué , afin de connaître les causes qui peuvent faire varier accidentellement les effets apparens de la pesanteur des corps à des hauteurs inégales.

On trouvera des renseignemens plus étendus sur l'histoire de cette basilique et de l'ancienne abbaye Saint-Bénigne , dans le grand nombre d'ouvrages publiés sur la Bourgogne, et particulièrement dans celui de dom Plancher, et dans les deux anciennes chroniques de saint Bénigne , l'une écrite au onzième siècle et l'autre composée par l'abbé Flavigni dans le courant du seizième , toutes deux imprimées par les soins de dom Luc d'Acherie.

de Luçon ( Vendée ) , celle de Bourges , etc. et à Paris , une jolie maison rue Neuve-Ménilmontant , n° 12 , qui se fait remarquer par la pureté du style et l'élégance qui rappellent les jolies constructions italiennes dont M. Maquet a fait une étude particulière.

Sa modestie ne récusera pas , nous l'espérons , ce faible témoignage de notre estime particulière que nous avons cru devoir, en décrivant des cathédrales , à celui qui s'occupe si heureusement de leur restauration.

L'église Saint-Bénigne, d'une structure lourde, dépourvue d'ornemens, et de dimensions médiocres, mériterait moins peut-être l'attention de ceux qui s'occupent de l'étude des monumens religieux du moyen âge, si elle n'était du petit nombre de celles qui offrent un ensemble d'architecture homogène et un exemple complet et caractéristique d'une époque de l'art. Bâtie en peu d'années, et sous la direction du même architecte, cette église ne présente point ces mélanges de style, quelquefois pittoresques , mais qui, le plus souvent déparent nos plus belles cathédrales. A l'exception de la porte principale sous le porche , que l'on doit regarder comme un léger fragment de l'église précédente, tout le reste est de ce que nous appelons la seconde époque de transition, c'est-à-dire de celle où les formes ogives sont définitivement et exclusivement substituées au plein cintre, mais , où malgré quelques autres innovations timidement essayées, on retrouve encore, comme nous l'avons déjà observé dans quelques-unes de nos descriptions précédentes, cette solidité massive et cette disposition monotone de lignes plus sévère qu'élégante, plus timide qu'ingénieuse, qui distingue l'état de l'art dans les siècles antérieurs.

Le grand portail, dont l'aspect ne manque pas de noblesse et de gravité , est composé du pignon occidental de la nef, auquel sont réunies parallèlement deux tours régulières dans leur forme (1) et leur hauteur, dont la partie supérieure octogone percée sur chaque face, est surmontée d'une balustrale et d'un petit toit en forme decône, et flanquée chacune d'un petit tourrillon ou campanille, accessoire d'un effet assez heureux. Ce portail n'a d'autres ornemensque deux petites galeries: l'une fort élégante, couronne le porche, qui remplit en saillie l'intervalle inférieur

(i) L'abbaye S. Bénigne, étant de fondation royale, avait droit d'avoir deux tours de hauteur égale à son église. Voyez ce que nous avons déjà dit , relativement à ce sujet, dans notre description de la cathédrale d'Amiens et ailleurs.

des tours, et l'autre termine la partie supérieure de ce même intervalle à la naissance du triangle du pignon. Celle-ci probablement contenait ou avait été destinée à recevoir, comme on le voit dans presque toutes les autres églises du même temps, une suite de statues des rois de France. On doit observer comme chose fort rare, dans les grandes églises et les basiliques dumoyen âge, que cette façade n'offre pas selon la coutume les trois portes d'entrée qui, suivant l'usage primitif de l'église, avaient une destination particulière (l'une, celle du milieu, pour le clergé et les entrées solennelles des princes, la seconde pour les hommes et la troisième pour les femmes; car alors les sexes n'étaient point en commun dans les églises , ce qui se pratique encore dans quelques endroits , et même dans des temples de religions différentes ). Ici il n'y a qu'une entrée, et deux formes de fenêtres, aujourd'hui murées, remplacent les deux autres.

Cette porte unique au fond du porche est voûtée à plein cintre, et, comme nous venons de le dire, est de la fin du 11e, et non du 10e siècle, comme l'affirme, pav erreur, l'historien Courtepée et ceux qui l'ont copié (1). Elle était ornée, dans le tympan et les parois, de bas-reliefs et de statues fort curieuses, qui ont cédé au marteau des destructeurs de 93 (2). Les sculptures du tympan ont été depuis rem-

(1) Celle porte ne peut être qu'un reste de l'église bâtie par l'abbé Guillaume en 1091 et terminée en 1 106 , et par conséquent est de la fin du 1 ie siècle et non du 10e ; il serait même possible que les figures qui le décoraient fussent plus modernes encore; car on ne connaît pas, à ce que nous croyons , d'exemple de statues à l'extérieur des églises avant le 1 2e siècle.

(2) Le bas-relief du tympan représentait, en plusieurs sujets, la naissance de Jésus, l'adoration des mages, le Père éternel dans sa gloire environné d'anges, etc. et les huit statues des parois latérales représentaient, S.Pierre, S.Paul, Moyse, S.Grégoire, fondateur, donnant la règle de S. Macaire à ses religieux, Goutran et Robert-le-Pieux, deux rois bienfaiteurs du monastère, et deux reines , dont l'une en manteau royal , les cheveux natés , était représentée avec une pate d'oie en place d'un pied humain. Cette singularité , qui existait aussi aux églises de S. Pourçaint en Bourbonnais, de l'abbaye de Nesle en Champagne, de S. Pierre à Nevers, de S. Germaindes-Prés à Paris , et peut-être ailleurs , a fait naître parmi les savans, Montfaucon, dom Plancher, Misson, Bullet, Mabillon, l'abbé le Bœuf, et autres, une foule de dissertations dont les raisonnemens , moins concluans que facétieux , sont loin d'expliquer catégoriquement la pensée du statuaire. Nous renvoyons là-dessus aux ouvrages de ces savans auteurs, et particulièrement à celui de dom Plancher ( Histoire générale du duché' de Bourgogne ) qui , à ce que nous croyons, est le seul qui nous ait conservé un dessin gravé de ce portail et des figures.

placées par un beau bas-relief représentant le martyre de saint Étienne, exécuté par le célèbre Bouchardon pour le portail de l'église Saint- Etienne ( l'ancienne cathédrale , voyez ci-dessus pag. ire), et que l'on a jugé à propos d'ajuster ici tant bien que mal dans un cadre incohérent, où ce morceau, malgré son mérite, est un ornement moins agréable qu'un anachronisme que réprouve le bon goût. Une rue nouvellement percée aboutit à ce portail, qui était auparavant enfermé dans la clôture de l'abbaye, et dont l'aspect général est encore obstrué par quelques vieilles masures, anciennes dépendances du monastère.

Les autres façades de l'église Saint-Bénigne, ainsi que le chevet, presqu'entièrement dégagés de constructions étrangères, sont à découvert, et environnés, du côté du midi, par une place assez vaste, et des autres côtés, par les cours de l'évêché et l'ancien cloître, aujourd'hui le séminaire. Tout cet extérieur de l'édifice n'a rien de remarquable que la simplicité et l'uniformité de la structure. Nous citerons seulement la flèche ou aiguille qui s'élève au-dessus des combles du milieu du transept, d'une exécution assez hardie sans doute, mais qui , sous le rapport de l'élégance et même de l'élévation , est loin de mériter les éloges exagérés qu'en ont fait naïvement les historiens du pays, et qui, sans doule, n'avaient pas vu ni entendu parler de celles de Rouen, de Cambrai (i), d'Amiens et d'autres beaucoup plus admi-

(1) Voici comme s'exprime, à ce sujet, l'auteur d'un petit ouvrage intitulé : Guide du voyageur à Dijon, publié en 1822, M. Noellat, dont nous apprécions sans doute le zèle et les connaissances, mais cpii a poussé ici trop loin l'enthousiasme pour son pays ou a transcrit les phrases suivantes de quelque vieille chronique.

ce La flèche, dit-il , qui s'élance du comble de l'édifice est un des ouvrages les plus hardis qu'ait D jamais tente V industrie de l'homme. Sur un diamètre très-resserré elle porte le coq qui la termine » à trois ce?ils pieds de hauteur, élévation prodigieuse, etc. Celle flèche passe pour cire la plus belle de » l'Europe ; celle de Cambrai a pu seule lui être comparée. . . On pourrait appliquer à la Jlcche de Dijon » ce que Michel- Ange disait de la coupole de Florence: qu'il serait difficile de l'égaler et ixiros-

» SIBLE DE LA SURPASSER, etc.

Cet éloge hyperbolique a malheureusement été répété avec la même bonhomie dans le Guide du voyageur en France , par Richard , ouvrage très-répandu ; et comme un mensonge s'augmente toujours en passant par plus de bouches, M. Richard ajoute encore soixante-quinze piedsde plus à la hauteur de la flèche, déjà augmentée par M. Noéllat. Et voilà comme on écrit l'histoire! Avant tout il faudrait être exact, et ne pas décrire sans expérience. La flèche de la cathédrale «.le Rouen , de-

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rables et beaucoup plus curieuses. Celle-ci a deux cent quatre-vingtquinze pieds de hauteur du sol à l'extrémité de la pointe, et seulement deux cent dix pieds au-dessus de la voûte , et n'a pour base qu'une charpente à jour sans ornements et d'un effet assez médiocre.

Mais un objet beaucoup plus digne d'attention, et qui a particulièrement contribué à la célébrité de l'église Saint-Bénigne, est ce monument antique désigné sous le nom de la Rotonde, qui était contigu au chevet de l'église actuelle , et qui n'existe plus depuis près de trente ans seulement , c'est-à-dire depuis l'époque barbare de 1 793. Ce monument, objet de la plus haute curiosité, aujourd'hui presque entièrement effacé de la mémoire même des habitans de Dijon, et dont on ne retrouve plus de traces que dans quelques dessins incorrects des ouvrages de Dom Plancher et de Lallemant, était peut-être le seul vestige en France ( de cette forme et de cette importance ), d'un monument aussi extraordinaire, élevé, selon toute apparence, sur le tombeau et à la mémoire de saint Bénigne , et qui portait le caractère de différens siècles reculés, dont l'architecture, religieuse surtout, nous est peu connue: perte irréparable pour la science de l'art, et que nous déplorons vainement avec tant d'autres , suites inévitables des troubles politiques , et plus encore peut-être de cette manie de détruire excitée dans le dernier siècle par le peu d'importance , nous dirons même le mépris, qu'on attachait en général aux vieux monumens.

truite par le tonnerre le i5 septembre 1822, avait trois cent quatre-vingt-seize pieds d'élévation , et joignait l'élégance et la richesse des détails à la construction la plus ingénieuse; celle d'Amiens, d'une délicatesse et d'une légèreté admirables, a quatre cent deux pieds de hauteur , etc.

Ce que nous avons dit de l'extérieur de l'église Saint-Bénigne convient aussi à l'intérieur : même caractère , même uniformité de style , qui , pris en masse, n'est sans doute pas indifférent pour l'antiquaire observateur, qui trouve toujours à étudier, mais qui, en détail, n'offre aux curieux ordinaires rien de particulièrement remarquable. Le plan est régulier , et présente dans son ensemble la disposition des églises des 10e et 11e siècles, c'est-à-dire que la croisée ou transept n'est sensible qu'à l'intérieur, et n'excède pas en dehors le mur des bas côtés. Le chœur n'est point environné par les bas côtés et par des chapelles extérieures; mais l'extrémité de l'église est terminée par trois absides demi-circulaires très rapprochés du transept , ce qui fait qu'ici , comme dans un grand nombre d'églises de cette époque , le chœur , qui aurait trop peu d'étendue, se prolonge jusqu'à la nef sans intervalle, et occupe la partie centrale du transept. Il est rare de trouver aussi intact le plan primitif de la plupart de nos églises qui ont subi plus ou moins de modifications, suivant le goût et les progrès de l'art dans les siècles subséquens (î). Le chœur a cent un pieds de longueur y compris le sanctuaire entouré d'une grille, placé à la romaine à l'entrée du chœur, ( les stales du clergé et la chaire épiscopale occupent le fond ). -Le maître-autel, isolé au centre du sanctuaire et du transept, est en marbre de Saint-Romain, d'une forme élégante, et décoré d'un bas-relief en bronze doré, représentant les douze apôtres au tombeau de Marie (2). Aux quatre coins du sanctuaire s'élèvent , adossées au gros piliers du transept, les statues colossales, en pierre blanche, de saint Médard , saint Etienne, saint André et saint Jeanl'évangéliste. La nef, soutenue

(1) Il est probale que dans ce que nous appelons la première et la seconde époque de transition . on n'avait point encore pensé à changer la nature du plan, adopté jusqu'alors pour les temples chrétiens , et que souvent la nouvelle église était réédifiée sur les mêmes fondemens que l'ancienne.

(2) Ce bas-relief se voyait auparavant à la Sainte- Chapelle de Dijon.

sur huit piliers isolés qui correspondent à autant de masifs engagés dans les murs des bas côtés, a de longueur cent trois pieds, y compris la partie réservée entre les deux tours, et qui forme une espèce de second porche intérieur. La longueur totale dans l'intérieur de l'édifice est de deux cent quatre pieds, non compris le porche extérieur; la largeur des trois nefs réunies, de quatre-vingt-sept pieds, et quatrevingt-trois pieds d'élévation sous voûte.

Plusieurs monumens de sculpture et quelques mausolées , la plupart enlevés des églises supprimées à Dijon et dont les événemens révolutionnaires, ont enrichi cette basilique , méritent d'être notés: tels sont les bustes des douze apôtres, sculptés en pierre blanche par Dubois, habile artiste dijonnais, placés à chaque pilier de la nef ( ils proviennent de l'ancienne église Saint-Etienne ); les statues de saint Joseph et de saint Augustin en pierre, par Bouchardon ( de l'ancien couvent des Ursulines) ; celles de saint Jean-Baptiste et de saint Thomas, par Dubois ( de l'ancien couvent des Jacobins ); le cénotaphe en marbre, orné de figures, du président Jean de Berbizey, exécuté par Martin sur les dessins de Masson ( de l'église des Carmes ); la tombe d'Etienne Tabourot des Accords, le Rabelais de la Bourgogne; le tombeau d'Elizabeth de la Mare, sculpté par Dubois ( avant dans l'église des Cordeliers ) ; le tombeau en marbre blanc du président Claude Frémyot, sur lequel il est à genoux ( jadis dans l'église Notre-Dame ); l'épitaphe des frères Rigoley, tous deux successivement premiers présidens de la chambre des Comptes, inscrite dans un cartouche en marbre, orné d'une figure allégorique, par Goy (de l'ancienne église delà Visitation) ; le mausolée de Marguerite de Vallon , par Dubois ( de l'église des Minimes) ; la tombe curieuse, mais aujourd'hui presqu'entièrement effacée, d'Uladislas, roi de Pologne et bénédictin de Saint-Bénigne, représenté avec l'habit de son ordre dans un entourage gothique (i) au milieu de la nef. Les

(1) Cette tombe est gravée et publiée dans l'ouvrage intitulé: Monumens français inédits pour servira thisloire du moyen-âije , entrepris et continué avec tant de zèle par M. Willerain , et que nous avons déjà eu souvent occasion de citer.

On peut lire l'iiistoirc de ce roi, qui cpiitta le froc povir monter sur le trône auquel il renonça bientôt, dans l'ouvrage intitulé : Essais historiqttes sur Dijon, par Xav. Giraut , publiés en 1 8 1 4 , et en d'autres ouvrages relatifs à l'histoire de Bourgogne.

mausolées de J. B. Legoux de la Berchère et de Marguerite Brulard sa femme; enfin une statue de la Vierge, quelques eolonnes en marbre, surmontées d'urnes et d'anges, des autels en marbre, et quelques autres fragmens disséminés dans l'intérieur de cette église.

C'était dans l'église Saint-Bénigne que les anciens ducs venaient prendre possession de la Bourgogne, et juraient au pied des autels la conservation des privilèges de la province, de la ville et de l'abbaye, en recevant l'anneau ducal des mains de l'abbé; après quoi les députés des villes prêtaient serment de fidélité, et le maire de Dijon, passant une écharpe blanche à la bride du cheval, conduisait le duc au milieu d'un brillant cortège, à la Sainte-Chapelle ( autre église célèbre de la ville qui ne subsiste plus ) pour y jurer aussi la conservation des privilèges qui y étaient attachés.

Un petit nombre de prélats ( à raison de son peu d'ancienneté ) ont occupé le siège de Dijon; parmi eux brillent au premier rang , Marc- Antoine d'Apchon, troisième évêque de Dijon, qui embrassa l'état ecclésiastique après avoir passé sa jeunesse dans la carrière militaire. Sa vie épiscopale fut un modèle de générosité, de dévouement et de vertus chrétiennes ; il mérita d'être appelé le père des affligés et des indigens, et plusieurs traits de sa vie du plus haut intérêt, et que nous regrettons de ne pouvoir transcrire ici (i), lui méritent et confirment ce beau titre. Nous devons y joindre M. J. -F. Martin deBoisville, né en Normandie, ancien grand-vicaire de Rouen, évêque de Dijon en 1822, et que la mort a enlevé trop tôt , et tout récemment , à l'amour de ses ouailles et de son clergé, recommandable par son érudition, son extrême affabilité et son zèle ardent et éclairé. Qu'il nous soit permis de jeter ici quelques fleurs sur la tombe vénérable d'un ancien compatriote, qui daigna nous honorer de sa bienveillante estime.

(i) Voir son éloge , lu par M. Valfms à la séance publique de l'académie des sciences , arts et belles lettres de Dijon , le 3o mars 1816, le dictionnaire bistorique de Chaudon , et la biographic universelle de Noël.

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