SCÈNE IV CATHERINE, BLANCHE, VALLON
vallon, à Catherine.
Qu'est-ce que tu as promis à Paul ?
Rien. C'est un petit secret entre nous.
BLANCHE
Voilà. J'ai fini mes cent!... {Elle édhpire. Quelle tristesse!
VALLON
Tu souffres, mon petit?
Est-ce que ça ne va pas?
BLANCHE
Je souffre de sentir que je suis à charge!
VALLON
C'est pour ça? (Gai.) Ah.! tu nous pèses bien en effet! Tu es folle, mon bijou !
BLANCHE
Vous deux qui travaillez tant!
VALLON
Où prends-tu ça? Tu l'entends, Catherine? On dirait que je me foule? Nous sommes très heureux, quoique dans une situation modeste. Nous nous occupons sans doute parce que dans la vie, on ne doit pas rester les bras ballants. Mais ça ne s'appelle pas travailler, ça. Pour moi, du moins. Ta sœur travaille, elle, oui. Mais, moi mon orgue, ma chapelle, c'est un plaisir. Je fais ça... en amateur.
CATHERINE, à SCI SŒU?\
Comme moi mes leçons de piano. Je ne travaille pas encore autant que je le devrais, va !
vallon, à Blanche
Est-ce que nous manquons de quoi que ce soit?
BLANCHE
Oh! moi, certainement je ne manque de rien.
VALLON
Ah ! tu vois !
BLANCHE
Parce que vous vous privez de tout.
Tu ne sais pas ce que tu dis, ma petite sœur.
BLANCHE
Je le sais très bien. Je ne guérirai jaunis.
Veux-tu te taire?
vallon, sévère.
On guérit tout aujourd'hui, tu entends, tout! La science moderne est sans limites! L'autre jour encore je lisais, dans le Petit Journal, une opération... Quelqu'un à qui on a presque coupé la tète... C'est admirable.
BLANCHE
Mais du moins je ne suis ni sourde, ni aveugle, et je remarque bien des petites choses, comme tout à l'heure quand on t'a remis une lettre que tu as fourrée bien vite dans ta poche sans la décacheter.
vallon, à Catherine.
Quoi ? quelle lettre ?
Catherine, d'un air détaché sortant un papier de sa poche.
Une note de pharmacien.
BLANCHE
Ce n'est pas ça, La lettre qu'on t'a apportée était plus grande.
Tu l'as rêvé. C'est bien celle-là.
blanche, pas convaincue.
Il me semblait. El de combien est-elle encore cette note?
CATHERINE, éludant.
Huit à neuf francs.
BLANCHE
Fais voir.
Puisque je te le dis. {Lui montrant rapidement.) Là !
blanche, qui retient le papier ,
Attends donc! [Lisant.) Quarante... Quarante et un francs! oui! quarante et un francs.
Catherine, riant.
Eh bien?
VALLON
Vlà-t-ilpas! Vlà-t-il pas?
blanche, ù sa s(/'i/r.
Enfin, tout de môme, tu ne me la montrais
pas pournepas me faire de peine. Oh ! pourquoi donc est-ce que je ne suis pas comme toutes les autres jeunes filles? Qu'est-ce que j'ai fait pour être frappée ainsi. Je voudrais être morte !
VALLON
Eh bien, moi aussi, alors! Et comme je suis le plus vieux, je sens bien que ça ne va pas tarder... et qu'un de ces quatre matins, vous allez m'enterrer.
BLANCHE
Papa!
VALLON
Ah! mais oui! surtout que j'ai une mauvaise fille qui me fait enrager et qui empoisonne ma vieillesse, là... Embrasse... embrasse... Et maintenant si tu allais dans ta chambre te reposer, mon petit... (A Catherine.) N'est-ce pas, filletteV
' Oui, et dors un peu pour être en état ce soir, Mantel vient diner.
BLANCHE
Je ne peux plus dormir.
VALLON
Tâche. On pense à des petites choses risibles, agréables, amusantes... enfin dors pour nous, pour nous faire plaisir. Tu te rappelles, quand tu étais toute petite et que je te faisais manger sur mes genoux... Une cuillerée pour papa, une cuillerée pour Catherine.
BLANCHE
Oui, je courais dans ce temps- là... Je vais dormir.
VALLON
A la bonne heure !
BLANCHE
Je vous aime bien î
VALLON
Petit trésor, va... (Il la tient serrée dans ses bras. A Catherine.) Je la couche et je
reviens. (Ils sortent.)