SCÈNE V
CATHERINE seule, puis VALLON
Catherine, elle sort de sa poche une autre lettre, celle que lui a remise Jeanne.
C'est Lien ça! C'est l'écriture du propriétaire. Quoi encore? {Elle ouvre et lit. Son visage exprime la contrariété ; quand elle a fini de lire, son père reparaît.)
VALLON
... Pauvre petite! Ça me fait un chagrin ! (A Catherine dont il voit le visage troublé.) Qu'est-ce que tu as?
Il nous arrive un gros ennui.
VALLON
Comment ! Encore !
Catherine, elle lui tend la lettre.
C'est la lettre que j'avais dissimulée à Blanche. Elle n'a été dupe qu'à moitié.
VALLON
Qu'est-ce que c'est ?
Lis.
VALLON
Dis-le-moi avant.
Le propriétaire nous augmente.
VALLON
Oh! sac à papier! Je jure ! Mais aussi, écoute... La vie est vraiment parfois... Nous avons déjà mille francs de loyer, ce qui est énorme, une folie pour nous. Et puis, voilà que... De combien nousaugmente-t-il?
De cent cinquante francs.
VALLON
Cent cinquante francs de plus à trouver.
CATHERINE i 07
On les trouvera.
VALLON
Mais, ma pauvre enfant, tu ne peux pourtant pas donner des leçons de piano la nuit ?
Oh ! si on m'en proposait.
vallon, qui lit la lettre.
« Je me vois obligé à mon grand regret de « vous porter à onze cent cinquante... » 11 n'y a pas... Ça y est. Nous n'avons tout de mrme pas de chance. Je veux dire... Tu n'as pas de chance.
Mais si. J'ai le meilleur des pères.
VALLON
A quoi te sert-il? Je suis vieux, plus bon à rien.
Tu es encore très solide.
VALLON
Non. Croirais-tu que maintenant, pendant les grand'messes, à l'orgue, il y a des moments où je n'en peux plus. Un de ces dimanches, il va m'arriver que je resterai en route, au beau milieu de l'élévation. Ça me préoccupe. Ta sœur aussi m'inquiète plus encore que moi. Je trouve qu'elle va de mal en pis. Elle mange à peine, elle ne dort plus. J'ai grand'peur que nous la perdions.
Moi aussi.
VALLON
Pour la sauver, il faudrait tant de soins ! Le médecin ne l'a pas caché. Elle est au dernier degré de l'anémie, ce qu'il lui faudrait, c'est un changement d'air radical, la mer ou la montagne, et puis des distractions, des amusements, une nourriture choisie, du bon vin, du vieux, enfin... enfin... être riche.
Oui.
VALLON
Ah ! les gens qui comme les Coutras, par
exemple, ont une fortune leur permettant de ne regarder à rien, dès qu'il s'agit de la santé d'un des leurs... ces gens-là sont vraiment bien favorisés... Je ne sais pas s'ils s'en rendent toujours compte. Je l'espère pour eux.
Ne pense pas atout ça! Voyons, du courage. Tout s'arrangera.
VALLON
Mal.
Non. Tu verras. Aie confiance.
VALLON
En quoi? En qui?
En Dieu.
VALLON
11 faut bien, puisque nous n'avons que lui.
Oh ! papa ! Est-ce que tu douterais de sa bonté ?
VALLON
Je n'en doute pas. Je l'attends toujours.
Catherine., un doigt sur la bouche.
Chut ! Je vais te donner ton chapeau et ton manteau et tu vas aller faire ton petit tour de promenade dans le Luxembourg pendant qu'il y a encore du soleil. Moi, j'ai à travailler.
VALLON
Toujours ! Tu n'arrêtes pas ! Je t'admire A ton âge. (// lui envoie un baiser.) A tout à l'heure ! (// sort.)
ira