‹ Catherine; comedie en quatre actesChapitre 23 sur 48 · SCÈNE X VALLON, LA DUCHESSE · texte numérisé non relu

SCÈNE X VALLON, LA DUCHESSE

Bonjour, monsieur Vallon.

VALLON

Madame la duchesse... Excusez-nous. On vous a fait attendre... Nous n'osions croire que...

LA DUCHESSE

Laissez donc... ■

VALLON

Je suis confus, navré !

LA DUCHESSE

Ça n'a aucune importance... Mon cher monsieur Vallon, permettez-moi de vous parler aussi familièrement, quoique je vous voie seulement pour la seconde ou troisième fois, mais la grave circonstance qui m'amène m'y autorise.

VALLON

Hélas! madame la duchesse.

LA DUCHESSE

Pourquoi hélas?

VALLON

Parce que nous avons déjà deviné, Catherine et moi, ce qui nous vaut l'honneur, le triste honneur de votre visite.

Je ne pense pas.

VALLON

Si, madame. Tenez, vous n'êtes pas satisfaite des leçons que ma fille donne à Mlle Madeleine, ou bien Catherine vous a déplu en quelque chose que nous ne savons pas. Enfin vous venez nous remercier.

LA DUCHESSE

Non, monsieur.

vallon, déjà joyeux.

Ce n'est pas ça?

LA DUCHESSE

C'est beaucoup plus sérieux.

VALLON

Vous m'effrayez !

LA DUCHESSE

Ne vous troublez pas... Monsieur, voilà six mois que mon fils aime votre fille.

VALLON

C'est faux ! C'est faux ! Elle me l'aurait dit. Je jure que jamais il n'y a rien eu entre eux, rien... jamais... Je le jure, Catherine est incapable!...

LA DUCHESSE

Eh! mais François aussi! Qu'est-ce qui vous parle de ça? Voulez-vous me laisser finir?...

Achevez, madame la duchesse... et excusezmoi. Mais je m'attendais si peu...

LA DUCHESSE

Il l'aime ardemment, avec tendresse et respect, mais il ne le lui a jamais dit.

VALLON

Comme ça c'est différent, parce que Catherine, à la plus légère insinuation de M. votre fils, m'aurait aussitôt averti. Je réponds de sa loyauté... Alors vous dites qu'il l'aime?... Eh bien, et elle?

LA DUCHESSE

J'ai tout lieu de croire, quand elle saura les sentiments de mon fils, qu'elle y répondra.

VALLON

Comment? Gomment?

LA DUCHESSE

Laissez-moi aller jusqu'au bout. Vous vous appelez Vallon : je suis duchesse de Coutras. Vous êtes pauvre, j'ai deux cent mille livres de rente. A première vue, tout semble nous séparer, mais nous sommes, vous et moi d'Iionnètes gens, vous avez une iille charmante et accomplie, que mon iils aime et dont il veut faire sa femme.

Oh!

LA DUCHESSE

J'ai pour vous la plus parfaite estime ; pour votre fille une admiration bien affectueuse et qui ne demande qu'à devenir maternelle.

VALLON

Madame ! Madame !

LA DUCHESSE

Tout nous rapproche par conséquent. Il n'y a plus ici que deux familles de pareille droiture et de même bonne volonté ; deux sangs généreux prêts à fusionner. Monsieur Vallon, j'ai bien sincèrement l'honneur de vous demander...

VALLON

Non ! non !... Pas ça !...

LA DUCHESSE

La main de Catherine pour le duc François de Coutras, mon fils.

VALLON

Nous? C'est impossible.

LA DUCHESSE

C'est tellement possible que je n'attends que votre réponse pour la rapporter à François.

Mais vous n'avez pas réfléchi, madame la duchesse.

LA DUCHESSE

J'ai réfléchi à tout.

VALLON

Vous ne savez pas assez le peu que nous sommes?...

LA DUCHESSE

Je sais trop ce que vous valez.

VALLON

Non. C'est une chose déraisonnable ! Ma conscience me dit que je ne dois pas accepter... Après vous auriez regret vous-même. Voyez chez nous, comme c'est simple et modeste ! Revenez à vous, madame, vous vous aveuglez. Nous sommes de toutes petites gens... Je vous assure!... Ma fille n'est pas faite pour être duchesse.

LA DUCHESSE

Ça n'est pas très difficile, aile/. Elle l'est déjà sans s'en douter plus que bien d'autres.

VALLON

Mon Dieu! quel malheur!... Vous si audessus de nous, madame, vous êtes là, vous êtes venue, vous avez pris la peine... Vous me faites une proposition folle, inespérée... qui devrait me combler de joie, de reconnaissance... un rêve tellement beau!... Eh bien! c'est plus fort que moi, je ne trouve pas un mot à vous répondre, je suis paralysé de surprise, d'émotion, de crainte... à croire que je perds la tète et je sens que je ne vous dis rien, mais rien, de ce que je devrais vous dire... Je vous en demande pardon... Ce n'est pas ma faute.

LA DUCHESSE

Vous n'avez point de pardon à me demander, mais un simple oui à me dire.

VALLON

Alors... vous voulez?... c'est sérieux?... Votre fils, M. le duc aime ma pauvre enfant avec l'idée de l'épouser, d'en faire une femme heureuse... dont il ne rougira jamais?

LA DUCHESSE

Pas plus qu'elle n'aura à rougir de lui.

VALLON

Eh bien ! dans ce cas, je vais appeler Catherine.

LA DUCHESSE

Voulez-vous que je vous laisse seul avec elle?

VALLON

Non, restez. 11 faut qu'elle vous voie et vous entende. Sans cela elle ne le croirait pas. Je ne le crois pas encore moi-même. {Appelant.) Catherine !

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