SCÈNE X CATHERINE, VALLON
Mon pauvre père, François ne m'aime plus.
VALLON
Tu crois? Allons donc ! Il est agacé ! Après nous, mais pas après toi! C'estmoi,les enfants
qui lui portons sur les nerfs, moi surtout. Je ne le laisse pas voir, mais je me rends bien compte, va, que je" lui fais l'effet d'un très pauvre homme. lia tort. Je tâche de me rendre utile à tout le monde ici... je lis la « Gazette de France » à la duchesse, je taille les rosiers, je tiens l'orgue à l'église. Et quant à ton mari, je me donne pourtant assez de mal, Seigneur, pour lui être agréable. Je ne le quitte pas. Et encore, il ne se doute pas de la surprise que je lui ménage pour sa fête dans un mois.
Laquelle? Tu me fais peur.
VALLON
J'apprends à monter à cheval.
Toi?
VALLON
Oui, en cachette.
Mais tu te tueras !
VALLON
Non. On tient le cheval.
Pourquoi fais-tu ça?
VALLON
Pour l'accompagner. Ici d'abord, mais surtout à Paris, au Bois de Boulogne, le dimanche.
Es-tu sûre qu'il y tienne tant que ça?
Mais oui, ça le flattera!
Ne perds donc pas ton temps à ça, mon pauvre père, va, et fais plutôt la leçon aux enfants, qui, eux, sont insupportables.
VALLON
Les pauvres petits! Ça devait arriver. Ils ont la tête à l'envers! Le château, l'hôtel de Paris, les domestiques en livrée, ils croient que tout ça est à eux. H y a bien des instants où je me l'imagine, moi, un homme sérieux! moi qui me moque bien de tout ça! Car tu le sais, je n'ai désiré ce mariage que pour toi.
L'important, la seule chose qui vaille qu'on s'en préoccupe, c'est que tu sois heureuse ! Tu ne peux pas manquer de l'être. Ces petits nuages se dissiperont aussitôt après mon départ avec Blanche. Allons, l'enfant, faites une bonne figure à ce père.
Je ne suis pas bien gaie!