‹ Catherine; comedie en quatre actesChapitre 47 sur 48 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MANTEL, CATHERINE. Mante! reste seul quelques secondes.

Catherine, entrant très anxieuse et émue. Georges! Mon ami!

MANTEL

Catherine! {Ils se prennent les mains.)

Merci! vous êtes venu... {V émotion la prend, avec des larmes.) Ah ! Georges ! [Elle pose la té te sur son épaule,}

Remettez-vous. Il ne faut pas qu'on vous voie pleurer.

Vous avez raison. Pas ici. Après... Oh! {Elle s'essuie les //eux.) Vous savez ce qui se passe et pourquoi je vous ai appelé?

MANTEL

Je sais tout.

Vous avez vu mon mari?... Que vous a-t-il dit?

MANTEL

Votre résolution de partir.

Eh bien?

MANTEL

Je la trouve comme lui coupable et folle. Vous n'avez pas pensé que je m'y associerais?

Est-ce vous que j'entends? Vous, mon ami ?

MANTEL

Je le suis plus que jamais.

Vous me donnez tort?

Je vous donne tort à tous deux. Lui, pour

ce qu'il a fait. Vous, pour ce que vous voulez faire.

C'est bon. Je partirai seule. On n'aura pas de moi ce pardon qu'on veut m'arracher.

MANTEL

Même moi, Catherine?

Même vous, Georges.

MANTEL

Ne dites pas cela. En ce moment vous vous appartenez plus. La fureur et l'orgueil vous dominent.

Pas l'orgueil, mon ami, l'humiliation.

MANTEL

C'est la môme chose. C'est par orgueil qu'on se croit humilié. Faites donc votre devoir. Ça vaudra beaucoup mieux.

Et où le prenez-vous, mon devoir?

MANTEL

Il est ici.

Beau devoir, en vérité !

MANTEL

Admirable! Et le plus beau de tous! Le duc vous aime... {Geste de Catherine^ J'en suis sûr. Et vous l'aimez. Enfin, peu importe, il faut rester. Faites-le au moins pour les vôtres. Vous n'êtes pas seule, vous n'avez pas le droit d'entraîner à votre suite des innocents, pour la simple satisfaction de votre vengeance.

Ma vengeance?

MANTEL

Il n'y a pas d'autre mot pour qualifier votre départ.

Eh bien, soit! Va pour vengeance ! Mon mari l'a méritée, après tout ! Et puis, en voilà assez. J'ai dit que je partirais. On verra que j'ai une volonté.

MANTEL

Et moi aussi. Vous résistez à ma prière. Cette fois-ci, c'est un ordre. Je vous ordonne de rester.

De quel droit?

MANTEL

Vous osez me le demander ? Du droit que j'ai acquis en renonçant à vous, en vous rendant votre parole, et en vous donnant à un autre quand je vous aimais! Vous pensez que je prends le parti du duc ? Sans doute. Il a raison de vouloir vous garder. Mais c'esl surtout mon œuvre que je défends ! Elle m'a coûté assez cher !

A moi aussi !

MANTEL

Pas tant qu'à moi ! Ingrate! Ah ! ça, est-ce que vous croyez que je vous aurai aimée pendant des années, que j'aurai pleuré des nuits entières, loin de vous, que j'aurai re-

nonce au mariage, à la famille, à la paternité, que je me serai condamné à l'éternelle solitude pour que tout ça ne serve h rien, que ça soit de la souffrance perdue, inutile, gâchée? du malheur gratuit ? Ah ! non ! Donnant donnant! C'est mon tour. Je vous ai sacrifié ma vie, vous pouvez bien me sacrifier votre orgueil ! Et vous serez encore en reste avec moi.

Comme vous me parlez, Georges ! vous !

M A NT EL

Ah ! c'est au nom de ce que j'ai souffert ! Je lais valoir mes droits.

C'est juste. Vous avez raison. Je ne peux pas vous refuser.

MANTEL

Alors, vous consentez ? Vous ne partirez pas ? Et tout est oublié ?

Je consens... Mais c'est pour \<m> seul, :g<

Pour moi seul?... Eh bien! je ne vous crois pas, personne ne vous croira. Vous vous mentez encore à vous-même, jusqu'au bout. Vous aimez le duc. Vous pleurez !... Vous l'adorez, mais vous ne voulez pas en convenir et vous préférez, par je ne sais quel délire de faux amour-propre, avoir l'air de me céder à moi, dont vous vous moquez bien dans le fond, qui ne suis rien dans votre vie, plutôt que d'écouter votre cœur qui sous sa révolte est bon, lui, généreux, et qui vous prie de pardonner. Pardonner? Qu'est-ce que je dis? Est-ce qu'on pardonne à ceux qu'on aime ? Avec eux tout est tellement pardon, que ça va de soi ! On les aime davantage pour la peine qu'ils vous font, voilà tout. Les mauvais fils sont toujours les préférés des mères! Allons ! Assez d'orgueil! Catherine 1 vous et votre mari, vous êtes au bon moment d'être heureux. Il ne vous manquait à lous deux que la douleur dans l'amour. C'esl fait. Vous avez souffert l'un par l'autre. Vous êtes quittes. {Le duc paraît, anxieux. Sa mère est à quelques pas derrière lui.)

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