CHAPITRE PREMIER
Comment le premier projet du divorce lut-il conçu par Henri VIII ? — Craintes, de la part des lords et des grands du royaume, de nouvelles guerres civiles, si le roi na pas d'héritier. — Refroidissement de Henri "VlH pour la reine, après quinze ou seize ans de mariage et de vie commune. — Excuses données à la conduite de Henri VIH par ses apologistes. — Fausseté de ces excuses. — Scrupules bien tardifs de Henri. - La théologie et la politique lui lournissent des prétextes, après coup.
Nous avons vu que des doutes furent élevés dans le conseil du roi par l'archevêque de Cantorbéry sur la question de la validité du mariage que Henri VIII allait contracter avec Catherine d'Aragon. Mais l'opposition, dont ce prélat s'était fait un moment l'organe, fut réduite au silence par l'heureux succès que parut avoir cette union pendant les premières années.
Aussi, comme le font remarquer les panégyristes mo* dernes de Henri VIII, et M. Froude lui-même \ si les fils de Catherine avaient vécu et s'étaient groupés autour du trône, il est probable que la paix de la vie conjugale aurait duré, sans beaucoup de nuages, entre les deux époux ; du moins Henri, dans la crainte de mécontenter l'opinion, n'aurait pas laissé transpirer au dehors
1. Tome P'", p. lOi. Pourtant, la survivance ou la mort dos enfants ne pouvait rien changer, en droit, à la validité du mariage de Cathcriu'\ Il n'y avait là qu'une question d'intérêt po!iliqu<\
112 PROJET DE DIVORCE CONÇU PAR PIENRI VlII.
les mécontentements et les troubles de son existence privée.
Mais la mort moissonna ses fils dans leurs naissances prématurées ^, ou dans leur frêle et première enfance. Il semble vraiment que les lords et les principaux nobles du pays ressentirent alors quelques inquiétudes. Ils avaient eu beaucoup à soufTrir des guerres sanglantes de la rose rouge et de la rose blanche, et ils craignirent de les voir se renouveler. Sans doute, les femmes n'étaient point exclues de la succession au trône : cependant Henri VIII, qui avait épousé l'héritière de la maison d'York, n'avait pas voulu reconnaître à sa femme des titres personnels à la couronne, parce qu'il voulait régner en vertu de son propre droit. Chez une nation essentiellement militaire, comme l'était alors l'Angleterre, tout le monde devait préférer un héritier mâle à une héritière incapable de porter elle-même les armes et de se saisir du commandement. L'opinion des jurisconsultes les plus autorisés ^ était que le parlement
1. On se rappelle que Catherine s'était mariée le 3 juin 1509 ; elle fit une fausse couche au printemps de l'année 1510.
Le 1^'' février 1511, elle donna le jour à un jeune prince qui mourut le 22. février suivant.
Le 9 novembre 1513, vint au monde un autre prince, qui mourut quelques moments après sa naissance.
Au mois de décembre 1514, elle accoucha d'un enfant mort.
Le 3 mai 1515, il paraît qu'elle lit une fausse couche.
Le 18 février 1516, naquit la princesse Marie.
Le 3 juillet 1518, la reine fit encore une fausse couche.
Note de Fronde, loco citato, tome pr, p. 104.
2. Thomas Morus était de cet avis : il soutenait même que le parlement avait, dans certains cas, le droit de déposer les rois : Appendix '(. to tlie third report of tlie DepuUj heeper nf tlie public Records y)^ p. 2il. — Voir aussi Fronde, loco citato, p. 95.