CRAINTES DE NOUVELLES GUERRES CIVILES
avait droit de vérifier ou de confirmer la légitimité du souverain. Enfin, la papauté elle-même devait souvent être consultée, quand il s'élevait des questions douteuses, sur la validité du mariage, dont le prétendant à la couronne était issu.
D'ailleurs, Henri VIII n'avait qu'une fille, de santé délicate, contre laquelle l'insurrection aurait des chances de succès, et qui, elle-même, pouvait mourir avant d'avoir atteint l'âge de monter sur le trône. Les pressentiments et les craintes, qui naissaient de cet état de choses, faisaient songer, au moins vaguement, à la question du divorce, et préparaient admirablement le terrain à Henri YIII, s'il venait à la poser lui-même. Cette question flottait, pour ainsi dire, dans l'air, jusqu'à ce que ce prince prit envie de lui donner de la consistance et une forme déterminée.
Mais Henri se serait-il décidé à entamer son dangereux procès, s'il n'avait été mu que par des considérations d'intérêt public? En aurait-il eu seulement l'idée, si ses relations avec la reine avaient continué d'être cordiales et affectueuses, comme dans les premiers temps de son mariage ?
Catherine atteignit et dépassa bientôt avec une triste précocité la période de maturité et de décadence. Après quinze ou seize années de mariage, il devint certain, pour elle-même, qu'elle ne pourrait plus avoir d'enfant. Sa disparité d'âge avec Henri \ laquelle s'apercevait à peine au moment de l'union conjugale, s'accusa de plus
1. On sait qu'elle avait, au moins, sept ans de plus que lui. Vers 152i ou 1325, époque où les refroidissements de Henri commencèrent à se produire, elle avait à peine quarante ans; mais elle avait déjà beaucoup vieilli.
Ili REFROIDISSEMENT DE HENRI POUR LA REINE.
CQ plus par suite de l'altération de sa constitution, altération due à ses souffrances et à ses chagrins domestiques.
Mais tout cela pouvait-il justifier la froideur et même l'espèce d'aversion que Henri témoigna, à cette époque, pour la compagne de sa vie? On rend justice à la bonne humeur inaltérable de Catherine, à son amabilité angélique, à la résignation sereine avec laquelle elle supportait les tristesses de sa situation, et pardonnait des infidélités conjugales, qu'elle ne pouvait ignorer.
Cependant, on lui fait un crime de « son austérité castillane^ des exigences de sa vie intime, et on met en parallèle ce qu'on appelle son obstination froide et contenue, mais indomptable aussi, avec V obstination bouillante de Henri VHI; puis on dit que ces deux caractères, à la fois identiques et divers, ont dû se choquer par les côtés mêmes qui les faisaient se ressembler ^ Mais on ne prend pas garde que, quand une femme opprimée se tient purement sur la défensive, sa prétendue obstination doit prendre un autre nom et s'appeler fermeté ; et que, quand un époux impérieux persiste dans un état d'agression injuste contre une femme sans reproche, son obstination, à lui, devient de l'acharnement et de la tyrannie.
Henri VHI aurait, dit-on , supporté très-bien les désagréments de sa vie conjugale, il n'aurait pas cédé à son inclination pour Anne de Boleyn, si des intérêts d'État, des considérations d'ordre public, n'étaient pas venus correspondre avec ses sentiments secrets. Il au-