‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 129 sur 400 · ANTÉCÉDENTS DU CARDINAL WOLSEV · texte numérisé non relu

ANTÉCÉDENTS DU CARDINAL WOLSEV

Très appliqué au travail, il fut bien vite au courant de la situation de l'Europe et de l'histoire intime des cours continentales. Nul ne savait mieux calculer que lui les probabilités politiques. On le trouvait prêt à toutes les éventualités, pour y remédier, si elles étaient défavorables, pour en profiter, si elles étaient heureuses. Il était passionné pour la grandeur et la gloire de son pays.

Les dépêches de Wolsey sont de vrais modèles de rédaction et de composition : Richelieu et Mazarin ne devaient pas le dépasser par la sagacité et l'habileté de leurs instructions diplomatiques.

Voici, au surplus, un portrait de ce grand ministre fait par un contemporain : il contient des traits d'une vérité frappante; il serait excellent s'il était plus complet.

.c Le cardinal est celui qui mène à la fois le roi et le « royaume : au temps oii l'ambassadeur arriva en Ance glerre, il usait encore de cette formule. Sa Majesté ^ c( fera ceci on cela. Ensuite et insensiblement il com- « mença à dire, nous ferons ceci et cela. Et maintenant « il est arrivé à dire : Je ferai ceci et cela. 11 est dans sa (( quarante-sixième année, très beau, très instruit, toutce à-fait éloquent, d'une habileté accomplie, infatigable, a A lui tout seul, il embrasse autant d'affaires qu'il en c( faudrait pour occuper les magistratures, les charges (c et les conseils de Venise, tant au civil qu'au crimi- « nel.

(( Il est pensif et réfléchi, et il a la réputation d'être « extrêmement juste; il favorise surtout le peuple, prince cipalement les pauvres; il les écoute, les satisfait; ce il fait en sorte que les avocats plaident gratis pour ce les indigents.

\'2ï PORTRAIT DE WOl.SEY PAR UiN AMBASSADEUR.

« Il est tenu dans la plus grande considération ; il est « plus puissant que s'il était pape.

« Il possède un magnifique palais : huit chambres (( précèdent celle où il donne audience, et elles sont « tendues de tapisseries qui se renouvellent chaque se- « maine. Son argenterie représente vingt-cinq mille (( ducats, et son argent monnayé cent cinquante mille. N « L'archevêché d'York lui rapporte près de quatorze (c mille ducats, l'évêché de Bath huit mille.

« Bien qu'au commencement il semblât prendre à « tâche de déverser des outrages sur Venise, mainte- « nant il l'élève jusqu'aux nues, louant la justice ex- « trême de la seigneurie, et disant qu'au seul aspect du (( bon ordre, qui est maintenant dans les villes de terre a ferme, un voyageur qui y arriverait pour la première « fois, les reconnaîtrait immédiatement comme terrée « vénitiennes ^ »

Non -seulement il y a dans les appréciations des ambassadeurs vénitiens une absence totale de dénigrement, mais on y remarque souvent un excès de bienveillance. Ils omettent de mentionner les défauts des hommes d'État, après avoir fait ressortir leurs qualités éminentes.

Ainsi le portrait de Wolsey offrirait de véritables lacunes, si l'on n'y faisait pas une part à sa vénalité, à ses faiblesses morales, à son ambition sans bornes, qui le fit aspirera ceindre la tiare pontificale. On sait que Charles-Quint lui avait promis son appui auprès des cardinaux, qu'il ne tint pas ses promesses, et que,

1. Uawdon Brown, tome II, p. 313 el suivantes. Ce portrait est de Guistiniarii, ambassadeur vénitien.

PEU d'intérêt de WOLSEY pour CATHERINE 125

depuis ce temps, la politique anglaise devint hostile à l'empereur.

Gela explique, en partie, le rôle que Wolsey consentit à jouer dans l'affaire du divorce, et le peu d'intérêt qu'il témoigna à Catherine d'Aragon.

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