‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 198 sur 400 · SUPPRESSION DES PETITS MONASTÈRES · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DES PETITS MONASTÈRES

Néanmoins, jusqu'alors Wolsey semblait pouvoir se consoler de tout avec la faveur du roi. Et voilà que, pour comble de malheur, il se vit sur le point d'encourir la disgrâce de ce prince ! Quelques détails rétrospectifs sont ici nécessaires. Dans un but vraiment religieux, disait Henri VIII, Wolsey cherchait à réformer les grands monastères, et, lorsque des abbesses ou des supérieures de communautés religieuses donnaient des scandales, il croyait devoir les juger et les déposer. Surtout il ne consentait pas à ce que l'on nommât à ces hauts emplois des personnes d'une réputation suspecte.

Or, l'abbesse de Wilton étant venue à mourir, John Garrey, dont le frère était l'époux de Marie de Boleyn, sœur aînée d'Anne, demanda ce poste élevé pour sa sœur Elinor ; sa demande fut appuyée par Anne de Boleyn et par le roi lui-même. Wolsey répondit qu'il lui serait d'autant plus facile d'avoir égard à leurs recommandations que les religieuses du monastère avaient remis entre ses mains l'élection de la nouvelle abbesse. Mais, après l'enquête et l'examen d'usage, il se trouva qu'Elinor Garrey était notoirement coupable d'inconduite et de mauvaises mœurs.

Dès que Wolsey eut été informé de ce fait par son commissaire, le docteur Bell, il en référa au roi qui n'insista pas^ mais qui, à ce qu'il paraît, demanda à son mi^ nistre, s'il ne nommait pas Elinor, de ne pas choisir non plus pour abbesse celle qui s'était posée dans le couvent comme la personnification du parti adverse, < — c'était une certaine Isabella Jordan ; — et, aussitôt après, ce prince, pour donner une demi-satisfaction à Anne de Boleyn, lui écrivit : « Je n'ai pas voulu char- « ger ma conscience ni la vôtre en exigeant que l'on

DE LA NOMINATION d'uNE ABBESSE DE WILTON. 239

« mît à la tôte d'une Maison de religieuses une personne « qui n'en était pas digne. Mais quoique, à cause de « son âge avancé, Isabella Jordan ne dût avoir qu'une « autorité nominale, pour vous faire plaisir, j'ai de- « mandé qu'elles ne fussent nommées ni Tune ni l'au- <( tre, mais qu'on choisît à leur place quelque femme de « mœurs pures et d'un caractère bienveillant. »

Cependant Wolsey, par suite peut-être d'un malenlendu sur les intentions exprimées par le roi, d'ailleurs voulant réparer le scandale des outrages et des mépris injustement déversés par le parti d'Elinor sur la respectable prieure Isabella Jordan, déclara se ranger à l'avis des meilleures religieuses du couvent en nommant cette dernière abbesse. Il envoya le docteur Bell annoncer cette nomination à Henri VIII en lui demandant de la ratifier. Ce prince reçut très mal ce message : il témoigna la plus vive indignation du procédé de Wolsey, en disant qu'il avait engagé aux divers amis d'Elinor Garrey sa parole royale, que si leur protégée ne pouvait plus être nommée, sa rivale ne le serait pas non plus ; que, dans ces termes, il avait laissé le règlement de cette affaire à Wolsey, dont la loyauté et la sagesse lui inspiraient toute confiance : « En vérité, lui « mande-t-il, je donnerais une partde ma vie pour que « vous en eussiez élu une autre. »

Wolsey fut vivement alarmé en apprenant avec quelle force le roi avait exprimé son mécontentement ; il s'empressa de lui écrire pour s'excuser de son mieux. Henri lui répondit par une lettre qui témoigne encore de quelques bons sentiments ; on y voit le .ton de cordialité dont il use encore avec ses amis, mùme quand il se fâche. Et cependant, dans cette lettre, on sent déjà des

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