IMPATIENCES DU ROI
Le 27 octobre suivant, Gampeggio et Wolsey eurent une nouvelle conférence officielle avec la reine : ils la trouvèrent entourée de la plupart de ses conseillers que semblait présider l'évêque de Saint-Asaph ; elle les reçut avec sa dignité habituelle, sans la moindre nuance d'humeur ou d'impatience. Gampeggio lui renouvela le conseil de prendre le voile ^ : Wolsey insista avec force et la supplia à genoux de suivre cet avis, pour son honneur et le bien de son âme. Elle répliqua qu'elle ne voulait pas violer la loi de Dieu, ni encourir la damnation éternelle, qu'elle consulterait ses conseillers et donnerait ensuite une réponse définitive.
Le cardinal Wolsey ne voyait pas avec plaisir le manque de décision et les interminables lenteurs de son collègue : Henri VIII les supportait plus difficilement encore. Le lendemain du jour où avait eu lieu la dernière conférence des légats avec la reine, ce prince vint en personne à la résidence de Gampeggio et eut avec lui un entretien tout à fait confidentiel. Un Italien qui était dans un cabinet contigu et qui entendit en partie cette conversation, dit à Mendoza que le roi témoignait de temps en temps la plus vive impatience ; il pressait le légat de rendre au plus tôt sa décision dans cette affaire, et, lorsque Gampeggio faisait des réponses évasives ou présentait quelques objections, le roi élevait la
dernièrement. Elle clait écrite, moitié en italien, moitié en latin. Le professeur Brewcr l'a reproduite dans son recueil. 11 y a là des détails qui ne pouvaient pas figurer dans notre texte. Voir son Introduction, tome IV, p. ccGCxvii.
1. Cette question avait déjà été traitée dans la première conférence que les deux légats avaient eue avec elle ; Gampeggio était revenu à la charge au sein même du confessionnal et avait encore échoué. La reine se montra toujours inflexible à ce sujet.
NOUVEL ENTRETIEN Qu'lL A AVEC LA REINE. 271
voix et paraissait s'échaufïer très vivement. « Je me suis « assuré, écrit Mendoza à l'empereur, que le roi n'a « pas été content des résultats de sa visite, et qu'il s'est V retiré avec toutes les marques d'un grand désap- « pointement. »
Deux jours après, Henri VIII eut une conférence sérieuse avec la reine. « Vous n'êtes pas ma femme, lui dit-il, tous les juristes de l'Angleterre ont souscrit une déclaration dans ce sens. D'ailleurs, le pape vous a condamnée à Rome. Gampeggio n'est venu en Angleterre que pour donner de la publicité à cette sentence et la rendre exécutoire. — Le pape n'a pas pu me condamner sans m'entendre, répondit la reine. — Mais, reprit-il, l'empereur avait répondu pour vous, il a donc pu rendre à votre égard un jugement contradictoire. » — Le roi, ajoute Mendoza, se permit encore plusieurs autres boirrdcs aussi énormes [burlcrias). Puis il lui recommanda d'entrer dans un couvent et de prendre le voile, suivant le conseil des légats. «Dieu me garde, s'écria la reine, a de faire quelque chose qui soit contre mon cœur, mon « honneur et ma conscience! Je sais fort bien que si les « juges sont impartiaux, et s'il m'accordent d'entendre « mes moyens de défense, mon procès sera gagné. « Laissez-moi seulement la liberté de faire plaider ma (( cause. Le roi lui répondit : Le ministère d'un avocat « vous sera accordé : vous pourrez même, comme cela a « été dit déjà, faire venir un jurisconsulte. Mais, de « grâce, agissez promptement : une telle affaire ne souf- « fre ni délais ni retards. »
La reine, dès que le roi l'eut quittée, écrivit à la princesse Marguerite, gouvernante des Pays-Bas, pour lui demander de lui envoyer de Flandre deux jurisconsul-