‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 250 sur 400 · IL REÇOIT FROIDEMENT LA REINE · texte numérisé non relu

IL REÇOIT FROIDEMENT LA REINE

du roi, M. de Montmorency, vers la fin de juin ^.

Aussi l'attente de la reine fut déçue. Le légat se montra très réservé avec elle et presque décourageant. Il lui dit qu'elle devait avoir pleine confiance dans les conseillers que le roi lui avait donnés, et que, quant à ses juges, ils ne feraient rien de contraire à la raison et à l'équité. Enfin, trouvant sans doute l'occasion particulièrement favorable, il lui parla de nouveau de son entrée dans une maison religieuse, ce qui mettrait fin à bien des embarras et préviendrait bien des troubles dans l'État et dans l'Eglise. Gampeggio ne savait donc pas la réponse qui avait été faite, peude jours auparavant, par les canonistes de la cour de Rome à Vannes, l'ambassadeur anglais ^.

Quoiqu'il en soit, malgré l'espèce de détresse morale où elle était réduite, la reine repoussa, comme auparavant, les insinuations du cardinal. Sa dévotion chrétienne, son humble douceur laissaient subsister chez elle une ténacité espagnole à toute épreuve, une fierté royale que rien ne pouvait faire plier : jamais elle n'aurait volontairement cédé la place à l'habile intrigante qui voulait usurper ses droits de femme et de reine. Elle ne comprenait pas ce- renversement de toute notion de justice, cette interversion des rôles qui aurait fait de la maîtresse du roi une épouse légitime et de son épouse légitime une concubine.

1. Ilisluire du divorce, par Joachiiu Legrand, pièces justilicalives, tome III, p. 33 i.

2. Voir ci-dessus, le passage où nous citons la réponse laite par le pape à Vannes, d'où il résulte que Henri VIII n'aurait pas pu contracter un mariage, môme si Gatherino était entrée dans un monastère et y avait prononcé des vœux .

322 CAMPEGGIO IGiNORE CE QUI SE PASSE A ROME.

Aussi Gampeggio, après sa conférence avec cette princesse, ne put s'empêcher de louer sa sincérité, sa fermeté, sa grandeur d'âme.

Cependant, le cardinal se plaignait de n'avoir point de nouvelles de la cour de Rome, de n'en poiiit recevoir de secours pécuniaires et d'être réduit ou à faire des dettes ou à emprunter de l'argent à Henri VIII ^ !

Il ignorait peut-être dans ce moment que des protestations et des pétitions en bonne forme avaient été présentées au pape à Rome, vers la fin d'avril, afin de combattre le projet de divorce formé par le roi d'Angleterre et pour demander formellement au pape l'évocation de ce procès en cour de Rome ^. Du Bellay, notre ambassa-

1. Le tiers and Despatches, Introduction, tome IV, p. ccglxx.

2. Proleslation présentée par les ambassadeurs impériaux au pape :

« D. Michaël Maias^ chcvaliei' de Barcelone, ambassadeur de l'empereur à Rome, etD. Andréas de Burgo, ambassadeur du roi de Bohème et de Hongrie, ambassadeur d'Autriche, etc., en présence du notaire soussigné et des témoins produits ù cet elTet, nous avons produit et présenté à Sa Sainteté le pape Clément VU, par l'ordre et au nom de leur souverain respectif, les protestations, réquisitions et intimations suivantes :

u Nous nous faisons fort d'établir la futilité des raisons alléguées par ce Henri VIH pour le divorce. Nous demandons au pape que le procès « soit évoqué à sa cour, puisque, tant qu'il sera débattu en Angleterre, « la reine Catherine ne pourra pas espérer qu'on lui fera justice. — '.< Actafuerunt hœc Romse, inpalatio apostoUco, in caméra sanctissimi '<■ D. N.papx, prœsentihus ibidem magnificis et nobilibus viris domi- « nisJacobo de Salviatis,patricio Florentino, et Gasparo Maradat Va- « letitino, milite militix Sancti Jacobi de Spata, testibus ad prœmissa <f vocatis et rogatis. Notarius Alfonsus de Cuevas des. sacerdos et sol- « licitor. n

Pétition présentée au pape dans l'affaire du divorce :

« A Rome, ce jeudi 27 avril.

'< Nous, Richard Mai, chevalier, docteur en droit et en théologie, et 't Andréa de Burgo, comte de Castel-Leven, conseiller et Orator de Son

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