‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 332 sur 400 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Du Bellay flatte les caprices d'Anne de Boleyn. — Anne de Boleyn créée marquise de Pembroke. — Entrevue de Henri VIII et de François P"* à Bologne : aucune femme de la cour de France ne veut y assister. — Mariage secret de Henri VIII et d'Anne de Boleyn. — Cranmer nommé archevêque de Cantorbéry et agréé parle pape. — Son sacre et son serment restrictif. -- Sévères reproches que lui adresse Polus. — Opinion de Bossuet sur ce prélat.

Du Bellay était toujours ambassadeur en Angleterre pendant les années 1531 et 1532 ; sa faveur auprès de Henri VUI était la même. Pour la maintenir, il donne à entendre dans sa correspondance qu'il est obligé de faire sa cour à Anne de Boleyn; mais, quand on lit ses lettres avec attention, on devine que cette obligation ne lui est point désagréable. H se pose en honnête homme^ dans le sens que ce mot conserva jusque sous Louis XIV ^ et où il le prend lui-même, comme on va le voir, en niant modestement que cette qualification lui soit applicable.

Il se fait l'intermédiaire, auprès du maréchal de Montmorency, du désir que le roi d'Angleterre aurait d'avoir une entrevue particulière avec François I" ; et il insinue que, si ce prince engageait Henri VIII à se faire accompagner dans son voyage en France par Anne de

l. Iloiiiinc du inonde accompli : ce que les Anglais appellent perfect gentleman.

430 DU BELLAY FLATTE LES CAPRICES d'aNNE.

Boleyn, il ferait « à son royal frère le plus grand (( plaisir. Je le sais de bon lieu, ajout e-t-îl ».

Mais il demande avec une singulière indiscrétion, ce semble, que « François P"", en venant à Calais au devant (( de Henri VIII et d'Anne de Boleyn, soit en compagnie « de dames pour la festoyer, car les bonnes chères en « sont toujours meilleures. Mais il faudroit que, en pa- « reil cas, le roy menast la reine de Navarre, au moins <( jusqu'à Boullogne. Je ne vous escrirai de là ou cela « vient, car j'en ai fait serment, mais, monseigneur, « vous entendez bien que je ne vous l'écris sans fon- « dément (cela venait évidemment d'Anne de Boleyn, « qu'il voyait quelquefois seule et dans une sorte d'in- « timité). Quanta la reine (Eléonore d'Autriche), pour (( rien le roy ne voudroit qu'elle vînt. Il hait cet habil- « lement à l'espagnole tant qu'il lui semble voir un « diable, il désiroit fort aussi qu'il pleust au roi de « France mener à Boullogne messeigneurs ses enfants, « lesquels ne bougeroient du dict lieu ne pareillement « les dictes dames... Je vous prie aussi d'oster de la <( cour deux sortes de gens, d'abord les impériaux, « s'aucuns y en a, et puis ceux qui sont moqueurs ou « gaudisseuïig, car c'est bien la chose de ce monde la « plus haïe de la nation angloise. »

Ainsi, pour satisfaire aux caprices d'Anne de Boleyn ^ il faudrait que l'on composât de telle et telle façon le cortège de François P% que ce prince amenât avec lui la reine de Navarre, mais non Eléonore d'Autriche : comment qualifier de telles exigences, et comment l'évêque de Bayonne put-il consentir à s'en faire l'interprète?

Ces incroyables condescendances s'expliquent un peu par la fm de sa lettre.

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