CHAPITRE XXÏI
Annulation par le pape de la sentence du divorce, et menaces d'excommunication contre Henri Vllf. — Guillaume Du Bellay de Langey, ambassadeur de France en Angleterre. — Le cardinal de Tournon, ambassadeur à Rome, — Norfolk et les ambassadeurs anglais en France. — Ils travaillent à séparer la France de Rome et Norfolk conseille à François I" de nommer un patriarche gallican.— Norfolk accuse la politique intérieure de François I^^ de faiblesse envers la cour romaine. — Entrevue de Clément VII et de François 1" à Marseille.— Mauvaise attitude des ambassadeurs anglais, qui y assistent. — Mission conciliatrice de l'évêque Jean Du Bellay en Angleterre et en Italie. •— Bien accueilli de Henri VIII, il se rend ensuite à Rome. — Il envoie une dépèche au roi d'Angleterre. — Henri VIII continue, malgré les promesses faites à Du Bellay, d'être agressif contre l'église romaine. — Sentence rendue à la presque unanimité, par le consistoire des cardinaux, en faveur de la validité du mariage de Catherine, et bulle du pape qui se prononce dans le même sens. — Joie et réjouissance des impériaux qui sont à Rome.— La réponse à la dépêche de Du Bellay arrive deux jours après la sentence du consistoire. — Mais cette réponse ne pouvait pas avoir d'importance. — A Londres, pendant que les cardinaux délibéraient encore, l'église anglicane se constituait.— La condamnation de Henri VIII était devenue nécessaire.— Clément VII avait poussé aux dernières limites les temporisations, les concessions o{ les ménagements.
Clément Vil aurait paru acquiescer implicitement à la sentence de divorce prononcée en Angleterre s'il n'avait pas protesté au Vatican par un acte authentique émané de son autorité spirituelle. Il y fut en quelque sorte contraint, bien moins encore par les démarches
4sG MENACE d'excommunication CONTRE HENRI YlII.
pressantes de ce que ron appelait à Rome la faction d'Espagne, que par le bon droit de la reine Catherine, par l'intérêt puissant qui s'attachait à sa cause, prise en elle-même , indépendamment de tous les appuis humains. Une bulle pontificale fut donc lancée dans le mois de juillet pour annuler la sentence de Granmer, et pour excommunier Henri VIII et Anne de Boleyn, s'ils ne comparaissaient pas devant le pape avant la fin de septembre, ou s'ils ne se séparaient pas avant cette époque. Henri, qui défendait son terrain pied à pied, attaqua cette bulle dans un écrit théologique et prétendit y relever plusieurs nullités.
D'un autre côté, dans l'intérêt même de son procès, il avait à ménager la France ; et, chose singulière, il n'avait pas perdu tout espoir de faire approuver à Rome par le pape son mariage avec Anne de Boleyn, et le divorce prononcé par Granmer.
Gomme il était mécontent du traité de Gambrai et qu'il demandait à François I" des compensations en argent que ce prince ne pouvait ou ne voulait pas lui donner, on songea à lui accorder des satisfactions d'une autre sorte : il déclara vouloir conférer secrètement avec un ambassadeur extraordinaire du roi de France de choses très importantes. On s'empressa de choisir pour cette mission Guillaume du Bellay, plus connu sous le nom de Langey, frère de l'évêque Jean du Bellay, général d'armée fort distingué, et négociateur plus sérieux que son frère, le prélat spirituel et un peu mondain que nous avons déjà fait connaître.
Nous pouvons ici nous appuyer sur les mémoires de Martin du Bellay, troisième frère de Langey; mémoires