Le 13juillol IJJJ
'i-yZ NOBLES PROTESTATIOxNS DE CATHERINE.
C'est en vain que lord Mountjoy et ses assesseurs lui firent tour à tour des menaces et des offres de service. Catherine resta ferme sur le terrain où elle s'était placée. Elle repoussa avec un dédain tout royal la proposition qui lui fut faite d'une augmentation dans ses revenus et dans son entretien. Mountjoy et ses commissaires allèrent jusqu'à lui dire qu'en voulant retenir son titre de reine par un sentiment de vaine gloire, elle provoquerait l'animadversion du roi, non-seulement contre tous les gens de sa maison dont elle amènerait la perte et la ruine, mais qu'elle donnerait une occasion à Henri VIII de retirer sa bienveillance paternelle à la princesse Marie, et que la crainte de nuire ainsi à sa chère et digne fille devrait, à défaut de tout autre motif, toucher et ébranler son cœur de mère.
Ainsi, comme on trouvait que rien ne pouvait faire plier Catherine, on tâchait de l'éprouver et de l'effrayer par des menaces suspendues sur la tête de sa fille. C'était la première fois que l'on avait recours à ce procédé. Catherine ne se laissa pas abattre ; elle répondit avec calme : « Ce n'est point par un sentiment de vaine « gloire que je désire conserver le titre de reine, mais « c'est un besoin de ma conscience, de déclarer que si (( j'ai vécu vingt-quatre ans avec le roi, c'est conime sa « vraie femme et non comme sa concubine. Quant à la « princesse, ma fille, elle est aussi sa vraie fille. Puis- « que Dieu me l'a donnée, je la rendrai au roi pour « qu'il la traite suivant son bon plaisir, n'oubliant pas « que j'ai toujours été pour lui une femme honnête et (( fidèle. Mais, ni pour mes serviteurs, ni pour mes « possessions, ni pour ma fille elle-même, ni par la « perspective de l'adversité, je ne ferais une concession
COURAGEUSES IIATURES DE CATHERINE. 4o3
« qui pût mettre mon âoie en danger ; car je ne crains « pas celui qui peut tuer le corps seulement, mais bien « celui qui aura tout pouvoir sur mon âme pendant « toute l'éternité. » Elle se fit donner ensuite l'acte dont lord Mountjoy était porteur, et effaçant les mots de princesse douairière partout où elle les trouvait, elle y substituait ceux de reine d'Angleterre ^ Dans les archives nationales de Londres, on a conservé cet acte avec les ratures et les surcharges faites par Catherine. Ce sont des protestations authentiques et immortelles contre une grande iniquité judiciaire -.
En lui laissant faire ces corrections courageuses, Mountjoy et les commissaires qui l'accompagnaient lui reconnaissaient implicitement le titre qu'ils venaient lui disputer, et elle s'imposait à eux comme reine par la dignité de son attitude, ainsi que par l'autorité de la parole.
Mountjoy, d'après les ordres qu'il avait reçus, voulut faire jurer aux serviteurs de Catherine qu'ils ne la reconnaîtraient et ne la traiteraient plus que comme princesse de Galles. Elle leur défendit de prêter ce serment. Cependant un grand nombre d'entre eux quittèrent son service ; quelques-uns seulement lui restèrent attachés à leurs risques et périls ; et, comme Henri VIII ne pouvait les chasser tous, il fut obligé de dispenser ceux qui restaient auprès de Catherine du serment qu'il avait d'abord exi^'é.
l.Le 5juillçt 1533, Henri VIII relira à Catherine le titre de reine par une proclamation oflîcielle. Voir le texte de cette proclamation dans le Calendar de Rawdon Brown, tome IV, n» 933, p. 130.
2. Il paraît qu elle en fit faire sur-le-champ une expédition en espagnol.